‹ La Tunisie chrétienneChapitre 31 sur 37 · TUN 18 ET LE BA RD O · texte numérisé non relu

TUN 18 ET LE BA RD O

Tunis est situé sur une colline, à Textrémité sud-ouest du lac et à 12 kilom. au sud de Carthage. Sous la domination carthaginoise, cette ville n'était qu'un village, illustré par la guerre des mercenaires qui y avaient placé leur centre d'opérations. Pendant la première guerre punique, Régulus s'empara de ce point, d'où il découvrait les mouvements de l'ennemi autour de Carthage. Scipion l'Africain y établit son camp. Tunis doit sa grandeur actuelle à la conquête arabe, qui y construisit un arsenal maritime, y abrita ses flottes et en fit, après Kaïrouan,la capitale de la Tunisie musulmane.

La partie inférieure de la ville est dominée parla Casbah, forteresse que les Espagnols réparèrent (1535-1540). Du haut de la Casbah, on aperçoit la mer, le lac de Tunis, La Goulette et la montagne' où la tradition veut que Régulus ait subi son supplice. Au pied de la citadelle, aujourd'hui inutile, s'étendent de nombreux bazars, les plus remarquables de l'Orient, après ceux de Constantinople et d'Alexandrie. Les riches

musulmans habitent tout autour de ces vastes magasins où l'on trouve pèle -mêle les produits de l'intérieur de l'Afrique et les marchandises de l'Europe. Les bas quartiers de Tunis sont habités, à droite, par les Israélites et à gauche par les chrétiens, à qui les musulmans ont abandonné la partie la plus malsaine de leur ville.

A côté de la Casbah, le bey a un palais, Dar el Bey (maison du bey), de style mauresque, fort admiré des étrangers. U a été bâti par Hamoudah pacha (1783-1814) il y a environ soixante- dix ans.

Des anciens remparts au lac, il existe une promenade que l'on appelle la Marine. Longue de 5 kilom., elle est bordée de charmantes constructions européennes. Non loin de là, se trouve la station du chemin de fer de Tunis à La Goulette.

La ville haute renferme àe nombreuses mosquées à doubles minarets carrés.

La plus belle et la plus vaste, dit M. Victor Guérin, s 'appelle Djamaez-Zitoun (la mosquée de Tolivier). Elle est entourée d'un mur élevé qui dérobe aux yeux des infidèles l'arehitecture orientale et la forme même de ce temple. Gomme, en Tunisie, les mosquées sont absolument interdites aux chrétiens, je n'ai pu y pénétrer; mais j'ai appris que ce monument était orné de nombreuses colonnes, enlevées la plupart à des édifices antiques. Il est entretenu au moyen de legs pieax, connus sous le nom de bahous, et renferme dans ses dépendances une école ou médrécé, à laquelle sont attachés une trentaine de professeurs, et que fréquentent plusieurs centaines d'étudiants. Un minaret, qui ne manque ni de hardiesse ni d'élégance, surmonte cet édifice.

Après la Djama-ez-Zitoun, la Djama-Sahab-el-Taba(la mosquée du maître du cachet), ainsi appelée parce qu'elle a été bâtie par le célèbre Yousouf Sahab-el Taba, c'est-à-dire chancelier d'Hamoudah pacha, passe pour l'une des plus riches et des plus remar -

quables. Le ministre auquel elle doit son nom et sa fondation ûi venir à grand frais, pour la construire et pour la décorer, de beaux blocs, soit en pierre soit en marbre, et de superbes colonnes arrachées aux ruines de plusieurs villes antiques de Tintérieur ou tirées des carrières de l'Italie.

La mosquée Sidi-Mahrès mérite aussi l'attention dans le faubourg Bab-es-Souïka. Elle est couronnée de plusieurs coupoles qui environnent sa grande coupole centrale. Le saint qui y est enterré et dont elle porte le nom est considéré par les Tunisiens comme l'un de leurs principaux patrons. Aussi cette mosquée est-elle réputée inviolable. C'est un lieu d'asile pour les créanciers et pour les débiteurs.

Je n'oublierai pas non plus de mentionner la Djama-Djedid (la mosquée neuve), élevée par le bey Ahmed dans le faubourg Bab-el-Djezira*.

Tunis renferme près de 120,000 habitants, dont environ 35,000 étrangers. Un aqueduc, construit en Tan 135^ par l'empereur Adrien et restauré il y a quelques années, alimente la ville d'une eau excellente. Le gaz, le télégraphe, les glacières, etc., ont ôté à Tunis une grande partie de son cachet oriental ; néanmoins, c'est une ville intéressante à visiter.

Le Bardo, résidence officielle du bey, est situé à 3 kilom. au nord-ouest de Tunis. La population, presque toute dépendante du palais, se compose de 800 à 900 personnes. Quelques familles chrétiennes, originaires de Tabarque, y vivent encore. Le Bardo est entouré d'un large fossé et de murailles élevées. On aperçoit cependant du dehors les hautes constructions du palais.

Cet édifice n'a aucun style ; c'est un mélange heurté d'ar • chitecture arabe et d'architecture italienne. On pénètre dans

* Voyage archéologique dana la Régenee de Tunis^ t. I» p. 25-86.

la yille par une large porte surmontée d'une tour à horloge. CTest à travers un bazar étroit et sous une voûte immense que Ton arrive k la cour extérieure du palais. Un long couloir, peuplé de solliciteurs, de plaideurs, de gardes et de fonctionnaires, conduit à l'escalier des Lions, dont nous donnons la gravure. Il est surmonté de gracieux arceaux et précède la cour d'honneur. Cette cour, ornée, au milieu, d'une fontaine et d'un bassin, est entourée de colonnes de marbre blanc et d'arceaux légers découpés dans le plâtre. Quelques-unes de ces colonnes portent encore, avec le millésime, les noms des esclaves du siècle dernier. Un corridor et un escalier, l'un et l'autre fort sombres, donnent accès à la salle du Trône dont les proportions sont gigantesques. Cette salle contient un mélange criard de meubles disparates, de pendules, de verreries, etc., et un beau portrait du roi Louis- Phiiippe en tapisserie des Gobelins. Des consoles, des candélabres, des pendules sans valeur artistique abondent dans toutes les pièces ; c'est d'autant plus regrettable, que le palais renferme de beaux travaux exécutés par les indigènes, de^ plafonds sculptés et dorés, de merveilleux ouvrages en plaire, etc.

Le bey ne passe guère à Tunis qu'une ou deux journées par an. Il va au Bardo chaque matin pour donner des audiences et rendre la justice. Le reste du temps, il vit dans sn résidence particulière de Kasseur Saïd, située en face du Hardo.

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