‹ La Tunisie de début de XXme siècleChapitre 8 sur 39 · MINES · texte numérisé non relu

MINES

Maintenant que nous connaissons les principaux terrains, voyons quelles ressources ils peuvent nous fournir. A ce point de vue, deux produits prennent une importance capitale en Tunisie et éclipsent entièrement tous les autres; ce sont les minerais de zinc et les phosphates de chaux.

Le minerai de zinc consiste en carbonate et silicate confon dus sous le nom de calamine. Cette calamine affecte du reste des aspects très variables ; elle est tantôt terne et compacte, tantôt vacuolaire et légère, tantôt mamelonnée et translucide; c'est un des minerais les plus polymorphes et par suite des plus difficiles à discerner. Sa richesse, très variable, oscille entre 15 et 50 o/o. Elle est fréquemment associée à la galène^ c'est-à-dire au sulfure de plomb argentifère, qui peut renfermer jusqu'à 75 o/o de métal. Les gîtes calaminaires de Tunisie sont tous situés dans des calcaires ou des marnes, d'âge généralement jurassique ou crétacé, et au contact du Trias ; — les exceptions à cette règle ne sont sans doute qu'apparentes. Il existe actuellement 12 concessions ayant pour objet Texploitation du zinc et du plomb. La plus ancienne est celle du Djebel Reçass, dont le nom signifie précisément montagne de plomb, qui était déjà en activité lors du voyage de Peyssonel en 1724. On voit du reste, au flanc de plusieurs montagnes (Dj. Zrissa, Kht. el Mouhad, Sidi Youssef), des travaux beaucoup plus anciens, que Ton attribue généralement aux Romains; ceux-ci ont extrait tout le minerai de plomb, mais ils ne paraissent pas avoir su tirer parti de la calamine, qu'ils ont laissée intacte. Parmi les concessions importantes, je citerai celles du Zaghouan et du Bou Djaber, qui ont fourni des produits très riches, mais qui ont déjà dû

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arrêler leurs travaux, puis celles plus prospères du Khanguet et Tout, de Sidi Ahmed, de Sidi Youssef. De 1893 à 1899, la productiou aonuelle des mines de zinc tunisiennes a varié entre 17.750 tonnes et 24.370 tonnes. Q lant au plomb, la quantité extraite en 1899 a été de 5.224 tonnes. J'ajouterai enfin, que d*après les statistiques les plus récentes, la Tunisie occupe le septième rang parmi les pays producteurs de zinc.

Le fer existe en divers points de Tunisie, notamment dans les Nefzas, où deux grandes concessions ont été accordées, mais aucune exploitation n'a encore été tentée. Le minerai se présente sous forme de lentilles d'hématite rouge et brune, manganésifère, interstratifiées dans les grès de lEocène supérieur; leur teneur en métal atteint 55 Vo. Au sommet du Djebel Zrissa. dans les calcaires du Crétacé inférieur, on remarcjue égalemen t une puissante lentille d'oxyde de fer à teneur très élevée, mais le manque de tout moyen de transport en a empêché l'exploitation.

Quant au cuivre, ou ne le trouve qu'à Tétat de mouches, sans valeur industrielle (Dj. Klab, Zrissa, Azered, Hamra).

Mais la substance à laquelle la Tunisie doit son importance minière est inconstestablement le phosphate de chaux, dont les immenses amas ont été découverts par M. Philippe Thomas, vétérinaire principal de Tarmée. L'histoire de cette découverte vaut d'être brièvement contée, car elle prouve Tutilité de la géologie et montre comment de recherches purement scientifiques peuvent découler des résultats pratiques de la plus haute importance. Lorsque, en 1885, M. Ph. Thomas fut adjoint à la mission d'exploration de la Tunisie, il se proposait seulement d'étudier dans son ensemble la géologie du centre tunisien, rôle auquel l'avaient admirablement prép:iré ses nombreux travaux sur TAIgérie. C'est ainsi qu'il fui amené à explorer la chaîne qui s'étend entre Gafsa et Tamerza et qu'il eut le plaisir d'observer, pour la première fois, les dépôts de phosphate de chaux qui se développent sur les deux versants de la chaîne. C'est au Klianguel es Seldja (Cv^. 23 24), k 50 km. à l'ouest de Gafsa, que fut faite cette importante découverte, le 18 avril 1885, journée mémorable, car elle fut l'aurore de la transformation de toute une contrée. L'aule;ir aperçut immédiatement la portée éco-

GEOLOGIE OO

nomique de sa découverle et il la Ql connaître par une communicalion à rAcailémie des Sciences, faile le 7 décembre 1885, dans laquelle il iniîquait nettement l'extension des phosphates de chaux dans toute la chaîne du Seldja et jusqu'au delà de la frontière algérienne. Dès lors, M. Thomas se consacra exclusivement à la poursuite de ce précieux niveau phosphaté, et, dans une deuxième communication à rinslitut, en date du 9 mai 1887, il en signala la présence dans les Djebel Sehib et Rosfa, Khechem Artsouma, Nasser Allah et dans le centre de la Tunisie, à la Kalaat es Snam. Mais il ne s'en tint pas là. D*après les observations déjA ancien nés quH avait faites en Algérie, il annonça que les phosphates devaient exister au sud de Boghari, ce qui a en eQet été vérifié. Enfin, les phosphates de Tébessa furent

reconnus sur ses indiea- pj^ «. ^e Khanguel es Seidja • rouest de Galsa lions expresses. C*eSt donc (U barre du crétacé supérieur.)

à M. Thomas que revient

exclusivement la gloire d'avoir découvert, non seulement presque tous les gisements de phosphates de chaux de Tunisie, mais aussi ceux d'Algérie.

La chaîne de Gafsa-Tameiza (qui porte les différents noms de Dj. Tefel, Dj. Seldja, Dj. Blidji, etc.), est constituée par une voûte régulière de calcaires du Crétacé supérieur et recouverte sur ses deux flancs par les couches éocènes. Au Khanguet es Seldja, où les strates sont-preKiue verticales, le phosphate est intercalé au milieu de marnes noirâtres et de calcaires lumachelles. Il se présente sous deux aspects: en nodules de grosseur variable, à patine noire, brillante, dont la teneur p^ut s*élever jusqu'à 70 o/o,

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OU bhû à l'élat de phosphate calcaire. Ce dernier esl une roche grisai re ou verdâtre, grenue, un peu sableuse et friable. Dans toutes ces couches, les fossiles sont nombreux ; parmi eux, je me bornerai à citer une huître giganstesque, qui est très caractéristique. En outre, dans le phosphate même, on rencontre des dents de squales, des vertèbres et fragments d'os longs de divers reptiles, parmi lesquels

Fig. 24.— Le Foiim es Seldja (La barre éocèue; le niveau à phospbale de chaux est au pied de ces calcaires.)

un crocodilien, auquel on a appliqué le nom significatif de Crocodilus phosphatictis ; on y a aussi trouvé une belle tète de tortue. Le microscope permet de voir en outre de nombreux débris d'êtres organisés, et surtout, comme Ta montré M. Cayeux, une quantité prodigieuse de carapaces d'algues inférieures, du groupe des Diatomées, On aurait donc là un véritable tripoli phosphalisé, une boue à Diatomées modifiée dans des conditions qui n'ont pu être entièrement précisées.

Cependant nous pouvons nous représenter à peu près de la manière suivante le mode de formation de ces dépôts : sur remplacement de la chaîne actuelle, existait une lagune très peu profonde, qui pouvait même s'assécher entièrement, ce qui donnait naissance aux petits lits de sel et de gypse qu'on observe. Dans cette lagune, où pullulaient les Diatomées, la vie ani-

maie n'était pas moins exubérante. Tous ces animaux, dont nous ne connaissons qu'un très petit nombre par les débris qui en ont subsisté sous forme de dents de poissons ou de vertèbres de reptiles, contenaient une certaine proportion de phosphate de chaux, aussi bien dans leurs tissus mous que dans leurs os. Après leur mort, ce phosphate était mis en liberté, entrait en solution grâce à la présence de carbonate d'ammoniaque provenant de la décomposition' des tissus, puis était précipité de nouveau par attraction autour d'un grain de calcaire ou d*une particule de matière organique, peut-être de ces algues microscopiques dont nous constatons Tabondance. Cependant M. Cayeux ne croit pas que les Diatomées aient joué un rôle actif dans la formation du phosphate. Assurément il y a encore des recherches nombreuses à faire sur ce point, mais ce qui parait certain, c'est la profusion d*étres qui peuplaient la lagune et aux dépens desquels se sont formées ces prodigieuses accumulations de phosphate. Ces dépôts ont pu s'enrichir ullérieuremenl par dissolution du carbonate de chaux associé au phosphate, mais ce phénomène ne parait pas avoir joué un grand rôle dans le cas présent.

Quoi qu'il en soit de l'origine des phosphates, leur importance industrielle est énorme, puisque l'agriculture en consomme des quantités de plus en plus considérables et que nous sommes, à l'heure actuelle, tributaires de l'Amérique dans une large mesure. Aussi M. Ph. Thomas, ce savant modeste autant que désintéressé, puisqu'il ne retira aucun avantage matériel de sa découverte, chercha t il à en faire profiter ses concitoyens. Et cependant, il fallut dix ans avant qu'on se décidât à tirer parti de ces colossales richesses. Enfin se forma la Compagnie des phosphates et du chemin de fer de Gafsa, à laquelle fut donnée une vaste concession et divers avantages, à la condition de construire à ses frais un chemin de fer entre Sfax et Gafsa (250 km.). La ligne dépasse même un peu Gafsa et se rend à Metlaoui, où se trouve l'exploitation. Celle-ci porte sur les deux couches, les plus riches parmi les sept qui ont été reconnues, car Timportance du gisement est telle, qu'à l'expiration du privilège de la Compagnie, c'est à dire dans 60 ans, la majeure partie du gîte sera encore intacte. En effet, le flanc sud de l'anticlinal renferme à lui seul 5 millions de tonnes de minerai riche, valant au moins 30 millions de francs et la totalité de

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celte précieuse matière accumulée dans la régioa de Gafsa paraît dépasser 30 milions de tonnes. La composition est du reste très coDstaote à Metlaoui. La l^^ couche titre de 59,5 à 60,5 o/o de phosphate tribisique de chaux; la 2°*« couche de 62 à 63 o/o. Le phosphate extrait de ces deux couches est mélangé, aussi la richesse moyenne est voisine de 60 Vo. L'exploitation est désormais en pleine activité et nécessite ptus de i ;iOO ouvriers. La première année (1893), la O-'de Ga(sa a livré' 70.000 tonnes de phosphate, 170.000 tonnes en 1900, 180 003 Utkues en 1901 et la productio:i prévue pour 1902 se monte à 300w0)0 tonnes (1).

J*ai parlé un peu longuement des phosphates de Gafsa Metlaoui, parce que ce sont les seuls exploités à l'heure actuelle, mais il en existe d'autres dont Timportance est loin d*élre négligeable. Ains^ la Kilaat es Snam ((ig. 1) repose sur un lit phosphaté, épais de 1°^60. La roche est grisâtre, renferme de petits nodules et accuse une teneur de 59 60 <>/».; enfin le tonnage exploitable n*est guère au-dessous de 9 nnlHons 4e tonnes. La richesse est à peu près la môme à la Kakat el DjerJa; miis les conditions d'exploitation sont moins ifavorablfis. A;u Chaketma, le phosphate forme une roche noire et dure d'»specL tout diliérent, dont la teneur, uu peu variable, peut- atteindre 60 o/o (2).

J'ajouterai enfin que des phosphoriles existent en plusieurs points de Tunisie et (Jue leur titre atteint 70 et 80 o/o. Malheureusement les gisements en sont très irréguliers; les plus notables sont ceux du Dj. Zaghouan et du Dj. Reçass.

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