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L'ADIEU DES CHOSES

aux maisons de neige, sous les remparts d'Hammamet,la cité des colombes, devant l'immense golfe tout frissonnant d'azur et d'or.

Kairouan m 'apparaissait aussitôt avec ses minarets, ses coupoles et ses tombeaux, couvrant la terre aussi loin que mes regards pouvaient porter.

Mais le cœur sanglant de Mahdïa, image de l'éternelle souffrance humaine, toujours traversait le ciel. Les gouttes sanglantes tombaient des nues, passaient dans les rayons du soleil et rougissaient les villes, les rivages et les plaines.

C'est que la grande loi de douleur est partout, et, où que l'on soit, dans les terres ensoleillées ou sous les brumes, le décor seul change, les passions sont les mêmes, les souffrances égales et l'homme toujours se débat, étreint par la fatahté.

Et alors je me souvenais du muezzin, de cette voix qui semblait venir des espaces célestes pour fortiGer les cœurs. Partout où j'ai vécu, partout j'ai vu souffrir, et la même idée d'un monde futur de compensation et de justice a dominé.

Partout j'ai retrouvé le même espoir en l'au-delà et j'ai entendu murmurer les mêmes prières à cette puissance éternelle, devant laquelle l'humanité se courbe depuis le commencement. . .

... Je reprenais la mer, j'abordais dans les oasis immenses, scintillantes comme des pierreries et j'entendais les rugissements des Aïssaouas et les grondements de leur musique sauvage.

Traversant, dans ce songe, le désert de l'Araad, d'étranges regards me fixaient avec terreur. Où les avais-je donc déjà vus ces regards d'effroi? Je me souviens maintenant, ils me donnèrent le frisson.

Et j'allais dans les régions désertes, calcinées par le soleil,. brûlées parle vent. Oh! ce vent, j'en sentais encore le souffle maudit !

J'étais ensuite dans une caverne silencieuse au milieu des troglodytes. Je quittais cet antre par un vent de fournaise, étouffé par le sable sous un ciel où se ti'aînait un soleil mourant. Puis, je reprenais la mer et je gravissais une cime où sommeille une cité romaine, écoutant un joueur de flûte dont la mélopée douce et plaintive se perdait dans l'ombre frêle des oliviers. Une lueur s'éveillait dans les ténèbres, c'était Teboursouk plein d'étoiles avec ses minarets aériens.

Je me retrouvais maintenant dans les montagnes, sous l'ombrage des bois où filtrent en clartés de vitrail, quelques reflets de soleil, et j'écoutais le murmure des sources.

Et cela me laissait comme une lassitude, un sentiment de continuel abandon^ presque une détresse. J'aurais voulu vivre encore ce rêve qui m'échappait.

Lorsqu'on se réveille, enfant, après un joli songe, l'on se rendort vite et les visions qui berçaient notre premier sommeil réapparaissent.

Plus tard, le rêve dure peu et ne recommence pas.

Sans autre espoir, il faut jouir de l'heure présente : tu n'es plus un enfant. Contemple vite ce rayon qui vient diamanter l'émeraude des mousses, la nuée rose qui flotte comme un sourire du ciel, écoute le vent qui passe dans le mystère des feuilles. N'entends-tu pas aussi, dans le secret de toi-même, les battements de ton cœur?

Tout ce qui vit nous dit adieu ; la feuille se détache de l'arbre, elle tournoie et le vent l'emporte. L'oiseau qui vient de se poser, là, près de moi, si gracieux, a chanté et s'est envolé.

Ce chant, je voudrais l'entendre encore; ce rayon, je voudrais le fixer.

... Oh! ces heures brèves, ces instants qui meurent, ces joies entrevues et déjà passées !.. -

PONT DE CHEMTOU

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