LES FORÊTS
populations indigènes stationnées dans la région, mais on ne peut pas les considérer non plus comme susceptibles de fournir des exploitations régulières. Quelques massifs cependant, pourront, après aménagement, être mis en coupes réglées, notamment aux alentours des concessions minières. On peut évaluer au maximum de 200.000 iiectares la contenance de ces massifs susceptibles d'être un jour exploités régulièrement ; à 400.000 bectares la superficie des terrains boisés qui pourront fournir, sans exploitation régulière, les produits nécessaires aux populations usagères de la Régence et, enfin, à 300.000 bectares la superficie des forets complètement inexploitables ».
La foret d'acacias gommifères citée plus baut mérite une mention spéciale. Elle est située à 09 kilomètres de Gafsa et à 28 kilomètres seulement d'Aïaïcba, poste situé sur la route de Gafsa à Sfax. La plaine de Tbalab, dans laquelle s'étale la forêt, est formée par un terrain d'alluvion très ricbe, sur lequel les indigènes font, quand il pleut, de magnifiques cultures de blé et d'orge. Entourée de montagnes calcaires, cette plaine olfre un grand nombre d'ondulations stériles, constituées par des débris de rocbes calcaires et gypseuses qui sont descendues des montagnes voisines, et des dépressions remplies de terres alluvionnaires. C'est uniquement dans ces dernières que poussent les gommiers. Ceux-ci ne dépassent guère 3 mètres de baut; au centre de la forêt, ils sont écartés de 40 à oO mètres les uns des autres et disposés presque toujours par bouquets, ce qui montre qu'ils représentent des repousses de souches plus anciennes. Autrefois, la forêt de Tbalab avait une étendue beaucoup plus considérable ; elle occupait une surface longue d'environ 3o kilomètres et large de 8, ainsi qu'en témoignent des pieds ou de petits bouquets isolés, épars sur cette surface ; actuellement, elle n'a guère plus de 8 kilomètres de long et 2 kilomètres de large. Sa décadence doit être attribuée à l'exploitation inconsidérée qu'en font depuis longtemps les tribus qui viennent cbaque année y faire
paîiro leurs troupeaux, oL à la destruction des jeunes pousses par les chameaux et les chèvres; les premiers mangent les rameaux entiers malgré les épines qui garnissent les feuilles ; les secondes hroulent toutes les feuilles qui sont à leur portée. En outre, les larves d'un coléoptère, le Bruchus Aurevillii, dévorent beaucoup de graines qui formeraient des semis naturels.
La forêt de ïalah est la seule de la Tunisie qui puisse fournir dos bois à l'ébénisterie. Ouoiquc les acacias qui la forment n'atteignent pas une forte grosseur, leur cœur peut donner des planches larges de 20 à 30 centimètres, d'un bois dur, à grain lin, coloré en jaune foncé et susceptible d'un très beau poli. Il y aurait donc grand intérêt à reconstituer cette forêt qui est une exception en Tunisie.
Une partie des montagnes qui entourent Tunis et Zaghouan sont actuellement couvertes de thuvas rabougris, ne dépassant guère 60 k 80 centimètres de hauteur. A en juger par l'uniformité de la taille, un observateur superficiel pourrait croire que les thuyas de ces montagnes sont incapables d'acquérir des dimensions supérieures à celles que nous venons d'indiquer. 11 n'en est rien. Cette uniformité si remarquable de taille et cette disposition buissonneuse sont déterminées par les chèvres. Dans les quelques propriétés où l'on a interdit à ces animaux le pâturage dans les broussailles de thuyas, ces derniers n'ont pas tardé à s'élancer, et de véritables arbres, très droits se sont développés. Dans le domaine de l'Enfida, de très nombreux et magnifiques thuyas, et des oliviers sauvages de belle taille se dressent aujourd'hui dans des lieux où naguère n'existaient que de maigres et courts buissons. Il a suffi, pour obtenir ce résultat, de défendre aux indigènes de mener paître leurs troupeaux sur les terrains que couvraient les buissons. Dès qu'il faut semer ou planter, le reboisement devient une opération difficile, à cause de son prix et des risques que la sécheresse, toujours à craindre, fait courir aux semis.
Sans négliger entièrement les semis ou les plantations, il est donc préférable, dans l'intérêt des finances du pays,