CHANGEUR DE BAB-EL-DIVAN
merveilleuse. Jls n'auront jamais, quelque temps qu'il fasse, h craindre d'y prolonger leur séjour.
Mais cette rade, si belle qu'elle soit, ne vaut pas un port ; et l'éloignement des navires offre de nombreux inconvénients. Aussi la ville de Sfax a-t-elle résolu de gager les ressources qu'elle tient de la munificence du gouvernement, pour contracter un emprunt d'un millioa qui lui permettra de faire creuser un chenal ayant une profondeur de huit à dix mètres et «'avançant à trois kilomètres en mer. Suivant les études du service des Travaux publics, ce chenal aura quarante mètres de large au plafond et cent mètres à la partie supérieure.
Le long du quai actuel, on creusera un bassin de huit hectares.
On sait que les marées sont insignifiantes dans la Méditerranée. Deux points font cependant exception : l'Adriatique et la Petite Syrte, que nous appellerons le golfe de Gabès. Il a été donné diverses explications sur ce phénomène.
On a remarqué que lorsqu'aucun obstacle ne vient ralentir le mouvement des eaux provoqué par l'amplitude des marées, celle-ci ne déj)asse pas une hauteur de deux mètres en plein océan. Mais elle devient formidable, au contraire, si une entrave, comme l'énorme cap de la Bretagne, s'oppose à l'oscillation périodique des eaux, ou bien lorsque des détroits — celui de la Manche, par exemple — ■ sont insuffisants pour recevoir ces masses liquides soulevées par l'attraction lunaire.
La Méditerranée étant un point minuscule sur la surface du globe, le déplacement de la mer y est presque insignifiant. Il n'y prend de l'importance que si les eaux s'engoufîrent entre les terres, ainsi que cela se produit pour l'Adriatique.
Dans le golfe de Gabès, l'obstacle est formé par des bancs qui s'avancent au loin dans la mer. La masse d'eau s'élève en abordant les bas-fonds et forme des marées exceptionnelles, dont l'amplitude, à l'époque des syzygies (nouvelle et pleine lune), est de 1",80 à Sfax et de 2 mètres à Gabès et à Djerba.
Une pareille situation favorise singulièrement l'établissement des pêcheries. Aussi toute la côte est-elle couverte de clayonnages et de madragues, depuis le cap Kapoudiah jusqu'à Zarzis, et tout autour des îles Kerkenah.
En pratiquant des fouilles au sud des remparts de Sfax et en faisant divers travaux de terrassement, on avait mis à découvert d'anciens cimetières, où la plupart des tombes étaient superposées. Il y avait jusqu'à trois couches de sépultures. On pense que, lorsqu'un cimetière était comble, et que l'élévation du sol produite par le temps l'avait recouvert, on utilisait la couche de terre nouvelle pour installer un nouveau cimetière au-dessus de l'ancien.
Ce qui manque à Sfax, c'est' l'eau douce en quantité suffisante pour les besoins de sa population. On peut avancer, sans crainte de se compromettre, que, du jour ofi cette ville en sera abondamment pourvue, sa population se doublera en quelques années, tant sa situation commerciale et maritime est excellente. A Sfax, on ne compte guère, eu moyenne, qu'une année pluvieuse sur trois.
"Voyons quelles sont, en c&n, les antres ressources du i)ay8.
Il y a d'ahord les citernes. Tous les peuples qui se sont succédé sur le sol africain se sont d'abord préoccui^és de la conservation de l'eau du ciel dans des souterrains. La Tunisie est littéralement couverte de citernes depuis longtemps en ruine. Il en est qui avaient des dimensions considérables, comme celles du Kef et de Carthage, par exemple, dont l'état de conservation était tel, que leur mise en usage devenait relativement facile.
Chose curieuse, les indigènes de Tunisie leur ont donné le nom de damcniè, très voisin du mot latin domuSj qui signifie maison. La citerne n'était-elle pas, du temps des Phéniciens et des Romains, ce qu'elle est encore aujourd'hui pour les Arabes, la première chose que l'on construit, même avant la maison, la chose indispensable à la vie et sans laquelle l'habitation, le domus, n'est pas possible? Est-il dès lors étonnant que les Arabes aient conservé à une partie si essentielle le nom très peu déformé du tout?
La plupart des maisons des villes arabes sont pourvues de citernes. La capacité de celles que renferme chaque maison de Sfax a été calculée de façon à pouvoir fournir pendant trois ans l'eau nécessaire aux habitants de l'immeuble.
Dans le cas où les maisons particulières viendraient à manquer d'eau, il y a encore la nasria (le secours). On désigne sous ce nom une réunion de 597 citernes, cubant quinze mètres chacune. Un mur les enclôt. Au-dessus de chacune d'elles on a pratiqué une aire en maçonnerie, dont la conca\'ité amène les eaux pluviales vers un trou central entouré d'une margelle. C'est ainsi qu'elles s'alimentent.
Il y a ensuite lea/esffuias.
Les eaux pluviales qui tombent sur des collines situées à environ quinze kilomètres à l'ouest de Sfax s'écoulent dans des oueds dont les lits, presque toujours à sec, deviennent des torrents, dès que quelque orage éclate dans la contrée. Ces oueds étaient autrefois réunis en un seul faisceau et se jetaient dans la mer tout près de Sfax. Un grand personnage, dit la légende, eut l'idée de capter ces torrents accidentels au moyen d'un simple barrage et d'en recueillir les eaux dans d'immenses bassins. Ce moyen était fréquemment employé par les Romains.
Mais ces eaux arrivaient au barrage chargées de terre et de sable. On obvia à ce premier inconvénient en composant les fesguias d'une succession de bassins. Le premier reçoit les eaux boueuses, et le liquide y dépose la plus grande partie du limon dont il est chargé. Lorsque ce réservoir est plein, l'eau se décante d'elle-même dans un second réservoir, où le liquide se décharge de ses dernières impuretés, avant de passer de la même façon dans le réservoir principal.
Malheureusement, cette conception ingénieuse de la purification automatique de l'eau est loin d'être complète. Les Romains couvraient leurs citernes. Les fesguias de Sfax sont à ciel ouvert ; l'évaporation les soumet à une perte continue et considérable ; puis, l'eau est infestée et infectée par une multitude de batraciens et de reptiles. Enfin, les sables apportés par les coups de siroco finissent par prendre peu à peu au fond du bassin principal la place du liquide, dont la quantité disponible est diminuée d'autant. Il s'ensuit que, malgré leurs proportions colossales, les fesguias, qui
cubent cliacune de quinze à vingt mille mètres, constituent tout au plus une réserve de six mois.
La municipalité a creusé, à la hauteur du barrage, des puits qui ont permis la création d'un jardin public, où les arbres viennent comme par enchantement, au bord d'une très jolie rivière artificielle. Ce jardin sera avant peu la joie des Sfaxiens.
Sidi Chaâbouny, dont les descendants existent encore, a fait forer au siècle dernier deux puits qui portent encore son nom. Ces puits, situés à six kilomètres à l'ouest de la ville, fournissent une eau excellente, contenant peu de magnésie. Ils