‹ La Tunisie et l'œuvre du Protectorat françaisChapitre 47 sur 52 · BOITE AUX LETTRES DANS LE KSAR DE MEDENINE · texte numérisé non relu

BOITE AUX LETTRES DANS LE KSAR DE MEDENINE

de Tozeur, elles couvrent de leur ombre plus de 1 .800 hectares, sur lesquels vit une population de 15.000 indigènes.

Tozeur n'a pas l'aspect ordinaire des villes arabes. Un grand nombre de maisons y sont construites en briques. (( Ces briques, formant des portes en ogive mauresque, des corniches, des frontons, des moulures, dessinant en saillie des cari'és,des losanges, des

U) Emile Violard, op. cil.

lignes brisées disposées parfois en arabesqnes capricieuses, constituent le côté original de cette architecture du Djerid. »(''

Plusieurs de ces maisons renferment de riches panneaux de vieilles faïences. A côté de ces habitations relativement luxueuses se trouvent les pauvres maisons sahariennes en mottes de terre séchées au soleil et cimentées avec de la boue. Plus de 400.000 palmiers ombragent les jardins de Tozeur, mais tandis qu'à Djerba, Gabès et Gafsa le climat ne permet pas la production des dattes de clioix,ici 14.CXX) arbres fournissent au commerce la fameuse datte dcf/Iat cnnour.

Cette luxuriante végétation est due à la présence de près de deux cents sources jaillissantes; mais les sables, s'étendant comme un linceul de mort, menaceraient l'existence même de l'oasis si des travaux de protection n'arrêtaient leur marche envahissante.

Les habitants deïozeur etde l'oasis, en majorité Perbères, nègres ou mulâtres,'-' ne sont pas tous employés à la culture des jardins. Un certain nombre fabriquent, comme les Gafsiens, des tissus renommésTozeur. est le grand mai'ché du Djerid et, par suite, un centre très important pour la perception de l'impôt. Le temps est proche où elle sera reliée à Gafsa par une voie ferrée. Une convention passée entre l'Etat et la Compagnie des Phosphates fixe les délais dans lesquels devra être construite la nouvelle ligne. Les conditions de la vie agricole s'en trouveront sensiblement modifiées, et les nouvelles facilités ofTertes au commerce des dattes auront pour elïet l'extension certaine des plantations. L'eau ne fait pas défaut cl la stérilité des sables n'est qu'apparente. Partout où lliumidité est suffisante et où les rayons du soleil sont tamisés ]>ar la verdure protectrice des palmiei's, l'abondance des recolles est assurée. Mais à quoi bon des produits aboiulanls si les di'houcTiés commerciaux n'existent pasV Le clicmin de Ici- |ii('\ii i't''p(tiid à ces |ir(''()ccupations et contribuf'i'a ;'i d(''V('l(i|»p('r r;ij>id('nicnt l;i torlunc pidili(|U(' dans Ion! le Djerid.

(') V'ai.I'.ry Maykt : Voyaye dans le sud de la Tunisie.

(-) On constatf,' do f»lus en plus dans rortaincs oasis l'iiupintancc des |iln-inimènes <lo nigrilisalion. Soûls, on ollVi, jos ni''j:res cl niulâlros ivsistciil au un'ui'trior «-jiniat du «pays il»- la divic».

Le passé nous est du i-esLe un sur garant de Tavenir, car l'occupation romaine a laissé là-bas des traces 1res visibles. Nous savons aussi que plus tard Tozeur devint la capitale du pays de Kastilia, c'est-à-dire de toutes les oasis avoisinant les grands chotts tunisiens. Sa richesse attira maintes fois les conquérants. Elle futravagée au xie siècle par les nomades hilaliens ; mais, au xiv=, ellecomptait, dit-on, 100. 000 liabilants et avait des savants réputés dans tout

LA SOrUCK Di: KKDILLl

l'Islam. A partir du wi^ siècle, Tozeur cesse d'avoir une physionomie à part dans la Tunisie du Sud. Elle ])aie les impôts régulièrement aux Turcs, puis aussi aux beys husseïnites. En 1881, elle a été occupée sans résistance, et depuis lors ses habitants, comme les peuples heureux, n'ont plus d'histoire.

A quelque vingt kilomètres au sud-ouest, l'oasis de Nefta borde les solitudes sahariennes. Moins riche, mais à peu près aussi étendue que celle de Tozeur, elle possède 200.000 palmiers qui fournissent aux villes du littoral des fruits très renommés. La ((corbeille»

de T^efta est justement célèbre, car rien n'est plus pittoresque que cette verdure intense formant le fond d'un immense entonnoir de sable dont les parois, mobiles sous l'effort du vent, semblent une menace constante pour la vie et les biens des habitants de l'oasis.

Non loin du Djerid, les oasis du Nefzaoua, c'est-à-dire Kebilli, Zarzine, Douz, Sabria, ont des caractères analogues aux régions précédentes, mais elles sont dans une situation économique très précaire.

«Jadis tout ce pays était peuplé et prospère,'" il était regardé comme le jardin du Djerid, dit iM. Emile Violard, et les dattes fournies pai- ses palmeraies avaient une gi'ande renommée. Aujourd'hui, les palmeraies s'ensablent, et malgré l'abondance de l'eau qui i-uisselle des mamelons et couit, limpide, au pied des oasis, le Nefzaoua est une contrée lamentable, désolée, où partout la moit plane. Dans la cuvette de (|uarante-cin<] kilomètres d'étendue, au milieu des sebkha scintillantes, agonisent une cincjuantaine de pauvres villages «'U p;irti(' ;iband()nnés ou en ruines, et sous les huttes des oasis on ne rencontre (jiie des nègres ou des métis mju'ions, pi-oduils d'esclaves libéi-és, mélangés à In race berljèi-e. Les habitants du Nefzaoua fuient ce pays malsain, réceptacle de toutes les lièvres, et vniii |)l;mter leurs tentes dans la l'c'gion des dunes. » '-' Ces (|iiel(|iies ligues suldsenl ."i ("laldir combien était nécessaire ren(|ur'le léeemment faite pai- le Gouvernement du Protectorat sur la situation économi(jue des régions tunisiennes les plus proches du désert. Elles soulignent également les diflicultés de tous genres avec lesquelles se trouvent aux prises les agents des Forêts et attestent la gr-andeur de l'o'uvre sociale accomplie dans ces lointains parages par les ofliciers qui forment le cadre des « AlTaii-es Indigènes )^ Partout où cela a été possible, ils étudièi-ent att(Mitivemenl répof|uc de la colonisation i'oni;iine. mirent à nii.avee le eonceiu's de la Direction < les A ni iquili'-s, les vestiges enterrés de gigantes( pies travaux

H) Los Romains et l«'S Byzjnitiiis •■ui-.-nt un ::i-aiiil ii lu-.- de pnst.'s iiiililaiifs

dans l'nxtrême Sud. Les nombrousos ruinos cncon- ilt-ljoiit atlcslcnt aussi iini- [•orlancr- économi(|uc des oasis à cette époque

i'^) KMn.i', V101.AKH : L'I'Jxtr/^tiie SuilTunisirn . I{;iji|.m|| à M.l,. I;.'siii.>iit C.MKTal S. Pirlion.

exécutés par nos devanciers et résolurent d'attacher au sol les tribus vagabondes, en copiant simplement les Romains.

« Alors, on releva les barrages et on en construisit de nouveaux qui retinrent la terre végétale entraînée des montagnes par les eaux pluviales; on fora des puits, on établit des citernes, on dirigea le cours des oueds; on planta, dans les cuvettes irrigables, des arbres de toutes essences, et sur ce pays qui peu à peu reverdit et renaît à la vie, les grands nomades, étonnés, s'arrêtèrent et se traufformèrent en demi-nomades, tandis que les montagnards et les ksouriens, que l'aridité du sol chasî^ait périodiquement de leurs territoires.

uiLi^.

^-HJS^&J

MliUENINE : \ TE GICNiaiALH DES « RIIOIU'A »

redevinrent ce qu'ils furent il y a des siècles, des agriculteurs et des sédentaires. »(''

Un mouvement d'échanges de plus en plus actif relie toute cette région à Gafsa, à 200 kilomètres à l'ouest de Sfax, par la voie ferrée. La ville, bâtie sur un plateau voisin du djebel Assuhdi et du djebel Ben-Younès, compte une population de 5.000 habitants environ, dont 200 Français. Elle est entourée d'une oasis qui apparaît brusquement quand on ariive sur les berges de l'oued I>aiah. Le caractère désertique de la région est plus nettement mariiué quîx (lal)ès. Les palmiers sont plus verts, les sables sont plus jaunes. Sous le

(') Emile Yxolaru, ibiil.

dôme formé par 30.000 dattiers, coulent les eaux chaudes'(30o) de plusieurs sources vauclusiennes. Les trois principales sortent de terre au milieu de la ville et se répandent ensuite dans les jardins par un habile système de canaux. Bien qu'un peu magnésiennes, elles fertilisent le sol et permettent la culture des légumes, plantés fourragères, arbres fruitiers. Tandis qu'à Gabès le palmier dresse ordinairement un fût isolé, à Gafsa il pousse toujours en massif et parfois sa hauteur dépasse cinquante pieds.

(•OMMLNT ON LABOlKIi DANS LE SIU)

i.a découvci'tc des gisciiicnls plios|ili;tli('rs du Mclhumi, ;'i (pianuite-ciiiq kilomètres de (lafsa, poinl Imniinis du clMMiiin de Ici- de Sfax, est venue modifier les conditious (''coMomi(|ues de l'oasis et raspeclgén(''ral de l;i petite agglomération. Dans la ville indigène se dresse une casjja haute de \iugt-cin(| mètres, d'iui style arabe assez élégant,, (jnaiil au dai-ej-bey, il a été eutièi-einenl li;"iti, a\ec des dc'-bris anti(jues,sur l'en i|»lace ment des anciens thermes loniains. l'n (piarliei- europ(''en a ('-tt'' rf'eennuenl crt'-f'', et (lal'sa, d(''ià centre mililaii'e impoi'tanl, devient une plaec de cDinnieree. Il v a du reste nue industrie l(»ca le, celle de la lalu'icat ii m des burnous et des cou-

vertures, à laquelle s'ajoute maintenant le mouvement des caravanes qui viennent porter au chemin de fer les dattes du Djerid.

L'ancienne Cap^a nous a été décrite par Salluste. Détruite par Marius pendant la guerre de .[uyui'Lha,elle n'était pas encore relevée sous Auguste. On la retrouve comme municipe sous Hadrien, et elle est mentionnée avec le titre de colonie sur la Table de Peu-

DISTRIBUTION POSTALE DE HACHACH (MATMATAJ

tinger. Les Byzantins en firent une de leurs principales forteresses. Occupée par les Arabes dès la première invasion, elle résista à toutes les attaques des nomades hilaliens (xi^ siècle). Un prince almoravide des îles Baléares qui parcourut en vainqueur la Tunisie, Ibn Ghania, s'en empara à la fin du xiF siècle et en chassa le gouverneur almohade. Jusqu'au xiv^ siècle, Gafsa obéit plutôt à des chefs locaux qu'aux souverains de Tunis, mais paie cependant l'impôt que vient chaque année recueillir une petite armée commandée par l'héritier du bey régnant. Aujourd'hui, elle est la paisible rési-

(lence d'un contrôleur civil et joue un rôle actif dans la vie économique de la Régence depuis que la locomotive s'arrête non loin de ses murs.

Ainsi donc, rien de plus opposé comme aspect que la Tunisie du Sud et les riches contrées de la Medjerda et de l'oued Miliane. Les campagnes de la Régence offrent partout une infinité de sites et de paysages variés, depuis le bled sans arbres de Kairouan jusqu'aux vallées ombreuses de la Khroumirie, mais c'est h Gabès, à Djerba ou dans les Matmata que l'œil est le plus fortement impressionné par les jeux de lumière et la crudité des tons. La mer, le ciel, les oasis et les sables forment un ensemble qui laisse dans l'esprit une impression inclïaçable de beauté grandiose et d'éternelle fécondité.

Page 1