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DÉCÈS PAR VARIOLE A TUNIS

La population indigène ne se fait vacciner qu’en très petit nombre; cela s’explique par la peur ipie fait naître chez elle, la pratique de la variolisation, — dont elle voit constamment les effets désastreux, — puis par ce fait qu’au moment des épidémies, où cette variolisation s’opère sur une grande échelle, le chiffre de la mortalité augmente encore. Pendant ces épidémies; tout ce qui est susceptible de prendre la maladie en est atteint; ceux qui ne succombent pas gagnent l’immunité, et la contagion revient au bout de cinq à six ans, lorsque cette immunité disparaît. Dans aucun pays du monde on ne rencontre plus de figures conservant les marques de la variole, et plus d’indigènes ayant perdu les yeux à la suite de cette maladie.

La variolisation est souvent pratiquée par les barbiers, lesquels font aussi les saignées aux malades (fig. p. 137) ; pour varioliser, ils inoculent le pus des pustules de variole bénigne sur le dos de la main, dans le premier espace interdigital; mais, à côté decette inoculation directe, on provoque encore la maladie en mettant, par exemple, le sujet à immuniser clans le lit d’un varioleux et en obli géant ce malade à décortiquer des fruits secs, tels que amandes, noisettes, noix, etc., que son compagnon de lit doit absorber. On cherche encore à donner la maladie en grattant les croûtes de variole, que l’on fait avaler dans du lait aux individus sains. Enfin, dès que les Arabes observent un cas de « variole de Dieu », c’est-à-clire spontané, ils cherchent à provoquer la maladie chez les enfants de tout le quartier, et déterminent ainsi volontairement ces épidémies épouvantables.

Un médecin italien, né à Tunis, qui avait été variolisé dans sa jeunesse, nous disait dernièrement que ces divers modes de variolisation et de contagion provoquée enlèvent jusqu’à 20 pour 100 des sujets qui prennent la maladie.

Les épidémies de 1888 et clc 1894 nous offrent une preuve très frappante de l’efficacité de la vaccination ; la population de Tunis se compose d’environ 100.000 Arabes, 30.000 Israélistes et 30.000 Européens. En 1888, sur une mortalité de 1.645 varioleux, on compte 1.384 Arabes, lOl Israélites, 160 Européens; en 1894, sur une mortalité de 870 varioleux, on compte 712 musulmans, 30 Israélistes, 128 Européens. Or, les Israélites sont, comme les Européens, presque toujours vaccinés, et, dès qu’on ouvre un établissement gratuit de vaccination ou de revaccination, ils s’y précipitent en foule. Les Européens négligent trop souvent de se faire revacciner, et les Arabes sont rarement vaccinés.

11 nous parait intéressant de comparer les chiffres de la mortalité par variole à Tunis avec ceux de Marseille, la ville française la plus éprouvée, oii il y a toujours de la variole en plus ou moins grande quantité :

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