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francs. Il comprend 2.790 hectares dans le contrôle

de Medjez, on y cultive l.OÔO hectares de céréales par an.

l/AORICUr/l'UHE EUHOl'KKNNK 133

— Le domaine de la Brauce Tunisienne , à Oued-Zargua, appartenant à la Rurale Tunisienne, Société anonyme au capital de 400.000 francs. Il comprend 2.650 hectares à Oued-Zargua. On y cultive 1.100 hectares de céréales par an. — Ces deux dernières propriétés n'avaient pas 20 hectares chacune de défrichement au moment oii l'Omnium s'y est intéressé. — Le domaine de Ben-Dou exploité par la Colonisation de l'Oued-Ramel, Société anonyme au capital de 350.000 francs. Il comprend 1.700 hectares situés à Oued-Ramel. — Le domaine de Zouitina exploité par la Société du Maiana, Société anonyme au capital de 400.000 francs. Cette propriété est située à Tébourba. Elle comprend 900 hectares en voie de défricliement. La Société du Maiana possède en plus 20.000 pieds d'oliviers dans la forêt de Tebourha.

Toutes ces entreprises ont demandé de très gros efforts de toutes sortes. Elles étaient dirigées par un personnel uniquement français qui a été mobilisé dès les premiers jours d'août 1914, et qui a été remplacé par des moyens de fortune.

Il existe encore dans la région de Djedeïda quatre ou cinq autres domaines de moindre étendue dont un, le plus important après les précédents, celui de Saint-Joseph d'El Mahrine, cultive 191 hectares de vigne; les autres en cultivent de 20 à 75 hectares.

La région de la Marsa. près de Tunis, sur les bords du golfe, ne présente que deux propriétés : celle dite de l'archevêché, appartenant à la Société civile immobilière La Tunisienne, composée de 65 hectai-es plantés en vignes et celle de M. Bessis, près de la Goulette, dont la surface totale est de 100 hectares. 40 hectares sont plantés en vignes qui donnent exclusivement du vin de liqueur, type muscat.

Le domaine d'Utique a été constitué autour de l'antique ville punique ; il est l'un des plus étendus de la Régence. Il embrasse plus de 6.000 hectares et appartient à un Français qui y réside, M. de Chabanes La Palice. Il ne contient que 20 hectares de vignes rouges, plantées au début de l'occupation. Les céréales y sont cultivées sur

une grande étendue avec des machines à vapeur et donnent de bons résultats. Plusieurs fermes ont été créées en vue de l'exploitation par métayage.

La région de Mornag, située au sud-ouest et à une faible distance de Tunis est celle où se trouvent actuellement réunis le plus grand nombre de domaines européens. Presque tous appartiennent à des Français. J'ai sous les yeux une liste de vingt-huit domaines situés dans cette région, qui tous font des céréales, de l'élevage et du vin dans des conditions aussi favorables qu'il est possible de les trouver en Tunisie.

Le domaine de Potineille (2.800 hectares), situé plutôt à l'entrée de la presqu'île du cap Bou que dans le Mornag proprement dit, est le plus important. Il est situé à deux kilomètres de la station de Hammam-El-Lif, sur la ligne de Tunis à Sousse, et s'étend des pieds du massif montagneux de Bou-Kornine jusqu à la mer. Acheté en 188i par M. Paul Potin, et régi par M. Gauvry, il possédait déjà en 1888 un vignoble de plus de 400 hectares, porté depuis à près de 600 hectares. C'est le vignoble le plus important et le mieux aménagé de la Tunisie, grâce aux dépenses considérables faites pour son installation, son entretien et son exploitation. Il produit de 15 à 23.000 hectolitres de vins dont une partie notable est représentée par des mistelles et par des vins de liqueurs iMuscat, Porto, Banyuls). Une centaine d'hectares sont ensemencés tous les ans en céréales. L'élevage est représenté par d'importants troupeaux de bœufs et de moutons. On y a créé une fabrique de chaux hydraulique et de ciment dont les produits sont très estimés en Tunisie et au dehors.

Le domaine de Crétéville, à 20 kilomètres de Tunis, fut acheté, en 1884, par un officier de cavalerie, M. Maurice Crété, qui planta rapidement 250 hectares de vignes. Actuellement son domaine produit en moyenne 13.000 hectolitres de vin rouge, de vin blanc et de muscat. M. Maurice Crété est un des colons français qui ont montré le plus d'ardeur, de ténacité et d'intelligence dans leur œuvre. Je disais de lui dans la première édition de ce

l'agriculture europkrnnr 137

livre : « Tandis qu'on défonçait ses terres, qu'on plantait son vignoble et qu'on bâtissait son habitation, il logeait sous la tente, au milieu de la plaine ». D'après une note qui m'a été communiquée tout récemment, il a créé deux autres domaines pour des sociétés filiales de la sienne, l'un à Belli, dans la presqu'île du cap Bon, l'autre à Protville, sur la route de Bizerte, près du pont de la Medjerdah. On estime que les trois domaines doivent posséder ensemble environ 700 hectares plantés en vignes. Le domaine de Belli (situé dans la région de Grombalia) a une étendue de 600 hectares dont 160 plantés en vignes rouges et blanches. Le domaine de Protville, dont l'étendue est de 1.100 hectares, en a 170 plantés en vignes rouges, blanches et muscat. Dans ces domaines on cultive des céréales et on fait de l'élevage.

Le domaine de Bir-Kassad, situé à 4 kilomètres seulement de Tunis et dont l'étendue atteint 644 hectares, fut créé en 1888 par M. Savignon, ancien maire d'Alger. Il appartient aujourd'hui à la Société de colonisation tunisienne qui est une société de retraite, également propriétaire des domaines de Ksar-Tyr (3.400 hectares dont 140 en vignes) dans le contrôle de Medjez-El-Bab et du domaine de Zaïana,près de Fondouk Djedid (cap Bon), créé parle général Toutée. A Bir-Kassaâ, il existe 148 hectares de vignes.

En face de ce domaine, se trouve celui d'Hassen Bey, dont la propriétaire est M"" d'Espaigne et le locataire, M. Renoux, de Tunis. Son étendue est de 400 hectares, dont 118 plantés en vignes rouges, blanches et muscat. Il produit près de 200 quintaux de raisin de table, et plus de 7.000 hectolitres de vin dont environ 600 en vins de liqueur, 300 en vin blanc, 3.400 en vin rosé et 2.500 en vin rouge, on y cultive aussi des céréales.

he domaine d'Ahmed-Zaïd (^600 hectares) fondé au début de l'occupation par M. Terras, appartient aujourd'hui à son hls M. Antoine Terras, membre de la Gliambre d'agriculture et de la Conférence consultative. On y cultive 80 hectares de vigne et des céréales. On y a établi une très belle orangerie.

I3!S LA TUNISIK

Le domaine de Marquey, situé à 18 kilomètres de Tunis, appartient à MM. Armand Reclus et Guignard. Son étendue est de 787 hectares dont 100 cultivés en céréales et fourrages et 100 en vignes rouges et blanches

Le domaine de Ben-Arons appartient à la Société des lermes dont le directeur est M. Saurin. Il est situé à 3 kilomètres seulement de Tunis, près de la gare de Djebel-Djelloud où s'est constitué un centi'e industriel. Il y est cultivé i'ô hectares de vignes blanches et rouges.

Le domaine de Sidi-Salem, propriété de M. le docteur Jude Hue, est situé dans le Haut-Mornag, Il figure parmi ceux dont les vignes ont le rendement le plus fort. S-on étendue est de :U9 hectares, dont 63 sont plantés en vignes rouges.

Le domaine d'Eschamufies également situé au Mornag, propriété de M. de Warren, cultive 40 hectares de vignes dont le rendement est l'un des plus élevés de la Régence. M. de Warren fut avec M. de Carnières, président de la Chambre d'agriculture et M, de Bouvier, aujourd'hui décédé, l'un des créateurs du Crédit rural et de l'Association agricole.

La plupart des autres domaines de la région ont une surface inférieure à 300 hectares et cultivent entre 20 et 80 hectares de vignes. Tous font des céréales ; tous sont considérés comme prospères.

La région de Grombalia, qui s'étend au sud-est et k l'est de la précédente, contient de vingt-cinq à trente domaines dont quelques-uns figurent parmi les plus anciens de la Tunisie.

Le domaine de M' Raissa donl l'étendue est de 1.700 hectares appartient à cette catégorie. Il fut fondé au début de l'occupation par MM. Laurans et Mille, sur les bords du golfe de Tunis, près de Soliman, dans les plaines qui entourent l'embouchure de l'Oued Bezirk. Les vignes occupent 74 hectares. Après l'avoir visité, je disais, en 1887, dans la première édition de ce livre : « la propriété de M'Raissa est l'une de celles qui se prêteront le mieux à l'élevage du bétail. Les plaines qui entourent l'embouchure

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de rOiied Bezirk sont très liimiides, et constituent des pacages naturels qu'il serait aisé de transformer en riches prairies. Pendant les plus fortes chaleurs de l'été, les hœufs Y trouvent encore une abondante nourriture. Les propriétaires n'ont pas négligé cette source de revenus ; ils achètent à la fin de l'hiver des bœufs qu'ils font pâturer pendant sept ou iiuit mois et qu'ils revendent ensuite avec de beaux bénéfices. Si l'exportation de ces animaux était possible, si elle n'était pas entravée par des droits excessifs, ils pourraient la pratiquer dans d'excellentes conditions, car ils embarqueraient leurs bœufs sur les bords mêmes du pâturage. Il existait autrefois à M'Raissa un petit port romain dont on voit encore les traces et qu'il serait aisé de rétablir, pour le plus grand profit des habitants de la riche région qui entoure Soliman ».

La construction du chemin de fer de Tunis à Soliman a rendu inutile le rétablissement du petit port de M'Raissa et le domaine créé par M. Mille (décédé) et M. Laurans est indiqué comme l'un des plus prospères de la Tunisie. On y cultive les céréales. On y a développé les prairies (ît l'on y élève une quantité notable de bétail, dont aujourd'hui rex])ortation est libre.

Le domaine du Khanguet, propriété de M"'^ V' Gillet, dont l'étendue est de 2.000 hectares, est situé au Khanguetel-Hadjaj, près de Grombalia. On a planté 130 hectares en vignes rouges. On y cultive les céréales, et l'on y élève du bétail. Une partie du domaine a été aliénée par M""= Gillet à MM. Licari et Riant.

A signaler aussi au Khanguet, le domaine de M. Riant et celui de M. Leclorc, fils d'un des anciens généraux qui ont commandé la division d'occupation. On y cultive surtout la vigne.

Le domaine de Khangxet Gnesnon, près de Grombalia, propriété de M. Guesnon, étendue sur 600 hectares, possède 144 hectares de vignes rouges. On y cultive les céréales et l'on y élève du bétail.

Le domaine Oued-ei-Abid, de 6.806 hectares, propriété du Crédit mobilier de Paris, situé sur les bords de la mer,

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prrs (le la pointe du cap Bon, ne cultive que TiO hectares de vignes, sous la direction de M. de La Poterie.

Le domaine de Foudouk Djedid (100 hectares), propriété de M. de Carniëres, président de la Chambre d'agriculture du nord de la Tunisie, est remarquable par le rendement de ses vignes, qui couvrent trente hectares. Dans le reste du domaine on cultive des céréales.

Il faut rappeler : le domaine de Belli (600 hectares) qui appartient à la Société filiale de la Société Crété ; on y culti^■e 160 hectares en vignes d'un très bon rendement moyen ; le domaine créé par le général Toutée à Fondouk- DJcdid, où l'on cultive 180 hectares en vignes; le domaine de El-Haouarya appartenant à M. Paris , (400 hectares dont 45 en vignes), près de Soliman , où l'on fait du vin rouge, du vin blanc et du vin de liqueur, les vignes ayant un bon rendement moyen ; le domaine de Kelhia (893 hectares dont 30 en vignes) près de Grombalia ; le domainede El Aouina (350 hectares) appartenant à M. Lehucher, gendre de M. de Carnières, où l'on fait de la vigne et des céréales et où l'on élève du bétail ; les divers domaines du centre de Bir Meroita, créé par la Direction de l'Agriculture, etc.

Le domaine de M. Branima à 5 kilomètres de Soliman, dans la forêt d'oliviers, ne comprend que des oliviers, 25 à 30.000 pieds, cultivés avec le plus grand soin et une fabrique d'huih' montée avec tous les progrès modernes.

Les autres domaines de la région ont des étendues inférieures à 300 hectares et cultivent de 20 à 75 hectares en vignes. Presque tous appartiennent à des Français.

Dans la région de Sedjoumi. au sud et à une faible distance de Tunis, se trouvent quatre ou cinq grands domaines appartenant à des Français et (juatre ou cinq petits ayant pour propriétaires des sujets italiens.

Le domaine de M'Rira qui s'étend sur 2.000 hectares, à 9 kilomètres de Tunis, sur la route de Kairouan, appartient à M. Edouard Prouvost, de Roubaix. Il y a été planté 500 hectares de vignes rouges et blanches. On y cultive

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aussi (les céréales et l'on y fait de l'élevag-e. Une partie de la propriété est exploitée par des enzellistes.

Le domaine de Bordj-Chakir dont les propriétaires sont MM. Reynier Irëres, de Grenoble, et qui est géré par M. Yver de la Bruciiollerie, s'étend sur o90 hectares, à 11 kilomètres de Tunis, sur la route du Kef. Cent hectares sont cultivés en vignes rouges, blanches et muscat. On cultive aussi des céréales et on fait de l'élevage.

Le domaine très important de Ben Attar, dune contenance d'environ 1.400 liectares, appartenant à M. Blaive.

L'Enchir Birinc, à 15 kilomètres de Tunis, derrière le lac Sedjoumi offre, sur une étendue de 773 hectares, 61 hectares de vignes rouges et blanches qui donnent du vin et 500 quintaux de raisins de table. Ce domaine est, en grande partie, entre les mains d'Italiens.

Le domaine de Zarouni (250 hectares) propriété de M. Eugène Terras, situé à 6 kilomètres de Tunis, près de Manouba, offre 60 hectares de vignes rouges, blanches et de muscat. On y fait près d'un millier d'hectolitres de vin muscat qui pèse près de 15 degrés.

Citons encore les domaines de M. Dominique Bergonzo àM'Rira, avec ses 28 hectares de vignes; celui de M. Grammatico Vincenzo, à Birine où Ton cultive 24 hectares en vignes, etc.

La région de Sedjoumi est un lieu d'élection pour les Italiens et les Siciliens qui la défrichent avec une remarquable ténacité mais n'ont que de petites propriétés.

La région de Zaghouan, au sud de Tunis, présente une douzaine de belles propriétés appartenant à des Français, notamment celle que créèrent le colonel de P'aucamberge et M. Morel, celle de Finet, qui contient de magnifiques prairies naturelles, quelques vignes appartenant à la Compagnie des eaux, etc. Cette région est à la fois l'une dès plus riches et des plus belles de la Tunisie. Elle est égayée par les arbres et les arbustes qui couvrent la chaîne du Zaghouan, la plaine et les collines qui la bordent, par la pittoresque petite ville de Zaghouan, entourée de jardins oià poussent tous les ai'bi-es fVuitiers de notre

pays mêlés à des oliviers, à des grenadiers et à des vignes (|u' arrosent l<'s eaux de la montagne, ces eaux dont on parle avec enthousiasme dans toute la Tunisie parce qu'elles sont les plus abondantes et les meilleures qu'on y connaisse. Tour à tour les Carthaginois et les Romains ont bu ces eaux qu'ils amenaient par des aqueducs à Garthage et à Tunis. Les Romains ont bâti, au-dessus des larges fissures des roches par lesquelles les eaux sortent, un temple encore debout et presque intact, témoin de la vénération dont cette petite ville a toujours été entourée.

En 1890, une société lyonnaise acheta, dans cette région, le domaine de l'Oued Hamel comprenant IG.OOU hectares qui furent partagés entre ses membres. Il faut signaler le domaine de Ren Dou, récemment cédé par M. Birot à l'Omnium, celui de Sidi Cherif à M. Chavant, récemment décédé, membre de la Chambre de commerce de Lyon.

Le domaine de cette région le plus important par son étendue, est celui de Beni-Derrage (2.500 hectares) à 10 kilomètres de Zaghouan. Il appartient à la Société immobilière de Beni-Draj. On y cultive 40 hectares en vigne. On y fait des céi'éales et l'on y a créé des |)rairies en vue de l'élevage.

Le domaine de Djimla (1.500 hectares), propriété de MM. Radius et Duprez, est situé près de Zaghouan. On y cultive 25 hectares en vignes qui produisent des vins rosés et rouges. La plus grande partie du domaine est cultivée en céréales.

Le domaine de Bir-Cliana^ à Mograne, près de Zaghouan, l'ut créé par le colonel de Faucamberge dès le début de l'occupation. Il devint ensuite la propriété de M"'' Thérèse Humbert puis celle d'un guadeloupéen, M. Larraque. On y a planté 215 hectares en vignes. On y cultive en outre des céréales, on y a créé des prairies et l'on y fait de l'élevage.

Le domaine dp Val-joie, propriété créée par M. Duffo, président du Syndicat général des viticulteurs, mort récemment, est situé à Aïn-el-Asker, à 2 kilomètres delà station

l'agriculture européenne 143

(lu Djebel OusL II s'élend sur 350 lieclares. doril, 'l'I cullivés en vignes.

Le domaine ou établissement agricole de Sainte- Marie du Zil , propriété de M. Vidou, s'étend sur 47o bectares, à 18 kilomètres de Zaghouan. On y cultive 33 hectares en vignes blanches et rouges. La culture des céréales y occupe une place importante. Ce domaine faisait partie de l'Oued Ramel. Il fut donné, par la Société Lyonnaise, à M. l'abbé Boisard pour y créer un orphelinat agricole (500 hectares). L'abbé Boisard a passé la main à une Société patronnée par M. Jolv, de l'Institut, qui continue à élever des orphelins.

Le domaine d'A'r/t-el-Asker à 4 kilomètres de la station de Djebel Oust, s'étend sur 550 hectares. Il a pour propriétaire M. Jules-François Krayembùhl. On y fait beaucoup de céréales et 28 hectares sont plantés en vignes.

Notons encore, dans cette région, le domaine de Dial-el- Arous (358 hectares dont 22 en vignes, le vignoble de MM. Machuel et Bérard, à Bir M'Gherga (22 hectares de vigne et les vignobles de M. Célix (20 hectares), de MM. Aula et Virgélio (30 hectares), de M. Houde. président de l'Association des colons d'Aïn-el-Asker. etc., etc.

Dans la région de Sfax, nous trouvons encore un domaine où l'on fait de la vigne, celui qui porte le nom de Enchir-el-Haj eb , dont la sui'face totale est de 400 hectares, avec 40 hectares de vignes. Il produit 3.000 kilogs de raisins de table ainsi que des vins rouges et blancs et du vin de muscat. Il appartient à M. Henri Cuny qui y cultive des céréales, des amandiers et des oliviers.

La statistique générale de la Tunisie pour 11)12 indique dans la région de Sfax 48 viticulteurs européens dont 32 français, 13 italiens, 2 anglo-maltais et 3 grecs cultivant ensemble 216 hectares de vignes dans lesquels figurent probablement les 40 hectares du domaine El-Hajeb. Le nombre des hectares cultivés en vignes par les 32 français étant de 205, il ne reste pour les autres européens que des surfaces très réduites.

La région de Sfax est surtout remarquable par les cul-

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tures d'oliviers et (ramandiors (lu'y i'aisaienl, depuis fort longtemps les indigènes et- vers lesquelles se sont portés, depuis une quinzaine d années, un certain nombre de colons français.

Parmi les principaux domaines créés par les Français, nous devons citer ceux de M. Boucher, sénateur, ancien ministre (10.000 hectares), géré par un de ses (ils; de M. Cochery, ancien ministre, député du Loiret, mort récemment (près de 3.000 hectares) ; le domaine de la Fauconnerie, appartenant à M. Faucon, liquidateur judiciaire à Paris, et géré par M. Gharroin, cultivateur émérite qui fait des expériences pour le compte de la Direction de l'Agriculture: on y voit une autrucherie récemmeni achetée par l'État tunisien: celui de M. Mougeot, sénateur, ancien ministre ; ceux de MM. Sirv, Liby, Boizel, etc., etc., tous créés dans les Terres sialines, vendues par l'Etat à 10 francs Thectare, à la condition d'être plantées en oliviers. M. Regnault, ancien résident du Maroc, ambassadeur au Japon, M. Serres, Contrôleur civil à Tunis, le docteur Chrétien, de Nancy, etc., etc., ont également planté des oliviers dans cette région devenue tout à fait florissante.

La plupart des propriétaires européens ont adopté pour leurs plantations le système des m'gharsis dont il a été question plus haut, qui aboutit au partage des oliviers par moitié entre le propriétaire et le travailleur lorsque les arbres commencent à produire. D'autres ont préféré garder à leur charge tous les frais de la plantation et de l'entretien des olivettes, afin d'en avoir l'entière propriété.

Les uns et les autres ont éprouvé des difficultés dans le recrutement des m'gharsis, d'autant plus grandes que leurs propriétés étaient plus éloignées de Sfax. L'ancien Directeur de l'Agriculture, M. Bourde, à qui l'on doit le développement de la culture des oliviers par les Européens, dans les environs de Sfax, doit être félicité pour cette œuvre éminement utile à la colonisation française en Tunisie.

Dans la région de Sousse la statistique signale l-)2 viti-

l/Af.Rir.LLrLMlK la' ItOl'KKNNi; 14o

culteurs dont 23 français, KiO italiens et 9 anglo-maltais cultivant ensemble 987 hectares de vignes. Les 23 frangais en ont ensemble 187 hectares ; les 160 italiens en ont 785.

L'un des domaines les plus anciens de la Tunisie, celui de Kliroussia, se trouve près de Sousse. non loin du lac Kelbia, dans une localité très riche en eau. On y avait planté une cinquantaine d'hectares de vignes qui n'ont pas réussi. On y fait des fourrages et l'on y appliquait pour la culture des céréales un système sur lequel on avait fondé de grandes espérances. Les propriétaires louaient aux Arabes la majeure partie de leurs terres moyennant une faible somme d'argent et l'obligation de cultiver, au profit exclusif du propriétaire, une certaine étendue de terres. Grâce à ce système le propriétaire n'avait que peu d'avances de fonds à faire et l'Arabe était fixé au sol par ses intérêts. Mais la sécheresse est trop grande dans cette région pour que la culture des céréales soit avantageuse. On se heurta pour la culture de la vigne, à une autre difficulté : la trop grande richesse du sol en chlorure de sodium, en sels magnésiens et en gypse. Partout oi^i le sol est salé la vigne refuse de vivre.

Dans la région de Gabès M. de Lesseps possédait un très vaste domaine qui passa aux mains du commandant Roudaire et qui est actuellement divisé en deux parties : l'une appartenant à MM. Person et Maugery, l'autre à f Omnium immobilier, société tunisienne dont nous avons déjà parlé. L'origine de ce domaine remonte au projet de M. Roudaire, relatif à la création d'une mer intérieure s'étendant sur tous les chotts du sud de la Tunisie et de l'Algérie. Un canal de près de deux cents kilomètres devait relier les chotts au golfe de Gabès et permettre leur envahissement par l'eau du golfe. Par décret du 22 novembre 1883 le Bey concédait à M. de Lesseps le droit de creuser des puits artésiens dans toute la région des chotts et s'engageait à lui vendre autour de chaque puits une surface de terre de 100 hectares par chaque mètre cube de débit à la minute, à un prix calculé d'après la valeur

J.-L. Dr Lanei4sa>'. — La Tunisie, 10

du terrain avant lo forage du puits. En 1887, j'assistai au creusement du premier de ces puits sous la direction du commandant Landas. Les projets primitifs ont été abandonnés, mais de nombreux puits artésiens ont été creusés dans le sud.

La statistique signale encore dans la région de Gabès- Djerba, l'existence de 9 viticulteurs européens, dont 4 français, 4 italiens et 1 grec, cultivant ensemble près de 10 hectares de vignes.

Dans la région de Zarzis, la ^statistique signale 8 viticulteurs européens, dont 6 français et 2 italiens, qui cultivent ensemble environ 34 hectares de vignes.

Dans la région de Gafsa, elle indique 5 viticulteurs français cultivant ensemble environ 6 hectares de vignes.

Dans le Nord et l'Est de ja Tunisie, il existe un grand nombrede domaines dont quelques-uns de grande étendue, tous favorisés par la régularité et l'abondance des pluies et la facilité des communications.

Dans la région de Bizerte, nous avons déjà noté le domaine de Protville qui appartient à une filiale de Ja Société Crété. W s'étend sur 1.100 hectares dont 170 plantés en vignes rouges, blanches et de muscat. On y cultive aussi des céréales et Ton y fait de l'élevage.

C'est aussi dans cette région que se classe le domaine d'Utique dont il a été question plus haut.

Le domaine de El-Hao?ad [l.\W hectares) situé comme le précédent sur la route de Bizerte à Tunis, propriété de M. Alexandre Grammont, gérée par M. Villard, offre 74 hectares plantés en vignes d'un bon rendement. On y cultive des céréales et l'on y fait de l'élevage.

Sur les rives nord du grand lac de Bizerte, s'étend une région fraîche, celle de El-Azib, où s'est développée de façon heureuse, sur des terres légères, la moyenne colonisation : une dizaine de propriétaires y font, sur des étendues variant de 50 à 200 hectares, les fourrages, l'élevage en demi-stabulation, les cultures maraîchère et fruitière et un peu de céréales. L'eau, très abondante et bonne, y permettrait l'établissement de luzernières.

L AC.RICULÏURE EUROPÉKNiMi 147

iVu sud du lac, sont les domaines de M. Doyen, de M, de la Haye, le vignoble de la société de Tindja.

A l'ouest, entre le lac et la mer, on voit le centre de Sidi-Ahmed créé par la Direction de l'Agriculture, puis le centre de Sidi-Bou-Hadid issu du morcellement des 3.000 hectares qui appartenaient à la Société Anonyme de Sidi-Bou-Hadid et formant les domaines de MM. Rouget, de Nadaillac, Descamps, de Ganay, Dufaure et Rousset, variant de 100 à 500 iiectares et propices aux céréales et à l'élevage.

Enfin sur les rives nord du lac Ichkeul est un autre groupement formé parles propriétés de MM. Clary, de Ganav, Leclercq et Daverède.

Citons encore le domaine de Sidi-Scdem, près de Mateur, propriété de M. Gabriel-Jullien, étendu sur 866 hectares avec 20 hectares de vignes, loué à M. Costet, ancien élève des Écoles d'Agriculture de France, vice-président de l'Association agricole de Tunisie.

La région entre Bizerte et Mateur est une de celles qui se prête le mieux à la colonisation européenne, à cause de la régularité et de l'abondance des pluies et de la qualité des terres.

Mateur même est un centre des plus fertiles et oii les pluies sont les plus régulières. ïl y faut noter d'une façon particulière les propriétés très importantes et très bien tenues de MM. Loyer, Lapalu, Marchegay, Rœderer, Lavotte, Massini, Pinhède, Lespinasse, Desportes de La Fosse (ministre plénipotentiaire, ancien délégué à la Résidence Générale.

La région de Mateur commence en réalité après Chaouat, à Sidi Athman (propriété admirablement tenue de feu M. de Bouvier) ; elle englobe les domaines d'Ain Rhelal, appartenant à M. Boissonnas, récemment acheté par M, Auvergnat, à M. Wartelle, à M. le comte de Bazignan, et s'étend jusqu'aux Mogods et aux Hédils. Cette région est éminemment propre aux céréales et à l'élevage.

La région de Béjà contient deux beaux et grands domaines : celui de VOned-Zerga et celui de Mimc/iar,

propriété de la Société des Fermes françaises de Tunisie, avec ris iiectares plantés en vl^-nes. Il est diriçi-é par M. Saurin.

L'Oued-Zerga fut acheté par M. Gery à Moustapha-ben- Ismacl, avant l'occupation. Tl a été ailoti par les soins de M. Acquaviva, aujourd'hui décédé, membre de la Chambre d'Agriculture, délégué à la Conférence consultative, fondateur des Assurances mutuelles ; il y a maintenant une quinzaine de domaines importants : le principal celui de M. Acquaviva, contient les vignes : à citer MM. Ponson, président de l'Association des colons, Ballut, Roméas, Gaulliier, Héberger, Guyétand, etc., etc.

La région de Déjà est l'une des plus favorables de la Régence à la colonisation européenne. Elle ne connaît pas les mauvaises années. On y cultive avec profil les céréales et l'on y fait de l'élevage dans d'excellentes conditions. Il y a été créé un grand nombre de fermes françaises de petite étendue et qui toutes sont prospères. Leur création a été due en partie à la Société que préside M. Saurin et en partie à la Direction de l'Agriculture. Dans une note qui vient de m'ètre communiquée, on estime à au moins 150 le nombre des fermes de cette région, dont la partie la plus fertile est celle qui s'étend dans la vallée de l'oued Zerga entre la ville de Béja et les collines qui, en raison de leurs sommets dentelés, ont reçu le nom de la Scie.

La richesse proverbiale des terres de cette région est due à une précipitation annuelle de pluie oscillant entre 600 millimètres et 800 millimètres et à des sources nombreuses, à débit abondant.

Les colons y étaient relativement peu nombreux jusqu'en 1900 ; ils ont vu leur nombre s'accroître en grande proportion. Seule, la cherté progressive des terres apporte actuellement un obstacle à leur multiplication. Les éléments de cette colonisation sont excellents, formés en grande partie par des paysans originaires de l'Ouest, et des jeunes gens sortis de l'École d'Agriculture coloniale de Tunis, tous installés sans esprit de retour.

La situation géographique particulièrement favorable

i/aGRICUM'URF, ruropkrnnr 149

(le celle contrée, les qualités agricoles de ses émigranls ont déterminé une suite de progrès particulièrement intéressants dans les assolements, procédés culturaux, sélection et adaptation des semences, etc.

L'élevage, édifié d'une façon rationnelle, a adopté la formule du croisement (Salers, Tarentais. Modica, etc.) ; les résultats acquis ont été mis particulièrement en évidence sur les propriétés de MM. Leclerc, Roy, Vénè(|ue, Carrier, Gagne.

Des croisements fort intéressants aussi ont été réalisés sur les brebis d'origine algérienne et les porcs. L'élevage du cheval a donné des résultats particulièrement satisfaisants chez M. Duifau d'El Aifareg. Il convient aussi de mentionner particulièrement l'introduction par M. de Lannurien de nombreuses juments bretonnes dans le pays, en vue de croisement avec les baudets, du Poitou ou des Pyrénées.

Il semble malaisé de mettre en relief tel domaine ou telle propriété. Partout on trouve un eiïort constant et une émulation progressive. Sur le lot de «0 hectares, comme sui- l'henchir de 500 hectares, on pratique l'emploi judicieux, basé sur l'analyse des terres, de superphosphates, scories et autres engrais; partout les dernières créations du machinisme agricole sont étudiées et accueillies avec satisfaction.

En résumé, cette jeune colonisation a fait ses preuves et semble appelée à un plus bel avenir encore. Etant donné l'exemple remarquable de collaboration intelligente avec les indigènes dans la pratique des œuvres culturales. le bel esprit de mutualité qui l'anime, ses succès grandiront encore. Souhaitons aussi que le nombre des colons s'accroisse. Les preuves de réussite sont acquises et il faut espérer que la Direction de FAgriculture continuera à développer cefoyer d'efforts français.

Dans la région deMedjez-el-Bab, se trouvent deux grands domaines : celui de Ksar-Tyr propriété de la Société d<' colonisation française, 3.400 hectares, dont 140 en vignes et celui de Cliassart-Tefalia actuellement à M. de Wou-

150 LA TUNISIK

liis. sujet bolg-e, (3.000 hectares, dont 103 en vignes rouges, blanches et de muscat).

A citer encore les beUes exploitations de MM. Deligne, membre de la Chambre d'ag'riculture, Blanc, Soulier, Morand, Muzart, Raffin, etc., etc. Céréales et bétail.

Les colons de Medjez et du centre voisin, à 10 kilomètres du (jroubellat (Direction de l'agriculture), onl fondé une Société d'élevage qui constitue, par la sélection des bovins indigènes, un superbe troupeau.

Dans la région de Souk-el-Arba se trouvent trois beaux domaines : celui de Zama, à Souk-el-Khemis (ol7 hectares dont 40 en vignes), fut créé par M. Féret, il appartient aujourd'hui à M. de Waumas ; celui de Romani au comte de Chabannes (300 hectares dont 40 en vignes rouges) ; et celui de Zaouetn, propriété de la Société foncière et agricole des vignobles de Souk-el-Khemis, dont le directeur est M. Charles Fabre. Ce domaine a une étendue de 1.500 hectares. Le phylloxéra s'étant introduit dans son vignoble, il y a quelques années, on arracha d'abord la vigne sur un hectare. De nouvelles taches s'étant formées dans ces derniers temps, la Giiambre d'agriculture et le Syndicat des viticulteurs ont pris l'initiative de provoquer l'arrachage du vignoble entier. On espère que grâce à cette mesure et à l'isolement des autres vignobles, le phylloxéra ne s'étendra pas dans la Régence. Afin de le prévenir il a été pris, depuis longtemps, des mesures très rigoureuses.

Signalons les très importants domaines, à Souk-el-Khemis, de M. Cailloux, dont les installations électriques sont tout à fait remarquables, de M. Gounot, délégué à la Conférence consultative, de M. de Waumas, membre de la Chambre d'agriculture, etc., etc., le lotissement de la Direction de l'agriculture à la Merdja-Khérédine.

Dans la région de Teboursouk, se trouve le grand domaine (2.000 hectares) des Pères blancs, connu sous le nom de Saint- Joseph de Thibar. Il est situé à 20 kilomètres de Teboursouk ; 50 hectares sont cultivés en vignes.

Nous devons citer encore les domaines très importants

l'agricui.tubk F.UROPKENNE itil

(le Aïn-Garsa à MM. PerriqueL, de MM. Fabre, Nancy, Sériot de Dion, Gauthier, etc., etc.. et le lotissement récent de la Direction de l'Agriculture à Tenchir Khalled.

§ lY. — L'exploitation des domaines européens

La mise en valeur de tous les grands domaines dont nous venons de parler est beaucoup favorisée par le système du métayage qu'emploient déjà un certain nombre de nos compatriotes. Les métayers eux-mêmes pouvant T'tre soit des indigènes, soit des Italiens, des Siciliens ou des Maltais. Dans un mémoire publié par M. Renard dans l'annuaire pour 1912 de l'Association des anciens élèves de l'École coloniale de Tunis, le métayage est particulièrement recommandé comme moyen d'attirer en Tunisie les agriculteurs français.

Il a été reconnu, en elfet, qu'un Français, cultivateur de métier, peut difficilement réussir s'il ne dispose, à son arrivée en Tunisie, d'un capital d'au moins vingt mille francs ; s'il n'est pas agriculteur, le nouveau venu devra avoir à sa disposition des ressources beaucoup plus considérables. Or, pour ceux qui connaissent le tempérament du paysan français, il est évident que celui qui dispose d'un semblable capital préférera rester en France plutôt que venir le risquer en Tunisie ; en fait, il est très rare que la Direction de l'Agriculture vende des terres à des colons de cette catégorie.

« Au contraire, beaucoup de petits propriétaires et d'ouvriers agricoles, munis d'un capital de un à cinq mille francs, viendraient volontiers en Tunisie, pour laquelle ils seraient de précieuses recrues, s'ils savaient pouvoir y trouver une bonne situation d'attente et s'ils avaient l'espoir d'y devenir propriétaires. Or, le métayage — l'expérience l'a prouvé — est pour cette catégorie si intéressante de nouveaux venus, le moyen de se familiariser avec l'agriculture de ce pays et de parvenir sûrement à la prospérité. »

M. Saurin lui-même a publié sur le métayage envisagé

152 LA I UNI sir.

cornine moyen do dévt'loppiu- la coloiiisalioii tïançaise en Tunisie des observations dont il me paraît utile de mettre quelques-unes sous les yeux de ceux de nos compatriotes qui liront ce livre. Il pose d'abord en principe que pour réussir dans l'agriculture en Tunisie il faut, comme partout d'ailleurs, réaliser Tunion d'un bon cultivateur laborieux, sobre, intelligent et d'un capital suffisant. « Le vrai paysan, dit-il [fOEuvre française en Tunisie, p. 28), malgré ses qualités de travail et d'endurance ne peut pas s'établir en Tunisie avec chances de succès s'il ne dispose pas du capital nécessaire. Il ne peut pas y vivre comme journalier à cause du bon marcbé de la main-d'œuvre indigène et italienne, il ne peut donc s'y établir que comme maître-valet, métayer, fermier ou petit propriétaire. Quelle que soit la combinaison adoptée, il doit acheter le sol, construire une maison et une écurie, disposer d'un cheptel, des instruments de labour et posséder les avances pour vivre en attendant la récolte. » Tout cela représente une somme importante. M. Saurin donne des chiffres « établis, dit-il, à la suite d'une expérience personnelle de douze ans ».

Il envisage d'abord une ferme de 10 hectares dont 5 en vignes. « Elle exige, dit-il. un capital de 12.U00 francs, ainsi employés: achat du terrain 1.50U francs ; construction 2.500 francs; cheptel, 1.000 francs; divers 1.000 francs, création du vignoble, 5 hectares, première mise de fonds, 6.000 francs. Elle rapporte brut, à partir de la cinquième année, 5.000 francs. Celui qui établit cette ferme doit être un cultivateur de profession, exécutant lui-même tous les travaux des champs, vivant' en grande partie du produit de son sol et allant chercher autour de lui, dans les premières années, un travail complémentaire, car ce petit domaine ne saurait occuper tout son temps. » Il ajoute qu'un colon peut vivre dans ces conditions « dans une large aisance », mais encore faut-il qu'il possède un capital initial d'une dizaine de mille francs ou que quelqu'un fasse tous les premiers frais pour lui.

Il envisage un second cas, plus favorable, offrant une situation plus enviable à la famille paysanne française qui

i/a(.RICULTURR RUROPÉI'.NNI'. i")3

voudrait s'expatrier. « Une ferme de ."iO liectares, dil-il, dont 5 en vignes, exige une première mise de fonds de 32.000 francs et rapporte brut 10.000 francs. Le prix de revient se décompose ainsi : achat du sol, 7.o00 francs ; constructions. o.OOO francs; cheptel, 3.000 francs; divers, 3.500 francs. La création du vignoble nécessite une première dépense de 1.200 francs par hectare. Les revenus se composent du revenu de la vigne, 600 hectolitres de vin vendus à 12 francs = 7200 francs; et du produit de 40 hectares en céréales et en fourrages, qui donneront de 50 à 150 francs brut à Thectare suivant les années et suivant qu'on se trouvera dans la Tunisie n'' 1 (vallées secondaires situées au nord de la Medjerda oij les pluies sont régulières et abondantes ou n° 2 (vallées de l'oued Miliane, de la Medjerdah et du Cap Bon). Ainsi, règle générale, dans une entreprise bien conduite, avec un capital de 32.000 francs, on retirera brut 10.000 francs. Il y a là de quoi rémunérer à la fois le cultivateur qui exploitera le sol et le capitaliste qui aura fourni les fonds indispensables à l'œuvre de colonisation. En admettant qu'on partage le produit brut entre les (b'ux éléments, suivant un contrat de métavage, il reste 5.000 francs pour le paysan et 5.000 francs pour le capital. Ce sera là une excellente affaire pour le paysan. Comme il n'y a pas de morte-saison en Tunisie, un seul attelage peut très bien mettre en céréales ou en fourrages une trentaine d'hectares et labourer dix hectai'esde vigne. Le paysan trouve autour de lui la main-d'œuvre à bon marché (l'Arabe se paie 1 fr. 25 à 1 fr. 50 sans nourriture) ; il est d'ailleurs muni d'une moissonneuse-lieuse. Dans ces conditions, même sans enfants en âge de travailler, il dépensera à peine 500 à 600 francs de journées supplémentaires et il pourra toujours mettre de côté 1.000 à 2.000 francs par an, s'il est économe et laborieux. Que fera ce paysan de ses économies dans un pays où le sol vaut de 150 à 200 francs l'hectare? Il aura vite acheté une propriété sur laquelle il s'établira à sontoui-. L'affaire sera tout aussi bonne pour le capital, puisqu'il retira du 12 ou 15 p. 100 du capital engagé.

Celui (jui ne dirigerait, pas lui-même l'exploitation devra retranchei" une partie du rendement pour payer les frais de gérance et de surveillance ; mais il lui restera du o au 8 p. 100. C'est là un taux bien supérieur au rendement des capitaux de France. De plus, il aura une plus-value certaine dans un pays neuf, encore peu habité. »

Cette plus-value sest produite depuis le jour où ces lignes furent écrites et cela oblige à modifier dans des proportions assez fortes sans doute, les chiffres ci-dessus. Dans les régions de Béja et de Mateur, le prix des terrains s'est beaucoup élevé. On parlait, récemment, d'un millier de francs à l'hectare pour les terrains de seconde valeur des environs de Béja. Il y a une douzaine d'années les mêmes terrains valaient 130 à 200 francs. Il faut donc prévoir pour l'achat des terres une somme très supérieure à celle qui est prévue plus haut. D'autres chiffres certainement doivent encore être élevés.

M. Saurin insistait, non sans raison, sur (la nécessité de ne choisir pour métayers que de véritables paysans, laborieux et intelligents. « Le pavsan, dit-il, doit être un laboureur, conduisant lui-même sa charrue ou sa charrette, maniant la pioche aussi bien que le sécateur et ne craignant pas de salir ses souliers dans le fumier. Il doit vivre de la vie du paysan. Voyez autour de vous à la campagne comment vivent nos cultivateurs. Us se nourrissent presque exclusivement avec les produits de leur champ; ils ont une basse-cour bien garnie, un jardin bien tenu, une vache ou une chèvre. Dans un coin de la ferme, on entend le grognement du cochon qui fournira la graisse, le lard et le jambon. Dans ces conditions, il suffira de peu de chose pour joindre les deux bouts. Les paysans qui veulent vivre en citadins ou en bourgeois avant d'avoir réalisé des économies sont voués à une ruine certaine. » Le paysan français qui accepte un métayage en Tunisie doit, en somme, se dire qu'il ne devra ni moins travailler ni se donner plus de confortable en Tunisie qu'en France, mais qu'il pourra s'élever plus facilement à l'état de propriétaire dans le premier de

[, AC.RICULTURR KUROPKENNIÎ 155

ces pavs (jue dans le second parce que la terre y est. meilleur marché. J'ajoute qu'il est plus facile et moins coûteux de vivre dans un pays chaud que dans un pays où il existe un hiver.

M. Saurin exag-érait probablement l'importance du métayage lorsqu'il ajoutait : « A mon avis, le métayage est le seul mode d'exploitation pratique pour celui qui ne réside pas sur ses terres ou qui ignore les éléments de la culture. Sans doute, il a ses imperfections comme toutes les choses de ce monde, mais il offre de grands avantages, celui qui habite son domaine et qui connaît bien son métier aura parfois intérêt à employer le maître-valet qu'il paie au mois ou à l'année. Quelle que soit la combinaison adoptée, il faut que le citadin se double d'un bon paysan français. 11 ne trouvera ni dans l'Arabe, ni même dans l'Italien, l'habileté professionnelle, le bon sens, l'intelligence pratique qu'on rencontre dans le cultivateur français »,

Si le colon, propriétaire, habite sur son domaine pendant la plus grande partie de l'année, s'il possède 100 à 300 hectares et qu'il veuille employer des maîtres-valets, M. Saurin estime qu'il « vaudra mieux pour lui, morceler son domaine en cinq ou six exploitations que de créer une seule exploitation géante. 11 lui faudra dépenser quelques milliers de francs de plus pour construire les logements nécessaires, mais il les aura vite retrouvés dans les économies réalisées sur le transport des fumiers ou des récoltes. Il les retrouvera dix fois dans la plusvalue du sol le joui- oii il voudra morceler le domaine pour n'importe quel motif ». Il estime que le rendement sera plus fort. « Peut-on soutenir par exemple, dit-il, qu'un vignoble de 300 hectares confié, par lots de lo hectares, à vingt cultivateurs français ne sera pas beaucoup mieux soigné que s'il est cultivé par des journaliers indigènes ou italiens, dirigés par deux ou trois contre-maîtres français? En cas de mévente des vins, l'exploitation du grand vignoble deviendra ruineuse partout où la vigne ne produii'a pas 80 hectolitres à l'hectare ; elle sera encore

156 I,A TUNISIK

lémuiiérati'ict' dans rexploitation en métayage, parce que le métayer, père de deux enfants en âge de travailler, peut exécuter tous les travaux sans dépenser un sou et qu'il retire du soi les principaux éléments de son alimentation. »

M. Suurin expose le système qu'il a lui-même appliqué avec avantage. « J'ai créé, dit-il, deux gr'oupes de fermes avec le concours de divers capitalistes qui m'ont honoré de leur confiance, et j'ai pu établir ainsi dix-huit chefs de famille. A chacun je donne en métayage une ferme de 40 à 50 hectares pourvue de ses constructions et de son cheptel. Les 10 à 20 hectares consacrés aux vignobles sont défoncés à la vapeur, plantés et entretenus à mes frais par le métayer jusqu'au moment de la production. Le cultivateur dispose d'un capital variant de 500 à 2 000 francs; on lui avance le capital complémentaire s'il est sérieux. Il fournit le matériel de culture et le travail. Les produits sont partagés par moitié. Toutefois, le métayer a pour lui seul les produits de la basse-cour et du jardin. »

A la suite de visites répétées de diverses régions de la France pour le recrutement de métayers et d'études faites en Algérie, M. Saurin écrivait : « A la suite de ma longue expérience, je puis formuler avec certitude les trois lois suivantes : 1' tout paysan français qui vient en Afrique y reste; 2" tout paysan français qui vient en Afrique y devient propriétaire du sol; 3° tout paysan français venu en Afrique y attire un ou deux compatriotes ». Et il concluait très logiquement que le devoir de l'administration française est d'attirer en Tunisie le plus grand nombre possible de payiians français .

§ V. — La mutualité agricole en Tunisie

Les colorts de la Tunisie ont beaucoup aidé au progrès de leur œuvre par l'institution de la Mutuahté agricole, dont l'initiative fut prise par la Chambre d'Agriculture. La première manifestation de la Mutualité agricole consista dans la création de la Caisse régionale de Crédit agricole.

i/agiucultuiie EUROPKKNNK 157

Los bases de ca\ groupement furent jetétîs après la promulgation du décret du 25 mai 1905. Le 10 novembre de cette même année, à la suite d'une réunion que présidaient M. de Carnières, président de la Chambre d'agriculture, MM. de Bouvier et de Warren, on fonda la Caisse régionale de Crédit mutuel agricole du Nord avec 105 sociétaires représentant 314 parts. Le capital de fondation de cette Société fut fixé à 40.000 francs.

Quatorze Caisses locales se fondèrent aussitôt, groupant leurs opérations autour de la Caisse régionale et lui permettant d'utiliser les avances gratuites de l'Etat.

Ce groupement ne prit véritablement tout son essor que quelques années après sa création, les agriculteurs ne s'étant pas rendu compte tout de suite des services que pouvait lui rendre le Crédit agricole.

De 14, le nombre des Caisses locales fut porté à 18 et en 1913, 25 locales étaient définitivement organisées, prêtant annuellement aux colons plus de 1.200.000 francs.

Ces Caisses établies les unes sur le principe de la solidarité limitée, les autres sur celui de la responsabilité illimitée comportent pour la plupart, en dehors des colons français, des cultivateurs indigènes, d'oii leur nom de Caisses mixtes. Leur taux d'escompte varie entre 5 1/2 et (i 1/2.

La guerre n'a pas empêché le développement de cette institution. Grâce au concours bienveillant du résident général et du commandant du coips d'occupation, grâce aussi, d'après ce que Ton m'écrit de Tunisie, à l'admirable dévouement des femmes des colons que la guerre enleva à leurs travaux, la Colonisation française et la Mutualité agricole continuent de prospérer. Le président de la Caisse, M. de Warren, ancien officier, est aujourd'hui capitaine d'état-major, mais la Caisse n'en fonctionne pas moins très activement, grâce au dévouement de M. de Carnières. Des prêts de subsistances ont même pu être faits aux colons que la guerre avait trop ci'uellement frappés dans leurs intérêts et les semailles de 1914 ont pu, grâce à l'intervention de la Caisse, être plus abondantes que celles de l'année précédente.

Sur la baso de la solidarité illimitée, se fondèrent, au sein des Caisses locales, des Coopératives d'élevage ayant pour but de permettre l'achat de reproducteurs de prix soit en France soit en Algérie. Six de ces Coopératives d'élevage fonctionnent acLuellement; leurs opérations se montent à plus de lOO.UOO francs. Les prêts alloués par ces Sociétés sont à plus longue échéance et sont consentis pour une durée de deux ans.

Enfin la Caisse régionale admet, depuis deux ans, des dépôts à vue, comptant- à ses déposants un intérêt de 3 p. 100. En 1914, le mouvement des dépôts à vue a atteint le chiffre de 800.000 francs.

La Caisse régionale avait, au 31 décembre 1914, un capital de 160.000 francs. Elle avait obtenu de l'Etat à titre d'avance une somme de 535.000 francs. Une partie de ces sommes (100.000 francs) a été convertie en valeurs mobilières et déposée en Banque pour cautionner les opérations de réescompte de la Caisse. Le reste est utilisé en escompte direct aux Caisses locales.

La Caisse de Crédit agricole ne suffit bientôt plus aux besoins des cultivateurs tunisiens qui comprirent la nécessité de se grouper pour les opérations d'achat et de vente.

Les Syndicats agricoles ne pouvant exister en Tunisie, les agriculteurs fondèrent en 1906, à la suite d'une réunion tenue à la Chambre d'Agriculture et présidée par M. de Carnières, un groupement qui prit le nom d'Association agricole.

Cette société, à capital variable et à responsabilité limitée, fut constituée au capital de 10.000 francs divisé en parts de 20 francs.

L'Association agricole se préoccupa tout d'abord de procurer à bon compte à ses adhérents les produits les plus indispensables et c'est surtout sur le marché des engrais chimiques et des produits œnologiques que se portèrent les premiers efforts.

Une section d'Etudes fut adjointe à l'Association commerciale, son rôle fut d'étudier les questions agricoles,

L AGRICULTURE EUROPÉENNK lb9

permettant aux colons d'exposer leurs idées, le résultat de leurs études et de leurs expériences.

L'Association agricole a donné naissance à la Société des Agriculteurs de Tunis, société d'études agricoles et à la Coopérative centrale des Agriculteurs.

La nouvelle Coopérative, créée sous le régime du décret du 4 juillet 1907, porta son capital de fondation à 31.200 francs, représenté en parts de 30 francs. Depuis, ce capital a atteint 89.000 francs. L'Etat a avancé à la Coopérative, sur les fonds du Crédit mutuel, une somme de 150.000 francs. Elle vend à ses adhérents divers produits et se cliarge également de la vente de leurs récoltes.

A la faveur d'un décret beylical du 13 juillet 1912 qui a autorisé les agriculteurs à former entre eux des sociétés ou caisses d'assurances mutuelles agricoles, la Caisse centrale algérienne a créé à Tunis une Caisse régionale. Ses opérations, limitées jusqu'en 1915 aux risques agricoles résultant de l'incendie et de la grêle, vont s'étendre aux accidents. Elle a créé 24 caisses locales. L'ensemble des valeurs assurées s'élève à 1 0.500.000 francs pour la branche grêle et 16.300.000 francs pour la branche incendie.

I VL — Les italiens et la colonisation

Les étrangers possèdent en Tunisie 1.814 propriétés réparties de la manière suivante d'après la statistique : les Italiens en possèdent 1.513 représentant une superficie de 87.122 hectares et les autres étrangers ensemble 301 embrassant une superficie totale de 48.542 hectares.

« Il est très remarquable, disais-je en 1887, que les Italiens, si nombreux dans la Régence, oii ils ont exercé pendant longtemps une intluence prépondérante, ne possèdent aucune propriété rurale importante. Ils se sont toujours bornés à faire du commerce et n'ont jamais dirigé leurs efforts vers la possession du sol, commettant ainsi la faute la plus grave que puisse commettre une nation désireuse de prendre racine dans un pays neuf et de s'en

rendre jii<ulr«'sse. Or, nul ne conteslera que l'Italie et les Italiens aient eu sur la Tunisie des convoitises très ardentes, justifiées, il faut le reconnaître, par le voisinage des deux pays et par l'ancienneté de leurs relations. Faut-il attribuer la faute que je viens de signaler à l'ignorance et à la négligence, ou au manque de capitaux? Je n'oserais pas me prononcer d'une manière absolue, mais je suis convaincu que la troisième raison est celle qui a joué le plus grand rôle dans leur conduite, conduite si préjudiciable à leurs intérêts et à leurs ambitions. Ce qui prouve bien qu'ils n'ignoraient pas l'importance des acquisitions de terres, c'est qu'ils firent des efforts inouïs pour entraver celle dont il a été question au début de ce chapitre. Mais pour faire des opérations agricoles de quelque étendue, il faut des capitaux considérables, qui faisaient défaut aux colons italiens de la Tunisie ; il faut aussi que ces capitaux soient assez hardis pour ne pas reculer devant les risques de pertes. Or, la hardiesse des capitaux résulte partout de leur abondance. En vérité, je suis très porté à croire que si l'Italie s'est laissé devancer en Tunisie par la France, c'est parce que ses colons et son gouvernement n'ont pas su ou n'ont pas pu faire les sacrifices pécuniaires indispensables dans les entreprises de ce genre. On ne doit jamais perdre de vue, quand on traite de questions coloniales, que pour coloniser il faut beaucoup d'argent. »

Ces observations ne sont pas moins justes aujourd'hui qu'en 1887. Quoique le nombre des Italiens ait beaucoup augmenté dans la Régence, on ne trouve qu'un petit nombre d'entre eux à la tête de grands domaines. Il s'est même produit, depuis 1901, un mouvement de recul parmi les Italiens et les Siciliens au point de vue de la propriété rurale. Ce fait a été déterminé par l'abaissement du prix des vins. « Le colon sicilien, dit M. Saurin (p. 12) qui achetait à enzel ou louait à long terme un lot de 2 à 10 hectares ne pouvait vivre sur des surfaces aussi restreintes qu'en les consacrant à la vigne. Il ensemençait un ou deux hectares en céréales ou louait ses bras aux domaines voisins pour assurer son existence quotidienne, mais il ne

i.'Acaacui.TURK kukoi'kknnk loi

|)(tiiv;iil t'aiiH" l'ace à ses cliarj^es qu'avec le [jioduil de l;i \ igné. Ur, depuis 1903, le prix des vins s'esl maintenu Lies bas, entre G et 10 francs l'hectolitre, ce qui l'a obligé de recourir à l'emprunt. La plupart résistent péniblement, et il ne se crée plus d'exploitations de ce genre... On peut donc affirmer que la mévente des vins a préservé la Tunisie delinvasion italienne. » M. Saurin ajoute que cette invasion a également été arrêtée par le fait que les Arabes de la Tunisie, les Kabyles de l'Algérie et les Tripolitains s'adonnent de plus en plus aux travaux publics et à ceux des mines métallifères et des carrières de phosphates. Comme ils se contentent de salaires inférieurs à ceux des Italiens et des Siciliens, on leur donne la préférence sur les ouvriers européens.

I VII. — La colonisation officielle. Les Habous

Pendant les premières années de l'occupation, les paysans français ne connurent pas la Tunisie. Tous les premiers colons furent, ainsi qu'il résulte des indications données plus haut, des capitalistes ou des sociétés recherchant les domaines de grande étendue, soit en vue de l'exploitation immédiate d'une partie plus ou moins grande des terres, soit avec la pensée de spéculations ultérieures L'administration ne pensait même pas à la création des centres de petits colons; elle était elfrayée, non sans raison, par les échecs que la colonisation officielle avait subi en Algérie. Elle était, en outre, justement hostile au système des concessions gratuites, estimant qu'il est nécessaire de demander au colon un sacrifice pécuniaire où se trouve la garantie de son désir de faire véritablement œuvre colonisatrice. G est seulement à partir de 1892 que, sous la poussée de l'opinion des Français établis en Tunisie, l'administration du protectorat s'est décidée à envisager ce que l'on peut appeler la colonisation officielle. Celle-ci consiste essentiellement dans la création de centres agricoles dont les terres sont alloties et vendues par l'administration. Celle-ci se charge de construire les routes nécessaires

J.-L. Dr L.^nkssan. — La Tunisie. 11

102 LA TUNISIR

dans les diverses parties du centre, les écoles, les burea de poste, etc.

Les premières tentatives de ce genre furent faite|i de 1892 à 189o, dans des conditions spéciales : le colq était tenu de paver son lot au comptant, d'y construi une habitation et de s'y installer lui-même ou d'y insta! 1er une famille française. Les trois premiers centres crée furent : celui de Oum-Zid, près de Mateur. comprenai 4U0 hectares, divisés en 9 lots ; celui de Nassen, près d Tunis, doTit les 134 hectares furent divisés en 4 lots; € celui de Bordj-Touta, près de Tebourba, dont les 1.536 hec tares étaient divisés en 26 lots. D'après M. Saurin(p. oS voici quel fut jusqu'en 1909 le sort de ces trois centres « A Oum Zid, 4 lots ont été achetés par un seul propriétaire 2 ont été revendus à des Italiens, 2 seulement appartiennen encore aux acquéreurs delà première heure. Aux Nassen un des lots a passé successivement entre les mains de quatri propriétaires différents ; le deuxième a été alloti entn six petits colons siliciens : deux lots appartiennent encort aux deux premiers propriétaires qui étaient des paysans A Bordj-Touta, il ne reste plus qu'un seul des coloni du début, c'est un forgeron installé dans le village de Tebourba; tous les autres sont partis et deux ou troi.' propriétaires possèdent huit à dix lots ». Les trois centres ont été, en somme, trois insuccès. Les deux premiers ne comptent plus guère que des Italiens, le troisième a si peu d'habitants que l'on n'a pas jugé utile d'y créer une école

La cause principale de ces échecs ne pouvait être attribuée qu'à l'obligation du paiement des lots au comptant, car cette clause éloignait les paysans français, qui, en général, ne sont pas assez riches pour verser de suite le prix d'achat de la terre. Mais les personnes les plus compétentes ajoutent que les lots établis par l'administration étaient d'une étendue trop faible pour que leurs produits pussent rémunérer le propriétaire de ses dépenses et de son travail.

En 1896, il fut décidé que le paiement de la terre aurait 1 lieu en quatre annuités; aujourd'hui, il est effectué eu

i;'AGRlCUI/riIRl': KUHOI'KiîNNF, 163

dix annuités , avec faculté de dififérer la deuxième annuité d'un an, ce qui accorde à Facheteur un délai de onze années pour se libérer vis-à-vis de l'administration. Celle-ci a, d'autre part, décidé de faire varier Tétendue des lots conformément aux demandes des acquéreurs. Elle se procure les terres à allotir, soit par achat à leurs propriétaires, soit au moyen des habous qui lui sont concédés par l'administration de cette sorte de biens.

En vue de l'achat des terres à colonisation, il a été créé, par décret du l'"' décembre 1897, un fonds de colonisation dont la dotation initiale fut 1.500.0U0 francs. Elle fut augmentée de 800.000 francs en 1904 et de 700.000 francs en 1903. En 1907, il y fut ajouté ."j millions prélevés, en vertu d'une loi, sur l'emprunt tunisien de 75 millions autorisé en 1905. Ce fonds sert à l'achat des terres et se reconstitue automatiquement par la rentrée des prix d'achat.

Les habous étant des biens à caractère religieux, l'administration du protectorat hésita pendant longtemps à en faire usage au profit de la colonisation; elle craignait de froisser les sentiments religieux des populations et d'enlever aux pasteurs indigènes des terres sur lesquelles ils ont l'habitude de faire paître leurs troupeaux, car elles ne sont pas cultivées. Cependant, bien des raisons peuvent être invoquées en faveur de la prise de possession et de l'utilisation des habous. «La terre habous, ainsi que l'exposa M. Alapetite à la Tribune de la Chambre (discours du 29 janvier 1912), est celle qui a été placée sous la protection de la loi religieuse (et rendue inaliénable) pour des raisons souvent très diverses. Quelquefois c'est parce qu'on craignait la main du souverain ou de ses favoris ; d'autres fois parce qu'on se trouvait dans le voisinage d'une tribu belliqueuse dont on craignait la force ; d'autres fois il s'agissait d'un père de famille qui n'avait pas confiance dans l'esprit de prévoyance de ses enfants. Que ce soit une raison ou une autre, l'affectation habous avait pour conséquence que les héritiers du constituant ne pouvaient plus disposer de la propriété; le sol devenait inaliénable et était placé sous la protection de la loi religieuse.

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Plus on s'éloigne de la date de la fondation, plus le nombre d(;s luM'i tiers se niultiplianl. la part de chacun dans le produit des terres se réduit, au point (|u'il n'a pas beaucoup d'intérêt à s'occuper de sa gestion pour gagner quelques centimes de plus. » Si l'indifférence des héritiers n'est pas assez grande pour que le habous soit abandonné, il est géré par un individu que les héritiers désignent et que l'on qualifie de mokaddem. Nonchalant comme tous les Arabes, le mokaddem « trouve que la façon la plus commode d'administrer la fondation, c'est de se contenter de faire payer un péage à tous les bergers qui veulent conduire des troupeaux sur la terre habous ». Les habous deviennent ainsi une ressource précieuse pour les pauvres gens qui y font paître leurs troupeaux à peu de frais, mais ils n'ont presque pas de valeur pour les héritiers. Il arrive de temps à autre que ceux-ci disparaissent et alors le habous, devenu sans maître, est réclamé par l'administration des habous qui le fait gérer. S'il est au voisinage des villes, elle en tire de réels profits en le louant pour la culture; s'il est rural, il ne sert qu'au pacage du bétail et ne rapporte presque rien.

Gomme les habous ont été des propriétés privées et que celles-ci existaient jadis seulement dans le nord de la Régence, c'est dans la partie du pays la mieux adaptée à la colonisation par son climat, ses pluies et la nature de son sol que se trouvent les habous privés et publics. Aussi, les Européens de la Tunisie réclament-ils depuis fort longtemps la mainmise de l'administration sur ces biens en vue de la colonisation. L'administration hésitait nécessairement devant l'acte qu'on réclamait d'elle. Non seulement elle redoutait de froisser les sentiments religieux des populations, mais encore elle ne pouvait méconnaître le préjudice qu'elle porterait aux pauvres gens en supprimant une pai'tie de leurs terres de parcours. Une autre raison la retenait : c'est que les habous du nord servaient au pacage du bétail des tribus du sud. Celles-ci, chaque année, lorsque les herbes sont desséchées dans le sud et le centre remontent avec leurs troupeaux vers le nord oi^i,

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