CLIMAT, S A L U B U I T É , M O II T A L I T E
Le climat tunisien est, d’une façon générale, assez régulier. La température moyenne est, à Tunis, de 18°. La côte orientale jouit à peu près de la même température. L’intérieur est plus chaud, et tout spécialement la région de la Medjerdah, abritée des brises du nord par un écran montagneux.
§ 1. — Saisons.
Les saisons, considérées au sens vulgaire du mot, c’est-'a-dire sous le seul rapport du climat, peuvent se distinguer, comme en France, en hiver, printemps, été et automne.
1° L’hiver est caractérisé par des pluies dans les plaines et de la neige sur les montagnes. Les pluies commencent à la fin d’octobre; elles durent — avec de nombreuses interruptions qui ont lieu surtout en février — jusqu’à la lin cl’avril.
2° Le printemps commence en mars, finit en mai.
3° L’été va de mai à octobre. La saison chaude se prolonge le plus souvent jusqu’à la fin de ce mois. Les deux mois les plus fatigants à supporter sont ceux d’août et septembre; cela tient a ce que l’atmosphère est rafraîchie, pendant les mois de juin et juillet, par de grandes brises du
nord. Au contraire, en août et septembre, et parfois octobre, on subit des temps orageux et des venls du sud. Ces jours-là le thermomètre peut atteindre 40°
4° L’automne s’étend d’octobre ii la lin de novembre; c’est une saison très agréable1.
§ 2. — Conditions générales de salubrité. — Taux de la mortalité.
Il est assez difficile d’établir scientifiquement le degré de salubrité de la Tunisie. Même pour la ville de Tunis, la base élémentaire de cette appréciation — le recensement de la population - — faisant défaut, on ne connaît même pas approximativement le nombre des habitants. La déclaration des naissances n’est pas obligatoire et ne se pratique que pour les Européens; encore chacun peut-il la faire au consulat de la nationalité à laquelle il appartient, et même, s’il veut se soustraire à cette formalité, il peut le faire impunément.
Quant à la population indigène, elle pousse à un degré excessif le respect de la vie privée, et elle n’entencl accepter aucun contrôle pour l’intérieur de la maison. La déclaration des décès est obligatoire depuis le '1er avril 1885, époque où ont été réorganisées les municipalités. Ce service fonctionne d’une manière satisfaisante, parce qu’il faut déclarer préalablement le décès si l’on veut obtenir un permis d’inhumation dans les cimetières municipaux. Pour chaque décès, on exige un certificat médical constatant la mort et sa cause2.
Si nous ne pouvons établir d’une manière certaine le degré de salubrité de la Régence, nous pouvons, du moins, le faire pour la partie française de ses habitants. Dans un travail publié par le docteur Bertholon dans la Revue tunisienne, organe de l’Institut de Carthage, nous trouvons qu’en Tunisie les Français n’ont pas subi une mortalité exagérée au début de la colonisation, comme ils l’ont éprouvée en Algérie. De 1853 à 1887, la mortalité des Français en Algérie a été de 30 a 47 pour mille, tandis que pour la Tunisie elle serait annuellement, depuis 1882, de 24 a 25 pour mille. La comparaison de la mortalité en Algérie avec la mortalité en Tunisie confirme hautement 1 excellence du climat de ce dernier pays. Non seulement les débuts de la colonisation n’ont pas donné les proportions de mortalité exagérées comme en Algérie, mais encore les chances de vie sont, au moment présent, supérieures dans la proportion de 2 à 5 pour mille en Tunisie, pays nouveau, sur l’Algérie colonisée depuis soixante ans.
Par comparaison avec ce qui se passe dans les grandes villes de France, on voit que les conditions sont souvent plus favorables en Tunisie. Ainsi, pour la période qui s’étend de 1887 a 1890, on a compté a Marseille 34 décès pour 1.000 habitants; à Reims, 30; à Toulouse, 26,6; dans la population française prise en bloc, 26. La ville de Tunis n’aurait éprouvé qu’une mortalité de 25,2 pendant cette même période. Cette mortalité esta peine supérieure à celle de Paris, 24, la plus favorisée de nos grandes villes.
Mal gré ce faible taux de mortalité, il ne faut pas oublier que la Tunisie est un pays chaud, et ce que nous avons dit plus haut de l’été doit être un avertissement pour l’émigrant; car, s’il n’a pas a craindre un mauvais état sanitaire et des maladies spéciales a la colonie, il doit, comme partout ailleurs, subir un acclimatement, qu’il supportera mal pendant 1 été. 11 ne faut jamais débarquer en Tunisie pendant la saison chaude, de juin à octobre; ce serait s exposer aux plus
1. Docteur Bertholon, Conseils hygiéniques aux émigrants en Tunisie.
2. De l assainissement de Tunis , par le docteur Richard, médecin en chel de l’hôpital militaire de Tunis, et M. Janin, Ingénieur des ponts et chaussées.
LES CONDITIONS SANITAIRES ET L’HYGIENE EN TUNISIE
grands risques de maladie. La meilleure saison pour se mettre eu route varie d octobre à lin d avril. La transition se fait alors sans secousse pour la santé, et 1 on a tout le temps nécessaire pour s habituer à la chaleur de l’été suivant, la chaleur venant progressivement.
§ 3. — Régions sanitaires.
M. le docteur Bertholon a lait une étude sanitaire de la population française en Tunisie. Il divise la Régence en quatre régions. La première, qui comprend les contrôles du Nord-Est (Bizerte, Tunis, la Goulette, Nabeul), paraît absolument favorable au point de vue hygiénique, puisque, pour 100 décès, on y relève 133 naissances pendant la période de 1881 à 1892. La deuxième région comprend les contrôles du Nord-Ouest (B éj à , Souk-El-Arba, Khroumirie, le Kef, Maktar) : cette région du Nord-Ouest est moins privilégiée que la première : on ne compte plus que 112 naissances pour 100 décès. Elle est donc, malgré tout, très saine. La troisième région comprend les contrôles du Sahel et de la Tunisie centrale (Sousse, Kairouan, Slax); celte région est remarquablement salubre : 149 naissances pour 100 décès. On peut juger par ce chiffre du développement que prendrait une population française, si l’on voulait diriger sur ce point ceux de nos émigrants qui vont se perdre à l’étranger. La quatrième région comprend les contrôles de la Tunisie méridionale (Djerba, Gabès, Tozeur). Dans cette région il y a trop peu de Français pour qu’on puisse établir des conclusions bien fermes; pourtant, on y trouve des parties parfaitement saines. Dans cette portion de la Tunisie, aujourd’hui déserte, s’élevaient, du reste, autrefois de grandes villes du monde romain.
Enfin, on ne rencontre pas en Tunisie de maladies spéciales au pays. Au point de vue de la colonisation, cette donnée offre un grand intérêt. Le Français trouve dans la Régence un climat sain, auquel il peut se faire rapidement, sans acclimatement pour ainsi dire. Il fera bien pourtant de s’abstenir de tout travail musculaire de dix heures du matin à trois heures en été, et de faire la sieste pendant ce temps-là. 11 se couvrira la tête d’un chapeau épais pour éviter les insolations1. Mieux vaut avoir des vêtements de laine, que l’on met au coucher du soleil ; on évite ainsi les dangers des brusques écarts de température.