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LE SOL, LE CLIMAT ET LA POPULATION

l'élevage des bestiaux (bœufs, moutons, chèvres ou chameaux). Quand Tannée est pluvieuse dans le sud, elles labourent la terre de cette région, l'ensemencent de blé ou d'orge et attendent sur place la récolte. Lorsque celle-ci est terminée, elles font paître leurs troupeaux dans les champs moissonnés et remontent graduellement vers le nord à mesure que le soleil dessèche leurs plaines. Quand le sud ne reçoit pas de pluies pendant l'hiver, ce qui est malheureusement très fréquent, les mêmes tribus vont louer et cultiver dans le nord des terres mieux arrosées, sur lesquelles elles s'établissent avec leurs troupeaux. La plupart de ces tribus ont même des greniers permanents, dans lesquels elles conservent les grains qu'elles ont récoltés. Entre Gabès et Zarzis, sur la bande de terrain qui sépare la chaîne montagneuse des Metmatas de la mer, il existe un assez grand nombre de ces greniers. Ce sont des villages bâtis en pierres, avec des maisons à deux ou trois étages superposés. Au rez-de-chaussée habitent des familles sédentaires, parmi lesquelles se trouvent un grand nombre de tisserands, de cordonniers et autres gens de métiers. Ces familles gardent, dans les étages supérieurs des maisons, les grains déposés par les nomades. Parmi ces villages-greniers, nous citerons surtout Ksour- Métameur et Ksour-Médénine , auprès duquel nous avons établi un poste militaire sur la seule route par laquelle on puisse pénétrer du Sahara en Tunisie. Par ce poste, nous tenons la route stratégique du Sud et gardons les vivres d'une partie des tribus de cette région.

Quant aux montagnes des Matmatas, elles sont habitées par des populations, d'origine berbère probablement, mais parlant l'arabe, refoulées jadis par les nomades. Elles ont, non pas bâti, mais creusé d'immenses villages, dont les habitants, hommes et bestiaux, sont logés dans les entrailles du sol. Les plus importants de ces villages, Hadedje et Metmata, notamment, comptent plusieurs milliers d'êtres. On estime à près de 10.000 individus cette population de troglodytes. Comme les pluies sont extrêmement rares et que les montagnes des Matmatas sont

peu l(M'liI(;s, une parlic Av Icuj's lialtilanLs \ont, chaque année, dans le nord, louer et ensemencer des terres et taire paître les troupeaux. Situées sur la frontière du Sahara, ces populations sédentaires et éminemment pacifiques, forment une barrière contre les invasions des tribus ({ui habitent un peu plus au sud, dans la partie du désert tunisien qui se confond avec les déserts de la Tripolitaine. D'abord limitée à Métameur et à Zarzis, notre occupation militaire s'étend aujourd'hui au sud de ces points, jusqu'à 13en-Gardane, Djeneien et Dehibat, Pervinquière et Bire-Pistor, en suivant la frontière délimitée d'accord avec la Turquie, en 1940. Cette frontière, par laquelle notre Tunisie est séparée de la Tripolitaine, s'étend jusqu'à 13 kilomètres de Ghadamès qu'elle contourne.

Au moment de l'occupation de la Tunisie par la France, en 1881, il y avait déjà, en Tunisie, environ 19.000 Européens, presque tous oripjinaires de l'Italie, de la Sicile ou de Malte. Le nombre des Français n'était que de 708. Dix ans plus tard, en 1891, on trouve dans la Régence 10.030 Français, 21.016 Italiens ou Siciliens et 11.706 Maltais. En 1901, le nombre des Français s'est élevé à 24.201, celui des Italiens et Siciliens à 71.600 et celui des Maltais à 12.038; il existe, en outre, 3.244 Européens indiqués par les statistiques comme de « nationalités diverses ». En 1912, le nombre des Français est de 46.044; celui des Italiens ou Siciliens de 88.089, celui des Maltais de 11.300 et celui des Européens de « nationalités diverses » de 3.050.

D'après ces chiffres, le nombre total des Européens étrangers serait de 102.432 pour 1912, alors que celui des Français ne dépasserait guère 46.000.

Il faut rapprocher de ces chiffres le nombre des indigènes tunisiens de diverses races qui s'élevait, le 31 décembre 1911, à 1.730.144 et celui des Israélites indigènes qui, à la même date, atteignait 50.383.

La population totale de la Tunisie était donc, au 31 décembre 1912, de 1.832.576 individus parmi lesquels ne se trouvaient que 46.000 Français.

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