‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 14 sur 76 · LES LAVEUSES DE LAINE AU BORD DE LA MER A S0US3E · texte numérisé non relu

LES LAVEUSES DE LAINE AU BORD DE LA MER A S0US3E

d'une huile fétide. . . un régal pour des nomades, auxquels nous ne ferions pas toucher du bout des lèvres du gibier faisandé tel que l'aiment certains de nos gourmets I , Tous les goûts sont dans la nature !

Sousse est une ville en pleine pro^érité, très agréable et très habitable. La population européenne y est fort accueillante, et je vous prie de croire que le séjour de Sousse n'engendre pas la mélancolie. M. Tauchon, contrôleur civil et vice-consul de France, et sa charmante famille ont fait de la maison de France de Sousse la demeure la plus hospitalière. A ces qualités d'urbanité, M. Tauchon joint la connaissance de la langue et de la vie arabes. C'est presque un Arabe lorsqu'il est au milieu des habitants, qui adorent leur mourakem (contrôleur civil).

Sousse a une société de courses, des sociétés musicales et une foule d'institutions qui la mettent de niveau avec la plupart des chefs-lieux de départements français.

Lorsque le port de Sousse sera amélioré, il deviendra l'entrepôt naturel de Kairouan et des hauts plateaux au delà de cette dernière ville.

Le jour où un chemin de fer pénétrera de Kairouan, par Adjeb-el-Aïoun, Djelma et Sbéitla, vers Kasserine, tous les produits du nord de cette ligne, depuis Maktar et Souk-el-Djema, afflueront vers Kairouan et Sousse. Kasserine me paraît

être le point crintersection des deux courants, l'un vers Kairouan, l'autre vers Tébessa. Dans tous les cas, le commerce de la région à l'est de Sbéitla aura tout avantage à écouler ses marchandises vers le port de Sousse.

Je laisse de côté les excursions de Kairouan et d'El-Djem, que je relierai, comme il convient, au centre de la Tunisie. Et je poursuis ma route le long de la côte.

En quittant Sousse et en se dirigeant vers le sud, on arrive, par une fort belle route, au bord d'un lac salé, ou sehkra, qui isole la ville de Monastir. On franchit la sebkra el Melah sur une chaussée qui la sépare en deux, et l'on parvient à la pointe d'une charmante oasis de palmiers, dont les dattes, il est vrai, n'y mûrissent point; mais les arbres fournissent des palmes, des clayonnages et des pailles, et sont traités pour produire du lagmi (vin de palmier). C'est, en réalité, la première oasis que l'on rencontre eu allant du Nord vers le Sud.

Après avoir franchi une sorte de bras de la sebkra, la route traverse une suite de jardins magnifiques dans lesquels se pressent les oliviers, les orangers, les citronniers, les figuiers, les caroubiers, les abricotiers et vingt autres arbres fruitiers. Puis, de là, on débouche sur une sorte d'esplanade, au milieu de laquelle est situé le puits des chameliers.

Monastir développe ses jolies murailles blanches, toutes crénelées et bastionnées, à l'autre extrémité de l'esplanade. Au-dessus des remparts apparaissent çà et là quelques maisons et des palmiers.

Vu de ce point, Monastir m'a donné le même jour deux impressions difiérentes. Le matin, à l'aube, la ville m'apparut comme noyée dans une atmosphère d'opale. Tout était blond et argenté; les palmiers, qui se balançaient mollement dans la brume, semblaient des ombres. Au retour, le soir, au soleil couchant, tout était empourpré. Les murailles étaient devenues roses et les arbres couleur de feu. Je n'ai jamais vu un contraste pareil.

Monastir est une jolie petite ville de C,000 âmes, escale des vapeurs qui font le service de la côte ; elle est bâtie sur l'emplacement de la Ruspina romaine, qui avait elle-même remplacé une cité carthaginoise.

On trouve à Monastir des débris d'architecture arabe. Malheureusement, la friabilité de la pierre que ronge l'air salin de la mer en a fait disparaître un grand nombre. Les minarets, ornés de faïences comme ceux de Sousse, rappellent assez les mosquées de Tlemcen. Au centre de la ville, existe une vieille porte, assez curieuse; le lecteur en verra une aquarelle à la page 45.

A peine sorti de la ville par la porte du nord, on aperçoit le cimetière le plus pittoresque de toute la région. Vingt tombes de marabouts renferment des motifs de dessin ou de peinture auxquels l'artiste n'aurait rien à ajouter.

Si l'on va vers la mer, on se trouve an pied de la Kasbah, qni occupe l'angle nordest de l'enceinte. Une hante tour, appelée Nador, la domine. Cette tour aurait été construite sur l'emplacement d'un couvent fortifié musulman (R'bat), qui lui-môme aurait été bftti à la place d'uu monastère chrétien. Quoi qu'il en soit, vus de là, les remparts sont très beaux et donnent l'idée exacte d'une cité sarrasine. Vers le sud, on distingue la pointe de Kaïra, avec une grande maison édifiée sur le roc.

En regardant la mer du liant de la falaise, on aperooit à ses pieds, au delà d'un étroit chenal, trois petites île* curieuses, trois rochers clairs, qui semblent flotter sur l'eau sombre. D'abord Djcziret-el-Hamam, l'îlot des pigeons, parce que de nombreuses familles de pigeons bleus et de tourterelles y ont établi leur domicile. Puis, l'îlot du marabout Sùli-Âbou-Fadel-el-R' Adami, un nom plus grand que l'île, et qui est l'endroit de passage des thons, le lieu de pêcherie appelé Tonnara. Enfin, l'île du milieu, renommée parmi les archéologues à cause des nombreuses grottes habitables qui remonteraient à une hante antiquité. Guérin en était enthousiasmé. Il y avait des visions de nymphes. On l'appelle aussi l'île de la Quarantaine.

La rade sur laquelle s'arrêtent les transatlantiques est au sud de la pointe de Kaïra ; l'appontement et la douane sont encore à une certaine distance de la ville, sur une langue de terre.

Mouastir, qui a un commerce considérable, est encore un grand centre de fabrication d'huile. On n'y compte pas moins de trois usines à vapeur : celle de MM. Médina et Hayat (8 presses), celle de M. Aliaga (6 presses), et celle de M. B. Saconto (5 presses), auxquelles il faut ajouter six usines à force motrice animale.

Après avoir quitté Monastir, — que les indigènes appellent Mistir^-ç^kX: abréviation, — si l'on s'avance vers le sud, on arrive en deux heures à Lemta, l'ancienne Leptis- Parva ou Leptis-Minor des Romains*. D'abord puissante forteresse au temps des guerres de César en Afrique, cette ville devint plus tard un évèché chrétien et le siège d'un commandement militaire sous Justinien. De cette forteresse et de la ville, il ne reste plus que d'informes débris, des traces d'amphithéâtre, des pans de murs ayant appartenu à quelques villas, des fragments d'aqueducs, des vestiges d'église, des morceaux de blocage ayant fait partie de murs d'enceinte, le tout plus ou moins recouvert d'une couche de terre fertile, bien cultivée et d'apparence caillouteuse. A regarder de près ces cailloux, on s'aperçoit que ce sont des restes de monuments, d'innombrables petits morceaux de porphyre, de marbre blanc, jaune, noir, des parcelles minuscules de feuilles d'ornement, de cannelures de colonnes, comme piles à plaisir. On peut s'écrier avec mon ami êaladin :

« Comme ils avaient du temps à perdre, ces diables de Vandales ! »

C'est au milieu des délicieux jardins et des superbes oliviers de Lemta que MM. Cagnat et Saladin ont mis au jour une nécropole chrétienne recouverte de mosaïques, lesquelles ont cela de particulier que les blancs et les noirs sont formés par de petits cubes de marbre et que les autres couleurs sont composées de jjetits cubes de verre. A côté de ces tombes, les savants archéologues ont trouvé des sépnl-

1. Pour la distinguer de la Leptis-Major ou Magna, aujourd'hui Lébida, — en Tripolitaine.

tnres d'enfants. Les petits corps étaient renfermés dans des vases en terre cuite de la même forme que les amphores, et fermés par un couvercle luté avec du mortier. Ces vases étaient posés horizontalement dans un bain de mortier mélangé avec des cailloux. ]\[. Saladin a fait une restitution de l'une des grandes tombes chrétiennes au palais des Arts libéraux, en 1889.

En face de Lemta, se trouvent les îles Kuriates, dont la principale possède un

TRANSPORT DES BARRIQUES D'HUILE, J' A R CHAPELETS FLOTTANTS, A BORD DES TRANSATLANTIQUES.

phare de construction récente, édifice de première grandeur et bâti an milieu d'une île déserte, si l'on tient pour quantité négligeable une nombreuse population de lapins à grosse tète, de l'espèce asiatique.

Entre les Kuriates et la terre ferme est situé le plus admirable port naturel, très accessible par un goulet, très profond et bien abrité, où se réfugient les navires de tout tonnage lorsque la mer n'est pas tenable. Quel malheur qu'un pareil port ne soit pas à proximité de Sousse !

De Lemta, il faut se diriger vers le sud i)0ur atteindre Moukenine, qui est à 23 kilomètres de Monastir. Moukenine est une importante ville arabe, d'environ 10,000 habitants. Il s'y fait un très grand commerce ; c'est un des centres de production les plus considérables du Sahel tunisien.

Comme Moukeniue n'est qii'iï 40 kilomètres de Sonsse ])ar la grande route, et à près de 33 eu suivaut le chemin qui passe à l'ouest de la scbkra, voie presque impra-

PORTE INTÉRIEURE A MOXASTIR.

ticable en hiver, la Société du Sahel y a installé une usine à vapeur, de façon à tmusporter ses produits sous le volume le plus réduit et le plus faible poids*. Moukenine

1. On estime qu'un kilogramme d'huile est généralement produit par cinq kilogrammes d'olives.

est très intéressant à visiter. Il y a là un souk et des portes de maisons qui ont servi de types à mon ami Saladin pour son admirable construction arabe de la Section tunisienne à l'Exposition universelle de 1889. Moukenine est entouré d'oliviers de toute beauté, et son marché hebdomadaire est très animé. On y voit parfois plusieurs milliers d'indigènes. J'y ai remarqué des orfèvres en plein vent, qui confectionnent des bijoux d'un caractère d'originalité des plus curieux.

Les Israélites sont fort nombreux dans cette petite ville prospère, où ils vivent en assez bonne harmonie avec les musulmans.

Ainsi que cela devait forcément arriver, le grand mouvement d'aiFaires et la prospérité commerciale ont fait éclore les plaisirs faciles ; pour plus d'un nomade, Moukenine est la Capoue du Sahel.

Au milieu de l'animation des jours de grand marché, on entend quelquefois des cris rauques et incohérents, accompagnés le plus souvent de coups de darboukas frappés à tort et à travers : c'est un fou qui mendie. L'indigène écoute patiemment les extravagances du pauvre « maboul » et su2)porte philosophiquement ses incongruités, voire même ses invectives.

Chez les musulmans, la folie est l'objet d'une vénération profonde. Elle n'est pas, à leurs yeux, l'épouvantable désordre mental dont le spectacle nous serre le cœur, à nous autres Européens. Pour eux, les fous sont des êtres supérieurs, marqués par Allah et en communication avec lui. Loin d'être la perte de la raison, la folie est considérée comme la sublime exaltation des facultés mentales qui place les mabouls au-dessus de l'humanité et même des lois.

Je me rappelle, il y a vingt-cinq ans, avoir vu en Egypte et en Syrie des fous se promenant dans un état de nudité absolue, se permettant à l'égard des femmes des audaces qai allaient jusqu'au viol. Chose inconcevable ! les victimes de ces attentats publics croyaient avoir été l'objet d'une faveur providentielle. De semblables turpitudes n'existent plus dans les villes musulmanes touchées par la civilisation européenne, et il faut aller dans des pays perdus pour en retrouver la trace.

Aujourd'hui, à Moukenine comme ailleurs, les mabouls, à peu près couverts, se promènent librement parmi la foule les jours de marché. Cette liberté laissée aux aliénés diminue, paraît-il, notablement le nombre des cas de folie furieuse. La plupart des fous arabes sont des victimes du kifow haschisch. On compte fort peu d'alcoolisés.

Quittons Moukenine et dirigeons-nous vers l'est, en longeant le port naturel dont je viens de parler et auprès duquel se trouve le village de Saïada, habité par des pêcheurs et des cultivateurs.

A six kilomètres de Moukenine, se trouve Téboulba, dont les jardins d'orangers et de mandariniers sont renommés dans toute la contrée. Et, de fait, ils sont magnifiques. Les indigènes en parlent comme d'un paradis terrestre. Il y a à Téboulba un hammam curieux et des constructions arabes intéressantes pour les architectes. Mais ce qui frappe surtout, c'est que beaucouj) de maisons qui, comme celles de Monastir et de Mahdia, ont des voûtes à intrados apparents, portent à l'angle de leurs terrasses des Marmousets, des Vénus, des Amphitrites et des Belle-Eugénie en bois sculpté. Ce sont

les épaves de navires européens naufragés on détruits par les corsaires de la côte. On les a fichées sur les maisons j)our les préserver du mauvais sort.

On ne peut pas passer i\ Téboulba sans pousser une petite pointe vers l'est, jusqu'au cap qui porte le nom de Ras-Dimas, le cap Tkapsus des anciens. La ville de Thapsus, célèbre par la grande victoire (46 av. J.-C.) remportée par Jules César sur Métellus Scipion et le roi Juba, n'existe plus. Elle est enfoncée à ce point dans les terres, que les traces des maisons ont même disparu et que presque tous ses monuments ont été comme effacés du sol jusque dans leurs fondations. On en reconnaît quelques fragments dans les pierres recueillies dans les champs et dont les Arabes forment les murs qui délimitent leurs propriétés. Les vestiges d'un amphithéâtre, vingt-cinq citernes, les traces de l'aquednc qui les alimentait, les restes d'une belle jetée qui protégeait le port, sont tout ce qui apparaît encore de la valeureuse cité qui sut résister à César, vainqueur sous ses murs, et qui ne se soumit à lui qu'après la mort de Caton à Utique.

On y remarque aussi des carrières qui ont dû être des latomies comme celles de Syracuse.

Reprenons la direction de Téboulba, et traversons le joli village de M'Kalta, entouré d'oliviers séculaires, d'aspect magique, qui font à la route une bordure charmante. Quinze kilomètres au milieu d'un chemin pareil, et l'on arrive à Makdia, la ville du Mahdi.

Mahdia a été, sans aucun doute, un emponiim phénicien et un poste romain ; mais son histoire, comme cité, ne prend d'importance qu'à partir de sa fondation, soit entre 913 et 921 de l'ère chrétienne, par le chef de l'empire fatimite, Obéïd-AUah, dit le Mahdi, qui la créa tout d'une pièce et lui donna son nom.

Menacé par la révolte sanglante d'Abou-Abd-Allah-ech-Chiaï, qui était appuyé par les Ketama et qui avait cherché à le détrôner, Obéïd-AUah fixa son choix sur cette langue de terre dessinée comme à plaisir pour devenir un réduit inexpugnable d'oîi il pourrait rayonner dans l'intérieur des terres. Tous ceux qui l'ont attaqué plus tard par mer et se sont attachés à prendre pied sur cette partie de la côte africaine l'ont, du reste, compris.

En effet, la langue de terre s'avance à plus de deux kilomètres dans la mer; elle est perpendiculaire à la côte, à laquelle elle se soude par un isthme qui n'a que 700 mètres de largeur. Cette petite presqu'île était donc prédestinée aux attaques et aux débarquements, pouvant être fermée à sa base par un mur, ou même, comme elle le fut au dire des écrivains arabes, par un canal qui faisait communiquer les deux golfes de Ras-Dimas et de Mahdia, séparés par le promontoire.

Pour compléter l'attraction, il convient d'ajouter que, dans des temps reculés, les Phéniciens sans doute avaient creusé dans ce rocher un cothon, ou port intérieur, qui communiquait avec la mer par une passe étroite, jadis gardée par deux tours, formée par des murs consolidés par des fûts de colonnes antiques en marbre, lesquelles étaient posées horizontalement, ainsi que cela se voit dans les murs byzantins à Constantinople, en Syrie et en Asie Mineure. Obéïd-Allah construisit là sa ville officielle, composée de deux palais somptueux pour lui et son fils, d'édifices publics, d'un arsenal, de citernes que l'on voit encore, de logements pour les troupes, d'une mosquée et d'autres édifices

religieux. Edrisi et Bekri, écrivains arabes digues de foi, en ont décrit les maguificeuces. Sur le jwint culminant s'élevait une kasbali. La presqu'île était tout entière entourée de murailles colossales et défendue par seize tours.

Obéïd- Allah s'installa à Mahdia en l'an 921. Aussitôt, des faubourgs très peuplés l'entourèrent, qui furent le centre d'un commerce florissant, par mer et par terre ; mais sa splendeur ne devait pas être de longue durée. En 946, Ismaïl-el-Mansour, jugeant qu'il était temps de transporter la capitale fatimite au centre de l'empire, alla se fixer à Kairouan, où ses successeurs demeurèrent. A partir de ce moment, la prospérité de Mahdia commença à décliner et ses beaux faubourgs se dépeuplèrent. Les Siciliens s'emparèrent de Mahdia en 1147. En 1160, les musulmans les en délogèrent. En 1390, la presqu'île fut vainement assiégée par une flotte composée de Français et de Génois commandés par le duc de Bourbon. Pierre de Navarre ne fut pas plus heureux en 1519. Enfin Charles-Quint parvint à s'en rendre maître en 1551 après plusieurs assauts sanglants. Il fit relever ses remparts ; mais les Espagnols, ne pouvant s'y maintenir, l'évacuèrent en démolissant préalablement l'enceinte qu'ils venaient de réédifier. Depuis, elle demeura en la possession des musulmans.

Telle fut, sommairement racontée, l'histoire mouvementée de cette petite langue de terre pendant près de six siècles. Cependant il convient d'ajouter que plusieurs écrivains ont désigné Mahdia sous le nom d'Africa, pour indiquer qu'elle avait été, avant Kairouan, la capitale des possessions des Arabes dans le nord de l'Afrique.

Guérin, qui l'a visitée en 1859, en fait cette lamentable description :

« De belles et épaisses murailles percées de nombreuses brèches, des tours découronnées de leurs créneaux ou même fendues jusqu'à leur base, beaucoup de maisons détruites ou très délabrées, plusieurs mosquées démolies, d'autres tombant de vétusté, partout l'image de la désolation et de la mort, tel est le spectacle qu'ofi're actuellement Mahdia. )>

Après trente-deux ans le tableau est bien changé. Assurément, le pourtour de la presqu'île ofire encore le spectacle de murailles éventrées et de tours délabrées ; mais au milieu de ces ruines antiques s'épanouit la petite ville arabe et européenne, la plus coquette qui soit, aux rues pittoresques et proprement tenues. Les maisons sont en bon état, de même que les mosquées. La France a passé par là. Mahdia est entourée de beaux et grands jardins, d'où l'on voit les deux tours énormes qui flanquent la porte de la ville.

Le fort est réparé et a pu être occupé militairement. A l'extrémité de la presqu'île s'élèvent les bâtiments tout neufs d'un phare à projection puissante ; du côté sud, un petit port a été formé par une jetée (il s'ensable malheureusement).

J'ai visité Mahdia à trois reprises et, chaque fois, pour me servir du cliché consacré, ce fut avec un nouveau plaisir; j'y ai reçu de M. Ricard, contrôleur adjoint, l'accueil le plus hospitalier. Il habitait une maison arabe dont la cour était littéralement occupée par un rosier d'une taille énorme, une vraie merveille florale. J'ai fait ma dernière promenade à Mahdia en compagnie de M. Paul Bourde, dont la brillante campagne dans le Temps a été incontestablement l'un des éléments du succès de la loi douanière. M. Paul Bourde est aujourd'hui à la tête d'un grand service en Tunisie. Nous

I>l*<:t >» MtHDiA

Dans le Sahel. — REMPARTS DE MONASTIR. — MAISON ET MARCHÉ DE M'SAKES.

Page 1