‹ La TunisieChapitre 28 sur 103 · LES SORCIERS · texte numérisé non relu

LES SORCIERS

Je partais le lendemain .

« Cette partie de ton voyage s'accomplira heureusement, tu réussiras en tes projets. »

Et longuement il s'étend sur des questions tout à fait personnelles avec une lucidité et une précision qui me surprennent au plus haut degré .

Ce fut ensuite l'horoscope, la conjuration de certains astres sous l'influence desquels s'écoule ma vie, et dont il apprécie les combinaisons, dont il démêle les arcanes. Et ce fut encore une suite non interrompue de révélations. Je me retirai confondu d'étonnement. , .

Fi'équemment, à la naissance d'un enfant, les familles maures font appel à l'astrologue. Celui-ci, faisant le total de la valeur numérique des lettres contenues dans le nom de l'enfant et dans les noms du père et de la mère et rapprochant ce calcul de nombres astronomiques et des signes du zodiaque, passe pour dévoiler l'avenir du nouveau-né.

Les sorcières n'ont pas toujours recours, pour leurs opérations, à la plume de roseau et au grimoire. Il en est qui réunissent les objets suivants : un petit morceau de charbon, im grain de sel, deux grains d'orge dont un enveloppé de sa balle et l'autre dont la balle est relevée d'un seul côté. Ceci fait, elles prennent le tout dans le creux de leur main, font deux ou trois tours sur l'envers d'un tamis et lâchent ces mêmes objets ensemble. La façon dont ils se trouvent disposés à l'égard les uns des autres servira de base pour la prédiction de l'avenir.

Il est aussi un autre genre de sorciers : les ramdia khit erramel\ ceux-là étalent devant eux une nappe de sable fin dans lequel, à l'aide de l'index et du majeur, ils creusent des trous qu'ils barrent ensuite par trois. Les trous qui restent dévoilent, par leur nombre et leur disposition, le passé et l'avenir.

Par la suite à Sfax, devant la grande mosquée, je rencontrai un de ces sorciers et je le consultai, ce qui sembla beaucoup le divertir, ainsi qu'un groupe d'Arabes qui l'entouraient. Soit que la sainteté du lieu lui eût fait trouver la demande du roumi déplacée, soit que le fanatisme, si commun à Sfax, l'eût mal disposé à mon égard, ou soit plutôt impuissance de sa part, ses brèves réponses ne m'apportèrent rien de particulier. Bien au contraire il sembla se jouer du sentiment de curiosité qui me faisait avoir recours à lui et qu'il prenait pour une plaisanterie.

Ne sourions pas des pratiques des sorciers arabes. N'en avions-nous pas, au moyen âge, toute une légion autrement dangereuse continuant la magie des drui' desses, des enchanteresses et des prophétesses gauloises, et dont l'influence s'étendit jusqu'au seizième siècle? C'était tout un monde d'astrologues, de fées, de magiciens et de prophètes qui épouvantait les masses. Aujourd'hui encore étudiez les

populations de nos campagnes, et surtout les montagnards, pénétrez dans certains milieux de nos grandes villes, de Paris même, et vous verrez combien toutes les traditions du monde se perpétuent, toujours vivantes.

Page 1