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TEINTURIERS A TUNIS (p. 248).
des demandes de l’Europe. 11 ne se fait nulle autre part en Tunisie des zerbia, mergoum et klim semblables à ceux de Kairouan.
Les ktifa, tapis de haute laine, se fabriquent aussi à Kairouan, mais concurremment à Sousse, a El Hamma et Djarra dans l’Arad. Les Métellits et les Souassi font également pour leur usage cle magnifiques tapis de haute laine. Le procédé de fabrication est le même partout : les fils de chaîne tendus sur un châssis vertical sont attachés deux à deux alternativement avec des brins de laine de la teinte nécessaire, dont les bouts sont ensuite coupés à la longueur voulue. Un rang de nœuds terminé, on passe a la main entre les fils de chaîne une trame laine que I on serre contre les nœuds, puis on s occupe du rang suivant. On conçoit l’extrême lenteur de ce travail.
Oudref fabrique en grand les tapis bon marché : tapis de selle, klim et mergoum .
Couvertures et étoffes de soie, etc. — Djerba et le Djéricl ont la spécialité clu tissage des couvertures de laine : très grande couverture dite batania ou habana, moyenne couverture dite fracli, petite couverture ou ferrachia. Les oasis du Djérid1 comptent 2.325 métiers répartis dans les familles. Djerba compte 332 ateliers, où sont réunis plus de 650 tisserands de profession.
Le Djérid et Djerba ne tissent pas que des couvertures, mais bien d’autres tissus de laine, de soie et des mélangés (chaîne soie, trame laine ou laine et coton) à usage de vêtement : haouli, liaram, ouzera, sefsari, haïk, pièce d’étoffe dont hommçs et femmes s’enveloppent le corps; jebba, sorte de blouse; bekhnouk, écharpe qui entoure la tète et le cou, burnous, etc., etc.
Dans le Sahel, à Kairouan et à Slax, on tisse des couvertures de laine et toutes les pièces a usage de vêtement. Le tissage est encore très répandu dans l’Arad, qui compte 1.700 métiers répartis entre les villages de El Hamma, Menzel, Metouia, Oudref, Chenini, Guennouch, Bou- Chemaa. Les spécialités de I Arad sont les turbans de laine bleu-noir, les tresses rouges de Djarra pour serrer les pantalons, les bourses, etc.
Le tissage est très répandu aussi dans le cap Bon. Enfin la capitale de la Régence fait a peu près tous les genres de tissus. Mais le travail de la soie y acquiert une importance considérable. On peut estimer à 4.000 le nombre des citadins vivant du travail de la soie : moulineurs, tisseurs (fi g . p. 246) et teinturiers (fi g. p. 247).
La soie grège importée d’Italie ou de France en « flottes » est dévidée sur des roquets, petites bobines carrées, d’où elle passe sur de grandes roues polygonales, d’où enfin les grèges partent réunies et tordues pour constituer la soie moulinée, trame ou organsin. Le métier du tisseur est primitif et réduit à ses éléments les plus essentiels.
Les principaux tissus de soie faits à Tunis sont les foulards ou mouchoirs ( meharma , takrita), les sefsari, les jebba, les ceintures ( chemla , hazzam ); les chenbir, longues bandes de soie rèche noire qui servent à voiler le visage des femmes; les foutas, pièces d’étoffe à raies de couleur dont les femmes se ceignent les reins pour vaquer aux travaux du ménage. Une corporation spéciale, les foutajia, fabrique la foula de coton, etc.
Teinturerie. — Auxiliaire indispensable de l’industrie textile, la teinturerie a une importance considérable dans la Régence. Le teinturier indigène emploie aujourd’hui, suivant les circonstances, soil les colorants naturels, soit les matières colorantes dérivées de la houille.
Les colorants naturels en usage sont : l’indigo, les coccus (cochenille et kermès), l’alizari ou garance, la centaurée acaule ou caulescente ( arjaknou ), la fleur du grenadier, l’écorce de grenade, la noix de galle, le henné, le bois de Campèclie, le sumac, le curcuma, etc. Les bleus sont obtenus uniquement avec l'indigo (nila) du Bengale, de Madras, de Java ou d’Amérique2. La réduction de l’indigo est obtenue avec un mélange de chaux et de dattes dites ghers ; les étoffes ou les fds sont trempés successivement dans des bains de forces graduées contenus dans des jarres de 100 litres et plus. A Sousse, par exemple, on mélange dans 500 litres d’eau : 2 kilos d’indigo, 2 kilos de dattes et 500 grammes de chaux vive, et on laisse macérer; le trempage, à froid, dure 10 jours. A Sfax, on met 1 kilo d’indigo par jarre à macérer pendant 20 jours et on ajoute ensuite au bain 1 kilo de dattes et 2 kilos de chaux. La recette de Sousse s’applique surtout aux lils de laine, celle de Sfax aux cotonnades écrues importées d’Angleterre. 23.000 pièces de ces cotonnades