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LES SORCIERS

En Tunisie, comme ailleurs, les sorcières ont leur sabbat : c'est V invocation de la chamelle. A certains jours donc, dans le patio de leur demeure, le corps recouvert de feuilles de palmier, les mains armées de couteaux, elles exécutent une sarabande diabolique devant une grande bassine remplie d'eau et un fourneau garni de braise ardente. Elles bondissent sans trêve, écheveléos, hurlant des paroles magiques par-dessus le brasier, brandissant des couteaux, plongeant les lames dans le feu. Une chamelle apparaît enfin sous l'invocation puissante et lessoi'cières, recueillent la bave de ses lèvres, dont elles composent des philtres d'une vertu extraordinaire.

La bave de la chamelle est d'ailleurs réputée pour ses vertus merveilleuses. Les sorciers l'emploient dans leurs philtres tout aussi fréquemment qu'ils emploient le caméléon. On prétend à Tunis que nombre de femmes ayant épousé par raison des hommes riches ont recours à cette bave pour arriver à s'emparer de la fortune de leurs maris. Le but atteint, elles demandent le divorce et vont en toute célérité rejoindre celui qu'elles aiment.

Demain je verrai un sorcier arabe auquel je poserai les mêmes questions. Mais ce n'est point Simon qui m'accompagnera, et l'expérience sei'a encore plus concluante.

« Zeïtoun, connaissez-vous un sorcier? »

— Non, monsieur, mais il en est un dont on m'a indiqué la demeure, on le dit plus clairvoyant que les autres. »

. . . Nous avions quitté la porte Djedid, traversé l'avenue, et nous nous étions enfoncés dans un labyrinthe de blanches ruelles. Après bien des circuits nous étions arrivés au fond d'un cul-de-sac solitaire, devant une porte basse à l'ogive de Zaouïa peinte en couleur d'arc-en-ciel.

Après quelques coups discrètement frappés, la porte s'était entr'ouverte, et comme la veille, chez la sorcière, des pourparlers s'étaient engagés. Nous pénétrons bientôt à la suite d'un Maure de haute stature dans un jardin. Et c'était un charme, sous le soleil d'orage qui brûlait, de trouver de la fraîcheur, d'aller sous l'ombre épaisse des grenadiers, des abricotiers et des treilles que piquaient les colorations vives des œillets et des roses. Le jardin petit, enclavé de murailles, était un peu livré à l'abandon, et ce désordre lui prêtait un charme de plus. Nous nous étions assis à l'ombre près d'une porte et nous attendions. Le sorcier était occupé, ime Mauresque le consultait. Dans le jardin silencieux, de temps à autre seulement, un piaulement d'oiseau s'élevait, puis le silence reprenait bercé par le bourdonnement des mouches. Par instant les paroles murmurées par le sorcier arrivaient jusqu'à nous, et je voyais la Mauresque dévoilée, immobile, écoutant. Je

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