B É G T O N S NATURELLES ET CLIMATS RÉGIONAUX
A l’avantage du réseau fluvial si utile aux riches cultures de sa région septentrionale, la Tunisie ajoute celui d’un grand développement côtier et d’une double exposition marine. Nous n’avons pas à décrire ici cette côte si curieuse par sa structure physique, si riche en souvenirs historiques, où se heurtèrent les flottes de guerre de tant de grands peuples, où se rencontrèrent les convois de commerce de provenances si différentes. Nul besoin de vanter les avan-
LA NATURE TUNISIENNE
tages d’un port aussi sur et aussi bien placé que Bizerte, de faire valoir l’importance propre des « échelles » de ce Sahel jadis si prospère et qui le redevient rapidement. Chacun sait comment un chenal, coupant la lagune d El Bahira, a débloqué Tunis, munie désormais de bassins bien aménagés. Sfax sera dotée sous peu d’un excellent port. Avec tant d’abris, avec un service d’éclairage et de balisage déjà assez complet, la côte tunisienne remplira son office d’attirer vers les centres d’exportation les produits de l’intérieur, et d’accueillir, pour les répandre à
GOLFE DE TUNIS. S I D I - B 0 U - S AÏ D , VU DE L’INTÉRIEUR DES TERRES (p. 9).
l’intérieur, les denrées des pays étrangers. Ni les hautes falaises rocheuses du Nord (fig. p. 9 et 10), souvent battues, comme aux environs du cap Blanc et du cap Bon, par une mer houleuse, ni les plages basses de la côte orientale (fig. p. 12), prolongées si loin autour des Kerkennah, ne seront désormais à redouter. Le littoral tunisien est, dès maintenant, bien aménagé en vue des intérêts du trafic.
Mais que sont et que peuvent devenir les ressources mêmes du pays? Son climat et la composition ainsi que le relief de son sol indiquent nettement les destinées de cette contrée agricole Le régime de ses pluies, le caractère de ses cours d’eau, nous le laissaient déjà supposer : une brève analyse des éléments du climat indique l’inégale valeur des régions dont se compose la Tunisie.
Au nord, la constance des vents de mer empêche la brusquerie des écarts de température. A Bizerte et sur toute la zone littorale, il est rare que l’on compte une distance de plus de 40 degrés entre les deux températures extrêmes de Tannée. Il n’y a lieu, malgré une habitude consacrée, de rechercher aucune sorte de parenté entre le vent du nord, souvent violent, qui visite ces parages, et notre mistral de Provence : d’abord parce que le même vent souffle rarement sur les parties nord et sud du bassin occidental de la Méditerranée, ensuite parce que le mistral est, par définition, un vent de terre soufflant sur mer, tandis que le vent du nord, redouté de Tabarka au cap Bon,
est précisément un vent de mer soufflant sur terre, Toute la région des monts du nord tunisien est à peine touchée par le siroco.
Les plaines de la Medjerdah, et en particulier la plaine arrosée par le cours inférieur, sont soumises à un régime différent. Le bassin de Dakla, situé aune faible altitude et enserré de montagnes, ressent déjà les méfaits de l’éloignement de la mer : Souk-el-Arba connaît des froids hivernaux de - — 3°, des chaleurs de — (— 50°. Tunis est visité par des vents de mer et subit de moins grandes rigueurs; cependant le thermomètre a baissé jusqu’à — 0°, 5, et, en temps de siroco, a marqué -J- 45°, 5. C’est encore une variabilité étrangère aux climats vraiment maritimes.
ASPECT DE LA CÔTE DANS LE GOLFE DE TUNIS. S I D I - B O U - S AÏ D , VU DE LA CÔTE (p. 9).
Sur les plateaux du Centre, rigueurs d’hiver et d’été sont également plus cruelles que dans les monts du Nord maritime. Quoique nos observations remontent à peu d’années, on a déjà enregistré, au Kef, un froid de — 5° en janvier 1891, et une chaleur de -j- 44° en août de la même année.
Le Sahel, bien que lisière littorale, ne jouit pas des avantages du climat maritime. Les vents de terre, hiver et été, y produisent des excès de température. Sousse a failli plusieurs fois connaître le gel quand souillaient les vents d’ouest en hiver, et le siroco lui a parfois infligé en été de cruelles chaleurs de -}- 45°.
Gabès (fig. p. 14 et 15) et, a plus forte raison, les oasis de l’intérieur (fig. p. 13) sont sous la domination du climat désertique, c’est-à-dire continental, caractérisé par l’amplitude de ses variations. En janvier 1892 le thermomètre marquait 0° à Gabès, — (- 48°, 5 en août 1890. A Gafsa, ce fut une gelée de —4° en 1890, une température torride de -f- 48°, 8 en 1889.
Ainsi, malgré sa double exposition maritime, la Tunisie ne connaît qu’en quelques régions de
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faible étendue les avantages d’un climat vraiment tempéré. Il n’en faut point conclure qu’il est insalubre ; la sécheresse même d’une grande partie de son territoire, le relief des parages humides, sont, au contraire, des garanties de salubrité. L’expérience des soldats français qui y tiennent garnison fait également preuve. Il serait tout aussi inexact de croire que l’amplitude des variations de température est un obstacle à la richesse agricole. Mais il est de toute nécessité d’y relever les caractères particuliers qu’y revêt le climat méditerranéen, climat qui comporte un nombre inouï de variétés. La coutume nous est tout doucement entrée dans l’esprit de croire que le climat méditerranéen est un climat maritime parce que la Méditerranée est une mer. Or, aucune idée n’est plus fausse en sa simplicité; et il suffit d’une analyse élémentaire du terme pour comprendre qu’une mer