‹ La Tunisie (volume 2)Chapitre 15 sur 16 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Le prix, moyen des :

chevaux est de 300 à 500 f.

bœufs est de 200 à 225 fr.

moutons est de 18 à 20 tr.

Soit environ 23 O/o en dehors des taxes intérieures, qui s'élèvent à environ 2" 0/0. - Soit 48 0/0.

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nous n'avons que de simples traités de commerce. Le ministère des affaires étrangères, s'appuyant sur ces considérations, se montrait très disposé à accorder à la Tunisie ce qu'elle demandait, c'est-à-dire l'assimilation de ses produits à ceux de l'Algérie à l'entrée en France, et, par conséquent, l'exemption des droits à l'importation ; mais je crois pouvoir dire, avec autant de certitude, que le ministère du commerce a toujours montré la plus vive répugnance à adopter la manière de voir du département des affaires étrangères.

Ce n'est un secret pour personne en Tunisie, et c'est pour cela que je n'hésite pas à en parler ici, ce n'est, dis-je, un secret pour personne en Tunisie, que les ministres du commerce qui se sont succédé depuis trois ans se sont toujours montrés hostiles à l'exonération de droits réclamée par les colons tunisiens. Chose singulière, ce sont eux, dit-on, qui soulevaient les objections de politique internationale contre lesquelles s'élevait le ministère des affaires étrangères. On ne peut se rendre compte de cette attitude qu'en se rappelant avec quelle intensité s'est produit en France, depuis plusieurs années, le mouvement protectionniste d'où sont sorties nos récentes lois fiscales. Il est bien évident qu'en repoussant les réclamations des colons, le ministère du commerce cédait à l'impulsion d'une partie des agriculteurs du parlement, qui voyaient déjà dans la Tunisie une rivale des produits français.

Je suis convaincu que, mieux informé des conditions dans lesquelles se trouve notre nouvel établissement africain, et de la nature des produits qu'il est susceptible de fournir à la France, soit en ce moment, soit dans l'avenir, le ministre du commerce reviendra sur l'opinion de ses prédécesseurs, et voudra se faire un honneur de provoquer l'adoption à l'égard de la Tunisie des mesures libérales que nos compatriotes réclament avec tant de raison.

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Les produits tunisiens sont, ou bien d'une nature difTérente des produits français, et, par conséquent, ne peuvent leur faire concurrence, ou bien similaires de produits français que notre pays né fournit pas lui-même en quantité suffisante pour satisfaire à tous les besoins dç l'industrie et de la consommation.

Les principaux produits tunisiens sont, en effet, le blé dur, rhuile d'olive et les laines. Le blé dur n'existe pas en France; celui de la Tunisie ne saurait donc nuire aux intérêts de nos agriculteurs ; en revanche, il est de la plus grande utilité à nos fabricants de pûtes alimentaires et de semoules, qui, grâce au blé dur de la Tunisie et à celui de l'Algérie, pourront peut-être, un jour, faire une concurrence avantageuse aux fabricants italiens. L'huile d'olive est loin d'être produite par la Provence en quantité suffisante pour les besoins de la France ; nous sommes obligés d'en acheter une quantité considérable en Italie; nous avonjs donc tout avantage à favoriser l'entrée dans notre pays de celle qui vient de notre colonie tunisienne. Les mêmes considérations s'appliquent aux laines : la France ne fournit qu'une minime partie de celle qui est mise en œuvre par nos filatures et nos tissages ; nous devrions donc nous estimer heureux si l'élevage des moutons prenait en Tunisie une plus grande extension, si, surtout, nos compatriotes, assurés de bien vendre leurs produits en France, se livraient à l'amélioration des races en vue de l'obtention de produits meilleurs.

La Tunisie pourrait encore, si nous favorisions son développement agricole par des mesures douanières libérales, nous fournir des animaux de boucherie que nous sommes loin d'avoir en excédent pour nos besoins, du gibier, du miel excellent, de la cire, des chevaux très sobres et très rudes à la fatigue, des ânes, etc., sans que les agriculteurs français aient à se plaindre d'une concurrence pouvant leur être préjudiciable, car tous ces objets

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nous manquent, ou, du moins, ne sont et ne peuvent être produits par la France qu'en quantité tout à fait insuffisante.

Que dirai-je du vin, sur lequel les colons de la Tunisie fondent leurs plus grandes espérances ? En présence du phylloxéra qui ravage encore nos provinces et qui menace déjà l'Algérie, nous devons nous estimer heureux d'avoir dans la Régence des vignobles capables de réparer une partie des pertes que nous subissons depuis tant d'années.

Rien, on le voit, ne peut et ne doit empêcher les protectionnistes français, même les plus intransigeants, d'ouvrir aussi grandes que possible les portes de la France aux produits de la Tunisie, comme ils les ont ouvertes à ceux de l'Algérie. Quant au gouvernement, la suppression des droits qui frappent à l'entrée leS produits de notre nouvel établissement s'impose à lui d'une manière inéluctable, s'il veut que les hommes et l'argent dépensés en Tunisie ne le soient pas en pure perte. La colonisation de la Régence a marché plus vite que celle d'aucune autre colonie française ou étrangère ; les intelligences et les capitaux français y ont afflué depuis quelques années de manière à réfuter victorieusement l'opinion si souvent émise par les adversaires de notre expansion : à savoir que le Français ne serait pas colonisateur. C'est par milliers d'hectares que se comptent les plantations faites par nos compatriotes et par millions de francs que se chifirent leurs dépenses... Tous ces efforts et cet argent seraient smgulièrement compromis, si les produits du sol tunisien étaient traités à l'entrée en France comme ceux de l'Italie ou de l'Allemagne, ou même plus mal encore, ainsi que nous l'avons démontré plus haut.

Quant au procédé à employer pour leur ouvrir les portes de la France, il ne nous appartient pas de l'indiquer au gouvernement; mais on nous permettra de dire que nous ne croyonsi pas à la thèse d'après laquelle notre pays serait lié par les traités conclus par la Régence avant l'établlsse-

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ment du protectorat. Nous pensons, avec le ministère des affaires étrangères, que le traité du Bardo a modifié de fond en comble la nature de nos relations commerciales avec la Régence, et que nous pouvons ouvrir nos portes à ses produits sans qu'aucune puissance étrangère puisse invoquer le même traitement. Pour en arriver là, un simple décret, une simple modification de nos tarifs douaniers nous paraissent suffisants. Le ministère des affaires étrangères a préparé un projet de loi qui appliquerait à tous nos protectorats la même mesure; je ne crois pas qu'une loi soit pour cela nécessaire ; mais, en revanche, je crains que le dépôt d'un projet de loi de cette nature n'ait pour résultat de retarder la solution de la question au lieu de la hâter. Or, particulièrement en ce qui concerne la Tunisie, tout retard apporté dans la modification libérale de nos tarifs douaniers compromet gravement l'avenir de la colonisation et le protectorat lui-même. Si le gouvernement commettait plus longtemps la faute de prétendre que le protectorat est un obstacle à la suppression des droits qui frappent les produits tunisiens à leur entrée en France, il n'y aurait bientôt plus, en Tunisie, un seul colon partisan du protectorat : tous demanderaient à grands cris l'annexion dans le plus bref délai possible.

J'ai considéré comme un devoir de présenter ces considérations au gouvernement français ; il doit être bien persuadé qu'elles sont l'écho fidèle de ce que l'on pense et de ce que l'on dit unanimement en Tunisie, et il fera sagement d'en tenir le plus grand compte, s'il ne veut pas compromettre son avenir.

En échange de la suppression des droits d'entrée en France, nous devons demander au gouvernement beylical la suppression des droits d'exportation dont il frappe la majeure partie des produits du sol. Il en résultera pour lui une diminution de recettes dont il trouvera la compensation dans une transformation radicale des impôts, si onéreux et si improductifs, que nous avons étudiés plus haut.

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Exécution des travaux publics

Les réformes et les améliorations indiquées dans les pages précédentes ne pourront manquer d'avoir pour résultat un développement considérable de la production agricole de la Tunisie, surtout si les colons français savent user sagement et fructueusement du concours des indigènes.

En même temps qu'on fera ces réformes, en même temps qu'on transformera les impôts intérieurs de manière à les mieux répartir, à les rendre moins lourds et plus justes, et aussi plus productifs, en même temps qu'on supprimera les droits à l'exportation de la Tunisie et à l'importation en France, on devra se préoccuper de fournir aux produits tunisiens les meilleurs éléments de circulation à l'intérieur du pays et d'exportation au dehprs ; on devra créer les voies de communication et les ports qui manquent encore à notre colonie, et les travaux devront être menés avec la plus grande rapidité, sous peine de compromettre tout l'ensemble de l'œuvre régénératrice dont nous avons esquissé le tableau.

Or, si l'on veut construire avec la promptitude nécessaire les chemins de fer, les routes, les ports qui sont indispensables à notre protectorat, il faut renoncer à l'idée de faire ces travaux à l'aide des seuls excédents de recettes du budget tunisien ; il faut s'adresser à l'industrie privée, et ne chercher dans le budget beylical que la garantie des intérêts des sommes considérables qui seront absorbées par ces travaux. J'ai montré qu'il était aisé de donner au budget tunisien, en même temps qu'une assiette meilleure, des ressources non moins sâres et non moins considérables que celles dont il dispose aujourd'hui. J'ajoute qu'indépendamment des recettes de son budget, la Tunisie a une source importante de revenus dans les biens de mainmorte dont elle ne tire actuellement aucun parti utile, mais qui représentent un énorme capital de garantie.

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DES RÉFORMES A OPÉRER DANS l'INTÉRÊT DU PAYS, ETC. 265

Réformes financières

J'ai à peine besoin d'ajouter que, pour donner au commerce et à l'industrie toute l'activité désirable, il faudrait, aussitôt que possible, opérer les réformes financières dont il a été question plus haut, c'est-à-dire : créer une banque locale d'émission dans le but de déterminer l'abaissement du taux de l'argent , transformer la monnaie tunisienne, à valeur si variable, en une valeur légale fixe, de manière à supprimer les spéculations ruineuses et immorales dont la piastre tunisienne est l'objet ; enfin, créer un mont-de-piété, qui contribuerait, avec les réformes précédentes, à faire disparaître la plaie de l'usure qui ruine la Tunisie.

Par les réformes que j'ai indiquées et qu'il serait aisé de multiplier encore, par l'exécution rapide d'un vaste programme de travaux publics, la Tunisie peut devenir en peu de temps la plus prospère de nos colonies. Elle ne peut manquer de trouver un esprit assez hardi pour entreprendre cette belle œuvre et assez prudent pour la bien conduire. Celui qui saurait réunir ces deux qualités rendrait à la France un double service : il la doterait d'une belle province de plus, et il lui persuaderait peut-être qu'elle n'a pas perdu, comme quelques-uns l'aflirment, le génie d'expansion qui a fait autrefois sa gloire et sa richesse.

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