‹ La TunisieChapitre 27 sur 98 · I. a(;hj(:ui.i'URK kiiropkknnf 16S · texte numérisé non relu

I. a(;hj(:ui.i'URK kiiropkknnf 16S

iiràce à la (luasi-régularité ries pluies, il existe encore quelques herbages. Transformer les habous du nord en propriétés européennes, ne serait-ce pas troubler profondément l'équilibre économique de la Tunisie, en condamnant les populations du sud à ne plus pouvoir remonter vers le nord lorsque la sécheresse empêche leurs troupeaux de se nourrir dans le sud?

Le protectorat avait donc raison d'hésiter devant la mesure que les Européens réclamaient de lui ; mais ainsi que le déclara M. Alapetite à la tribune de la Chambre, il ne considérait pas cependant « la condition de tous les habous comme intangible ». Le résident général ajoutait : « Il faut trouver un moyen de leur faire rendre davantage, mais il ne s'agit pas de trouver ce moyen nous-mêmes, d'office, et de l'imposer par la force [très bien! trh bien!). De concert avec les représentants des indigènes, sans violer leurs convictions, sans leur faire sentir que c'est la main du conquérant qui pèse sur eux {très bien! très bien!) , il faut trouver le moyen de les amener à une collaboration avec nous qui fasse fléchir un peu la rigidité de la tradition musulmane, en respectant ce qu'elle a d'essentiel, le souci qu'a eu le constituant d'assurer à sa descendance un revenu perpétuel et inaliénable »,

La question est ainsi, avec l'approbation delà Chambre, parfaitement posée ; il sera d'autant plus facile de la résoudre, que les indigènes eux-mêmes se montrent, à notre exemple, plus portés qu'autrefois à mettre la terre en valeur et à se constituer propriétaires. M. Alapetite cita un fait d'oi^i il appert assez nettement la possibilité d'intéresser les indigènes eux-mêmes à la leconstitution des propriétés pi'ivées au moyen des habous. Il s'agit d'un habous public du cap Bon, situé auprès d'une petite ville et cultivé par des habitants de cette dernière qui en payaient la location très cher. Ne voulant pas priver les indigènes de ces habous, le résident général prit les mesures suivantes : « il laissa aux indigènes toutes les terres qui étaient près de la ville, où ils pouvaient se rendre chaque jour et qui leur étaient d'une exploitation commode » et il

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obtint par là qu'ils renonçassent aux autres. Il disait à la tribune de la Gbambre : « nous avons pu ainsi installer dans ce pays quelques colons français qui y donneront, j'en suis convaincu, l'exemple du progrès ap:;ricole [applaudissements à gauche et sur divers bancs à l'extrême gauche).

Un décret beylical du 31 janvier 1898 autorise la location à lonç terme des habous publics et privés ; un autre décret, du 12 avril 1913, organise la mise en valeur, au moyen de la vente à enzel, des propriétés rurales constituées en habous.

Au moyen des habous d'une part, des terres achetées aux indigènes ou aux premiers colons d'autre part, l'administration du protectorat a pu créer, depuis une vingtaine d'années, un nombre important de centres de colonisation qui, en général, ont prospéré. M. Saurin a publié, en 1909, le résultat de ses observations personnelles dans tous les centres de colonisation déjà créés à cette époque. « Deux grandes vérités, dit-il, ressortent de cette étude surja colonisation officielle : la réussite complète des paysans disposant de quelques ressources et doués de qualités personnelles moyennes ; rextrème mobilité des bourgeois ou citadins qui se fixent plus difficilement au sol. On m'a rarement signalé des paysans ayant échoué. A la Mornaglvia, au Goubeilat, à La Merdja (trois centres au sujet desquels il donne des détails], pas un seul paysan n'a vendu son lot. Les lots acquis par des bourgeois ou des citadins présentent au contraire des changements continuels. Tel lot a déjà passé entre les mains de cinq propriétaires dans une période de huit ans. A Bordj-Touta, il n'existe plus un seul des acquéreurs primitifs, qui étaient tous des citadins. A El-Arich, au cap Bon, les lots acquis par les jeunes élèves de l'Ecole coloniale ont en grande partie passé entre, les mains de nouveaux propriétaires. La proportion de ceux qui vendent leur lot est considérable, on peut l'évaluer à 60 ou 70 p. 100, tandis qu'elle n'atteint pas 3 p. 100 pour les paysans. » Mais il ajoute que « les citadins qui réussissent fournissent au centre un élément précieux ; ce sont eux qui

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donnent l'exemple de toutes les améliorations culturales (labours préparatoires, emploi des superphosphates, culture des légumineuses fourragères, etc.). Ils dirigent les associations locales, les syndicats et les caisses de crédit ».

Ceci dit, voyons quels efforts ont été faits par l'administration tunisienne pour créer des centres de colonisation. D'après la Statistique générale de la Tunisie pour 1912 : « De 1892 à 1912, le Domaine a créé 102 centres ou lotissements. Pendant la môme période, l'Etat tunisien a consenti à nos compatriotes la vente de 1 .340 lots ruraux de colonisation ». De 1892 à 1912, il fut vendu aux colons 137.482 hectares de terres, représentant au prix de vente une valeur de 17.469.380 francs. Au 31 décembre 1912, le nombre des propriétés rurales possédées par des Français s'élevait à 2,919, représentant une surface de 774,207 hectares, A la même époque, le nombre des propriétés appartenant à des étrangers s'élevait à 1.814 représentant une surface globale de 135.674 hectares.

Il faut ajouter au chiffre des surfaces appartenant aux colons français 108.079 hectares vendus « à nos compatriotes en vue de la plantation d'oliviers dans le centre et le sud. » C'est donc un total de 882,286 hectares qui ont été vendus, de 1892 à 1912, à des Français, en vue de la colonisation.

I VIII, — Grandes et PETrrEs propriétés

En 1887, dans la première édition de ce livre, je disais : « 11 n'existe encore en Tunisie que de très vastes propriétés européennes, c'est par milliers d'hectares que se mesurent les domaines achetés par nos compatriotes. Bien des personnes se demandent si ce mode de colonisation est le meilleur, et si la constitution de la petite propriété ne serait pas plus avantageuse ». Faisant allusion à l'accusation de spéculation qu'on lançait contre les possesseurs de très grands domaines, je disais que l'on ne pouvait guère critiquer les spéculateurs lorsqu'ils agissaient avec leur argent et lorsqu'ils mettaient la terre en culture aussitôt après

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l'avoir achetée, ainsi que cela se faisait en Tunisie, v Je crois même, ajoutais-je, que, dans de telles conditions, la spéculation est chose utile. Si celui (jui s'y livre l'éussit, tout va pour le mieux ; il lait sa fortune particulière, il enrichit le pays en cultivant le sol, et, s'il vend ses terres, il crée, autour de son propre établissement, un centre de colonisation qui seul peut rendre possible la constitution de la petite propriété. Celle-ci, en effet, ne saurait exister dans un pays encore inculte, inhabité et dépourvu de voies de communication.

« Ce qui caractérise essentiellement le petit propriétaire, c'est qu'ayant engagé dans l'agriculture la totalité ou, du moins, la plus g'rande partie de sa fortune, il faut que, dès le premier jour, la terre produise suffisamment pour le faire vivre lui et sa famille. Or, pour réaliser cette condition, il faut, en premier lieu, pouvoir" faire des cultures très diverses et particulièrement des plantes vivrières, il faut, en second lieu, que tous les produits du sol puissent être aisément vendus et même vendus à un prix élevé.

« Ces conditions sont-elles actuellement réalisables en Tunisie? Je ne le crois pas. D'une part, la rareté de l'eau rend très difficile et très onéreuse la culture des plantes vivrières ; en second lieu, l'absence presque absolue de voies de communication et la rareté des g'randes agglomérations rendent difficile la vente des produits du sol. Il faut donc que le propriétaire soit en mesure, à la fois, de faire des avances de fonds pour la mise en œuvre de son domaine, et d'acheter les objets nécessaires à son alimentation, objets qu'il est incapable de produire lui-même. Dans de telles conditions, ceux-là seuls qui disposent de grosses sommes d'argent peuvent entrer en scène. A ceuxlà revient le soin de créer les centres de colonisation, les ag-glomérations humaines qui manquent, de défricher le sol, de le féconder par leurs capitaux jusqu'au jour oii, 1 ayant mis en pleine production, ils peuvent le vendre à des propriétaires moins riches qui n'auraient pu faire les travaux préparatoires et long'temps improductifs de la colonisation. Il est vrai que ceux-ci achèteront la terre aux

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prTiiiifis possesseurs à un prix relaliveuu^nl élevé, mais ils rachèteront en pleine production, et au moment oi!i le placement rapide (les produits aura été assuré par le peuplement des, domaines.

« Notre protectorat n'en est encore qu'à la première phase de la colonisation, à celle où la terre, en partie inculte et non peuplée, exige d'énormes capitaux, se prête admirahlement à la grande propriété et provoque les convoitises de la spéculation. Pendant cette période, il n'y a pas lieu de discuter si la petite propriété serait plus ou moins avantageuse à la colonie que la grande, il faut se borner à constater l'impossibilité de se constituer dans laquelle elle se trouve et à souhaiter que les propriétaires actuels et les spéculateurs agissent avec assez d'intelligence pour ne pas compromettre à la fois leurs capitaux et l'avenir du pays. »

J'ajoutais, comme conclusion : « En résumé, quels que soient les motifs qui ont poussé les Français à acheter des terres en Tunisie, je crois pouvoir affirmer, sans crainte de me tromper, que jamais, dans aucune colonie, le mouvement de la colonisation n'a été aussi rapide et aussi intense qu'il l'est dans ce pays depuis notre établissement. Nous devons nous borner à souhaiter que les pouvoirs publics prennent les mesures indispensables pour qu'il ne se produise aucun arrêt dans la marche de ce progrès civilisateur ».

L'évolution que je prévoyais en 1887 s'est produite : au fur et à mesure que les grandes propriétés ont été mises en valeur et que les voies de communication se sont multipliées, la moyenne et la petite colonisation, devenues possibles, se sont constituées. Les illusions que les directeurs des grands domaines avaient conçues se sont, dailleurs, dissipées et ont facilité la transformation du système colonial. Au début de l'occupation, on croyait que la Tunisie était la terre d'élection de la vigne et tous les propriétaires se livrèrent à l'établissement de vignobles dont ils espéraient retirer des profits suffisants pour n'avoir pas à se livrer à d'autres cultures. Mais bientôt on s'aperçut

que le rendement de la vigne serait toujours faible à cause de rinsuffisance de l'humidité même dans les régions pluvieuses, et l'on souffrit de la mévente parce que les vignobles métropolitains s'étaient reconstitués. Aujourdhui, il n'y a pas un seul colon tunisien qui ne reconnaisse la nécessité de joindre à la culture de la vigne celle des céréales et, si possible, la création de prairies artificielles. Or, de cette nécessité découle celle de rechercher les terres qui se prêtent le mieux à la culture dos céréales et à celle des légumineuses. lien est résulté un déplacement de la colonisation. Tout d'abord elle s'était portée vers l'est de la Régence, larégiondeTunisetducapBon, celle de Zaghouan, celle de l'Enfida, celle de Sousse où des surfaces énormes de terre pouvaient êtreacquisesà vil prix. Aujourd'hui, son lieu d'élection est le nord, dans la région située au-dessus de la Medjerdah où les terres sont très bonnes et où les pluies sont régulières. Les terres de cette région ont, par suite, acquis une valeur très supérieure à celle qu'on leur reconnaissait au début de l'occupation, et les propriétaires des grands domaines ont jugé le moment venu de vendre les parties de leurs terres qu'ils ne peuvent pas ou ne veulent pas mettre eux-mêmes en valeur. Leur désir très légitime de vendre ne fut pas, sans doute, étranger au mouvement d'opinion qui se produisit, il y a une quinzaine d'années, en faveur de la colonisation officielle et de la création des petites ou moyennes propriétés.

La Tunisie est entrée dès lors dans la deuxième phase de son évolution. En 1887, la superficie totale des propriétés rurales possédées par les Français n'était que de 284 . 000 hectares répartis entre 275 propriétaires. En 1897, cette superficie n'était encore que de 467.000 hectares partagés entre 943 propriétaires. En 1907, la superficie était de 677.000 hectares divisés entre 2.246 propriétaires. En 1912, la superficie atteignait 774.000 hectares partagés entre 2.719 propriétaires. On voit que de 1887 à 1912 le nombre des propriétaires est devenu huit fois plus grand, tandis que la superficie totale des propriétés n'a même pas triplé. Il en résulte bien manifestement que l'évolution s'est faite

dans la direction de la substitution de la moyt;nne propriété à la grande. Cette évolution est beaucoup favorisée en ce moment par le fait qu'une partie notable des terres alloties par l'administration en vue de la création de nouveaux centres de colonisation est achetée aux grands propriétaires.

De la multiplication des colons est résulté naturellement une transformation de Faspect général du pays qui saute aux yeux de tous ceux qui ont vu la Tunisie au début de l'occupation et qui la revoient aujourd'hui. Il est à peine utile d'ajouter que la construction des routes et des chemins de fer a contribué puissamment à cette transformation, en rendant possible la création de centres de colonisation sur des points où elle eût été impossible lorsque les moyens de communication n'existaient pas.

Le jeudi 4 juin 1914, à la fin du banquet offert par les colons de Mateur au résident général, un des plus anciens colons de la région, M. Pelletier, parlant de l'état de cette région en 1895 et aujourd'hui, disait : « J'ai assisté, et travaillé, au merveilleux épanouissement de Mateur : en 1895, ce n'était pas la ville florissante d'aujourd'hui, toute frissonnante d'activité colonisatrice et de jeunes énergies, ville auxdiôtels confortables, aux larges avenues plantées d'arbres, à la gare encombrée de marchandises, centre et rendez-vous d'une admirable région, sillonnée de routes 011 sonnent joyeusement les trompes d'automobiles, peuplée de fermes oii les colons dépensent des trésors d'endurance, de ténacité et de bonne humeur. Non! dans ce temps-là, pas de ville : une bourgade arabe, presque séparée du reste de la Tunisie, et endormie dans son isolement séculaire... Dans le bled, pas de routes : pour aller à Tunis, 70 kilomètres de pistes, transformées l'été en océans de poussière, l'hiver en marécages infranchissables. Trois fermes, distantes les unes des autres de 8 à 10 kilomètres, jalonnant une plaine fertile, mais nue et non défrichée, et d'une sauvage grandeur. Quatre ou cinq Français à peine, dans ce coin perdu...

« Et maintenant que de changements ! La région est

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sillonnée do chemins de fer, dont chaque station devient un centre de rayonnement français...

(1 Les écokis s'élèvent. Irop petites, si spacieuses soientelles, pour la population scolaire qui les envahit.

« Nous allons aujourd'hui, Monsieurle Ministre, inaup^urer l'hôpital-dispensaire, attestant que partout où se trouvent réunis des Français, s'imposent ces sentiments de pitié pour les humbles et les souffrants, et l'union dans la bienfaisance, qui sont l'apanage de l'âme française. Cette création est un peu l'œuvre de tous : budget municipal, subvention des Habous, crédits votés par la Conférence, dons volontaires, tout a été mis à contribution.

«Enlinet surtout, les colonsont travaillé : ilsonl défriché, cultivé, assaini la région : ils ont élevé d'innombrables fermes, affichant, sous le clair soleil, le toit rouge^ que j'ai si souvent dépeint comme le signe palpable de la prise de possession du sol par les fils de France : ils ont créé, à côté de leurs entreprises personnelles, tout un ensemble d'oeuvres de mutualité ; Caisse locale de Crédit mutuel, Coopératives d'achat, de vente, d'élevage, Caisse locale d'Assurances mutuelles, où s'affirment victorieusement leurs sentiments de solidarité et de fraternité, et qui constituent, en quelque sorte, leur ^irmure contre les coups du sort.

« Quand j'aurai ajouté qu'ils entretiennent les meilleurs rapports avec les indigènes, dont ils sont les éducateurs, les bienfaiteurs, les enrichisseurs, je crois que j'en aurai assez dit pour vous convaincre que vous avez autour de vous des hommes en qui le souci de leurs affaires personnelles n'a pas éteint la préoccupation du bien public, et qui s'appliquent, avec sérieux et modestie, à l'exécution de tous les devoirs. »

Après avoir rappelé que le travail des colons est favorisé à Mateur par « un régime pluvial à peu près normal et des terres de premier ordre » et parlé des « magniliques domaines, magistralement gérés, où sont appliqués tous les préceptes d'une science agricole avisée, ingénieuse, expei^te », l'orateur faisait allusion aux difficultés avec les-

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quelles les petits colons sont aux prises et il ajoutait : « La petite colonisation, celle par laquelle le peuplement français se fera réellement, se développera de façon systématique et continue, fait ici défaut presque complètement. La Direction de l'Agriculture a alloti tout près d'ici un seul enchir, l'enchir Bou-N'Kila : et les heureux bénéficiaires de cet allotissement sont un exemple vivant du succès que rencontreraient des expériences plus nombreuses du même genre. C'est depuis 15 ans ce que je prêche infructueusement : on m'a objecté souvent labrèche que pratiqueraient dans les fonds de colonisation des achats assez importants pour faire ici de la colonisation intensive. Je sais bien, je le disais tout à l'heure, que la terre est chère à Mateur : tant mieux ! serais-je tenté de répondre : le haut prix où on la paie est la preuve qu'on la sait moins ingrate ici qu'ailleurs; et l'intérêt de tous est indiscutablement qu'aucun colon ne soit voué à l'insuccès. 11 vaut mieux, pour l'œuvre de la colonisation, installer 10 colons, même à grands frais avancés, dans nos régions pluvieuses, que 30 dans d'autres points où ils seront livrés aux aléas des années mauvaises... Nous demandons à M, le Directeur de FAgriculture de faire rechercher, avec plus de soin que ses prédécesseurs, les terres k vendre dans les environs, et d'aider aussi, dans une certaine mesure, à l'allotissement, naturel et logique, des grands domaines. »

J'ai cru devoir reproduire ces paroles parce ({uelles traduisent très exactement la pensée de tous les colons français de la Tunisie. Tous, à l'exemple de M. de Carnières, président de la Chambre d'agriculture, réclament depuis longtemps la multiplication des centres de colonisation, en insistant sur l'avantage qui en résultera pour la domination française et sur les bénéfices qu'en tirera le trésor du Protectorat. J'ai dit pourquoi l'administration avait résisté pendant longtemps aux sollicitations des colons, j'ai dit aussi qu'elle devait être félicitée d'y avoir cédé ; je veux maintenant attirer l'attention des colons français sur les inconvénients qui résulteraient d'une extension trop

grande et trop rapide des mesures qu'ils réclament avec raison.

Pour que la colonisation officielle conserve les faveurs du public français et des colons tunisiens actuels, il faut (ju'elle évite toutes les causes d'échecs qui la déconsidéreraient pour longtemps, sinon pour toujours. Ainsi qu'on Ta vu dans les pages qui précèdent, il s'en est déjà produit un certain nombre dus soit à ce que les lots étaient trop peu étendus, soit à ce qu'ils étaient situés dans des rég'ions insuffisamment favorisées par la nature, soit à ce que les colons auxquels ils étaient attribués n'avaient pas les aptitudes nécessaires à l'agriculture ou bien désiraient faire œuvre de spéculation. Ces causes d'insuccès étant connues, l'administration a le devoir de les éviter et ne le pourra qu'à la condition de procéder à la création de nouveaux centres avec une extrême prudence.

Les colons eux-mêmes, ceux en particulier qui possèdent des domaines susceptibles d'être morcelés, n'ont pas intérêt à ce que l'administration procède à son œuvre colonisatrice avec une hâte excessive, car plus la mise en valeur des terres se développera, plus le prix de leurs propriétés s'accroîtra.

Une augmentation aussi rapide que possible des colons français est, il est vrai, d'autant plus désirable que les étrangers sont actuellement beaucoup plus nombreux en Tunisie que les Français ; mais il faut se dire que la domination d'une race en un pays quelconque ne tient pas seulement au nombre des individus qui la représentent. Elle dépend surtout de la valeur intellectuelle, morale et économique de ces individus. Or, on a vu que si les Italiens sont en Tunisie plus nombreux que les Français, ils y occupent, en général, une situation inférieure à celle de nos compatriotes et remplissent des fonctions dans lesquelles les Français ne voudraient pas les remplacer et d'où ils se voient euxmêmes chassés par des indigènes, tant il est facile de les remplir. Si l'on veut que la supériorité de notre race se maintienne, il est indispensable de sélectionner avec soin les colons français auxquels seront attribués les nou-

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veaux lots de la colonisation officielle. Il faut que tous, autant que possible, réunissent les qualités nécessaires au succès. Dans ces conditions, la France n'aura rien à redouter de la présence des étrangers dans la Itégence ; elle devra même s'en réjouir puisqu'ils y rempliront des rôles pour lesquels on ne trouverait pas de Français.

Pour terminer ce chapitre, je crois utile de donner le tableau ci-dessous, dressé par l'administration de la Tunisie et dans lequel se trouvent détaillées toutes les opérations de la colonisation officielle de 1893 à 1913.

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