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CHAPITRE X

La côte. — Monasiir. — Toujours des luires. — Mahdïa. — Le cœur sanglant. El-Djem. — A Sfax: Ja ville arabe.

La mort est un repos.

Maxime arabe.

'emportais de Kairouan, apparu tour à tour sous l'orage et dans l'éblouissement du soleil, une vision que voilaient encore les brumes légendaires de ses

origines.

J'étais de retour à Sousse.

Maintenant, caressé par la brise de mer, je suivais le rivage, j'allais le long du golfe d'Hammamet dont je devais bientôt atteindre l'autre extrémité.

Hammamet! j'y songeais encore, mais je ne pouvais même l'entrevoir perdu qu'il était là-bas, dans l'horizon, si loin de moi !

L'enchantement de la lumière, des espaces, de la vague harmonieuse et des sables d'or m'accompagnait.

Le golfe immense et gracieux que j'avais contemplé naguère du haut des remparts et dont je touchais à l'inflexion dernière se termine ici en un promontoire tout baigné des embruns de la mer et du soleil, car le soleil a ses embruns aussi comme les flots.

De Sousse à Monastir, blotti derrière la hauteur qui bleuit là-bas, la distance n'est pas très grande ; moins de deux heures, à la vive allure des chevaux, suffisent pour la franchir. Le paysage n'off're pas des aspects qui marquent vivement dans le souvenir. C'est la plaine, la plaine encore, des cultures, des bois d'oliviers sans fin. Et pourtant les grandes lignes apaisées que rompent quelques palmiers, la mer berceuse si brillante sous les rayonnements du ciel, sont d'un charme extrême. On voyage songeur dans l'air et le soleil, les yeux à demi clos et l'heure passe trop vite.

En chemin nous traversons un lac à demi desséché. Le conducteur arrête son attelage : «Voyez, voyez! » fait-il doucement .. .

Près de nous s'alignent des troupes de flamants, immobiles sur leurs pattes grêles. D'instinct, je prenais mon fusil. Mais pourquoi tuer ces beaux oiseaux ! Les voici tout à coup battant des ailes et montant, neigeux et roses dans le bleu . . . Ce fut le seul incident de la route .

Monastir, Mistir pour les Arabes, fut une cité carthaginoise avant de devenir la Ruspina romaine. César l'avait choisie comme base de ses opérations en Afrique.

On prétend qu'au moment de l'invasion sarrazine elle renfermait un monastère chrétien d'où dériverait la dénomination de la cité musulmane actuelle. Des éci'ivains autorisés ont 'pensé que ce couvent était le Ribat, à la fois monastère et citadelle, dont parle l'historien El-Bekri, et qui fut construit en l'an 180 de l'Hégire par Hertema-ibn-Aïen. La Kasbah a été édifiée sur l'emplacement du monastère. Elle est protégée par une double enceinte crénelée, flanquée de tourelles, que domine le haut donjon de En-Nador.

A une petite distance delà ville se dresse laKaraîa, palais ou château, assis sur de profonds couloirs, taillés dans la roche. Par les jours de tempête les vagues s'y engouffrent avec un bruit de tonnerre.

Je me souviens d'une excursion dans les îles Djeziret-el-H'mam, Djeziret-Sidi- Abonil, Fadel-el-R'adami et Djeziret-el-Ourtan qu'un bras de mer, d'un kilomètre de longueur à peine, sépare de la côte.

A notre approche de la première de ces îles, des milliers de pigeons et de colombes s'envolèrent. Elles tournoyaient autour des rochers, fuyaient au loin et revenaient. Et c'était comme un éblouissement ce ciel empli de blancheurs mouvantes et de battements d'ailes.

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