RICHESSES FORESTIERES ET PRODUITS DE CUEILLETTE
lo Dans Je Nord. — Les forêts couvrent encore environ 500.O0O hectares, bien qu'elles aient perdu une partie de leur antique splendeur. L'occupation romaine amena le défrichement des contrées les
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plus propres à la culture, et lorsque le pays fut dévasté d'abord par les Vandales, ensuite par les Arabes, la forél, loin de reconquérir les terres qu'elle avait perdues, fut de plus en plus eotamée par les incendies allumés souvent volontairement.
Depuis que la Tuoisie est passée sous le protectorat frauçais et qu'un service foreslier a été organisé, ce fléau n'a pas cessé et, à diverses reprises, des indigènes, soit par esprit de vengeance, soit par fanatisme religieux, ont mis le (eu à des territoires éten* dus.
L'essence la plus fréquente dans les forêts, est le Chêne Zéen. Ce Chêne (Quercus Mirbecki), variété du (>. Imitanica, est une espèce voisine de notre Chêne Rouvre d'Europe. C'est dans la Krouinirie, entre 1000 et 1800 m. d'altitude qu'il forme les plus riches peuplements et qu'il donne, joint au Pin d'Alep et au Cèdre de l'Atlas, le plus verdoyant aspect des forêts tunisiennes.
Ses troncs droits atteignent 15 à 20 m. de haut, et l'on en a vu qui avaient exceptionnellement 3 m. de diamètre. Plus au sud, il est remplacé surtout par le Chêne vert [Q, llex).
Ce sont les écorces de ces deux Chênes, jointes à celles du Chêne-liège qui fournissent le tan exporté par la Tunisie. Ces écorces sont aussi riches en tanin que notre Chêne Rouvre de France.
Les écorces à tan de la Tunisie sont destinées à l'exportation et spécialement employées en Italie, en Portugal, en Angleterre. M. Loth estime que la production en écorce de la Tunisie pourrail être, pendant 6 ans, de 40.000 quintaux, c'est-à-dire le tiers de ce que consomme l'Europe.
Le bois du Chêne Zéen, plus dur et un peu plus difficile à travailler que le Chêne ordinaire, s'emploie surtout pour la fabrication des traverses de chemin de fer.
Chêne-Liège, — C'est le Chêne-liège (Quercus Suber) qui constitue aujourd'hui la principale richesse forestière de la Tunisie. Lamey évalue à 116.000 hectares l'étendue des forêts qu'il y couvre et il estime à 2 millions i/2 de francs leur revenu annuel, si tous les arbres étaient exploités. Loth, de son côté, estime que le nombre des Chênes-liège exploitables en Tunisie est de 6 millions 1/2; S millions rapportent déjà et, dans quelques années, quand tous
les arbres seront en traitement, le revenu net des forêts par la venle des lièges atteindra 600.000 francs par an.
En Tunisie, le Chêne-liège croît de préféreuce sur les collines et les montagnes peu élevées, jusqu'à 1300 m. d'altitude. On le rencontre en outre dans le Midi de la France, l'Espagne, lltalieet tout le Nord de l'Afrique où il forme parfois de véritables forèls. C'est un arbre trapu, très rameux, toujours vert, s'élevant à 10 ou i2 m. de hauteur. On a vu parfois des troncs qui atteignaient 3 h 5 m. de circonférence, mais ce sont de grandes exceptions.
Le mode de production du liège et son mode d'exploitation sont assez intéressants pour que nous les décrivions en délail.
Si Ton examine une section transversale d'un tronc de Chêneliège, on remarque en dehors du bois deux couches concentriques d'écorce. L'une d'elles, la plus intérieure, est constituée par le liber et le parenchyme cortical ordinaire que Ton retrouve dans la tige de tous les végétaux.
Cette partie constitue ce que les liégeurs appellent la mère, en raison du rôle essentiel qu'elle remplit dans la production du liège. La deuxième couche, qui forme la zone extérieure de Técorce, est plus épaisse que la précédente et constitue le tissu subéreux ou liège. L'accroissement de ces deux zones se fait d'une manière endogène, c'est à-dire que les couches les plus récentes sont en dedans des plus anciennes. C'est le contraire, comme Ton sait, qui a lieu dans Taccroissement du bois.
Lorsqu'un arbre n'a pas encore été mis en exploitation, le liège qui tapisse l'écorce s'appelle liège mâle ou liège vierge. Ce liège qui était autrefois seul exploité, a une valeur à peu près nulle aujourd'hui.
Pour mettre un arbre encore inexploité en valeur, il est néces saire de dépouiller l'arbre de son liège mâle par une opération qu'on appelle \e démasclage. Si pendant cette opération, on prend la précaution de ne pas endommager l'écorce interne, c'est-à-dire le liber (ou mère), il se forme sous la partie découverte une nouvelle couche de liège qu'on appelle liège de reproduction, liège artificiel ou liège femelle par opposition au liège naturel ou liège mâle.
Le phénomène qui se produit est très simple et n'est pas seulement spécial au Chêne-liège, il est général dans tout le règne végétal. Lorsqu'un tissu est mortifié, les cellules les plus extérieures
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meurent et sont sacrifiées; une assise profonde de cellules encore vivantes devient géuératrice en se divisant parallèlement à la surface blessée et en donnant vers Tintérieur un tissu que M. Lignier appelle épicine et vers le dehors un tissu qui est Vapocine.
C'est par ce mécanisme que se reconstitue le liège et, après une dizaine d'années, la couche qu'il forme est assez puissante pour pouvoir être exploitée.
Pour cela, on efîectue un nouveau démasclage. On commence par faire sur le tronc, à la hauteur voulue, une entaille circulaire dans récorce, en prenant soin de ne pas pénétrer au-delà de la couche subéreuse et de ne pas entamer la couche sous jacente du liber ou de la mère. Une entaille circulaire semblable doit se faire au pied de l'arbre. On appelle talon le bourrelet qui reste à la base.
Ou fend ensuite, avec la même précaution, Técorce de haut en bas, dans le sens de la longueur, puis, commençant par la partie supérieure, on fait bailler la fente avec le tranchant de la hache, et Ton détache de la mère le liège que Ton continue à soulever avec rinstrument.
Cette opération, si simple en apparence, demande beaucoup de soin. D*abord, elle doit s'eflectuer lorsque l'arbre est en pleine végétation, sans quoi on risquerait d'arracher la mère en même temps que le liège et l'arbre serait à jamais sacrifié. L'ouvrier chargé du démasclage doit, pour la même raison, êlre très adroit et très soigneux, car toute blessure faite à la mère a son retentissement sur la récolte suivante. Lorsque les arbres n'ont pas plus de 50 à 60 cm. de tour, on enlève Técorce d'une seule pièce sous forme de canon. Lorsque les troncs sont plus gros, au lieu d'une seule fente, on en pratique 2 ou 3 et, dans ce cas, le liège s'enlève par planches.
Après le démasclage, l'arbre reste dans un état maladif et sa convalescence dure jusqu'à ce qu'il se soit formé une nouvelle couverture sur la partie dépouillée et que l'équilibre de la végétation se soit rétabli.
Pendant ce temps, il est très sensible au froid, aux fortes pluies et surtout au sirocco ; aussi on ne doit démascler que des arbres vigoureux, capables de supporter Topéralion.
La première opération du démasclage ne peut se faire que lorsque l'arbre est âgé de 20 ou 30 ans et que son tronc a 40 cm. de
circonférence à 1 m. au-dessus du sol. Un Chène-liège arrive vers 50 ans à sa deuxième récolte el, à ce moment, il donne un revenu décennal équivalent à la valeur en capital d'un pin maritime de môme âge. Un Chêne de 100 ans a déjà pu fournir 7 récoltes qui peuvent être évaluées à 55 francs.
On estime généralement à 10 ou 15 le nombre de récoltes que peut donner un Chêne-liège ; lorsque l'arbre est trop vieux, il ne donne plus qu'un mauvais produit.
On a vu des bois de Chênes-liège de faible étendue rapporter jusqu'à 250 fr. l'hectare par an. Ce chiffre est tout à fait exceptionnel et, pour un bois ayant une étendue de 500 hectares au moins, on ne peut guère compter plus de 50 kilogr. de liège par an à l'hectare, ce qui fait un rendement brut de 30 fr. à l'hectare.
On connaît les multiples usages du liège en Europe. Eu Afrique mineure, les Arabes s'en servent pour faire des ruches d*abeilles et pour couvrir les habitations.
Depuis un demi-siècle, la production du liège a plus que doublé, sans cependant qu'il soit survenu une baisse notable dans le prix de vente.
Les lièges surfins s'emploient pour fabriquer les bouchons à Champagne qui valent de 1 fr. 20 à 1 fr. 50 le kilogr. ; les lièges ordinaires se vendent ordinairement fr. 60 le kilogr.
2^ Dans la région moyenne. — La principale richesse végétale naturelle de cette partie de la Tunisie est l'Alfa. Cette plante a été étudiée avec grand soin, en Algérie, par MM. Battandier et Trabut, et c'estàleurslravauxquesontpuisésles renseignements qui suivent:
V Widi (Stipa tenacissima) est une herbe vivace à rhizomes très rameux qui croît dans le Tell et sur les Hauts-Plateaux, en si grande abondance qu'elle couvre à elle seule d'immenses espaces. Les rhizomes forment des souches qui s'accroissent annuellement à leur périphérie, tandis que les parties les plus anciennes se dessèchent. Les feuilles, longues en moyenne de 50 à 80 centimètres, ont leur bord enroulé en gouttière, de sorte que l'ensemble a la forme d'un jonc, très piquant au sommet. C'est le limbe de ces feuilles que l'on utilise pour la fabrication des cordages, du papier, des toiles grossières. L'exploitation commence après l'hiver, elle dure jusqu'en juin.
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L'alfalier, muni à la main gauche d'un bâtonnet long d'environ 40 centimètres, fixé au poignet au moyen d'un brin de cuir, saisit avec la main droite une poignée de feuilles, l'enroule sur le bâtonnet et tire par saccades, les limbes se désarticulent et si quelques rameaux de la souche viennent avec, Touvrier les rejette de la main droite.
Un ouvrier européen arrache par jour de 300 à 400 kilogrammes d'alfa vert, un indigène de 150 à 200 kilogrammes, un enfant environ 50 kilogrammes.
L'Alfa ainsi récolté, est acheté par des entrepreneurs installés sur place; il est mis sécher, entassé en menions et transporté finalement dans les gares ou dans les ports. On le payait autrefois au récolteur, en vert, 4 francs les 100 kilogr. ; il ne vaut plus aujourd'hui que 2 francs et même 1 fr. 50.
La Tunisie exportait, en 1879, 33.000 tonnes ; actuellement son exportation est réduite à 14.000 tonnes. Mais une grande partie des Alfas récoltés sont mis en œuvre et utilisés dans le pays. La Tunisie exporte ainsi pour plus de 100.000 francs d'Alfa ouvré.
L'Algérie exporte 80.000 tonnes d'Alfa brut valant environ 10 millions et la Tripolitaine en exporte une quantité à peu près égale.
L'Espagne en produit un peu moins.
De grandes étendues d'Alfa sont encore inexploitées en Tunisie et ne pourront l'être que lorsque des chemins de fer permetlront le transport facile à la côte.
L'Alfa a été utilisé par tous les peuples qui ont occupé l'Espagne et l'Afrique mineure, depuis la plus haute antiquité. A Carlhagène, on en faisait des cordages pour les navires, on en tissait aussi des étofTes et l'on en confectionnait des nattc«3 et des tapis.
Aujourd'hui on utilise encore l'Alfa pour la corderie et la sparterie. Dans ce cas, l'Alfa qui ne vaut que 70 à 80 francs la tonne, peut atteindre 150 francs. Mais c'est surtout dans la fabrication de la pâte de papier qu'il trouve son emploi.
L'Angleterre en consomme la plus grande partie: elle en reçoit annuellement près de 200.000 tonnes qui fournissent environ 90.000 tonnes de papier revenant au fabricant à 45 francs les 100 kilogr.
Ce papier, de bien meilleure qualité que celui fabriqué avec la
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pâte de paille, est excellent pour l'impression et convient très bien pour les éditions de luxe et les belles gravures.
En mélangeant sa pâte avec celle do la paille, on obtient un bon papier à lettre : c'est ainsi qu'est obtenue la plus grande partie du papier anglais.
Avec l'Alfa on fait encore des natles, des balais et môme des chaussures ; par le rouissage on obtient des fibres qui peuvent être utilisées comme cordes ; enfin, peignées, filées et tissées, elles servent à confectionner des tissus qui ne résistent pas aux lessives alcalines, mais peuvent donner de superbes tentures, des rideaux et d'autres étoffes courantes.
30 Dans le Sud. — Dans la région désertique, les végétaux sont clairsemés, et rares sont les espèces qui peuvent être utiles à rhomme. Quelques arbustes du Sahara comme le Zizyphus Lotus, le Balanites œgyptiaca, le Salvadora persica donnent des fruits que mangent les nomades du désert, à défaut d'autre chose. Ils déterrent encore, pour s'en nourrir, certains tubercules et surtout un genre de Truffes déserticoles, les Terfezia, qui sont enterrées dans le sable.
A certaines époques de Tannée, on rencontre en grande abondance, à la surface du sable, les thalles d'un petit Lichen non fixé (Lecanom esculenia) qui peut être emporté à de grandes distances parle vent. Ce Lichen est comestible et on l'a regardé longtemps comme ayant constitué la manne des Hébreux,
Le Sahara est encore l'habitat préféré de quelques espèces d\icacia et notamment de VAcacia îortilis, auquel on a attribué inexactement une grande importance comme arbre à gomme. Même à Tombouctou, où je l'ai vu en grande abondance, cet arbuste ne donne qu'un produit de très faible valeur. Parmi les autres plantes du Sahara, il ne faut pas oublier les herbes et les arbustes qui fournissent la pâture au Chameau, animal si précieux dans cette région. Bien que ces végétaux soient assez nombreux et que la sobriété de l'animal soit proverbiale, les caravanes éprouvent souvent les plus grandes difficultés pour procurer le fourrage à leurs bêtes. Ceux d'entre vous qui ont lu le récit de l'exploration Foureau-Lamy, ont senti les difficultés que la colonne avait éprouvées pour nourrir ses animaux porteurs. Il fut parfois nécessaire de
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doubler et de tripler les étapes et il fallut rendurance admirable de ces hommes et leur énergie indomptable pour achever une œuvre qui fait le plus grand honneur à ceux qui l'ont accomplie.