‹ La Tunisie chrétienneChapitre 9 sur 37 · TU.DEN FOU · texte numérisé non relu

TU.DEN FOU

s'étaient empressés de réparer les citernes de la Malka et celles du bord de la mer ; cependant, au ii* siècle après J.-C, la distribution des eaux devint insuffisante à cause des nouveaux thermes et des nombreux jardins créés du côté de Soukra et de la Marsa. Dans un voyage qu'Hadrien, le grand architecte impérial, fit à Carthage vers l'an 125 après J.-C, il résolut de procurer des eaux vives à cette ville.

Il fallut chercher au loin une source pour la diriger sur Carthage. La plaine, qui s'étend à droite et à gauche du lac de Tunis, ainsi que celle qui fait face au Bar do, sont sans eau ; aussi les ingénieurs d'Hadrien durent-ils aller jusqu'à Zaghouan et DJougar, pour découvrir des eaux courantes : or, Zaghouan et Djougar sont, en moyenne, distants de 110 kilom. du point où il s'agissait de les faire parvenir ; de plus, de nombreuses élévations du sol existaient entre Zaghouan et la mer. En conséquence, on dut construire un gigantesque aqueduc, percé à travers les montagnes, jeté sur les vallées, passant par la Mohammédia, derrière le Bardo, débouchant sous les collines de l'Ariane et allant verser ses eaux dans les citernes de la Malka, ainsi changées en chambres de distribution. Des conduits portèrent l'eau partout ; d'après certains vestiges de maçonnerie, je crois que l'amphithéâtre pouvait être inondé à certains jours et changé en naumachie.

Sur un parcours de 110 kilom., l'aqueduc avait une hauteur moyenne de 35 mètres et un écartement de 3 mètres entre les pieds de soutènement. (Voir la gravure, p. 12.) De Carthage à l'Ariane, il ne reste plus de l'aqueduc que des blocs composés de petites pierres noyées dans beaucoup de ciment ;

les grosses pierres ont été enlevées pour servir à des constructions modernes ; cependant l'œil suit encore de nos jours, assez facilement, le tracé de ce travail gigantesque dont les débris viennent toucher le côtéN.-O. de laMalka, où étaient autrefois les citernes servant de déversoir. Âù-dessus du Bardo, à une heure environ de distance et sur la route de Toubourba, on remarque une notable partie des arcades de l'aqueduc, sur une étendue de 700 à 800 mètres. L'éloignement seul a protégé ces ruines, qui sont trop distantes de Tunis pour fournir de la pierre à bon compte.

L'aqueduc construit par Hadrien a eu le sort de tous les monuments construits autrefois dans la Byzacène et dans la Zeugitane. Réparé, suppose-t-on, sous l'empereur Septime Sévère, il fut détruit par Gélimèr, roi des Vandales; puis, Bélisaire, envoyé à Carthage par Justinien, le répara de nouveau. Plus tard encore, les Arabes, pénétrant en Tunisie pour la première fois, le coupèrent. Bientôt après, se ravisant, ils le réparèrent. Â l'époque de la croisade de saint Louis, l'aqueduc ne portait plus d'eau, et, comme la ville de Tunis s'agrandissait peu à peu, il servit de carrière pour les constructions privées et publiques. C'est ainsi que, entré Carthage et la plaine ouest du Bardo, ce gigantesque ouvrage, qui avait occupé plus de douze mille ouvriers à la fois, a disparu pour toujours.

M. Gustave Flaubert, dans un roman qu'il ne m'appartient pas de juger, a prétendu que l'aqueduc était un ouvrage carthaginois, et c'est avec le secours de cet édifice qu'il a écrit une des pages les plus imagées de son livre. Mais, lorsque le romancier faisait vivre Mathô, il y avait encore plus de quatre cents ans à attendre pour la construction de l'aqueduc

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Il est, du reste, inutile , après les savantes recherches de Dureau de la Malle, de prouver que ce monument a été construit par les Romains et non par les Carthaginois.

L'historien arabe Abou-Obaïd-el-Bekri, le géographe Ibnel-Ouardi et Edrisi parlent de Taqueduc de Cartbage dont ils décrivent les arcades, le parcours, la source, etc. Marmol dit que, du temps de Charles-Quint, on ne voyait plus que les ruines de ce monument dont certains auteurs ont voulu à tort attribuer la réparation au roi d'Espagne. Il y a là une confusion avec l'aqueduc construit, vers 1536, par les Espagnols, entre un fort de Tunis et les collines du Bardo.

Du temps dé Stanley et de Shaw (1720-1740) * il y avait encore des arcades à l'Ariane. Depuis^ l'œuvre de destruction a marché rapidement, et c'est ainsi que, de nos jours, les indigènes, pour nettoyer leurs champs, font disparaître îusqu'aux vestiges de cette œuvre titanique.

Lorsque Scipion Emilien eut pris Carthage (146 av. J.-C), il détruisit les murs d'enceinte, les fortifications, les ports; mais il respecta les temples qui furent incendiés par les Carthaginois. Plus tard, les Romains relevèrent pieusement ces temples, dont plusieurs devinrent, aux m® et iv<» siècles, des

1 c On voit encore à Arriana, petit village à 2 lieues au nord de Tunis, plusieurs arches qni sont entières, et que j'ai trouvé, en les mesurant, avoir 70 pieds de haut : les colonnes qui les soutenaient avaient 16 pieds en carré. Au-dessus de ces arches est le canal par lequel Teau passait : il est voûté par dessus et revêtu d'un bon ciment. Une personne de taille médiocre pourrait y marcher sans se courber. De distance en distance, il y a des ouvertures, soit pour y donner de l'air, ou pour la commodité de les nettoyer. L'eau y montait, & ce qu'il parait par les marques qu'elle y a laissées^, à prèi de 3 pieds; mais on ne saurait dire exactement la quantité que cet 8qued.;c en fournisaait par jour à Carthage : il faudrait pour cela savoir la pente qu'on lui avsit donnée ; et c'est ce que je n'ai pas pu découvrir, A cause que le canal est A présent détruit en plusieurs endroits, quelquefois de la longueur de 3 ou de 4 milles de suite. » — Voyage de M, Shaw, M. 2>., dans plusieurs provinces de la Barbarie et du Levant; 1. 1, p. 193. — La Haye, 1743; 8 vol. in-4.

basiliques chrétiennes. A côté de ces restaurations, les vainqueurs élevèrent, outre l'aqueduc, des édifices nouveaux, tels que le cirque, le théâtre, l'amphithéâtre, etc.

On peut voir les ruines de ce dernier monument en face de la Malka, contre la station de chemin de fer appelée Carthage. Il n'en reste qu'une excavation elliptique assez profonde, mesurant 90 m. de large et sur l'es bords de-.laquelle on remarque encore de gros blocs de pierres provenant de l'éboulement du mur d'enceinte. C'est là que sainte Félicite et sainte Perpétue furent martyrisées le 7 mars 203.

Le cirque, situé contre le village arabe appelé Douar Ecchot, n'a été le témoin d'aucun martyre. Il avait environ 675 m. de long sur 90 m. de large ; sa forme est parfaitement reconnaissable.

Du théâtre, je n'ai rien à dire ici. Il était placé près des citernes, au bord de la mer. Apulée nous en a conservé une belle description.

Des thermes avaient été construits en grand nombre à Carthage. Il ne reste plus que ceux de Gargilius. Saint Augustin les place au milieu de la ville, et il ajoute que c'est un vaste édifice où se tint, en 411, le second concile provincial appelé à juger la querelle des donatistes.

Telle est la description sommaire des édifices et des lieux remarquâmes de Carthage punique et romaine. Elle servira au lecteur à s'orienter plus facilement lorsque, dans le courant du récit, j'aurai à parler soit du forum, soit de l'amphithéâtre, etc.

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