LA PORTE DE LA KASBAH DE SOUSSE
Quelques bassins secondaires viennent arroser l'immense domaine de l'Enfida, qui confine au lac Kelbia.
La chaîne centrale de la Tunisie va mourir au sud dans le chott Rharsa. Toutes les eaux de la partie méridionale du massif qui ne tombent pas dans le lac Kelbia sont recueillies par l'oued qui passe à Gafsa, auquel on donne des noms différents suivant les contrées qu'il traverse, ainsi que cela est l'habitude en Algérie. Cet oued immense, dont le cours dépasse 200 kilomètres, prend naissance vers Tébessa. Un de ses affluents, alimenté par des sources intarissables, arrose la Zaouïa de Fériana. L'oued arrose la grande oasis de Gafsa, puis traverse un pays sablonneux, et son lit desséché va se perdre dans les chotts après un parcours à travers les grandes plaines désertiques de Gourbata, de Gouïfla et de Tarfouï, dont il prend successivement les noms.
Il résulte de cette configuration que l'on peut diviser le pays en plusieurs régions : celle des Hauts-Plateaux, celle des Grands-Bassins, celle du Littoral et celle des Oasis.
Les hauts plateaux de la chaîne septentrionale ont comme point central Aïn- Draham; c'est le pays des fameux Kroumirs. Les hauts plateaux de la chaîne centrale comprennent les contrôles civils du Kef, de Maktar et une grande partie du contrôle de Kairouan et du commandement militaire de Gafsa. Leurs altitudes varient de 700 à 1,400 mètres. On y trouve la ville du Kef, les postes militaires de Souk-el-Djema, de Fériana etd'Adjeb-el-Aïoun, destinés à tenir eu respect les nomades de l'intérieur, jadis assez turbulents.
Sur le versant nord de la chaîne centrale, ou trouve Tunis, Zaghouan, toutes les localités riveraines de la Medjerdah et celles de la plaine de Soliman.
Le littoral nord comprend Bizerte, Porto-Farina, la Marsa, Carthage, la Goulette, les ports du Cap-Bon, parmi lesquels Kélibia, Nabeul et Hammamet. Le littoral moyen est sans contredit la partie la plus peuplée et la plus civilisée de la Régence. Il porte le nom de Sahel tunisien. Ce Sahel fait en quelque sorte suite au colossal domaine de l'Enfida. De Sidi-Bou-Ali, où commencent les bois d'oliviers, jusque vers Ksour-es- Sef et le cap Kapoudiah, c'est une succession de jardins, au milieu desquels on compte un très grand nombre de villes et de villages. On y remarque Sousse, Monastir et Mahdia, qui sont des ports importants, et des villes arabes de l'intérieur dont la population atteint souvent le chiffre de 10,000 à 12,000 habitants, comme Moukenine et M'Saken, par exemple.
Le littoral sud comprend la grande ville de Sfr.x, les ports de Maharès et de la Skrira, la jeune et prospère ville de Gabès, la fameuse île de Djerba et Zarzis, notre poste extrême du côté de la Tripolitaine.
Le pays des Oasis est celui qui s'étend au sud d'une ligne que l'on tracerait de Sfax à Gafsa. C'est la contrée désertique qui entoure ces grands chotts, dont on avait rêvé de faire une mer intérieure. Au nord des chotts, on remarque Tozeur, le groupe d'El-Oudiane, Nefta et El-Hamma. Au sud, se trouvent de nombreuses oasis, Douz, centre du commandement militaire, et les postes de Tataouim et de Douiret, qui surveillent la frontière.
Le peu de géographie que l'on vient de lire était nécessaire pour s'orienter dans ce pays presque inconnu en dehors du littoral.
La division en régions naturelles nous servira donc de cadre pour la description de la Régence de Tunis.
Je commencerai par la côte orientale, de Sousse à Djerba et Zarzis.
En attendant qu'un chemin de fer relie Sousse à la capitale, on a le choix entre le trajet par mer et le voyage en voiture.
La Compagnie Transatlantique et la Compagnie italienne font chacune un voyage par semaine. La première le jeudi, la seconde le mercredi. C'est l'affaire d'une nuit. Le vapeur lève l'ancre vers cinq heures du soir ; et il se trouve en rade de Sousse dès l'aube, pour peu que le temps soit convenable.
La vue de Sousse, à l'arrivée par mer, est admirable. Le matin, au soleil levant, c'est une ville rose qui émerge d'une mer d'émeraude.
Sousse s'offre aux yeux comme une longue ville en amphithéâtre, dominée par sa Kasba, entourée tout entière de murailles sarrasines qui lui font une gracieuse collerette de créneaux blancs.
Par terre, le voyage est un peu long, mais fort intéressant. On arrive d'abord à Grombalia, qui est devenu le siège d'un contrôle civil. Et, s'étant mis en voiture à sept heures du matin à l'arrivée du train à Hammam-Lif, on peut, si l'attelage est bon, atteindre Enfidaville vers trois heures de l'après-midi. En faisant venir une voiture de Sousse, on peut arriver dans cette ville pour le dîner, vers sept heures.
C'est long et un peu fatigant, mais ou ne regrette pas sa peine*. Du reste, ce procédé de locomotion ne coûte pas sensiblement plus que le trajet par mer, si l'on est trois ou quatre -.
1. Je ferai plus loin la description de la contrée parcourue.
2. Il faut compter 60 francs de voiture |K)ur l'Enfida, et 30 francs de là à Sousse : soit environ 100 francs avec les pourboires. Quatre premières en bateau coûtent à peu près le même prix.
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