Discours à la Chambre, 20 janvier
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Aujourd'hui, d'après M. Alapetite, les indigènes sont 6.000 pour 44.000 hectares, tandis que les Européens ne sont que 150 sur 100.000 hectares. M. Alapetite ajoutait: « ce qui est planté par les indigènes, c'est la partie la plus rapprochée de la ville, celle où Ton peut aller chaque soir avec la monture primitive dont disposent les habitants de Sfax. Les colons européens, eux, ont reculé la culture de l'olivier beaucoup plus loin et, ce faisant, ils ont entrepris une œuvre infiniment plus difficile et plus onéreuse que celle des indigènes, car ils ont été obligés de risquer cette culture dans des régions oii il était très difficile de trouver des cultivateurs indigènes sachant cultiver l'olivier ».
I III. — Culture des dattiers
La culture des dattiers caractérise les oasis, dont les trois principales sont celles de Gabès, du Nefzaoua et du Djerid. D'après la statistique officielle, il existerait : 96.000 dattiers deglas et 2.042.000 dattiers communs.
L'oasis principale de Gabès est arrosée par TOued-Gabès dont les eaux, habilement distribuées par de petits canaux, entourent et traversent chaque propriété. Sous l'ombrage des dattiers, dont les troncs atteignent lo et 20 mètres de haut, les indigènes ont planté des grenadiers, des amandiers, des abricotiers, des pruniers, des vignes, dont les sarments s'enlacent aux arbres et forment entre eux d'énormes et élégantes guirlandes. Le sol est couvert d'orge, de maïs, de légumes, de piments, de tomates, de toutes les plantes que mangent les hommes et les animaux, souvent entremêlées de henné, de rosiers et de géraniums. Au milieu du désert aride qui l'entoure, sur le bord de la vaste mer bleue qui baigne l'un de ses flancs et dont les dunes Tenvahissent peu à peu, cette oasis toujours fraîche et riante produit sur le voyageur l'un des effets les plus séduisants que nous ayons éprouvés pendant le cours de notre voyage à travers la Tunisie.
Malheureusement l'eau de l'Oued-Gabès n'est pas
potable et les eaux des puits sont mauvaises, sulfatées ou saumâtres. La dysenterie décimait autrefois les troupes (jue nous entretenons auprès de cette riante oasis. Grâce à des travaux dassainissement, cette région est, aujourd'hui, beaucoup moins malsaine qu'au début de notre occupation. Mais les eaux sont toujours mauvaises comme dans tout le sud de la Tunisie, notamment à Sfax où l'Etat a dépensé une dizaine de millions pour faire venir l'eau potable de Sbeilla.
On compte à Gabès de cent à cent vingt mille dattiers, en y comprenant les deux ou trois oasis plus petites et moins belles qui entourent celle dont nous venons de parler. Malheureusement, les dattes qu'elles produisent ne mûrissent qu'imparfaitement et sont de trop mauvaise qualité pour être recherchées par l'exportation; elles ne servent guère qu'à la nourriture des indigènes de la localité et à celle de leurs chameaux. Il manque aux dattiers de Gabès l'une des conditions indispensables à la maturité de leurs fruits : une température suffisamment élevée. Suivant un proverbe arabe bien connu, il faut que ces arbres aient « les pieds dans l'eau et la tête dans le feu ». A Gabès ils ont les pieds dans l'eau, mais la tète manque du feu qui lui est indispensable. Il en est de môme de tous les dattiers qui croissent au bord de la mer; la fraîcheur des vents met obstacle à la maturation de leurs fruits. C'est pour cela que les dattes de Zarzis, de l'île de Djerba, de Tripoli, sont si peu estimées. C'est seulement dans l'intérieur des terres, à l'abri des brises rafraîchissantes de la mer, que le dattier trouve les conditions nécessaires à la production de fruits succulents et sucrés, pourvu toutefois que l'eau abonde à ses pieds.
Ce qui fait la valeur de l'oasis de Gabès, ce sont surtout les arbres fruitiers (grenadiers, amandiers, pêchers, etc.), et les plantes alimentaires que les indigènes cultivent sous les dattiers. Ceux-ci ont l'avantage de protéger les autres cultures de leur ombre, tandis que l'Oued- Gabès leur fournit en abondance l'eaa dont elles ont besoin.
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C'est à une dizaine de kilomètres des oasis de Gabès, à l'entrée de la ligne des chotts du Sud, que le commandant Landas a creusé son premier puits artésien. L'immense quantité d'eau qui en jaillit (huit ni'Ue litres à la minute) témoigne de la riciiesse de la nappt. aquifère qui s'étend au-dessous du sol.
Il existe dans cette région une autre oasis assez importante, celle d'El-Hamma, qui compte, au moins, soixantedix mille dattiers. Elle est située à une trentaine de kilomètres à l'est de Gabès, au pied de l'extrémité orientale de la chaîne du Tebbaga et autour d'une source thermale qui a une température de 45° centigrades. A sa sortie du sol, Teau tombe dans des piscines romaines, d'où elle est distribuée dans l'oasis. Cette dernière est aujourd'hui en mauvais état, mais elle a dû être autrefois très prospère, si l'on en juge d'après les ruines romaines qui sont abondantes. La présence del'Oued-Hamma, qui vient des Matmatas et qui contient toujours de l'eau, permettrait de donner un grand développement à cette oasis dont les dattes sont assez bonnes.
Ce que nous avons dit des dattiers de Gabès s'applique entièrement à ceux de Zarzis, et de l'île de Djerba. A Zarzis, les indigènes abandonnent chaque jour davantage la culture du dattier pour se livrer à celle de l'olivier qui promet d'être beaucoup plus avantageuse. L'oasis de Zarzis est, pour ce motif, beaucoup moins riante que celle de Gabès. L'eau, du reste, y est moins abondante et surtout plus difficile à obtenir. Tandis que Gabès est arrosé par un fleuve dont il suffit de détourner les eaux pour les distribuer dans les jardins, Zarzis n'est desservie que par des puits. Il est vrai que ceux-ci sont très nombreux et que l'eau se trouve à 5 ou 6 mètres seulement de profondeur, mais il n'en est pas moins nécessaire de dépenser, pour l'amener à la surface, une main-d'œuvre assez coûteuse. Indépendamment du creusement et de l'entretien des puits, il faut que, pendant la journée, un animal (chameau, bœuf ou cheval) soit employé à faire monter l'eau. A cet animal, il faut un gardien. Ce sont bouches à nourrir
et à entretenir d'un bout de l'année à l'autre, car il pleut l'aiement à Zarzis, et la (|uanlité deau que fournit un puits suffît à peine à l'arrosage d'un ou deux hectares. Les dattes de Zarzis et de Djerba, étant de qualité inférieure, sont incapables de rémunérer un pareil travail. Il n'est donc pas étonnant que leur culture soit peu à peu délaissée. Dans les conditions d'arrosage dont nous venons de parler, Zarzis et Djerba ne peuvent faire que des cultures de jardins ou la culture de plantes pouvant se passer de pluie, dans une certaine mesure, comme l'olivier et la vigne.
Les oasis dont il me reste à parler se présentent dans de tout autres conditions et seules méritent véritablement d'attirer l'attention des Européens qui voudraient se livrer à une culture productive des dattiers.
Arrêtons-nous d'abord dans les oasis du Nefzaoua qui sont les plus rapprochées des précédentes. On donne le nom de Nefzaoua aune région du sud delà Tunisie, bornée au nord par la petite chaîne de montagnes de Tebbaga. Celle-ci est dirigée, à peu près, de l'est à l'ouest ; elle est située au sud du chott El-Fedjejd qu'elle sépare de Textrémité orientale du chott El-Djerid; elle s'avance de Test à l'ouest entre ces deux grandes dépressions, sous la forme d'une sorte de promontoire. La chaîne du Tebbaga est formée de deux chaînons à peu près parallèles, séparés par une vallée, très étroite à l'est, mais s'élargissant de plus en plus à mesure qu'on s'avance vers l'ouest. Les deux chaînons sont formés par des soulèvements de calcaires crétacés ; le fond de la vallée qui les sépare est constitué par des alluvions que l'on trouve également dans le fond des chotts et sur les flancs de la chaîne de montagnes. C'est sur ces alluvions que se dressent les oasis du Nefzaoua.
Les plus importantes sont situées sur le flanc méridional de la chaîne de Tebbaga, sur une bande de terrain large seulement de quelques kilomètres, entre Kebili à l'est et Debabcha à l'ouest. On peut donner à cette portion du Nefzaoua le nom de Nefzaoua septentrional. Au sud de
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Kebili, dans la partie du Nefzaoua que Ton peut dénommer Nefzaoua méridional et qui est formée par un terrain tout à fait plat, sur la rive orientale du chott El Djerid, les oasis sont beaucoup plus petites et les ag'glomérations humaines moins importantes Le réprime des eaux est également différent dans les deux parties du Nefzaoua.
Les oasis du Nefzaoua méridional sont au nombre de trois cents, mais chacune d'elles n'a pas plus de quelques hectares de superficie et se compose d'une ou parfois plusieurs sources entourées d'un petit nombre de palmiers, souvent sans aucune agglomération de maisons, chaque village contenant d'habitude des familles qui cultivent plusieurs oasis. Toutes les sources y sont superficielles. Le terrain est sablonneux et les oasis sont entourées de dunes de sable dont les vents modifient sans cesse la surface en les chassant contre les plantations qu'elles tendent à envahir et à détruire en comblant les sources. Le mal est surtout causé par le sable que les vents enlèvent de la crête des dunes et qu'ils abandonnent au pied de lobstacle formé par les palmiers.
Le sol des oasis a été ainsi graduellement exhaussé au point que chacune semble reposer sur un petit monticule de sable, plus haut que la plaine voisine et dont le point culminant est occupé par la source fécondatrice. Pour éviter fensablement de cette dernière, les indigènes ont soin d'exhausser ses bords à mesure que le sol s'élève par les dépôts de sable. Suivant que les vents ont une direction constante ou variable, les oasis sont envahies soit sur tous les points à la fois, comme dans le cas précédent, soit sur un ou plusieurs côtés ; dans ce dernier cas des dunes de huit à dix mètres de haut se dressent dans un point de la circonférence correspondant à la direction des vents les plus habituels. Afin d'éviter l'envahissement par ces dunes, les habitants ont soin d'élever leurs maisons entre elles et l'oasis, mais cette précaution est habituellement insufhsante à cause de la violence des vents qui transportent le sable à de grandes distances et à une hauteur suffisante pour défier l'obstacle offert par les
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maisons basses des Arabes. Dans certains points, notamment à liécbilli, les indigènes déplacent leurs jardins au furet à mesure que le sable gagne; ils fuient, en quelque sorte, devant l'ennemi, emmenant avec eux l'eau de la source, à l'aide de canaux souterrains. Les jardins nouveaux de Bécbilli se trouvent aujourd'hui à une distance de plus de cinq cents mètres à l'est des anciens ; l'eau de la source qui arrosait ces derniers et qui était placée à leur centre est drainée dans les jardins nouveaux par des conduits souterrains.
On peut considérer comme une dépendance du Nefzaoua méridional un certain nombre de petites oasis assez semblables aux précédentes et répandues au sud de celles dont nous venons de parler, à la lisière de l'Areg- ou Sahara sans eau, autour de Douz et d'El-Aouïna, sur le territoire des Mérazigs, des Adaras et des Gheribs. Les oasis disposées autour des sources sont encore plus petites que dans le Nefzaoua inéridional; elles sont plus ensablées; beaucoup même sont en voie de disparition ou ont déjà disparu, laissant des puits à demi ensablés et isolés dans la plaine. Cependant, l'eau doit être à une très faible profondeur, car toute cette région est couverte de bosquets, de grands arbustes dont quelques-uns atteignent et dépassent trois ou quatre mètres.
Ces détails montrent (jue les oasis du Nefzaoua méridional ne peuvent avoir une grande importance. Cependant les dattes sont de bonne qualité, et il est du devoir de l'administration de favoriser le développement des petits centres fixes qui existent dans cette région. Attacher l'indigène au sol doit être partout notre plus grande préoccupation. En Tunisie, la tâche est facilitée par le caractère des populations. Partout où on leur donnera de l'eau en quantité suKisante, elles formeront des établissements stables.
Le Nefzaoua septentrional fournit une preuve de la justesse de cette proposition : ayant davantage d'eau, il a une population fixe beaucoup plus nombreuse. Les oasis du Nefzaoua septentrional forment une chaîne presque
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continue, depuis Kebili au sud-est Jusqu'à Debabclia au nord-est, c'est-à-dire sur une longueur d'environ trenlecinq kilomètres. Elles sont toutes d'une grande dimension et accompagnées d'agglomérations importantes, formant des villages très peuplés. Leurs sources sont de deux sortes : les unes venant de nappes superficielles; les autres, de nature artésienne, c'est-à-dire ascendante, et provenant de couches profondes. On a émis l'idée que ces dernièi'es ont été amenées à la surface par des forages artésiens remontant à une époque très reculée.
Les habitants de certaines de ces oasis ont fait preuve d'une grande ingéniosité en drainant, par des canaux souterrains creusés dans le calcaire de la montagne, les eaux qui filtrent entre les couches de cette dernière. Ce sont particulièrement les villages situés au sud du chaînon inférieur du Tebbaga et principalement ceux de Menchia qui se sont livrés à cette pratique; ils donnent à leurs galeries de drainage le nom de « leviga ».
Le sol des oasis du Nefzaoua septentrional est extrêmement productif et l'eau y abonde. Les oasis devraient donc être d'une grande fertilité. Il n'en est cepen ant pas ainsi. En premier lieu, elles ont été, autrelois souvent ravagées par des tribus divisées en deux clans ou çofs se livrant les uns contre les autres aux plus regrettables excès. En second lieu, les sables tendent à les envahir, mais dans des conditions moins déplorables que dans le Nefzaoua méridional. Les dunes mobiles que nous avons signalées plus haut n'existent pas dans le Nefzaoua septentrional ; les sables qui y sont apportés par le vent sont simplement arrachés à la surface des plaines voisines; ils sont par consé(juent apportés en beaucoup moins grande quantité que s'ils étaient pris sur des dunes et il sera plus aisé de remédier aux dégâts qu'ils produisent. C'est surtout à la lisière des oasis que le sable se dépose, arrêté qu'il est par les palmiers et les autres arbres et par les talus des canaux d'irrigation. 11 s'est formé ainsi autour des oasis, par suite de l'apport du sable, des bourrelets circulaires qui atteignent jusqu'à quatre et
cinq mètres de liaut et qui ont depuis (juelques mètres seulement jusqu'à trois cents et quatre cents mètres de largeur. « Il suffirait, disais-je dans la première édition de ce livre, de fixer ces sables à l'aide de plantes à racines profondes pour diminuer dans de très fortes proportions sinon pour arrêter entièrement l'envahissement, car ce dernier résulte de la marche graduelle mais très lente du sable, de l'extérieur vers l'intérieur de l'oasis. » Les travaux auxquels je faisais allusion ont été commencés ailleurs que dans la région du Nefzaoua, notamment dans le Djerid et dans les environs de Bizerte.
L'administration militaire est en train de transformer les oasis du Nefzaoua, notamment Kebili, par le forage de nombreux puits artésiens qui ont permis de développer et de rénover les cultures du dattier par l'introduction de palmiers degla et l'extension des oasis.
Au nord de la chaîne du Tebbaga existent encore deux oasis, peu importantes, celle de Seftimi et celle de Limaguès, que nous réunissons aux précédentes parce que leurs habitants sont en relations fréquentes. Les sources de Seftimi n'ont qu'un faible débit, mais elles ne sont pas ensablées. Celles de Limaguès sont très belles et donneraient beaucoup d'eau si elles étaient remises en bon état, ce qui ne demanderait que très peu de travail.
Le Nefzaoua ne contient pas moins de trois cent mille dattiers, si l'on en croit les statistiques ofticielles; mais l'avis général est que le nombre de ces arbres y est beaucoup plus considérable. On y compte, en outre, officiellement, plus de six mille oliviers. Les habitants cultivent aussi quelques plantes potagères et quelques arbres fruitiers, mais dans une proportion beaucoup moindre qu'à Gabès. Ils sèment également du blé et de l'orge dans les années où la pluie tombe en quantité suffisante.
Les dattes du Nefzaoua sont de qualité supérieure à celles de Gabès et les habitants en exportent une certaine quantité ; mais, par suite du mauvais état de la plupart des oasis, la récolte est très inférieure à ce qu'elle pour-
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rait être et la majeure partie est consommée par les habitants.
Les plus belles oasis de dattiers de la Tunisie, celles aussi dont les fruits sont le plus estimés sont celles du Djerid. On désigne sous le nom de Djerid la portion de la Tunisie méridionale qui forme une sorte d'isthme entre le chott El-Djerid et le chott Rharsa. Il existe dans cet isthme quatre oasis : celles de Tozeur, El-Oudian, Nefta et El- Hamma. Nous les avons, dans cette énumération, disposées dans l'ordre de leur étendue ; cependant, les trois premières ne difïèrent que peu par la superficie, tandis que la quatrième, celle d'El-Hamma, est plus petite de moitié que les autres. Elle est aussi la moins bien cultivée et celle qui donne les plus maigres résultats, quoique son sol soit fertile et son eau abondante. La plus fertile et la plus peuplée est celle de Nefta ; celle de Tozeur vient, à cet égard, au second rang et celle d'El-Oudian au troisième.
L'oasis de Nefta est située auprès dune ville véritable d'oii elle tire son nom et qui compte aujourd'hui, avec ses sept faubourgs, une population de 12.000 habitants. Son importance est appelée à s'accroître encore beaucoup, à la suite de la construction de la voie ferrée, qui a atteint récemment Tozeur, en venant de Gafsa et Metlaoui.
On compte, dans l'oasis de Nefta, plus de 200.000 dattiers taxés, ce qui permet de penser qu'il y en a au moins 300.000. Sous les palmiers, on cultive une couple de centaines d'oliviers et un certain nombre d'autres arbres fruitiers, ainsi que des plantes alimentaires et fourragères, mais le dattier absorbe la majeure partie des soins des habitants, et c'est de lui qu'ils tirent véritablement leur richesse. L'oasis de Nefta exporte, en moyenne, plus de 6.000.000 de kilogrammes de dattes et l'on estime sa production à plus de 8.000.000 de kilogrammes. Elle est arrosée par des sources qui prennent naissance au fond d'une sorte de cirque profondément entaillé dans le plateau sablonneux sur lequel est bâtie la ville. Les eaux, très abondantes, sont distribuées par un système de canaux
(jui s'élalent en éventail dans toutes les parties de l'oasis. Mallieureusement, les sables envahissent rapidement celleci et son état actuel ne donne qu'une idée très insuffisante de ce qu'elle était autrefois. Sa superficie a dû être double ou triple de ce qu'elle est aujourd'hui. Les sables apportés par le vent s'accumulent autour d'elle, y forment des dunes envahissantes qui comblent les canaux et peu à peu détruisent les cultures. Les habitants ont fait de 2;rands efforts pour combattre cet ennemi ; ils élèvent des talus et construisent avec des broussailles et àii sable de véritables fortifications ; mais ces travaux, ayant été exécutés sans vues d'ensemble, ont été impuissants. Aujourd'hui, la partie qui reste de l'ancienne oasis est déjà coupée en deux, dans le nord, par une dune de sable qui s'enfonce comme un coin entre les cultures, et les sources ellesmêmes, sont fort menacées. Afin de les préserver contre le danger qui les menace, on est en train de planter les dunes.
L'oasis de Tozeur, située sur le bord du chott El-Djerid, qui la limite immédiatement au sud et à l'est, est la plus grande des oasis du Djerid et par conséquent de toute la Tunisie; elle compte plus de palmiers que celle de Nefta, mais le nombre cje ses habitants est moindre, il ne dépasse guère 6.000. On y compte officiellement près de 200.000 dattiers, dont plus de 13.000 « degla » ou de première qualité ; mais le nombre de ces arbres doit être beaucoup plus considérable ; il est probablement double du chiffre officiel. La quantité de dattes produites est évaluée, en moyenne, à 8.000.000 de kilogrammes.
Dans cette oasis, les oliviers sont peu nombreux, environ 300 : il en est de même des autres arbres fruitiers, qui sont, par ordre d'abondance, l'abricotier, le citronnier, le grenadier, le pommier, le pêcher, l'amandier et le jujubier.
Les sources qui arrosent l'oasis sont au nombre de 155 ; elles prennent naissance dans lesanfractuosités d'un ravin très ramifié, couvert de palmiers et situé à l'ouest de Tozeur, à une certaine distance de la ville. La gorge prin-
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cipale du ravin a un kilomètre et demi de longueur. De ces sources résulte une petite rivière, dont les eaux, habilement distribuées, vont arroser toutes les parties de l'oasis et se répandent ensuite en dehors, dans le chottEl-Djerid. Comme l'oasis de Nefta, mais à un moindre degré, celle de Tozeur est menacée par les sables, particulièrement au nord et à l'ouest, où elle est dominée par le plateau sablonneux d'où sortent les sources. Des dunes importantes se sont formées sur ces points et le sable empiète graduellement sur les cultures. A l'est et au sud, l'oasis ne court aucun danger, le sol du chott qui la borne étant solidifié par la couche de sel incorporé au sable. L'envahissement des sables à l'ouest et au nord est favorisé par le fait que les habitants arrachent pour chauffer leurs fours les arbustes du plateau qui domine les sources ; le sable de la surface ainsi dénudée devient très mobile, puis est enlevé par le vent, qui, ne rencontrant plus d'obstacle, le transporte jusque dans l'intérieur de l'oasis. Malgré cela, l'oasis de Tozeur a beaucoup moins à redouter l'envahissement que celle de Nefta et il sera plus facile de la protéger contre ce redoutable destructeur des cultures du désert.
L'oasis d'El-Oudian, qui vient au troisième rang, par ordre de richesse, est cependant la plus étendue de toutes celles du Djerid. Elle a 8 kilomètres environ de longueur et 1 à 3 kilomètres de largeur; mais sa population dépasse à peine le chiffre de 4.000 individus, et le nombre officiel de ses palmiers, nombre, il est vrai, très inférieur à la réalité, n'est que de 118.000, dont 8.000 « degla ». La quantité des dattes produites est évaluée à 5.000.000 et demi de kilogrammes. El-Oudian compte plus de 25.000 oliviers payant l'impôt, ce qui doit faire supposer l'existence d'un nombre bien supérieur de ces arbres. Les orangers et les citronniers y sont très abondants et donnent des fruits d'excellente qualité ; il y existe aussi beaucoup d'abricotiers, de pommiers, de pêchers, de grenadiers, de figuiers, d'amandiers, etc. Le petit nombre relatif des dattiers et le grand nombre des oliviers s'expliquent aisément
J.-L. De Lanessan. — La Tunisie. 3
par ce fait que l'oasis d'El-Oudian ne reçoit qu'une quantité d'eau très inférieure à celle (|ui arrose Nefta etTozeur. Or, le palmier a besoin de beaucoup plus d'eau que les oliviers et les autres arbres fruitiers.
On compte actuellement à El-Oudian 44 sources ; elles prennent naissance dans la chaîne de collines qui forme l'axe de l'isthme de Kriz entre le chott El-Djerid et le chott Rharsa. Il en existait autrefois 57, mais 13 s'étaient taries ; on (ist en ti-ain de les désaveugler. Toutes sortent de terre dans des bassins profonds creusés de main d'homme et leurs eaux sont dirigées vers l'oasis par des canaux très encaissés qui ont demandé un travail considérable. Le débit de ces sources est très faible et si les habitants n'ont pas le soin d'arrêter l'eau, pendant une partie de la journée ou de la nuit, par de petits barrages, elle se perd avant d'arriver aux parties éloignées de l'oasis. Celle-ci n'est donc arrosée que d'une manière intermittente et insuffisante. En revanche, les sables ne lui font courir que peu de dangers; elle est bordée, au sud et à l'est, par le chott El-Djerid, à sol formé de sables agglutinés par le sel et peu mobiles, et au nord-ouest, par des collines rocailleuses, à surface peu friable. Le seul péril qu'il y ait à craindre et à prévenir est l'envahissement des sources par le sable qui se détache des flancs de la colline d'où elles sortent.
L'oasis d'El-Hamma est située dans le bassin du chott Rharsa, sur le versant nord de la chaîne de collines qui forme l'axe de l'isthme Kriz, entre le chott Rharsa et le chott El-Djerid. En raison de sa position, elle jouit d'une température moins élevée que ses voisines et ne peut rapporter ni autant de fruits ni des fruits d'aussi bonne qualité que les oasis de Tozeur, de Nefta et d'El-Oudian. On la considère même comme étant dans des conditions plus défavorables que celles du Nefzaoua dont nous avons parlé plus haut.
L'oasis d'El-Hamma ne contient guère plus de 900 habitants, distribués dans deux ou trois villages. Les dattiers sont au nombre d'environ 52.000, sur lesquels on compte moins de 600 « degla ». Elle ne produit guère que
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1.700.000 kilogrammes de dattes. Il n'y existe pas plus de 200 oliviers et un nombre restreint d'arbres fruitiers.
L'oasis d'Ei-Hamma est arrosée par une quinzaine de sources, dont une chaude, qui lui a valu son nom. Quoique ces sources soient en mauvais état et mal entretenues, elles pourraient arroser une étendue double de celle de l'oasis actuelle, mais celle-ci est très négligée, peu cultiv^ée, entièrement abandonnée même sur certains points, très menacée par les sables auxquels les habitants n'opposent aucune résistance, et probablement condamnée à disparaître si Ton ne modifie pas les conditions qui ont provoqué cet état de choses.
Il résulte de tout ce qui précède, que la région de la Tunisie la plus propre à la culture du dattier est celle du Djerid ; le Nefzaoua vient ensuite, puis le nord de la chaîne du Tebbaga et enfin la région de Gabès, qui est très inférieure, de même que celles de Zarzis et de Djerba. La médiocre qualité des dattes de Gabès, de Zarzis et de Djerba fait de la culture du dattier dans cette région, une opération agricole très secondaire et peu rémunératrice.
Il en est autrement dans le Nefzaoua et surtoul dans le Djerid, où l'extrême ciialeur et l'absence de pluie rendent très aléatoires toutes les autres productions du sol. Dans ces régions, le dattier constitue la première source de richesse des habitants. Si l'on part de ce fait, on est étonné de voir qu'ils prennent si peu de soins de la plupart des oasis, qu'elles sont graduellement envahies par le sable et seraient condamnées à disparaître, peut-être dans un temps assez court, sans rintervention de l'administration française.
L'indolence naturelle à la race indigène n'est pas la seule cause qui puisse être signalée pour expliquer le peu d'efforts faits par les habitants des oasis pour les proté"-er contre l'envahissement des sables. Sans doute cette indolence y est pour quelque chose, mais il s'y joint une autre raison qu'il me paraît utile de signaler : l'élévation des impôts qui frappent les dattiers et les dattes.
Dans toute la région du Djerid, les dattiers paient un impôt dit de « khanoun », qui était de 16 caroubes, environ 0 fr. 65, par pied, pour la variété commune et de 32 caroubes par pied pour la variété supérieure dite « degla ». Cet impôt a été abaissé, mais il est encore aujourd'hui plus élevé qu'en Algérie et nuit beaucoup à la culture des dattiers du Djerid dont les fruits sont supérieurs à ceux des dattiers algériens de l'oued Rhir.
Les dattiers payent le khanoun à partir de Vêige où ils commencent à porter des fruits. Les pieds mâles en sont exempts. Au Djerid, l'âge de la fertilité varie entre quatre et sept ans ; dans l'oasis de Tozeur, quelques pieds particulièrement bien favorisés commencent à donner des fruits dès l'âge de trois ans. Dans l'oasis d'El-Hamma, où la température est moins chaude, par suite de Texposition au nord, les pieds les plus favorisés portent leurs fruits à cinq ans, et ceux qui le sont moins attendent parfois leur dixième année. Il en est à peu près de même à El-Oudian, à cause de la rareté de Feau, dans le Nefzaoua et surtout dans la région de Gabès, à cause de la moindre élévation de la température. Dans le Nefzaoua, l'impôt du khanoun est moitié moindre que dans le Djerid; il est encore un peu plus faible dans la région de Gabès et dans tout l'Arad.
Les oasis les plus favorisées du Djerid, c'est-à-dire celles de Nefta et de Tozeur, supportent assez aisément le khanoun, du moins dans les bonnes années, parce que leurs dattes sont de qualité supérieure et atteignent un prix élevé. Celle d'El-Oudian, dont les dattes sont moins estimées, se rattrape sur le produit des oliviers, qu'elle renferme en grand nombre et sur celui des autres arbres fruitiers. Quant à l'oasis d'El-Hamma, dont les dattiers sont moins productifs et les dattes de qualité inférieure, et qui n'a que peu d'oliviers ou d'arbres fruitiers, elle est littéralement ruinée par l'impôt. Ainsi que nous l'avons dit plus haut, celui-ci est, en effet, le même pour loasis d'El-Hamma, peu favorisée par le climat, que pour les oasis les plus riches du Djerid. Dans certaines années, les habitants d'El-Hamma récoltent à peine de quoi payer l'impôt;
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aussi abandonnent-ils peu à peu une contrée qui, si elle était traitée avec moins de dureté par le fisc, serait en mesure de les faire vivre.
De cet exposé de l'état des dattiers en Tunisie, nous sommes tenus de conclure qu'à l'heure actuelle, cette culture ne fournit que des résultats généraux assez peu satisfaisants. Des trois régions où existent des oasis de dattiers de quelque importance, c'est-à-dire l'Arad, le Nefzaoua et le Djerid, ce dernier est le seul oii l'on obtienne des fruits d'une qualité supérieure et vraiment propres à l'exportation. Comme ils jouissent dans toute l'Afrique septentrionale d'une réputation exceptionnelle, le Nefzaoua leur doit encore une réelle prospérité. Quant à TArad, s'il ne contenait que des dattiers, il seiait misérable.
Ajoutons, pour être exact, que toutes les oasis de la Tunisie ont heureusement d'autres ressources. Les oliviers qui abondent dans celle d'El-Oudian, les arbres fruitiers qui existent en assez grand nombre dans toutes les autres, les plantes maraîchères enfin, trouvent dans les coins de terre dont nous parlons, un arrosage suffisant et sont, pour leurs habitants, de précieuses sources de bien-être ; aussi voyons-nous toutes les oasis entourées de villages stables. Fort sagement, l'administration se préoccupe de les conserver et de les multiplier en leur fournissant de l'eau partout oii il est possible de creuser des puits artésiens.
§ IV. — Les jardins
Ce mot n'a pas, en Tunisie, exactement la même signification que chez nous. Il y désigne, d'une manière générale, toutes les cultures qui ont besoin d'être arrosées en tout temps, soit à Faide des rivières ou des sources, soit à l'aide des pluies. A ce titre, toutes les oasis dont nous venons de parler sont des jardins, car à Fombre des dattiers on y cultive toujours, en quantité plus ou moins considérable, des plantes qui ont besoin d'être arrosées pendant la saison chaude, comme les légumes, le maïs,
certains arbres fruitiers tels que le citronnier et l'oranger, raïuandier, le grenadier cl l'abricotier, etc.
Parmi les localités dont les jardins sont le plus renommés et produisent le plus, nous devons citer : la Manouba, l'Ariana et la Marsa, prcs de Tunis ; Soliman et Nebeul dans la presqu'île du cap Bon, les environs de Porto- Farina et de Ras Djebel, ceux de Sfax, au nord du golfe de Gabès. Les anciens Jardins de l'Ariana, de la Manouba et de la Marsa étaient presque tous des dépendances de palais appartenant à de g^rands seigneurs tunisiens. C'étaient des jardins d'agrément plutôt que de produit ; mais depuis l'occupation française, il s'en est créé un grand nombre d'autres aux environs de Tunis ; on y cultive surtout des orangers et des citronniers qui donnent des fruits excellents, de la vigne dont les raisins, très bons, ne servent que pour la table, des figuiers, des amandiers, des pommiers, des poiriers, des abricotiers pour les fruits, du henné pour ses feuilles, dont la poudre sert à teindre les ongles et la peau des mains et des pieds en jaune rouçeâtre, des roses et des jasmins pour leurs fleurs qui sont très recherchées des indigènes et qui servent à la préparation des parfums ; des géraniums avec lesquels on fabrique une fausse essence de roses, etc. Les légumes y étaient autrefois peu nombreux, ils le sont beaucoup plus aujourd'hui. A l'Ariana, Feau des puits est généralement trop saumâtre pour servir à l'arrosage et les propriétaires font venir l'eau du dehors. A la Manouba et à la Marsa, on arrose avec l'eau des puits, qui est assez bonne pour cet usage sans être potable. Les puits sont ordinairement munis de norias très simples, à godets en terre et à roues en bois que fait tourner un cheval ou un chameau. Comme dans tous les jardins de la Tunisie, l'eau est reçue, à sa sortie du puits, dans un bassin d'où elle se répand, à l'aide de petits canaux, dans toutes les parties du jardin, chaque arbre étant entouré d'un talus qui la retient.
Il existe en outre, aux environs de Tunis, des jardins maraîchers où des Arabes, des Maltais, des Siciliens cultivent des légumes, mais en trop faible quantité pour sut-
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fire à la consommation des Européens. Quelques espèces manquent à peu près entièrement, notamment les asperges et les artichauts. Les pommes de terre, les tomates, les concombres, qui entrent dans l'alimentation des indigènes, sont, au contraire, abondants et de bonne qualité. L'eau des puits est assez bonne sur certains points des environs de Tunis pour servir àTarrosage, et les détritus de la ville pourraient être utilisés pour la fumure des terres si l'on ne les redoutait pas.
Les jardins les plus pi'oductifs en fruits et en légumes et les mieux entretenus de toute la Tunisie sont situés dans la presqu'île du cap Bon, particulièrement aux environs de Nebeul et de Soliman. Gomme presque tous ceux de ce pays, ils sont entourés de talus en terre surmontés de haies très épaisses de figuiers de Barbarie. Dans les environs de Soliman, on cultive surtout des arbres fruitiers, des légumes et des plantes fourragères. A Nebeul, on y ajoute des roses et des jasmins. L'eau de ces jardins est fournie par des puits d'où elle est élevée par des norias, ou bien, plus souvent, à l'aide d'une outre que tire un bœuf ou un chameau, suivant un système à la fois très simple et très commode, que beaucoup de gens font remonter aux Carthaginois. Les jardins de la presqu'île du cap Bon expédient des pommes de terre, des concombres, des tomates, des melons, non seulement à Tunis, mais dans une grande partie de la Régence. Des habitants de Solinum et de Nebeul font soixante ou soixante-dix kilomètres avec un petit âne pour aller vendre àl'Enfida des concombres, des melons et des tomates. Les cultivateurs de ces localités donnent d'ailleurs beaucoup de soins à leurs jardins; non seulement ils les bêchent, en extirpent les mauvaises herbes ; mais encore, chose rare en Tunisie, ils les fument rég'ulièrement. Il existe dans le sous-sol de la plupart des maisons de ce pays des sortes de caves dans lesquelles on fait pourrir le fumier des animaux et les ordures ménagères avant de les utiliser à la fumure des jardins.
Les jardins de Sfax qui sont, après les précédents, les plus réputés de la Tunisie, en diffèrent par l'extrême rareté
de l'eau. Aussi n'y cultivc-l-on que des plantes ayant peu besoin d'arrosage et surtout des arbres et arbustes fruitiers, particulièrement le liguier, l'amandier, l'abricotier, le pommier, la vigne et le pistachier. Sfax est le seul point de la Régence où le pistachier soit cultivé en abondance; il y donne des fruits exc(dlenLs et très recherchés dans toute la partie orientale de la Méditerranée. Comme l'eau est très rare, on n'arrose que les arbres et les arbustes nouvellement plantés ou encore très jeunes. Les jardins ou plutôt les vergers de Sfax entourent immédiatement la ville. Plus loin, s'étendent les cultures d'oliviers.
Nous n'avons cité que les jardins les plus renommés de la Tunisie, ceux dont la culture est le plus soignée. Tl en existe d'analogues au voisinage d'un certain nombre de villes, comme Sousse, Monastir et Mahdia dans le Sabel, El-Djem, etc., mais on se tromperait si Ton croyait qu'il existe, comme en France, des jardins autour de toutes les villes. Il n'en est absolument rien. Certaines villes tunisiennes sont encore entièrement ou presque entièrement dépourvues de ces sortes de cultures. Je me bornerai à citer Kairouan, dont l'enceinte des murailles blanches et crénelées apparaît de fort loin au milieu d'une plaine entièrement nue. Beaucoup de villages sont dans le même cas.
La cause principale de la rareté relative des jardins doit être cherchée dans la difliculté d'avoir de l'eau en quantité suffisante pour faire les arrosages abondants qu'exigent les plantes maraîchères. L'absence de pluie pendant une grande partie de l'année, et, dans quelques régions, pendant des années entières, oblige à faire usage pour les jardins de l'eau des puits. Or, il n'est pas partout aisé d'avoir cette eau avec les qualités qu'exige la culture. Dans beaucoup de points de la Tunisie, l'eau des puits est trop chargée de chlorure de sodium et de magnésium pour qu'on puisse l'utiliser à l'arrosage. Il faudrait aller chercher, à l'aide de forages, des nappes plus profondes, contenant une eau de meilleure qualité.
D'une façon générale, quoique les indigènes connaissent
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la grande valeur de l'irrigation dans un climat chaud et à terre sèche, ils n'en usent que d'une manière très insuffisante. Je lis dans une conférence faite par M. Gounot devant l'Association des anciens élèves de l'Ecole coloniale d'agriculture de Tunisie (annuaire 1912, p. 54) : « Au printemps, dans presque tout le nord de la Régence, les indigènes qui disposent d'eau de source en usent très largement pour irriguer leurs céréales, mais les rendements qu'ils obtiennent sont inférieurs à ceux réalisés dans les fermes françaises en culture sèche ; l'intervention d'eau d'irrigation est donc inutile. Quant aux vergers, qui n'a vu en Tunisie des plantations de cognassiers, de grenadiers et d'arbres fruitiers de toutes sortes ; or, lorsqu'on arrive à ces oasis de verdure, on apprend avec surprise que ces jardins quoiqu'irrigables ont une valeur locative de 50 ou 100 IVancs à peine. Bien souvent même ces jardins sont complètement abandonnés par leurs détenteurs, preuve évidente qu'ils ne donnaient pas de revenus appréciables. Ces exemples suffisent pour établir que les indigènes du nord de la Régence sont pour la plupart de mauvais irrigateurs, et,, sauf dans la banlieue des villes, ils arrivent rarement à créer une culture intensive et à tirer un profit de leur eau. » Il est probable qu'ils ne travaillent pas la terre de manière à lui permettre d'absorber l'eau qu'ils lui donnent.
Une autre cause entravait autrefois considérablement les cultures de légumes et d'arbres fruitiers ; je veux parler des taxes énormes qui frappaient les produits des jardins et des vexations de mille sortes dont la perception decestaxes était accompagnée. Un décretdu l^'janvier 1907 a supprimé les taxes anciennes dont les populations se plaignaient amèrement et a beaucoup favorisé la culture de toutes les plantes qui alimentent les marchés.
La vigne doit faire l'objet d'une mention spéciale parmi les plantes que les indigènes cultivent dans les «jardins ». On estime à 1.666 hectares la surface complantée en vignes par les indigènes, cette surface étant restée stationnaire depuis 1889. La production totale de ces vignes serait de 20.000 à 30.000 kilogrammes de raisins provenant de
variétés exclusivement locales (baldi, meski. assli, etc.). Los cinq dixièmes de la pioduciion sont consommés à l'état frais ; le reste est, soit séché, soit vinifié en vue de la fabrication du vinaigre. Les localités dans lesquelles les indigènes cultivent particulièrement la vigne sont : l'île d(; Djerba, l'oasis de Gabès, le cap Bon et les environs de Porto-FarinaV
§ V. — La culture du tabac
A côté des cultures dont nous venons de parler, nous devons dire quelques mots de celle du tabac, qui s'en rapproche par la nature des soins qu'elle exige, mais qui doit être envisagée séparément parce qu'elle est soumise à des conditions tout à fait spéciales.
En Tunisie, au moment de l'occupation française, le tabac était, ainsi qu'une foule d'autres produits, l'objet d'un monopole mis en adjudication et abandonné à des fermiers qui, en échange, s'engagaient à verser au Trésor une somme déterminée.
En principe, le fermier ne devait employer dans sa fabrication que des tabacs fournis par la Tunisie ; mais, en fait, il tendait de plus en plus à s'approvisionner au dehors et à décourager les producteurs indigènes. Le motif de cette conduite est aisé à découvrir. Le fermier étant obligé de surveiller à ses frais la culture du tabac, ne pouvait le faire qu'à l'aide d'un personnel dont le traitement venait en diminution de ses recettes. Il avait donc tout intérêt à la faire disparaître, car il supprimait à la fois ses frais de surveillance et toute crainte de contrebande intérieure. Il est vrai que, d'après le cahier des charges, le fermier était « tenu de recevoir tous les tabacs indigènes, quelle qu'en fût la quantité, provenant des plantations qui auront été autorisées dans les provinces et localités où cette culture est permise ». Mais, pour détourner les indigènes de la culture du tabac, les fermiers avaient à leur disposition