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CHAPITRE PREMIER

En mer. — Le capCarthage. — Tuni?, le quartier franc et la ville arabe. — Les souks. — Un soir de Rhamadan. — Au quartier Halfaouïne. — L'épopée des paladins de France à Tunis.

« J'ai bien souvent couru quand les oiseaux étaient « encore endormis dans leurs nids.>^ Poésie arabe.

AU printemps dernier je m'embarqnais, à Marseille, sur un paquebot de la f-ompagnie Transatlantique en partance pour Tunis. A la tombée de la nuit, nous voguions en pleine mer ; la Méditerranée était unie comme un miroir, aucun souffle ne traversait l'atmosphère attiédie. Nous allions, sans secousse, d'un mouvement rythmique, ridant à peine la nappe licjuide d'ondulations moirées larges et molles.

A cette heure incertaine, bercé par le navire, devant l'espace voilé de mystère, la même illusion m'a hanté. Chaque fois j'ai cru qu'échappant désormais aux réalités de la vie, je m'acheminais vers les mondes inconnus dont les frêles lueurs

doucement palpitent tlans l'infini. Ainsi toujours, jusqu'aux premières clartés de l'aube, mon esprit s'est égaré...

Le lendemain le même calme nous favorisait, et vers le milieu du jour la Sardaigne allongeait au loin les longues lignes monotones de ses côtes. Un instant j'entrevis Oristano, empoisonné par la malaria, vague mirage scintillant dans le soleil.

La jom^née s'écoula vite, les yeux perdus dans l'espace où je voyais passer de grands vols de souvenirs.

Par delà l'immensité lumineuse, toute pailletée d'étincelles, je revoyais les monts de notre France que je venais de quitter. Là-haut, dans les brumes du Limousin, à travers les timides rayons d'un jeune soleil de printemps, les feuilles nouvelles commençaient à verdoyer et les fleurs grelottantes s'entr'ouvraient à peine. Plus haut encore, vers les cimes, parles grandes solitudes froides et les mornes pâturages où de grêles bouleaux berçaient au vent leurs chevelures éplorées, c'était presque l'hiver. De toutes parts des sources jaillissaient, et les flots descendant des plateaux serpentaient silencieusement parla lande ou bondissaient écumants à travers les rochers. Vers la fin de ce jour, le Puy-de-Dôme m'était subitement apparu ceint de lourdes nuées.

Après une longue nuit de voyage, au sourd roulement du wagon, le jotir naissant éclairait la terre de Provence, et c'était pour moi un grand charme de me retrouver dans la lumière et de revoir des oliviers et des épis.

Maintenant, à travers l'immensité bleue, j'allais vers la côte africaine, que j'avais déjà foulée sous un ardent soleil et dont la vision me charmait encore.

Véritable songe que ces heures et ces heures à travers la lande mélancolique, sous l'éblouissement subit des paysages du Midi et sur la grande mer où maintenant je voguais.

Une seconde nuit tomba silencieusement sur la Méditerranée, et le surlendemain de notre départ, au matin, un avis du commandant m'apprenait que nous étions en vue des côtes d'Afrique. Bientôt je le rejoignais sur la passerelle.

Nous approchions lentement de terre ; devant nous s'allongeaient des collines roses, voilées encore de brumes légères, et une falaise ardente, ceinte d'un diadème de blanches lueurs, s'avançait dans la mer. C'était le cap Carthage couronné par le village arabe de Sidi-bou-Saïd. Au loin, au fond d'un golfe, devant un lac miroitant, une longue bande neigeuse et comme phosphorescente s'étalait.

« Voici Tunis, la fleur de l'Orient, et son lac el-Baheira, me dit le commandant.

« C'est, à droite, la colline de Byrsa, où fut l'antique Carthage, que dominait le temple d'Esculape. La chapelle que nous apercevons là-bas a été élevée au lieu

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