Vuy. La vigne en Tunisie, p
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bien des moyens (ju'il est assez aisé de deviner, tels que le classement des tabacs dans une catégorie inférieure à celle (jui leur revenait réellement, l'évaluation exagérée de la quantité cultivée, permettant de toujours prendre le producteur en faute, de lui infliger des amendes, etc.
L'administration tunisienne favorisait, du reste, très ouvertement les fermiers dans leurs efforts pour provoquer la disparition de la culture indigène. Le cahier des charges autorisait le fermier à faire venir de l'étranger des tabacs en feuilles et fabriqués, et il le dispensait des droits de douane que ces tabacs auraient à payer s'ils étaient introduits par des particuliers. La seule condition mise à cette autorisation était que le produit de la récolte indigène fût inférieur aux besoins de la consommation, ce que le fermier se. chargeait aisément d'obtenir par les moyens indiqués plus haut ou par d'autres de môme nature. Non content d'autoriser le fermier à recevoir des tabacs étrangers, le cahier des charges lui imposait l'obligation de mettre en vente certaines variétés de ces tabacs, tels que le scaferlati, le chebli, les cigarettes algériennes, les cigarettes de Virginie, etc., et les cigares de Malte, de Virginie, etc.
Pour aider encore à la suppression de la culture indigène du tabac, l'administration limitait chaque jour davantage les autorisations nécessaires et le nombre des localités dans lesquelles ces autorisations pouvaient être accordées. Dans ces conditions, la culture du tabac ne pouvait que diminuer et même disparaître. L'administration française des tabacs ne fut pas étrangère à ce fait. Il y a plus de vingt-cinq ans déjà, l'ingénieur en chef, inspecteur, M. Garon, exposait dans un rapport officiel tous les arguments favorables à la suppression de la culture des tabacs en Tunisie. Après avoir conseillé le remplacement de la ferme par une régie d'Etat, il ajoutait : « Quant à la culture du tabac, il n'y aurait pas autre chose à faire que de prononcer son interdiction ; elle n'a qu'une minime importance ; ses produits sont de mauvaise qualité et payés d'un prix excessif; ils n'entrent que pour une part insignifiante dans le total de la production agricole. Le sol du nord de la Tunisie
OÙ se Irouvenl si Lues tous les cantons planteurs de tabac, est très fertile et ne nian(jue pas d'eau ; les vallées conviennent parfaitement à la culture des céréales, les collines à celle de la vigne; les montagnes peuvent presque partout se regarnir spontanément de forêts. Ce sont là les vrais éléments de richesse de la Tunisie, qui n'a rien à gagner au maintien, sur quelques parcelles de son territoire, d'une culture sans chance de développement, dont l'existence est subordonnée à la plus-value factice accordée à ses produits ».
Le desideratum exprimé dans les lignes qui précèdent fut -vite réalisé, sans que l'on eût besoin de prononcer l'interdiction. La culture du tabac n'existait déjà plus en Tunisie, lorsque parut la première édition de ce livre, dans laquelle je disais : « Les seuls motifs invoqués dans la citation faite plus haut en fav eur de l'interdiction de la culture du tabac étaient, d'une part que les terres employées à cette culture pouvaient servir à d'autres opérations agricoles, d'autre part que la quantité de tabac produite était très minime et sa qualité défectueuse. Au premier argument il est aisé de répondre que plus un cultivateur demande à sa terre de produits différents, et plus il se met à Tabri de la misère résultant des mauvaises récoltes. Si à côté de son champ de blé ou d'orge, il peut exploiter un carré de tabac, c'est une source de revenus de plus qu'il se donne, et l'on n'a jamais vu un gouvernement défendre une culture quelconque sous prétexte que le sol peut en supporter d'autres ».
Depuis l'époque oii je présentais ces observations, la ferme des Tabacs a été remplacée par une régie d'Etat qu'exerce l'administration des monopoles. Pour donner satisfaction à un courant d'opinion qui s'était produit dans le sens des idées que j'avais exprimées dès 1887, un décret du 2o août 1898 autorisa la culture du tabac dans des conditions empruntées à la législation française. Les planteurs doivent obtenir une permission délivrée par le Directeur des monopoles après avis d'une commission locale: ils sont soumis aux visites et exercices des agents
des monopoles, tenus de donner à leurs plantations des façons rigoureusement définies, et de livrer la totalité de leur récolte conformément aux prévisions des inventaires, etc. Ils peuvent même cultiver pour l'exportation.
Ni les indigènes, ni les Européens n'ayant fait la moindre tentative de culture en vertu de ce décret, l'administration décida de procéder elle-même à des essais au sujet desquels il est dit dans une note officielle qui m'a été remise en juillet 1914 : « En vue d'assurer la production des tabacs nécessaires à ses besoins, l'administration a été amenée à faire entreprendre des cultures sous une réglementation en quelque sorte officieuse et pour son propre compte. Des cultures de l'espèce sont effectuées dans la région des Mogoods, dans le caïdat de Bizerte et dans les environs de Gabès. En souscrivant leur demande d'autorisation, les planteurs déclarent se soumettre à toutes les clauses d'un règlement qui précise les différentes opérations à faire subir aux plantations (semis, repiquage, alignements, distances des pieds, épamprement, écimage, ébourgeonnement, livraison, etc.); les pénalités auxquelles ils s'exposent sont alors prévues par le décret du 2o août 1898. Ces essais ont donné des résultats encourageants. Guidés et conseillés par les agents de culture des monopoles, les planteurs perfectionnent rapidement leurs procédés et paraissent s'intéresser au développement de la production du tabac ». Tous les planteurs sont des indigènes.
En 1898, la surface cultivée en tabac était de 34 hectares; elle a été, dans les conditions exposées ci-dessus, de 56 hectares en 1909; de 94 hectares en 1910, de 91 hectares en 1911 et de 101 hectares et demi en 1912. Le poids du tabac livré et payé, cette dernière année, atteint près de 135 426 kilogrammes, représentant une valeur totale de 170.889 francs. Les prix varient, suivant la qualité, de 130 francs à 20 francs les 100 kilos. « X titre d'encouragement, une prime de 50 francs par 100 kilogrammes de tabac dit de « surchoix » est accordée aux planteurs les
plus soigneux ; cette prime est attribuée à des fractions de récolte arbitrées par la commission de réception. »
§ VI. — La culture du chanvre
On fume en Tunisie, une certaine quantité d'une sorte de haschisch représenté par les bouquets floraux femelles du chanvre. On donne à ce produit, très recberché par certains indigènes en raison de l'ivresse qu'il détermine, le nom de takroiiri ou kif. Les fumeurs de haschisch font brûler les pellicules, desséchées et broyées de ces bouquets floraux, dans des pipes à petits fourneaux.
L'ancienne ferme des tabacs ayant le monopole du takrouri n'avait trouvé aucun autre moyen de se mettre à l'abri de la fraude intérieure que de provoquer l'interdiction absolue de la culture du chanvre dans toute la régence. Cette interdiction fut consacrée par le décret du 31 janvier 1875. Je disais, à ce sujet dans la première édition de ce livre : « Un agriculteur français m'a raconté qu'il avait essayé de cultiver du chanvre dans un terrain oii cette plante paraissait devoir se développer admirablement : interdiction lui a été signifiée de poursuivre cette tentative. Du reste, je n'ai pas vu un seul pied de chanvre dans toute la Tunisie. Or, le chanvre est encore un produit riche, dont l'exploitation peut être faite aisément, sans préjudice de celles plus importantes de la vigne, des céréales, etc., et pour le plus grand profit de l'agriculteur. Interdire sa culture dans tout un pays, c'est évidemment le priver d'une source de bénéfices très appréciables ».
L'interdiction générale de la culture du chanvre existe encore; mais, pour faire face à ses besoins de takrouri, l'administration fait procéder chaque année, par un nombre restreint de propriétaires français et indigènes, aux plantations nécessaires. Ces cultures sont exécutées conformément aux règles indiquées dans des contrats qui précisent toutes les opérations culturales (labours, fumure, semailles, irrigations, binages, arrachages des pieds mâles.
récolte à maturité, dessiccation ralentie, emballage, transport, gardiennage, etc.). Les cultures sont soumises aux vérifications des agents des monopoles, et un rendement minimum en argent est garanti aux planteurs.
Pour fabriquer le takrouri que la régie met en vente, on sépare les bouquets floraux femelles des tiges et on les hache à la main. Il en est vendu chaque année environ 5.000 kilogrammes, en boites de 5 grammes coûtant 20 centimes, soit 40 francs le kilogramme.
Je persiste à croire que l'administration des monopoles commet une erreur économique en interdisant la culture du chanvre.-
I VII. — L'exploitakon de l'alfa
Parmi les produits du sol tunisien, il en est un fort important dont il est indispensable de parler : je fais allusion à l'alfa.
L'alfa est tine plante de la famille des graminées, à rhizome rampant et vivace comme celui du chiendent. Les feuilles sont enroulées au point de paraître cylindriques, hautes de 30 à 50 centimètres, et propres à une foule d'usages, depuis la fabrication de nattes et de paniers, etc., jusqu'à celle d'un papier d'excellente qualité. L'alfa vient en touffes, tantôt éparses au milieu d'autres herbes ou d'arbustes qui recherchent, comme lui, les terres arides, tantôt réunies en si grande quantité qu'elles constituent presque la seule végétation sur des espaces considérables. C'est surtout sur ces derniers points qu'on l'exploite à cause de la facilité de la récolte. Celle-ci peut se faire en tout temps; elle consiste simplement à tirer sur les feuilles de manière à les détacher sans briser la tige qui les porte.
On trouve de l'alfa dans presque toutes les régions incultes et arides de l'est et du sud de la Tunisie; mais son terrain de prédilection, celui où il existe en assez grande abondance pour que sa récolte soit rapide et par conséquent productive, répond à la partie de la Régence
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qui s'étend entre l'Oued-Zeroud au nord, le Sahel et Sfax à l'est, la frontière algérienne à l'ouest, les cliotts El-Djerid et El-Fedjedj au sud. Le maximum de la richesse en alfa correspond à peu près au centre de l'espace dont nous venons d indiquer les limites.
L'exploitation de l'alfa était autrefois entièrement libre dans toute la Régence. Dans la région centrale il était récolté et apporté à Sfax par les Neffet, les Zlass, les Hammama, les Frechich. les Ouled Aïar, les Ouled Aziz et les gens du Senet. Les Neffet le récoltaient au Gouleb, à Er- Rehem, au Douara; les Zlass le récoltaient au Djebel-Si Abi-ben-Naceur -Allah, au Djebel-Ledjebel, au Djebel-Si El-Hafi, au Djebel- Sidi-Knelefa, à El-Hnordj, dans la partie est du Djebel-Er-Rehem. Les Hammama le récoltaient dans la partie ouest du Rehem, au Goubet, au Metlegel Rhanga, au Djebel-Hanou, au Djebel-Kas-El-Aïn (Aïn Faouar), au sud de Gamouda, au Djebel-Si-Ali-Ben Aoun, au Djebel-El-Ameur, à Gammoura, au Djebel-Sekhdel, à El-Achana, et jusqu'aux environs de Gafsa. Les Frechich le récoltaient à l'Allong El Mekhilla, à Sbeitla, à El-Achachim, au Djebel-Abiod. On en récoltait aussi dans les environs de Chelba.
Les tribus nommées ci-dessus récoltaient et apportaient l'alfa à Sfax en toute saison, sauf pendant les périodes des semailles et des moissons. Sfax en recevait jusqu'à 10.000 tonnes par an.
L'alfa est une denrée avec laquelle chacun est toujours siir de faire un peu d'argent; c'était donc principalement le besoin de numéraire qui déterminait la plus ou moins grande activité de la récolte de cette plante. Le prix de l'alfa était, à Sfax, de cinq à sept piastres (3 francs à 4 fr. 20) le quintal tunisien. Celui de Sbeitla, qui est plus fin et plus long que celui des autres localités, se vendait jusqu'à trois piastres (1 fr. 80) de plus.
Avant que la France eût assumé le protectorat de la Tunisie, un Français, M. Duplessis, sollicita du gouvernement tunisien la concession du monopole de l'alfa dans toutes les régions dont nous venons de parler. M. Rous-
l'agricli.ture INDIGKNE <S1
laii, alors consul général de France à Tunis, était préoccupé par-dessus tout de donner à ses compatriotes une situation prépondérante dans la Régence, et favorisait autant qu'il était en son pouvoir toutes les opérations d'ackat, de concessions de terrains ou de monopoles tentés par des Français. C'est ainsi que furent créées les grandes propriétés de l'Enfida et de Sidi-Tabet, qui devaient jouer plus tard un rôle si considérable dans la question franco-tunisienne. M. Roustan appliqua sa méthode à la demande de M. Duplessis, et celui-ci obtint du gouvernement tunisien, par décret du 13 juin 1881, la concession du monopole de l'exploitation de l'alfa sur un terrain qui comprenait, d'après l'article 1"'' du contrat de concession signé le 14 juin 1882, « les montagnes dénommées Djebel-Bou-Hedma au nord de la route de Gafsa; Djebel-Madjourah, dans les Hammamas, sur la route de Gafsa à Kairouan; Djebel Ayacha, Heddaj, au nord-ouest de Bou-Hedma ».
La délimitation exacte était renvoyée à une époque ultérieure par l'article 2 du môme contrat : « Un agent, disait cet article, sera désigné par nous pour procéder à la délimitation des exploitations, qui sera faite en présence du concessionnaire ou de ses ayants droit ». Des décrets du 18 août 1883 et du 21 décembre 1887 approuvèrent les délimitations.
Soit que M. Duplessis se fût prêté à une manœuvre habilement concertée d'avance, soit qu'il fût dominé par la seule préoccupation du besoin d'argent, il vendait bientôt sa concession à une Société anglaise. D'après les limites adoptées par nos agents, la Compagnie se trouvait avoir le monopole de l'exploitation de l'alfa dans toute la partie de la Tunisie la plus riche en cette plante, et les tribus nommées plus haut étaient dépossédées d'une très importante source de revenus, car quoique la Compagnie ne fût pas assez riche pour acheter tout l'alfa qu'elles avaient l'habitude de récolter, elle leur interdisait de vendre à d'autres (ju'à elle-même. D'un autre côté, n'ayant plus à redouter aucune concurrence, elle abaissa considérable-
J.-l>. Df. La.nkssan. — La Tuiiisic. . tj
menl k' prix de l'alfa qu'elle achetait. Enfin, établie à la Skliira, près de Sfax, la Compagnie exigeait que tout l'alfa fût apporté dans ce petit port, au détriment de Sfax.
« Une aussi profonde modification des conditions antérieures de l'exploitation et du commerce de l'alfa, disais-je dans la première édition de ce livre, ne pouvait manquer d'apporter des perturbations considérables à la fois sur le marché de Sfax et dans la vie des tribus qui se livraient à cette industrie. Les commerçants de Sfax ne cessent de faire entendre les plaintes les plus amères et les mieux justifiées sur le mauvais état de leurs affaires. Quant aux indigènes, d'après les renseignements que j'ai reçus, ils ont déjà abandonné le pays et sont allés s'établir dans la Tripolitaine. J'ai pu voir sur le marché de Tripoli un grand nombre de chameaux chargés d'alfa et conduits par des indigènes qui m'étaient désignés par des personnes compétentes comme ayant abandonné la Tunisie. Leur alfa venait-il de leur ancienne patrie? l'avaient-ils récolté dans les déserts qui entourent Tripoli? Il serait bien difficile de répondre à cette question, mais ce qui ne fait aucun doute pour les hommes les plus autorisés, c'est que, depuis quelque temps, le marché aux alfas de Tripoli augmente d'importance, tandis que celui de Sfax est en grande partie ruiné. » J'insistais pour que l'on trouvât un moyen légal de supprimer la concession Duplessis.
Une entière satisfaction ne tarda pas à être donnée à ce vœu. Un décret beylical du 31 juillet 1887 résilia la concession, en s'appuyant sur ce que le concessionnaire n'avait pas exporté le minimum de 10.000 tonnes prévu par son contrat. Une circulaire du premier ministre, en date du 11 août 1887, rétablit le principe de la liberté de l'arrachage et du trafic dans la Régence. Depuis lors, ce principe a été constamment respecté, malgré dé très nombreuses demandes de concessions de terrains alfatiers.
Les principaux chantiers d'alfa sont situés le long de la voie ferrée de Gafsa à Sfax (Sened, Maknassy) et
d'Henchir Souatir à Kairouan (Kairouan, Sbeïtia, Hadjebel-Aïoun) et l'exportation se fait par les ports de Sousse, Sfax, la Skhirra et Gabës.
La presque totalité de l'alfa exporté va en Angleterre oij l'on fabrique beaucoup de papier avec cette matière. En 1913, il a été exporté en totalité 493.195 quintaux d'alfa, dont 439.949 quintaux à destination de l'Angleterre et 47.164 à destination de la France.
I VIII. — L'élevage du bétail (Boeufs, moutons,
CHÈVRES, chevaux)
L'élevage des bœufs, des moutons, des chèvres, des porcs occupe en Tunisie, malgré la rareté des pâturages, une place considérable dans les préoccupations des indigènes. Les chameaux, les chevaux, les ânes et les mulets, existent aussi en assez grand nombre, mais sans avoir la même importance que les précédents.
D'après la statistique officielle de 1912, il y avait dans toute la Tunisie, y compris les établissements agricoles européens, au 31 décembre 1911, les nombres suivants d'animaux domestiques :
Chevaux 39.941
Anes 86.951
Mulets 13.239
Bovins 191.430
Caprins 468.828
Ovins 686.730
Porcins 17.898
Chameaux 110.707
Les bœufs appartiennent à la même race que ceux de l'Algérie : ils sont de petite taille, mais très bien faits, avec le mufle et le dessus du cou noirâtres, les cornes peu développées et élégamment recourbées sur la tête. Les vaches donnent peu de lait. Les bœufs s'engraissent difficilement. C'est surtout dans le nord et le centre de la Régence que les bœufs abondent. Dans les régions de Béja, du Kef et du cap Bon, il en existe une race jouissant de
qualités spéciales et qui pouiraient servii' à la formation d'une variété mieux [étofléc, s'en*^raissant mieux, etc., (juc la race commune.
Les chevaux appartiennent à la race arabe; ils sont généralement de petite taille, mais trës résistants, très dociles et propres à tous les services. On a commencé avec succès un croisement de la race locale avec le pur sang arabe. Les indigènes profitent très volontiers pour leurs juments des étalons mis à leur disposition dans des stations de remonte dont le nombre va sans cesse en augmentant.
Les mulets et les mules sont, depuis une époque reculée, très appréciés par les indigènes. Un équipage de belles mules était un luxe recherché par les riches Tunisiens. Afin d'améliorer la race, qui est petite mais très robuste, l'administration du protectorat a commencé de mettre à la disposition des indigènes des baudets-étalons du Poitou et des Pyrénées, notamment dans la région de Béja où l'élevage du mulet est particulièrement pratiqué, et dans celles de Teboursouk, Mateur, Zaghouan, environs de Tunis, etc.
Les chameaux sont, à proprement parler, des dromadaires ou chameaux à une seule bosse. Ces animaux sont surtout très nombreux dans le sud de la Tunisie, où ils font à peu près tous les transports de quelque importance.
Les ânes existent dans presque toutes les familles tunisiennes, si pauvres qu'elles soient. Ce sont des animaux de très petite taille, mais robustes et plus sobres encore que le chameau, si la chose est possible. C'est à eux qu'incombent toutes les corvées domestiques; c'est avec eux que les femmes vont chercher de l'eau aux puits, que les hommes portent au marché leurs denrées; ce sont eux qui transportent au village tous les produits des jardins et des champs, le maïs, la luzerne pour les moutons et les bœufs, le blé et Forge qui viennent d'être moissonnés; c'est à eux encore que revient le soin de transporter le matériel restreint des ménages qui émigrent. L'âne est.
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enfin, le coursier des gens pauvres. L'indigène ne demande guère au cheval et même au mulet et. à la mule que de porter son maître ou de traîner les voitures et les arabas (petites charrettes du pays): c'est à l'àne et au chameau qu'incombent tous les transports faits à dos d'animal. Quant aux labours, les indigènes les font toujours avec des bœufs ou des chameaux.
Les moutons appartiennent tous à la race à grosse queue qui, on le sait, est peu estimée en France. On a fait des essais en vue de l'introduction du mouton à queue fine d'Algérie que l'on croiserait avec le mérinos de la Crau ; mais on n'en est encore qu'aux premières expériences. Les indigènes utilisent la plus g'rande partie de la laine de leurs moutons pour le tissage des vêtements de laine.
Les chèvres indigènes ressemblent à celles de la Nubie. Les indigènes les élèvent surtout pour la viande, et font des tapis ou des manteaux avec les peaux recouvertes de leurs poils.
Les animaux dont nous venons de pai-ler sont presque tous élevés par les indigènes en plein air. Les chevaux seuls sont souvent abrités sous de petits hangars en branchages. Quant aux chameaux, aux ânes, aux bœufs, aux moutons et aux chèvres, ils vivent constamment dehors. 11 résulte de cette manière de faire que les indigènes sont entièrement privés de fumier.
Les pâturages sont, il faut le dire, dans la majeure partie du pays, d'une extrême maigreur. Les seuls lieux dans lesquels existent des prairies sont les bas-fonds situés sur le cours d'un petit nombre de rivières : nous citerons les plaines que traverse le cours inférieur de la Medjerdah, entre Utique et Porto-Farina, celles qui bordent les parties les plus basses de l'Oued Miliane, et, près de Soliman, les plaines qui entourent lOued Bézirh, au point où il va se déverser dans le golfe de Tunis. Plus au sud, citons quelques parties basses de l'Enfida, le pourtour du lac Kelbia, entre Sousse et Kairouan, etc. Partout ailleurs, les troupeaux paissent, pendant l'hiver, dans les terres laissées en jachères et dans les parties
tout à lait incultes du pays. Dans le Nord, p:râce aux pluies relativement abondantes pendant cette saison, les animaux trouvent alors assez facilement à vivre. Pendant l'été, il en est autrement. Afin de leur ménai^er une ressource, les indigènes ont soin de couper les orges et les blés à vingt centimètres environ au-dessous de l'épi, de manière à laisser sur le sol un chaume très haut. Dès que les moissons ont été enlevées on mène paître les troupeaux dans les champs de blé et d'orge où ils trouvent, avec les chaumes dont nous venons de parler, une certaine quantité d'herbes épargnées par la faux du moissonneur. Jusque vers le milieu du mois de juillet, les animaux ont ainsi à peu près de quoi vivre ; mais le soleil grille peu à peu les herbes et le sol, et, du lo juillet au milieu de septembre, ils n'ont plus rien à se mettre sous la dent que quelques touffes d'herbes aussi dures que desséchées, et les feuilles des arbustes. On a peine à imaginer comment font les bœufs, les moutons et les chèvres pour vivre pendant ces deux mois. Quant aux chevaux, on leur donne de l'orge et quelques fourrages verts.
Si l'alimentation du bétail est très difficile dans le Nord pendant l'été, elle est tout à fait impossible dans le Sud, où les pluies sont très rares. Aussi voit-on les habitants du Sud remonter vers le Nord, avec leurs troupeaux de chameaux, de moutons, de chèvres, de bœufs, à mesure que la sécheresse envahit leurs terres.
Notons qu'en Tunisie, le pâturage n'est libre que sur les points où l'absence totale de culture fait de la terre une propriété commune, ou plutôt beylicale, par exemple sur les montagnes et les collines qui n'ont jamais été cultivées, ou qui ne le sont plus de temps immémorial, et dans les forêts qui sont propriétés beylicales.
Partout ailleurs, le droit de pâturage n'est concédé que moyennant une redevance pavée au propriétaire, en nature; celle-ci est ordinairement d'un mouton ou d'une chèvre pour cent. Beaucoup de propriétaires ajoutent ainsi à leurs autres revenus des dîmes importantes, sans aucun frais, et en bénéficiant de la fumure, peu abon-
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danle, il est vrai, que laissent les troupeaux sur leurs terrains.
L'élevag:e des animaux domestiques n'est Tobjet, de la part des indigènes, que de peu de soins. Gela est vrai, non seulement pour les moutons, les chèvres et les bœufs, mais même pour les ânes, les chameaux et les chevaux. On laisse les animaux s'accoupler librement, sans se préoccuper du choix des producteurs; quant aux agneaux, aux chevreaux, aux génisses et aux veaux, ils se tirent d'affaire comme ils le peuvent ; personne ne s'occupe de leur alimentation ; personne non plus ne se donne la peine de fixer l'âge oîi ils commencent à se reproduire. Beaucoup sont tués chaque année par le froid ou la pluie. Les races ont diminué de taille, de force et de valeur. L'administration a déjà pris quelques mesures pour remédier à ces vices ; elle aide notamment à la création d'abris pour le bétail.
L'élevage des porcs n'est guère pratiqué que dans les régions forestières du nord de la Régence où ces animaux trouvent à se nourrir de glands, dans les forets. On sait que le même élevage aux dépens des fruits des arbres des forêts a été pratiqué de tout temps en Europe. Chez les Mogods et les Kroumirs, ainsi qu'aux environs de Tabarka et d'Aïn-Draham, l'État loue aux indigènes le droit de faire pacager les porcs dans les forêts.
Les indigènes élèvent une grande quantité de volailles ou pour mieux dire de poules et de coqs qui appartiennent à une variété assez analogue à la variété la plus commune de notre pays. Ces volailles vivent d'ailleurs comme elles peuvent dans les champs et ne sont l'objet d'aucun soin.
L'apiculture est aussi fort en honneur parmi les indigènes de la Tunisie, depuis une époque très reculée. Elle est favorisée par la grande abondance des plantes el arbustes à fleurs mellifères, telles que le thym, la lavande, le romarin, les genêts, les cistes, les oliviers, etc., et par la grande quantité d'essaims sauvages qui vivent dans les vieux troncs d'arbres, particulièrement dans ceux des antiques oliviers. Dans l'Enfida, les habitants des villages berbères se livrent particulièrement à la chasse de ces
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essaims (|u'ils vendent aux indigènes apiculteurs ou qu'ils éIèv<Mit eux-mêmes. Le miel et la cire provenant des abeilles élevées par les indigènes sont d'excellente qualité et font l'objet d'une très importante consommation dans le pays même. On a commencé à exporter le miel dans la proportion d'environ 10.000 kilog"rammes par an, et la cire dans la proportion d'environ 150.000 kilogrammes, valant, à Tunis, de 3 francs à 3 fr. 50 le kilogramme. Les cires tunisiennes passent pour être d'excellente qualité.
§ IX. — L'agriculture indigène