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DANS L’ANTIQUITÉ

Nous sommes assez mal renseignés sur l’exploitation des mines et des carrières de la Tunisie dans l’antiquité. Les auteurs, et Pline lui-même, qui a beaucoup parlé des mines de l’Espagne, ne nous entretiennent guère de celles de 1 Afrique que par hasard. Quant aux recherches archéologiques sur le terrain, elles ont été jusqu’ici infécondes, par cela même que l’industrie minière est encore peu développée dans la Régence; c’est seulement en reprenant les travaux anciens qu’on aura quelque chance de voir comment et jusqu’où ils ont été poussés. Yoici le peu que l'on sait actuellement sur ce sujet.

§ 1. — Mines.

Les seuls minerais dont il soit question, aussi bien autrefois qu’aujourd’hui, sont ceux de plomb et ceux de zinc. On a constaté, d’après Tissot, qui ne cite pas ses sources, des traces d’exploitation à Djerad, à Sidi-Dj edidi, et dans le Djebel-Zerissa, sur la route de Carthage à Tébessa. Peyssonel raconte avoir vu, en 1724, entre Béjà et le cap Negro, ■ — - c’est, en effet, la région de la Tunisie la plus riche en mines, — des mines de plomb argentifère, à l’entrée desquelles il a remarqué un basrelief représentant un cheval, d’où il conclut qu’elles étaient connues jadis. A Djebba existe une mine de plomb, qu’on a tenté déjà plusieurs fois d’exploiter; je l’ai visitée; les traces de travaux romains sont évidentes, mais très confuses; on voit pourtant l’amorce de quelques galeries.

La mine antique la mieux étudiée est celle du Djebel-Reças. Elle a donné lieu à des études techniques de la part d’un ingénieur de Florence. Depuis lors, M. le capitaine Vidai, chef d’une brigade topographique, a examiné, à son tour, le terrain avec grand soin, et il a pu se rendre compte des méthodes employées parles Romains, et peut-être avant eux par les Carthaginois.

On retrouve, dit-il, les galeries des Romains dans le rocher vers 600 mètres d’altitude, audessus de la mine actuelle; mais, sauf quelques puits verticaux d’assez grande dimension, leurs travaux paraissent avoir été faits à peu près à ciel ouvert, et l’on peut juger, par le volume des roches entamées et par l’énorme quantité des scories répandues dans la plaine, — on en a recueilli

65.700 tonnes, — de l’importance de cette exploitation. Cependant il n’existe aucun chemin cl’accès, sauf un sentier raide et étroit, impraticable aux bêtes de somme et qui permet à peine le transport du minerai à dos d’homme. Il est donc probable qu’après avoir détaché la roche, on la faisait rouler sur les pentes très abruptes du flanc nord-ouest de la montagne; elle se désagrégeait ainsi dans sa chute et était recueillie 500 mètres plus bas à l’état de fragments. Là, on achevait de la broyer ou de la diviser pour dégager le minerai de plomb de la roche calcaire et de la calamine. Enfin, on transportait le minerai sur les points où il devait être traité. Ce traitement, des plus simples, consistait à réduire le minerai suivant la méthode catalane, en le mettant dans des fourneaux improvisés en présence du charbon de bois, que l’on tirait sur place des forêts du pays. Un tel procédé obligeait à disperser sur une grande étendue les points de traitement du minerai, ce qui explique les amas de scories que l’on a rencontrés sur un grand nombre de points de la forêt de Mornak. Il ne donnait, en outre, qu’un rendement assez faible, puisque les scories romaines ont fourni à l’analyse plus de 30 pour 100 de plomb. C’est cette richesse qui avait engagé la société actuellement concessionnaire des mines à ajourner l’extraction du minerai pour s’occuper tout d’abord du traitement des scories.

§ 2. — Carrières.

On constate un peu partout la présence de calcaires; et il n’est pas de ruine un peu étendue près de laquelle on ne trouve une carrière autrefois exploitée pour la construction des édifices de la ville. Quant au marbre, il est plus rare. La carrière la [dus belle, la seule vraiment remarquable, semble-t-il, la seule, en tout cas, dont nous connaissions l’histoire et le mode d’exploitation, est la carrière de marbre jaune et rose de Chemtou (jadis Simittus ), ou, pour l’appeler par son nom ancien, de marbre numiclique. Elle appartenait d’abord aux rois de Numidie; à la suite de la conquête, elle devint la propriété de l’Etat romain et, à l’époque impériale, de l’empereur, duquel dépendaient presque toutes les mines et carrières du monde. Cent ans avant Jésus-Christ, on importait déjà à Rome le marbre de Chemtou ; aussi bien toutes les reconstructions qui marquèrent l’âge tic Sylla et de César nécessitaient l’emploi île marbres précieux : le marbre numidique y avait sa place toute marquée à côté de ceux de la Grèce. Mais c’est surtout au deuxième et au troisième siècle de notre ère qu’on en fit usage, à l’époque de l’empereur Hadrien et de ses successeurs. On en a recueilli partout : à Rome, au bord du Tibre, dans les vases du port de déchargement, sous forme de gros blocs à peine équarris; dans les décombres des monuments, sous forme de dalles ou de plaques de revêtement pour les murs; dans les villas de Tivoli et d’Antium, à Sainte-Sophie de Constantinople, sous forme de colonnes; enfin il n’est pas de ville africaine importante où des fouill es ne nous en réservent quelques spécimens.

On se rend très bien compte, eu parcourant les carrières de Chemtou et les ruines qui les environnent, des méthodes employées par les ingénieurs romains. Tantôt ils creusaient de grandes galeries dans le flanc de la montagne et poussaient devant eux ces galeries tant qu ils trouvaient matière à un travail rémunérateur : plusieurs d’eiltre elles existent encore, notamment au centre de la carrière, devant la maison du directeur actuel de l’exploitation; tantôt ils ouvraient de vastes tranchées à ciel ouvert dans la Colline. Il en reste aujourd’hui pour témoignage une immense fosse aux parois verticales, voisines des galeries dont je viens de parler. On y débitait le marbre en gros blocs rectangulaires; plusieurs ont été abandonnés à pied d’œuvre, dans l’état où ils sont sortis de

la carrière il y a quinze siècles. Quant aux colonnes, on les travaillait à même le rocher; on leur donnait sur place, en les taillant, le diamètre et la courbe voulus, sauf sur une petite épaisseur par laquelle elles restaient adhérentes à la montagne jusqu’au moment oii on les en détachait avec des coins, pour les descendre à terre. Un certain nombre d’entre elles ont été aussi retrouvées dans les déblais. Blocs et colonnes recevaient, sur le chantier, des inscriptions relatant le nom de l’empereur sous lequel ils avaient été débités, un numéro d’extraction, la date de l’année indiquée par le

nom des consuls en charge au 1er janvier, le nom de l’atelier d’où ils provenaient et du chef des tra¬

vaux. En voici un exemple :

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