APERÇU GÉNÉRAL
On ne connaît en Tunisie aucune formation sédimentaire antérieure au Jurassique; mais, depuis le Lias jusqu’au Pliocène, presque tous les étages y sont représentés, le plus souvent, par des dépôts marins. Ces terrains forment l’ossature du pays : ils ont pris part aux dislocations du sol, et les inégalités de leurs reliefs sont en partie comblées par de vastes accumulations de dépôts d’origine torrentielle, d’âge récent, dont les éléments détritiques sont empruntés aux terrains secondaires et tertiaires.
Les terrains sédimentaires les plus anciens de la série se rencontrent presque exclusivement dans les régions les plus accidentées de la Tunisie; ils constituent généralement des montagnes isolées, à crêtes quelquefois déchiquetées et à pentes abruptes, mais le plus souvent de forme très régulière, à base circulaire ou elliptique; ce sont des dômes, surélévations anticlinales dans les-
quelles les couches plongent de toutes parts d’un point central vers la périphérie. Les terrains les plus récents de la Régence occupent, au contraire, des cuvettes synclinales, dans lesquelles la disposition des couches est inverse de ce qu elle est dans les dômes, les couches plongeant de toutes parts de la périphérie de la cuvette vers un point central. En se dirigeant du centre du dôme vers la périphérie, on traverse des couches de plus en plus récentes, tandis qu’en se dirigeant du centre de la cuvette vers le bord, on traverse des couches de plus en plus anciennes.
Les dômes sont quelquefois irrégulièrement groupés et surgissent au milieu des plaines comme des cônes volcaniques ; d’autres fois, ils sont alignés de manière à former des chaînons, orientés du sud-ouest au nord-est ou même du nord au sud dans le nord de la Régence, orientés de l’ouest à l’est dans le sud, voire même probablement du nord-ouest au sud-est dans l’extrême sud. Il existe, d’ailleurs, tous les passages entre les dômes à contours elliptiques et les véritables chaînons linéaires, qui prédominent dans le sud.
Les cuvettes synclinales se traduisent dans le relief du pays de deux manières différentes : ou bien elles correspondent à des dépressions comblées et transformées en des plaines par des formations alluviales; ou bien elles forment des plateaux élevés, à surface légèrement concave, dont les contours elliptiques sont marqués par une falaise abrupte. Ces plateaux, constitués le plus souvent par des terrains éocènes, sont connus sous le nom de Dijr ou de Hamâda. Tels sont, par exemple, le Dyr du Kef, pendant du célèbre Dyr de Tébessa, et la Hamâda el Kessera.
Si la distinction des dômes et des cuvettes synclinales est importante aux points de vue géologique pur et orographique, elle ne l’est pas moins au point de vue de la géologie appliquée. Comme nous le verrons, elle est capitale au point de vue agricole, et elle nous fournit de précieux indices pour l’étude de la répartition des gîtes minéraux.
Géologiquement, aussi bien que géographiquement, la Tunisie est une dépendance de F Algérie : les mêmes terrains se retrouvent dans les deux pays avec des caractères presque identiques, et les plissements de l’Atlas tunisien sont la continuation de ceux de l’une des zones qui constituent l’Algérie. Parmi celles-ci, les deux plus extérieures, l’Atlas tellien et la zone des hauts plateaux, ne s’étendent pas vers l’est au delà d’une ligne passant approximativement par Batna, Guelma et Bône, et c’est l’Atlas saharien (pii seul va passer en Tunisie, ses plis venant relayer ceux de l’Atlas tellien. Ce sont, en particulier, les plis du massif de l’Aurès et ceux du massif de Tébessa qui pénètrent en Tunisie; ceux-ci se continuent dans les montagnes du centre, ceux-là traversent la Medjerdah et viennent atteindre la mer en conservant leur direction sud-ouest-nord-est.
LA S Lit IL SECONDAIRE; LES SOURCES ET LES GITES DE CALAMINE
§ i. — Terrains jurassiques.
Le Jurassique, si l’on lait abstraction d’un afïleuremelit assez étendu dans l’extrême Sud, découvert par Le Mesle, est presque exclusivement cantonné dans la région montagneuse située immédiatement au sud île Tunis. Il constitue dans cette région, qui correspond a peu près a 1 ancienne Zeugitane, une série de dômes simples ou composés, tels (pie le Bou-Kournin, le Resas, le
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Djebel-Ouest, le Zaghouan, le Djebel-Djoukar, le Djebel-Fkirin, le Bargou, etc. Ces montagnes, formant tantôt des croupes arrondies, tantôt des crêtes dentelées des plus pittoresques, sont presque entièrement composées de calcaires basiques, compacts, indistinctement stratifiés, atteignant plusieurs centaines de mètres d’épaisseur. On ne connaît, d’ailleurs, pas leur substratum. Le Jurassique moyen paraît manquer partout, et le Lias est immédiatement recouvert soit par le Jurassique supérieur, soit par les calcaires noduleux rouges, très marneux, très fossilifères, de l’Oxfordien, soit par le Tithonique, représenté par des calcaires coralligènes ou par des brèches, mais formant toujours un revêtement transgressif, qui peut lui-même manquer, le Néocomien venant alors s’appliquer directement sur le Lias. Ces lacunes et ces transgressions indiquent des mouvements orogéniques pendant la période jurassique, dont on retrouve la trace en Algérie, en Italie, dans quelques points des Alpes et dans le Caucase. L’analogie des sédiments jurassiques avec ceux de l’Algérie, de la Sicile, de l’Apennin, de la Vénétie, est frappante.
L’intérêt agricole et industriel des calcaires du Lias est considérable. Des sources vives et abondantes, les meilleures de tout le nord-est de la Régence, y prennent naissance. Celles du Zaghouan et du Djebel-Djoukar sont captées et furent amenées à Carthage par les Romains au moyen d’un aqueduc dont on admire encore les ruines, mais dont le radier est en grande partie utilisé par la conduite qui aujourd’hui amène les mêmes eaux ii Tunis. Il est certain qu’une très faible partie des sources qui jaillissent des calcaires basiques est actuellement utilisée et que leurs eaux sont appelées à répandre la fertilité et la vie dans tous les districts avoisinants; une étude géologique détaillée des dômes basiques fournirait des renseignements précieux sur les chances d’augmenter le débit de toutes ces sources.
Les calcaires du Lias sont traversés de nombreuses fractures qui, en beaucoup de points, sont minéralisées. Les filons de plomb et de zinc du Djebel-Reças, les riches gisements de calamine dn Zaghouan, se trouvent dans le Lias. Ces derniers sont en pleine exploitation.
§ 2. Terrains crétacés.
Les terrains crétacés occupent une très grande partie du sol tunisien. Les termes inférieurs de la série forment le revêtement des dômes jurassiques ou constituent eux-mêmes des dômes autour desquels les termes plus récents affleurent en auréoles concentriques. Dans le Sud, les couches du Crétacé supérieur sont disposées en chaînons anticlinaux qui ne laissent affleurer le Crétacé inférieur que sur de faibles surfaces.
Les terrains crétacés, et surtout le Crétacé moyen et le Crétacé supérieur, sont très peu fossilifères au nord d’une ligne correspondant à peu près à la latitude de Kairouan, tandis que, au sud de cette ligne, les mêmes terrains ont fourni une faune extrêmement riche, qui a déjà fait l’objet de belles monographies, dues à MM. Gauthier, Pérou, Ph. Thomas. De plus, tandis que dans le Nord les différents termes du Crétacé sont au complet et qu’ils sont reliés les uns aux autres par des passages insensibles, dans le Centre et dans le Sud la succession présente des lacunes : le Néocomien y est inconnu, et la série crétacée commence par l’Aptien ou même, dans l’extrême Sud, par le Cénomanien, et le Sénonien repose souvent en discordance angulaire sur le Cénomanien. Ces lacunes et le caractère gréseux île l’Aptien et du Cénomanien du Sud indiquent tantôt le voisinage d’une côte, tantôt des mers très peu profondes, tandis que la continuité des dépôts
dans le Nord et leur caractère vaseux attestent un plus grand éloignement des côtes et des mers, dont le fond s’affaissait au fur et à mesure que les sédiments se déposaient. Dans le Nord, depuis le Néocomien jusqu’au Cénomanien, les fossiles sont presque exclusivement des Céphalopodes; dans le Sénonien ce sont surtout des Inocérames et des Echinides ( Stenonia luberculala, Cardiasler Italiens), identiques à ceux de la Scaglia italienne. Dans le Sud et dans le Centre, ce sont les huîtres et des genres d’oursins tout différents qui prédominent.
Dans le Sud, en raison du climat, les sols lormés par les différents termes du Crétacé sont presque toujours stériles; dans le Centre et le Nord, ils ne sont guère plus favorables aux cultures. Les marnes du Néocomien, avec leurs intercalations de bancs de grès, sont recouvertes de broussailles et ne donnent naissance à aucune source; l’Albien et le Cénomanien sont tout aussi peu fertiles, et les eaux auxquelles ils donnent naissance sont peu abondantes et de médiocre qualité. Si le sol sénonien est peu fertile, il fournit, par contre, presque partout des eaux abondantes et de bonne qualité.
Les marnes barrémiennes à Macroscapliitcs Iwani, que l’on peut distinguer, dans les environs de Tunis, au-dessus du Néocomien, sont exploitées, à Hammam-Lif et à Bordj-Cedria, pour la fabrication de la chaux hydraulique. Les calcaires du Sénonien sont exploités comme pierre de construction autour de Tunis. Dans les environs de Téboursouk, de Béjà et de Souk-el-Kemis, ils sont traversés par des filons de calamine exploités avec succès. Tant au point de vue hydrologique qu’au point de vue minier, les calcaires sénoniens jouent donc le même rôle que les calcaires du Lias.