‹ La Tunisie, pays de protectorat françaisChapitre 64 sur 76 · V L K 1/E BÉJA · texte numérisé non relu

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prochain, elles constitueront un appoint considérable aux recettes du budget tunisien. Qu'on en juge : avec une somme de 350,000 francs à 400,000 francs affectée annuellement au démasclage des chênes-liège, le rendement, devant débuter en 1892 par im produit de plus de 100,000 francs, s'élèvera successivement, pour atteindre vers 1900 le chiffre normal d'environ 2 millions de francs.

A côté des revenus des forêts de Khroumirie tirés du liège, il y a l'exploitation des massifs de chênes-zeen, grands arbres ressemblant à nos chênes d'Europe, en pleine maturité, évalués à plus de 500,000 mètres cubes, dont l'exploitation, dès que des moyens de communication sufiS.sants seront établis, rapportera près de 250,000 francs par an pendant vingt années. En ajoutant à cela la production des bois d'œuvre, du charbon et de l'écorce à tan, et les pâturages où les animaux sont superbes, même pendant les années de sécheresse, où des fermes magnifiques sont à créer, on s'aperçoit bien vite que le massif montagneux du nord de la Tunisie constitue une véritable caisse d'épargne pour le gouvernement tunisien. Pour entrer dans les détails de l'exploitation forestière, il faudrait vingt fois la place qui m'est donnée.

Après le col àH Argouh-el-Archa, on trouve une voie romaine large de 15 mètres, qui mène à la plaine de Tabarca. Avant de quitter la région des collines, il convient de signaler la citadelle romaine ^ Ain-Zaga, encore debout en partie. Cette forteresse, assez grossièrement construite, date des derniers temps de l'empire, époque où les habitants n'avaient plus de sécurité qu'à l'abri de fortins improvisés.

Tabarca était du temps des Romains et sera encore pour la Tunisie, lorsque des moyens de communication voulus seront établis, le débouché naturel des riches produits agricoles et miniers du massif montagneux, à ce point pacifié aujourd'hui, qu'il n'y aurait aucun risque à le transformer en contrôle civil.

L'île de Tabarca a été occupée pendant deux siècles par la famille génoise des Lomellini, et les fortifications qui la couronnent ont été construites pour ces Génois par Charles-Quint. Elle fut livrée par trahison aux Tunisiens, en 1742. Neuf cents habitants d'origine génoise furent réduits à l'esclavage, quelques familles purent se réfugier sur des points de la côte, et cinq cents environ purent gagner l'île sarde de San Pietro. Le bourg et l'établissement de Tabarca sont situés sur la côte, en face de l'île, séparés d'elle par un bras de mer de quatre cents mètres de large, jadis traversé par des chaussées. Presqu'au milieu du bourg, vers l'est, se trouvent les ruines de thermes qui ont une grande analogie avec les thermes de Julien, à Paris. On a trouvé, près de là, la belle mosaïque représentant Pélagius, qui a été portée au Louvre, ainsi que d'autres mosaïques. On se souvient que ce sont les Khroumirs insoumis des environs de Tabarca qui ont pillé le transport V Auvergne, échoué sur la côte, et que cet acte de vandalisme fut une des causes déterminantes de l'occupation de la Tunisie.

En suivant la côte vers l'est, on traverse la riche bande de terre qui relie le contrôle de Béjà à la mer, dont je viens de parler, pour arriver ensuite sur le territoire des Moggods, population agricole dépendant du caïdat de Bizerte.

Entre les Khroumirs et les Moggods, ce sont les Nefzas qui occupent cette partie extrême du contrôle de Béjà. Mais toutes ces contrées sont encore déshéritées, le gouvernement n'ayant encore rien fait pour les rendre praticables. C'est à peine si les

transports peuvent s'y faire à dos de chameaux ou de bourricots. L'absence de routes et de ponts fait que les pluies surabondantes qui tombent en hiver rendent les pistes impossibles. Et quel centre forestier I Quelle richesse en chênes-liège ! Quels pâturages merveilleux, défiant les années de sécheresse ! Le bétail y est aussi beau qu'à Guelma. Le climat y est celui de France, et l'eau potable ne manque nulle part.

Plusieurs mines de fer y ont été concédées, et si on ne les exploite pas encore, c'est à cause du bas prix actuel des minerais de fer. Dès que l'on pourra prévoir l'épuisement des mines de Bilbao, celle des Nefzas entreront en exploitation.

La seule mine exploitée est une mine de zinc (calamine), située au Khanguet-Kef, sur le territoire des Amdouls, sur la piste de Béja à Tabarka. M. Faure, ingénieur français, a feit des travaux sur cette mine, pour son compte, depuis 1881. La concession lui a été accordée en 1889 et, depuis cette époque, la production a été d'environ deux mille tonnes par an. Les ouvriers, indigènes pour la plupart, sont guidés par des ouvriers d'art français. M. Faure, un vaillant, n'a pas constitué de société ; il exploite pour son propre compte, toujours en bénéfices jusqu'à ce jour. La mine qu'il exploite est la seule, avec celle de la Compagnie du Mokta, qui ait pu payer, dès ses débuts, une redevance à l'Etat. La mine en question est à 31 kilomètres de Béja, à 40 kilomètres de Tabarka et à 15 ou 20 kilomètres de la mer, au cap Négro où ses produits sont embarqués.

Bizerte est une ville de grand avenir, qui doit sa fortune à sa position merveilleuse sur le canal qui fait communiquer la mer avec un lac de plus de 13,000 hectares, dans lequel les plus grands navires peuvent mouiller par des fonds de 10 à 14 mètres. Ce lac était connu dans l'antiquité sous le nom de Sisara LaciLS. Sous le nom d^Hippo- ZarytuSj Bizerte joua un certain rôle dans les guerres puniques. Agathocle agrandit son port et fortifia la ville. Bizerte tomba entre les mains des Arabes en 662. Lorsque les Maures furent chassés d'Espagne, beaucoup s'y réfugièrent, et ils bâtirent le faubourg qui porte encore le nom de faubourg des Andalous.

Un canal naturel faisait communiquer le lac avec la mer. Les Phéniciens, sans doute, en creusèrent un second. L'île comprise entre ces deux canaux constitue le quartier franc, où sont les postes et télégraphes, les hôtels et les cafés. La ville indigène est située à l'ouest des canaux, entourée d'une enceinte qui figure un triangle dont le sommet se trouve au sud et la base vers le nord. A l'ouest de cette base, sur une hauteur, on voit le fort d'Espagne; à l'est la kasbah. Mais que de chang^nents vont se produire I

Le gouvernement tunisien a résolu de faire de Bizerte un grand port de commerce. Il a d'abord prolongé en mer la jetée protectrice jusqu'aux fonds de cinq mètres et il a rendu les quais du canal d'entrée accessibles aux bateaux calant trois mètres. Puis il fait pratiquer dans la langue de terre qui sépare le lac de la mer un canal direct qui sera accessible aux navires d'un plus fort tonnage. Les terrains marécageux au sud-est de la ville seront comblés ou nivelés avec les matériaux retirés du nouveau canal, et c'est là que s'élèvera une ville maritime, où affluera le commerce européen et indigène. Cette importante entreprise a été confiée à MM. Hersent et Couvreux, les grands entrepreneurs de travaux publics, fondateurs de la Compagnie du port de Bizerte.

Le port de commerce de Bizerte se composera d'un avant-port formé par deux

DOMAINE UE SCHUIGGUI, A UNE SOCIÉTÉ CIVILE : M. GÉRODIAS, DIRECTEUK.

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