LOUIS-PHILIPPE PRBICIBR ROI DES FRANÇAIS A ÉRIGÉ CE MONUMENT
EN l'an 1841 SUR LA PLACE OU EXPIRA LE ROI SAINT LOUIS SON AÏEUL
Les découpures sur plâtre, qui ornent le plafond de la chapelle et le maître-autel, rappellent les travaux de l'Alhambra. Au fond du sanctuaire, une magnifique statue de marbre noir représente le saint roi en costume fleurdelisé, avec le sceptre et la couronne. La statue est de M. Seurre. Elle a été transportée, de la mer sur la colline de Byrsa, à force de bras, par les soldats musulmans du bey .
c< A la place même où s'élève l'autel du saint roi, la fable a placé le bûcher de Didon. C'est là aussi que, cinq siècles avant notre ère, régnaient les maîtres de l'Afrique, de la Sicile, de la Sardaigne, des îles de la Méditerranée, de l'Espagne :Magon le Grand, Amilcar. C'est de là que partaient, avec Hannon, ces expéditions audacieuses qui découvraient les côtes de l'Océan, les îles Britanniques, l'Islande, et même cette Amérique que le monde ancien devait perdre et que Colomb devait retrouver un jour. C'est là que Régulus devait, selon la belle parole de Bossuet, se rendre plus illustre par sa prison que par ses victoires. C'est de là que part Annibal pour
balancer un moment la fortune de Rome et revenir assister à la ruine de sa patrie. C'est là qu'apparaissent, tour à tour en vainqueurs et en fugitifs, les deux Scipions, Marins, César, Caton, et plus tard Genséric avec ses Vandales, et Bélisaire, et enfin les farouches khalifes qui étendent pour des siècles sur tant de ruines le voile sanglant de l'oubli. Et, au milieu de ces sombres figures, les douces images de Cyprien, de Félicité, de Perpétue, d'Augustin, de Monique, cette autre mère d'un autre roi qui ne monta pas il est vrai sur un trône, mais qui n'en règne pas moins depuis des siècles sur les esprits et sur les cœurs ^ »
Ceux qui liront cet essai, en se reportant à la gravure ci -jointe, spécialement dessinée pour les Missions catho^ liqueSf verront combien est pauvre et nue cette chapelle du plus grand roi dont la France se glorifie, et combien elle est peu digne de sa destination.
Autour de la chapelle s'étend un bosquet clos de murs. En avant, vers le sud, on a construit un large corps de bâtiment réservé aux aumôniers. A droite et à gauche, l'architecte a ménagé deux petits péristyles où sont encastrés des fragments de pierres antiques trouvéesdans les fondations. Parmi les inscriptions, ainsi conservées, jerappellerai l'inscription chrétienne publiée dans la première partie de cet Essai ^. 11 existe aussi quatre inscriptions romaines et profanes que je mentionne seulement pour mémoire. Au pied de la chapelle, vers le nord -est, est un petit cimetière qui garde les dépouilles des marins français morts en rade de La Goulette, et d'autres
1 Mgr Lavigerie, Saint Louii et son tombeau. Parin, Ë. Belin, 1875. t Voir p. 19.
mira d'Alfrr dc-tcnul liebiigirllt BiIki-LihiIi b1 gntu[m iTtnlkDU inlm (Voir p. 133.)
Français de résidence en Tunisie. Çà et là, dans le jardin, gisent des débris antiques. On remarque encore une piscine en mosaïque qu'on a laissé se détériorer.
La chapelle dé Saint-Louis est sous la dépendance du consulat général de France h Tunis et sous la juridiction ecclésiastique du vicaire apostolique de Tunis. Depuis 1875, elle est desservie par des Religieux que Mgr Lavigerie a détachés de la mission du Sahara et du Soudan . Jusqu'à ce jour, l'emplacement sur lequel saint Louis est mort n'était gardé par aucun prêtre ; il était même rare que, le 25 août, on y dît une messe commémora tive. Mgr Lavigerie a eu le mérite et le bonheur, en plaçant des missionnaires à la chapelle de Saint-Louis, de renouer, après des siècles d'interruption, la chaîne mystique de cette belle Eglise de Carthage.
Un jour peut-être sera-t-il donné à l'éminent prélat de réaliser un de ses vœux les plus chers, en rapportant à Carthage une notable partie des reliques de saint Louis.
En attendant, Mgr Lavigerie prépare la reconstruction monumentale de la chapelle de Saint-Louis. Une correspondance, adressée de Tunis, le 27 juillet 1877, à la Gazette du Midi, Si donné, sur ce projet, d'intéressants détails. Voici quelques extraits de cette correspondance.
Le roi Charles X avait obtenu, en 1830, quelques jours après la prise d* Alger, du gouvernement tunisien, un emplacement sur lequel est mort, en 1270, notre grand roi saint Louis avec les représentants les plus illustres de la noblesse française, qui succombèrent comme lui frappés parla peste. Ces précieux souvenirs avaient été complètement abandonnés ; il appartenait à la monar* chie légitime de les resussciter et de les consacrer par un monument
digne d'eux : c'est ce qu'entreprit Charles X. Mais il tomba avant d'avoirpu achever son œuvre. Après bien des lenteurs, le gouvernement de Juillet, réalisant cette pensée, ôt élever, sur le terrain cédé par leBej, une chapelle dédiée àsaint Louis, avecles constructions nécessaires à l'habitation d*un aumOnier et d'un gardien.
Ce coin de terre entouré de murs est encore vraiment la France au milieu de ces contrées barbares : le drapeau français y flotte comme dans notre propre pays ; malheureusement cette œuvre de réparation a été exécutée dans des proportions tellement mesquines que tous les voyageurs qui la visitent, et les Français surtout, en sont péniblement frappé^j. M, Victor Guérin, chargé d'une mission officielle en Tunisie il y a quelques années, s'est fait, auprès de notre gouvernement, l'éloq^uent interprète de ces sentiments de pudeur nationale, en demandant que la chapelle du saint roi ne restât pas abandonnée comme elle l'était alors, et surtout qu'elle fût construite dans des dimensions moins indignes de sa destination doublement sacrée.
C'est à ces vœux chrétiens et patriotiques que M^ Lavigerie a bien voulu répondre; il a commencé par obtenir du gouvernement que le service religieux de la chapelle fût confié aux missionnaires récemment fondés par lui à Alger ; il a entrepris ensuite de construireàla placede la chapelle, actuelle qui contient à peine quinze personnes, une église monumentale sur les murs de laquelle seraient rappelés les noms des familles françaises dont les ancêtres trouvèrent une mort sainte et glorieuse dans ces lieux mêmes, il y a plus de huit siècles.
Déjà, grâce à la générosité des plus grandes familles de France, à la tète desquelles M^ le comte de Chambord et les princes de sa maison ont daigné s'inscrire, une partie des fonds nécessaires pour réaliser cette entreprise a été souscrite. C'est pour régler les derniers détails de V Œuvre de Saint-Louis^ telle que je viens de l'exposer, que M«' l'archevêque d'Alger, qui en a été le promoteur, est venu à Tunis: tout a été, me dit-on, définitivement réglé, et l'on espère que les constructions pourront commencer bientôt. Ce sera un bonheur, même au point de vue matériel, car, avec
rafTrease misère qui règne ici cette année, le travail que ces constructions vont donner aux ouvriers sera un bienfait véritable. Du reste^ M^ Tarchevéque d* Alger a rencontré dans le gouvernement du bej les dispositions les plus favorables, et vous savez sans doute qu'il a été nommé grand'croix de l'ordre tunisien et décoré par le bej en personne devant la foule des musulmans. Pendant tout le temps de son séjour à Saint-Louis, l'arcbevéque n'a cessé d*ôtre entouré d'une multitude de pauvres indigènes qui venaient réclamer les aumônes du « grand marabout d'Alger », dont ils avaient entendu raconter les bienfaits vis-à-yis de leurs coreligionnaires de l'Algérie.
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