‹ La Tunisie (volume 2)Chapitre 2 sur 16 · FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR

108, BOULEVARD SAINT-GERMAIN, lOS

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Pour donner à mon travail toute la clarté désirable, il me paraît nécessaire de commencer par un exposé succinct des caractères que présentent le sol, le climat et la population de la Tunisie.

Avec une superficie généralement évaluée à onze ou douze millions d'hectares, c'est-à-dire ayant un peu moins du quart de la France, la Tunisie présente à peu près la forme d'un grand rectangle baigné par la mer au nord et à l'est, où ses bords sont creusés d'un grand nombre de golfes ou de baies, contigu par son bord occidental à la province algérienne de Constantine, et se fondant au sud dans les espaces déserts du Sahara.

Dans le nord, se trouvent deux massifs montagneux, distincts par les caractères géologiques et par la végétation qui les couvre, formés par le prolongement des chaînes du Tell et du Sahara qui traversent de l'ouest à l'est toute la partie septentrionale de l'Afrique. Les arêtes principales de ces deux chaînes de montagnes sont dirigées du sud-ouest au nord-est, la plus septentrionale allant se terminer au nord du golfe de Tunis à la hauteur du cap ou Ras El Abiad, tandis que la plus méridionale se prolonge au sud du golfe de Tunis jusqu'au sommet de la presqu'île du DE Lanessan — Tunisie. 4

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cap Bon. Dans la partie occidentale de la Tunrsie,ces deux arêtes principales sont réunies par des arêtes secondaires très nombreuses, de manière à former un massif en apparence unique, dont on ne peut aisément distinguer les deux parties constituantes que par les caractères géologiques, le grès dominant dans la partie qui sert de prolongement au Tell algérien, tandis que les roches crétacées caractérisent celle qui appartient à la chaîne saharienne et qui fait suite au massif algérien du Djebel Aurès.

Dans le nord-est de la Tunisie, les deux systèmes de montagnes sont plus distincts; ils sont séparés par deux grandes vallées qui s'étendent de l'ouest à l'est jusqu'aux environs de Tunis et dans lesquelles tombent deux rivières ayant de l'eau en tout temps : la Medjerdah et la Milianah.

Dans le sud-ouest, les montagnes sont moins hautes que dans le sud, et encore moins régulièrement disposées ; elles envoient vers le sud des prolongements qui contournent à Test le grand chott El Djerid et vont se terminer dans les montagnes des Metmatas^ entre Gabès et Zarzîs.

C'est seulement dans la partie supérieure du massif montagneux dont nous venons de parler que se trouvent les forêts de la Tunisie, chacun des divers éléments géologiques de ces montagnes portant des essences forestières spéciales. Dans toute la partie telllenne, qui est formée de grès, les forêts sont composées de chênes « zen » etde chênes-lièges. Ces deux espèces d'arbres manquent, au contraire, absolument dans la partie du massif qtd est formée de !X)ches calcaires ; ils y sont î*emplacés par le chêne vert et le pin d'Alep.

La partie la plus élevée de la région montagneuse de la Tunisie est celle qui confine, dans le nord-ouest, à la province de Constantine et qui a reçu le nom de Kroumirie. C'est là aussi que se trouvent les plus belles forêts de chênes t zen » et de chênes-lièges. Le

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massif de la Kroumirîe fait suite à celui de Beni-Salah de la province de Constantine ; il est traversé par la Medjerdah, qui va prendre sa source sur le territoire algérien aux environs de Souk- Âhras, et à laquelle il fournit un grand nombre d*afHuents. Il est formé de deux chaînes principales séparées par la Medjerdah, courant comme cette dernière de l'ouest à l'est, et se complétant par un grand nombre de chaînes secondaires plus ou moins parallèles entre elles. Les grès qui forment ce massif surgisseut, en cent endroits, des flancs des montagnes, en pitons dressés à pic sur les bords de ravins profonds ou de vallées étroites, que sUlonn^it pendant l'hiver d'impétueux torrents. Les sommets de la plupart de ces montagnes sont couverts de magnifiques chênes c zen » {Quercm Mirbeckii Dr.) sur les flancs exposés au nord, et de chénes-lièges {Quercus Suber L.) sur ceux qui regardent le sud. Les forêts s'étendent sur tous les sommets montagneux de la région des Kroumirs, des NeËsa et des Mogods, jusqu'au bord de la Méditerranée. La base des montagnes qui les portent est couverte d'arbustes qui se trouvent aussi dans les vallées intermédiaires. Ces dernières sont d'une grande fertilité, mais elles sont encore peu cultivées. Du reste, dans toute la région montagneuse de la Tunisie, les habitants sont rares et présentent un degré de civilisation inférieur à celui des indigènes des grandes et fertiles plaines de la Medjerdah, de la Milianah, des environs de Tunis, de la presqu'île du cap Bon et de l'est.

A mesure qu*on avance de l'ouest à l'est ou qu'on descend vers le sud-ouest, la hauteur des montagnes diminue et les forêts disparaissent. On ne trouve ces dernières que dans quelques points peu nombreux que nous croyons utile de signaler ici, afin de n'avoir pas à y revenir. Au sud de Ghardimaou, entre Sidi- Yousef et le Kef, se trouvent des forêts de chênes verts et de pins d'Alep ; il en existe d'autres des mêmes essences dans les montagnes de Zaghouan, d'où elles se prolongent vers le sud-ouest,

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aux environs de Kessera, deDjidjil, d'El Mekhita, entre le Djebel- Ghansami et Haïdra, et dans le voisinage de Kasryn.

En dehors de ces points limités , les montagnes ne sont couvertes que d'arbustes plus ou moins rabougris ou même, plus souvent, de simples herbes.

Quant aux plaines de la région montagneuse de la Tunisie, elles sont presque partout formées d'une terre fertile, cultivée en bien des points par les indigènes, et presque partout susceptible de recevoir les soins de Tagriculteur et de lui payer avantageusement le travail qu'il y dépenserait. Les plaines de la Medjerdah, de la Milianah, celles qui entourent les lacs salés de Tunis et de Bizerte, portent les traces non seulement de la culture arabe moderne, mais encore des établissements agricoles plus anciens qu'y fondèrent, tour à tour, les Carthaginois et les Romains. C'est aussi dans cette contrée qu'ont été créés récemment la plupart des domaines agricoles français. Formées de terres d'alluvions déposées par les rivières et les torrents qui les sillonnent et qui souvent les inondent pendant l'hiver, ayant presque partout une couche d'eau souterraine peu profonde, ces plaines et les mamelons qui les bordent sont d'une admirable fécondité.

A l'est de la région montagneuse dont nous venons de tracer l'esquisse, s'étendent de vastes plaines, déprimées çà et là par des chotts dont les plus importants sont situés sur le parallèle de Gabès, dans la région où Ton a proposé de créer une mer intérieure qui s'enfoncerait jusqu'au sud du massif montagneux de l'Aurès algérien.

Les plaines orientales de la Tunisie n'offrent pas partout les mêmes caractères. On peut les diviser en deux régions que séparerait très exactement une ligne horizontale reliant Sfax à Feriana. Au nord de cette ligne, les pluies sont chaque année abondantes pendant l'hiver et permettent une culture régulière ; au sud, elles sont d'autant plus rares qu'on se rapproche davantage du Sahara.

C'est au nord de la ligne à laquelle nous faisons allusion, entre les montagnes et la mer, que s'étalent les magnifiques plaines et coteaux de TËnfida, les plaines de Kaîrouan, irrigables par les eaux douces du lac Kelbia, plaines aujourd'hui en partie incultes, mais couvertes des traces des établissements agricoles qu'y fondèrent les Romains. C'est aussi dans cette région que se trouvent les magnifiques cultures d'oliviers du Sahel, sur un vaste triangle dont la base est entre Sousse et Mahédia, et le sonunetà El-Djem. Sfax lui-même est entouré, dans un rayon de dix à douze kilomètres, de très beaux jardins d'oliviers, de figuiers, de grenadiers, etc., et Maharès, plus au sud, sur le bord du golfe de Gabès, paraît être susceptible de recevoir des vignobles.

Les plaines situées plus au sud sont d'une extrême aridité, ne recevant que peu de pluies et parfois seulement tous les deux ou trois ans; mais, presque partout, sauf au niveau des chotts, elles sont formées de terres cultivables, elles portent des herbes et servent de pâturages aux troupeaux.

J'insiste sur ce fait que, sauf dans les chotts et dans quelques parties où des bancs horizontaux de gypse se montrent à la surface du sol, les plaines du sud de la Tunisie sont susceptibles d'être cultivées ; elles le sont même effectivement par les Arabes toutes les fois que se présente une année suffisamment pluvieuse; dans ces cas, malheureusement trop rares, elles produisent de superbes récoltes.

Certaines parties sont à peu près constamment exploitables grâce à l'alfa qui les couvre. D'autres présentent des plantations de dattiers, dont la plupart sont d'une grande richesse; nous nous bornons à citer, pour le moment, les oasis de toute la région du Djerid dont les dattes jouissent dans toute l'Afrique d'une grande réputation ; celle de Gabès dont les dattes mûrissent insuffisamment et sont peu estimées, mais qui est rendue très pittoresque et très gaie par les cultures de légumes, de vignes, degrenadiers, etc. ,

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que les indigènes font à Tabri des dattiers. Tout à fait au sud, nous devons mentionner Toasis de dattiers et surtout les plantations d'oliviers des environs de Zarzis, et les magnifiques jardins de rile de Djerba. Dans ces derniers, les indigènes cultivent, depuis longtemps déjà, des vignes qui produisent d'excellents raisins de table» des figues, des amandes, des abricots, des pèches, etc.

On voit que le sud de la Tunisie est loin d*étre absolument stérile et improductif. Ayant presque partout de Teau à une faible profondeur, il pourrait, dans la plus grande partie de son étendue, être mis en culture si Ton savait amener les eaux à la surface.

Sauf dans les parties voisines du Sahara, la Tunisie reçoit chaque année des pluies en grande quantité; elle est même, à cet égard, plus favorisée que TAlgérie. Du reste, on a constaté que dans la partie septentrionale de rAfrique les pluies sont d*autant plus abondantes qu*on s'avance de l'ouest à l'est, en partant du Maroc et en traversant succiessivement les provinces d'Oran, d'Alger et de Gonstantine jusqu'en Tunisie.

Dans la Régence, les pluies commencent avec l'automne, c'est-àdire en octobre, et durent jusqu'en mars; elles sont surtout abondantes pendant les mois de décembre et de janvier, où régnent les vents d'ouest et de nord-ouest. Le thermomètre ne dépasse jamais alors 15' à IS"", et il descend parfois au-dessous de xéro. Dans la région montagneuse des Kroumirs, la neige persiste souvent pendant tout l'hiver.

Le printemps commence vers le milieu de mars et se prolonge jusqu'à la fin de mai avec une température de 18** à 25** centigrades et de rares pluies. Les chaleurs de l'été commencent à se faire sentir dans le courant du mois de juin ; elles vont en augmentant jusque vers la fin d'août. Le thermomètre se maintient alqrs, d'ordinaire, entre 25° et 30° centigrades, mais il monte parfois au-delà de 40°, non seulement dans le sud-ouest.

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qui est la partie la plus chaude de la Tunisie, mais même à Tunis, où il se maintint, pendant une quinzaine de jours du mois d'août 1885, entre 45° et 49° ou 50^ La chaleur est surtout pénible lorsque souffle le vent du sud-est, que les colons européens désignent sous le nom de siroco. Il est rare que pendant Tété il tombe de la pluie. 11 y a cependant parfois quelques orages de courte durée. Durant cette saison, les nuits sont généralement peu humides, sauf sur les bords de la mer ; aussi les plantes se dessèchent-elles, à partir du mois de juin avec une grande rapidité. De vertes et ëmaillées de fleurs qu'elles étaient au printemps, les vastes plaines de la Tunisie prennent alors un aspect jaune ou grisâtre qui pourrait faire croire à leur infécondité, si Ton ne voyait à la surface du sol les traces des champs de blé et d'orge qui sont moissonnés par les indigènes dans la première quina^ine du mois de juin.

Le voyageur qui parcourt la Tunisie en été est étonné de voir, au milieu de plaines dont les herbes sont desséchées ou pour mieux dire rôties par un soleil que ne voile presque jamais aucun nuage, se dresser des buissons de jujubiers sauvages, de lentisques, etc., d'un vert éclatant, et il admire la vigueur des oliviers et la fraîcheur des vignes. Cette difiérence tient à la présence d'une couche d'eau souterraine qui entretient la fraîcheur du sol dans les parties profondes où s'enfoncent les racines des arbres et des arbustes, tandis que la surface, où vivent les herbeS;, est brûlée par le soleil. Ainsi s'explique la prospérité des oliviers et de la vigne dans des régions où il ne tombe pas une goutte d'eau pendant sept mois de l'année, et où les rosées de la nuit sont peu abondantes, sinon même à peu près nulles.

 cette esquisse du sol et du climat de la Tunisie, nous devons ajouter quelques traits pour donner une idée des habitants. On a généralement en France une idée assez fausse de la nature de ces derniers. Prenant l'Algérie comme terme de comparaison et ne

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tenant compte que du voisinage des deux pays,on est tenté de croire que les populations de la Tunisie sont semblables à celles de TAlgérie. Il existe, au contraire, des différences profondes entre les habitants de ces deux parties contiguës de notre domaine colonial.

Ce qui domine en Tunisie, ce n'est pas TArabe pur, mais le Maure , c'est-à-dire un type créé par le mélange , depuis un grand nombre de générations, du sang arabe avec celui de toutes les races et variétés humaines qui bordent la Méditerranée. Les Maures forment avec lés Juifs, dont l'origine n'est pas moins obscure, la presque totalité des populations des vOles. Ces deux catégories d'indigènes, très semblables par les caractères physiques, ne se distinguent que par la religion, par les habitudes sociales qui en découlent et par le genre d'occupations auxquelles ils se livrent, les Maures étant propriétaires, fermiers et commerçants, tandis que les Juifs font partout le trafic de l'argent.

Quant aux gens des campagnes, soit qu'ils vivent à l'état plus ou moins nomade dans des gourbis en branches ou sous la tente, soit qu'ils habitent les villages permanents qui existent en grand nombre dans toutes les parties fertiles et régulièrement cultivées de la Tunisie, ils appartiennent en majeure partie au type berbère. On trouve ce type non seulement dans le nord, où il est presque seul, mais même dans l'extrême sud de la Tunisie, parmi les tribus errantes des frontières de la Tripolitaine. L'Arabe pur, l'Arabe n'ayant d'autre occupation que la guerre et le pillage, l'Arabe haineusement fanatique, uniquement pasteur et nomade, ne se livrant à aucune culture, cet Arabe-là n'existe pour ainsi dire pas en Tunisie. La plupart des tribus tunisiennes auxquelles dans le pays on donne le nom de nomades ne le sont, en réalité, qu'à moitié. Les tribus des grandes plaines du Sud, qui, plus que les autres, mériteraient cette épithète, sont toutes

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composées de familles se livrant à la fois à la culture et à Télévage des bestiaux (bœufs , moutons , chèvres ou chameaux). Quand Tannée est pluvieuse dans le Sud, elles labourent la terre de cette région, Vensemencent de blé ou d'orge et attendent sur place la récolte. Lorsque celle-ci est terminée, elles font paître leurs troupeaux dans les champs moissonnés, remontant graduellement vers le Nord à mesure que le soleil dessèche leurs plaines. Quand le Sud ne reçoit pas de pluies pendant l'hiver, ce qui est malheureusement très fréquent, les mêmes tribus vont louer et cultiver dans le Nord des terrés mieux arrosées sur lesquelles elles s'établissent avec leurs troupeaux. La plupart de ces tribus ont même des greniers permanents dans lesquels elles transportent après la moisson les grains qu'elles ont récoltés. Entre Gabès et Zarzis, sur la bande de terrain qui sépare la chaîne de montagnes des Metmatas de la mer, il existe un assez grand nombre de ces greniers. Ce sont des villages bâtis en pierres, avec des maisons à deux ou trois étages superposés. Au rez-de-chaussée habitent des familles sédentaires, parmi lesquelles un grand nombre de tisserands, de cordonniers et autres gens de métiers ; ces familles gardent les grains déposés par les familles nomades dans les étages supérieurs des maisons. Parmi ces villages-greniers, nous citerons surtout Kesseur-Métameur et Kesseur-Médénine, auprès desquels nous avons établi un poste militaire , sur la seule route par laquelle on puisse pénétrer du ' Sahara en Tunisie. Par ce poste, nous tenons à la fois la route stratégique du Sud et les vivres d'une partie des tribus de cette région.

Quant aux montagnes des Metmatas, elles sont habitées par une catégorie d'indigènes dont il faut connaître les mœurs et le caractère si l'on veut avoir une idée exacte du sud de la Tunisie. Ces populations, d'origine berbère probablement, mais parlant l'arabe, furent refoulées jadis par les nomades et se réfugièrent

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dans ces montagfnes ; elles y ont, non pas bâti, mais creusé dimmenses villages, dont les habitants, hommes et bestiaux, sont logés dans les entrailles du sol. Les plus importants de ces villages, Hadedje et Metmata, notamment, comptent plusieurs milliers d'âmes. On estime à près de dix mille individus cette population de troglodytes. Comme les pluies sont extrêmement rares et que les montagnes des Metmatas sont peu fertiles, une partie de leurs habitants va chaque année dans le Nord louer et ensemencer des terres et faire paitre les troupeaux. Situées sur la frontière du Sahara, ces populations sédentaires et éminemment pacifiques forment une barrière contre les invasions des tribus qui habitent un peu plus au Sud, dans la partie du désert tunisien qui se confond avec les déserts de la Tripolitaine. La protection des troglodytes des Metmatas doit donc être Tun des soucis de notre politique. Avec leur aide et l'occupation de la route que dominent Métameur au centre et Zarzis au sud, la Tunisie est complètement fermée aux tribus arabes véritablement nomades, pillardes et guerrières, qui écument le désert au delà de ses frontières naturelles.

Ce que nous venons de dire des habitants des campagnes de la Tunisie permet d'affirmer qu'en dehors de circonstances exceptionnelles, telles que des revers subis par la France en Europe et des excitations provenant du dehors, les colons français qui vont féconder de leur travail et de leurs capitaux les terres fertiles de la Tunisie peçvent espérer y jouir d'une entière sécurité. Si Ton se place à un point de vue général, celle-ci est encore accrue par la nature pacifique, je dirais volontiers indolente, des habitants des villes. Ceux-ci sont le produit d'une civilisation vieillie, plus raffinée que puissante ; ils songent bien davantage aux agréments et aux avantages nouveaux que notre présence peut leur procurer qu'aux froissements produits par un changement de régime qu'ils considèrent comme une inéluctable fatalité.

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Avec les caraclères que nous venons de tracer et la nature du sol sur lequel ils vivent, les indigènes réunissent à peu près toutes les conditions nécessaires pour jouir d'une réelle prospérité. Cependant les industries nationales se sont effondrées, à mesure que les mœurs s'amollissaient et que la civilisation répandue jadis dans le pays par les Romains allait en s'obscurcissant. L'agriculture elle-même perd chaque jour de son énergie sous l'influence des charges énormes dont elle est accablée.

Il me paraît intéressant et utile de tracer ici le tableau de l'état dans lequel se trouvaient l'agriculture, le commerce et l'industrie de la Tunisie au moment où la France est intervenue dans ses destinées. Cela rendra plus facile l'appréciation des efforts que nous avons déjà faits pour relever ce pays, et de ceux que nous avons encore à faire pour créer la prospérité et la puissance qu'il est en droit de réclamer en échange de la soumission qu'il nous témoigne.

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