MAMMIFÈRES
Singes. — Il n'existe pas de Singes en Tunisie. Le Magot (Inuus ecaudatus), qui se rencontre au Maroc (i) et dans certaines localités du Tell algérien (gorges de la Chifïa, Kabylie), est cité par Vogt dans la Régence, mais Lataste ni Pervinquière ne l'y ont vu ; on doit donc admettre qu'il en a disparu définitivement.
Chiroptères. — Les Chauves-souris les plus communes, tout au moins dans le nord, sont les mêmes qu'en France : on observe le Murin (Vespertilio murinus), la Sérotine (Vesperugo serotiiius), la Vispistrelle (Vesperugo Kûhli), bien reconnaissable à ses ailes bordées d'une bande blanche, TEuryale (Rhinolophus Euryale) et le petit Fer-à-Cheval (Rh, ferrum'equinum). Nombre d'autres espèces européennes, qui sont signalées en Algérie, doivent se retrouver aussi en Tunisie. Comme forme spéciale africaine, citons le Trident (Phyllorhina trideiis), qu'on a vu près de Gabcs et qui était connu déjà d'Egypte, de Zanzibar et du Sénégal.
Insectivores. — Les Taupes font défaut. Trois autres familles sont représentées :
lo Les HÉRISSONS, avec deux espèces : Erinaceus algims et t\ deserti. La première est septentrionale ; ses piquants sont entourés, vers la
(1) Il en existerait encore une peUte colonie sur le roctier de Gibraltar. dernier vestige de cette espèce autrefois plus répandue en Espagne.
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base, d'un large anneau brun et ont les côtes finement striées en travers. La deuxième habite le Sahara ; ses piquants sont cerclés de deux anneaux bruns et ont les côtes formées chacune par une série de petits tubercules.
2o Les Musaraignes comptent plusieurs espèces européennes (Crocidura araneus), à côté d*une espèce indigène (Ci\ suateolens).
30 Les Insectivores sauteurs, dont le type est Macroscelides Rozeti, sont particuliers aux régions barbaresques. On dirait des Gerboises à trompe ; ils sautent sur leurs pattes postérieures démesurément allongées, comme le font les vraies Gerboises» mais leur museau effilé et leur dentition les différencient aisément de ces dernières. Ils sont surtout répandus dans le sud.
Carnivores. — A ce groupe appartiennent sans contredit les animaux les plus célèbres^ si non les plus redoutables de la Tunisie.
Parmi les Félins, il faut citer tout d*abord le Lion [Fdis leo). Autrefois abondant, comme le prouve la grande consommation que les Romains en faisaient dans les jeux du cirque, il est maintenant très rare. 11 se rencontre encore près de Gbardimaou et dans les forêts situées entre Feriana et la vallée de la Medjerda.
La Panthère ou Léopard (/''. pardus) servait aussi aux jeux du cirque et devait être très répandue en Numidie. Comme le Lion, elle tend à disparaître, mais elle est beaucoup moins rare que lui ; elle se tient dans les mêmes localités. De 1873 à 1884 inclus, d'après les statistiques officielles, on a tué en Algérie 202 Lions, dont 173 dans le département de Constantine (environs de Guelma); pendant la même période, on tuait 1.218 Panthères, dont 704 dans la même province. Nous n'avons pas à notre disposition des statistiques concernant la Tunisie, mais ces chiffres montrent, avec une précision suffisante, quelle doit y être la proportion relative de ces deux grands Félins, qui sont d'ailleurs l'objet d'une chasse active.
Le Chat ganté (F. lybica, Kotelkla des Arabes) s'observe du Maroc en Egypte, d'où il remonte jusqu'en Nubie et en Abyssînie. En Tunisie, on le trouve du littoral au Sahara.
Le Serval ou Chat-Tigre (F. Serval), qui habite l'Afrique entière et qui est assez commun en Algérie, ne peut manquer en Tunisie, où il n'a pas encore été signalé.
Les Lynx sont représentés par le Caracal (Lynx caracal), qui n'a
pas plus de G7 cm. de longueur et est, par conséquent, plus pelit que son congénère européen. Ses grandes oreilles noires et pointues, surmontées d'un pinceau de poils raides, ses hautes pattes, son corps svelte et maigre le font reconnaître au premier coup d'œil. il ne sort guère des régions arides, où il se cache, pendant le jour, dans les rochers, les grottes et les buissons. 11 ravage les basses-cours et s'attaque même aux Chiens de garde. Il est fréquent en Algérie et se trouve aussi en Tunisie ; Pervinquière m'a dit ravoir vu à Tébessa et à Souk-el-Djemma.
Le Guépard (Cynailurus guttatus, fehed des Arabes) est le dernier Félin que nous ayons à citer. Il est répandu dans tout le Sahara ; on Tobserve au sud des chotts. C'est un superbe animal, au pelage fauve tacheté de noir ; on l'apprivoise sans trop de peine et on le dresse pour la chasse de la Gazelle.
Au premier rang des Canidés, on doit placer le Chacal (Canis aureus), le zib ou[belka8Soun des indigènes. Très commun dans les régions montagneuses, il devient rare ou même fait défaut dans le désert. Ses mœurs sont biens connues, ainsi que les ravages qu'il exerce ; il est inutile de nous y attarder.
Le Renard d'Algérie (Canis niloticiis, thaleb) peut être aisément confondu avec le Renard d'Europe (Canis vulpes), auquel il ressemble beaucoup ; mais certaines particularités des os du crâne l'en distinguent. Il se trouve du Maroc à la Haute-Egypte ; il n'est pas commun en Tunisie, où il a été vu dans la région de Gafsa et de Metameur.
Le Fennec (Canis cerdo ou Megalotis cerdo, fenek), n'a pas plus de 65 cm. de long, queue comprise ; sa hauteur au garrot n'est que de 20 cm. ; sa petite taille et ses grandes oreilles ne permettent do le confondre avec aucun autre Carnassier. Il est doué d'une finesse et d'une agilité extrêmes. On le trouve dans tout le Sahara et jusqu'en Egypte, Arabie, Nubie et Kordofan. 11 se laisse assez facilement apprivoiser.
Parmi les races de Chiens domestiques, le Sloughi mérite une mention spéciale. Ce magnifique animal ressemble beaucoup à nos Lévriers, mais il est plus grand et plus svelte. On le rencontre très fréquemment dans les douars du sud ; on s'en sert pour chasser le Sanglier et le Lièvre. Fr. Cuvier a décrit sous le nom de Canis anthus le Chacal svelte qu'il considérait comme une espèce distincte ;
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voulu y voir la souche des Sloughis, mais rien n'est moins vé que cette opinion.
s Hyénides sont représentés par une seule espèce, THyène 3 {Hysena hyœna, debaâ), qui est très répandue dans le nord de ique. Cet animal immonde, de mœurs nocturnes, se nourrit lairement de charognes; poussé par la faim, il s'attaque aux peaux de Moutons et de Chèvres ; Pervinquière l'a vu assaillir î, mais il n'attaque jamais l'Homme. Les indigènes considè- THyène comme un animal impur ; ils ne la tuent pas à coups isil : elle rendrait impure l'arme qui aurait servi à cet usage. ) un réel courage, ils vont la chasser jusque dans son repaire, t pour toute arme un vieux tapis qu'ils lui jettent sur la tête et cordes pour la ligotter ; ils l'entraînent ensuite vers le douar, îs femmes et les enfants la lapident.
1 Genette (Genetta genetta) et la Mangouste (Herpestes ichneu- I représentent les ViVERRmÉs. L'une et l'autre se rencontrent i dans le sud de l'Europe. Le pourtour de l'anus est pourvu de des volumineuses qui produisent une substance très odorante, renette se tient dans les montagnes boisées et descend raret dans la plaine ; c'est un élégant animal, de mœurs nocturnes, 'apprivoise et on la dresse à la chasse des Souris et des Rats, ineumon ou Mangouste, encore appelé Rat de Pharaon, était idéré par les anciens Egyptiens comme un animal sacré; il ge les basses-cours. La Civette (Vivei^ra civetta), que l'on tient aptivité en Egypte, pour en extraire le viverréum, ne semble îxister le long de la côte méditerranéenne, ifin, à la famille des Mustelidés se rapportent trois espèces méritent encore d'être signalées : !<> une Loutre, que la plupart auteurs croient identique à celle d'Europe (Lutra kitra), mais Lataste considère comme distincte et décrit sous le nom de a angustifrons \ elle est répandue en Algérie et a été capturée i en Tunisie, sur les bords de l'Oued-el-Kebir ; 2o une Belette orius africanus), très voisine de celle de France ; 3** un Zorilie lonyx libyen), qui habile les déserts et est également connu ypte et d'Abyssinie.
IS Ours ont vécu en Barbarie, à une époque assez récente, mais ont actuellement éleints ; aussi VUrsus Crowtheri, admis et dépar Schinz en 1844, est-il simplement une espèce fictive.
ZOOLOGIE ISii
Rongeurs. — Le Lérot d'Europe (Eliomys quercinus) se trouve dans toute la Barbarie ; en Tunisie, il s'avance jusqu'à Melanieur. La Souris (Mus mtisculus) descend jusqu'au Sahara, où elle devient plus fine et plus claire de robe, présentant l'aspect que Blylh a cru pouvoir attribuer à une espèce distincte (Mus bactrianus). Le Surmulot (Mus decumanus) et le Rat noir (Mus rattus), ou du moins sa variété alexandrinus, sont partout très répandus. Le Rat strié [Mus barbarus), au pelage orné de dix stries noires longitudinales, se rencontre également. On devra observer aussi le Mulot (Mus sylvaticus), qui n'est point rare en Algérie.
En outre des animaux précédents, rangés dans le genre Mus, la fa mille des Muridés est encore représentée par deux genres spéciaux :
1" Les Gerbilles (Gerbillus), qui ont l'aspect de petits Rats ou de Souris à poil fin et soyeux. Deux espèces certaines : G. hirtipes, qui habite les régions désertiques, d'Algérie en Egypte, et G. campestris, qui se trouve dans les mêmes régions, mais semble remonter davantage vers le Nord. A ce même genre se ratlaclient d'autres lormes qui sont connues d'Algérie (G. Duprasi, G. gnrmnnntis et G. Simoni),
2o Les Meriones, qui sont gros et trapus et ressemblent à de petits Lapins : comme ceux-ci, ils creusent des terriers. Us se tiennent dans les pays arides ; dans le Sud, par exemple vers Gafsa et Tozzeur, la route est criblée de leurs terriers. Trois espèces : M. evfithrurus, qui s'étend jusqu'en Perse ; M. Shaui, qui n'est pas rare dans le Nord ; et M. ohesns, que l'on connaît aussi de Palestine et de la Haute-Egypte.
Les DipoDiDÉs sont au nombre des curiosités de la faune barbaresque : pourvus de très longues pattes postérieures et d'une queue longue et forte qui leur sert de point d'appui, ils ont l'attitude et la marche sautillante des Kangourous d'Australie. Us habitent les steppes et les déserts ; ils s'abritent dans des terriers peu profonds et se nourrissent de tubercules et de racines. On en distingue trois espèces: la Gerboise (Dipws ;ac?//u5), qui est répandue depuis le Maroc jusqu'en Palestine et en Arabie, est la plus commune ; les deux autres sont D, hirtipes et D. Darricatrerei.
Le Gundi (Ctenodactylus gundi) constitue une fnmille spéciale, celle des Cténodactylidés. C*est un gros Rongeur, qui a l'aspect et le genre dévie de la Marmotte. Il est fréquent dans le Sud ; il vit
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au milieu des grands amas de pierres, sur les montagnes et parmi les ruines.
Le Porc-Epic (Hystrix cristata), appelé dorban ou seufj par les indigènes, est commun dans les montagnes ; on le rencontre à Feriana et jusqu'au voisinage de Tunis. On sait que cette espèce vit également dans le Sud de TEurope, en Asie Mineure et jusqu'au Beloutchistan ; il remonte aussi jusqu'en Abyssinie.
Les LÉPonmÉs ne comptent qu'une seule espèce, le Lièvre (Lepus œgyptius, ameb, lemab) ; il diffère de celui d'Europe ; il s'étend depuis l'Algérie (et sans doute aussi le Maroc) jusqu'en Arabie et en Ethiopie. Le Lapin (Lepus cuniculus, gounine) s'observe dans le Tell algérien, mais n'a pas encore été vu dans la Tunisie continentale ; en revanche, il pullule dans certaines lies où il a été introduit, notamment dans celles de La Galite, de Djezeïret-Djamour et de Couigliera (1).
Bisulques. — Une seule espèce, le Sanglier (Sus scrofa, hallo\if)i elle abonde dans tous les endroits boisés et marécageux, par exemple dans la forêt d'Aîn Draham et dans celle des Ouchteta. Grâce aux luttes qu'il doit livrer au Lion et à la Panthère, le Sanglier de Tunisie a acquis une férocité et une vigueur qui le rendent très dangereux.
Ruminants. — Trois familles distinctes représentent ce groupe important de Mammifères :
Aux Cervidés appartiennent deux espèces. Le Cerf (Cervus elaphus) n'est pas rare au Nord-Ouest, vers La Galle et Tébessa, et au Sud-Est, où on le rencontre vers Gafsa et Tozzeur ; il ne fréquente pas seulement les forêts, mais aussi les plaines dépourvues d'arbres. Sa robe mouchetée, même à Tâge adulte, pourrait légitimer l'opinion de certains naturalistes qui ont voulu en faire une espèce distincte, sous le nom de Cei^vus corsicanus. Le Daim (Cervus dama) n'est pas fréquent; il habite les forêts de la Kroumirie.
Les Antilopidës ou Ruminants à cornes creuses et non caduques nous offrent deux groupes principaux : celui des Moulons (Ovi$\ et celui des Antilopes. Aux premiers appartient le Mouflon à man-
(1) Celte dernière fie doit son nom au Lapin, en italien Coniglio, en vieux français Conil.
chettes ou Ami (0. tragelaphus), qui est répandu d'Algérie en Egypte. Il vit par troupeaux dans les montagnes du Sud et s'y montre assez abondant; presque tous les samedis on en apporte au* marché de Fériana. Le Mouton domestique (0. aries) est représentépar la variété à grosse queue, que l'on connaît aussi en d'autres contrées de TAfrique orientale et en Asie. L'appendice caudal devient le siège d'un dépôt graisseux tellement abondant, que l'animal en est souvent gêné dans sa marche. On voit parfois, dans les marchés du Sud, des Moutons amenés des oasis sahariennes, chez lesquels la laine est remplacée par un poil raide et grisâtre comme celui de la Chèvre : cette curieuse transformation du pelage résulte d'une adaptation à la température très élevée du pays où sont nés les animaux qui la présentent.
La Gazelle (Gazella darcas) est commune dans le Sud. D'autres Antilopes, moins fréquentes, peuvent aussi se rencontrer dans le Sahara, notamment le Bubale (Alcelaphus bubaUs)ei l'Addax (Addaw nasomaculatus).
Le Dromadaire ou Chameau à une bosse (Cameliis dromedarius)^ qui représente la famille des Camélidés, est trop connu pour nous arrêter longtemps. On en distingue deux races, dont Tune, à proprement parler, n'appartient pas à la Tunisie :
!• Le djemel ou Dromadaire vulgaire; sur les hauts plateaux et dans le désert se rencontre une variété de grande taille, dite ouledhdir, que sa sobriété et sa résistance à la fatigue font rechercher de préférence pour les caravanes ;
2° Le méhari ou bischanm, Chameau de course que seuls possèdent les Touaregs et quelques tribus du Sahara.