DOMAINE DB L'OUED ZARGUA, A MM. GÉRT, NOËL ET DUPORTAL
ARABES CHASSANT LES OISEAUX DES RÉCOLTES, DANS LES PLAINES DE LA MBDJBRDAH.
ÉQUIPE D'ARRACHEUSBS D'HERBES DANS UN VIGNOBLE DU K U AN G A T- H A D J A J.
jetées brise-lames d'un kilomètre cliacime, s'avaaçaut ea mer, l'uue vers l'autre jusqu'à
des fonds de 13 mètres, à l'abri desquelles les gros navires pourront mouiller. Le canal, large de 100 mètres à la ligne d'eau (comme celui de Suez), fera communiquer la mer avec la mer intérieure. Ce canal sera le port lui-même, et dans un élargissement sera construite une ligne d'appontements, derrière lesquels sera la ligne des magasins et des docks, en communication directe avec la gare du chemin de fer.
Entre le canal et l'enceinte actuelle de Bizerte, l'espace recouvert d'eau sera comblé avec les emprunts faits au canal lui-même, et une ville maritime s'élèvera sur cet espace gagné à l'entrée du lac. Percée d'avenues de 18 mètres et de rues de 15, 12 et 10 mètres, cette ville nouvelle aura un square, des édifices publics et des égouts comme une ville européenne. La route de Tunis, coupée par le canal, sera mise en communication avec la ville par un bac à vapeur.
Bizerte sera, d'ici à deux ans, reliée à Tunis par un chemin de fer à voie large qui s'amorcera sur la ligne de Bône à Tunis, à la station de Djedé'ida. Cet embranchement, de 74 kilomètres, passe par Mateur et côtoie les lacs Iskeul {Ech-Kheul) et de Bizerte. En y ajoutant la distance de Djedéïda à la capitale, on trouve un total de 95 kilomètres de Tunis à Bizerte par chemin de fer.
Deux routes conduisent actuellement à Bizerte, l'une partant de Djedéïda (100 kilomètres), l'autre plus courte (65 kilomètres) et très belle, passant par El-Moukra, par la Sehhala de Klieir-ed-Din, beau domaine un peu délabré, par El-Fondouk sur la rive de la Medjerdah, que l'on traverse sur un pont arabe de sept arches, long de quatre-vingt-dix mètres. Puis elle traverse des pays assez accidentés, pour atteindre finalement le grand lac à 7 ou 8 kilomètres de Bizerte.
Bizerte est entourée de jardins dont les fruits, les raisins surtout, sont très renommés. La terre est extrêmement chère dans la zone de ces jardins, et il n'est pas rare qu'un hectare y atteigne le prix de 1,000 à 2,000 francs. A ce propos, l'on constate que, depuis l'installation des immenses chantiers de la Compagnie du port, le prix des terrains de construction et celui de la location des logements ont plus que triplé. L'affluence des employés et des ouvriers a été telle, que le nombre des Européens est monté de 500 à plus de 1,000. Et ce n'est qu'un commencement. Bizerte, qui comptait 5,000 habitants il y a deux ou trois ans, arrivera en très peu de temps à la dizaine de mille.
A tout instant, l'on voit se répéter dans la presse italienne, anglaise, française même — la malveillance n'a pas de patrie — que M. Barthélémy Saint-Hilaire aurait pris vis-à-vis l'Angleterre l'engagement de ne rien faire à Bizerte et que, le port fini, l'Angleterre en interdirait l'accès. Pour faire rentrer de pareilles assertions dans le domaine des racontars périodiques, il suffit de rappeler la réponse diplomatique faite par lord Granville, précisément à la lettre en question. Dans cette réponse, adressée à notre ambassadeur à Londres le 30 mai 1881, il est dit, en manière de conclusion :
Je ne crois pas nécessaire d'approfondir la question de l'importance possible de Bizerte eomme port de commerce. Je me bornerai à cette observation que, si le canal entre la mer et le lac était creusé assez [)our donner accès aux grands navires, les bâtiments britanniques auront, d'après le traité de 1875, le droit d'en faire usage, sans être soumis à des droits supérieurs à ceux des navires français ou
tunisiens.
Les commentaires sont superflus, et la question me paraît tranchée. Il reste un mot à dire de l'économie de l'opération du j)ort de Bizerte. Ce port coûtera 12 millions à la Compagnie du port; mais l'État tunisien ne lui payera que 5 millions. Pour la différence, l'État lui concède, à titre de compensation, le droit de tonnage des navires qui fréquenteront le port et la propriété des terrains créés avec le remblai formé par les terres retirées du canid.
La contrée qui environne Bizerte, surtout vers l'est, est très riche et couverte de bois d'oliviers. Sur la côte se trouve le Pulchrum promontorium des Romains, Raz- Zebib des Arabes, jusqu'en face des Ilots des chiens (Canis des Anciens). Sur le j)lu8 grand de ces îlots, à 17 mètres au-dessus de la mer, s'élève une tour ronde portant un feu fixe blanc qui se voit à 17 milles. Ce feu, que l'on pourrait appeler « l'inévitable », doit être reconnu par tous les navires qui passent entre la Sicile et la côte africaine.
Puis on arrive à Porto-Farina^ dont le lac, qui servait jadis de repaire aux pirates, est en train de se combler par les alluvions de la Medjerdah. On vient de transporter h. Porto-Farina le bagne arabe {Caracas) qui se trouvait à la Goulette. En face de Porto-Farina se trouve l'île Plane, la Corsura des anciens. C'est l'entrée occidentale de l'immense golfe de Tunis, profond de plus de 40 kilomètres, avec une ouverture de près de 60 kilomètres entre Porto-Farina et le cap Bon.
Entre ces deux points on aperçoit l'île Zimbra {Djamour des Arabes), rocher magnifique qui a l'air de flotter sur la mer bleue lorsqu'on le regarde de la Marsa ou de Carthage. C'est à Zimbra que l'on a établi le lazaret dans lequel les ijèlerins musulmans venant de la Mecque sont mis en quarantaine.