LE JARDIN DES PÈRES BLANCS A CARTHAGB
mirie, et de pénétrer jusqu'à la station forestière de Faidja-Grandpré. La station suivante est celle d' Oued-McUZj qui prend sou importance de la proximité des fameuses carrières de Schemtou (à 4 kilomètres). La halte de Sidi Meskine a été faite pour les Oulcd-Arfa, dont les douars sont peu éloignés.
J'ai parlé à plusieurs reprises de Souk-el-Arha, la station suivante, après laquelle vient celle de Bcn-Béchir, au confluent de l' Oued Mellcgue et de la Medjerdali.
On arrive ensuite à Souk-el-Kmis, centre agricole et viticole très important, auquel M. Feret, président du Comice agricole, a donné une salutaire impulsion.
Il y a plus loin la station de Béja-Gare, d'où part un petit embranchement de 14 kilomètres conduisant à la gare de Béja- Ville.
Béja est une ville arabe ceinte de murailles ébréchées, qui fut du temps des Romains, et pendant la domination arabe, un des plus grands marchés de l'Afrique. C'est encore aujourd'hui un centre agricole très important, situé au milieu d'une contrée d'une rare fertilité. Les blés de Béja sont renommés dans toute la Tunisie.
Béja est un exemple de la transformation économique qu'apportent avec eux les développements des voies de communication. Comme jadis en France, chaque .région avait ses mesures de longueur ou de capacité, et le cafiSs qui sert à mesurer les céréales était, à Béja (caffis hcji)^ le double de celui de Tunis. Et cela, parce qu'il était d'usage, lorsqu'on envoyait une quantité de blé à Tunis, de donner à titre de rémunération une quantité égale au transporteur. De là, l'énorme capacité du caffis-béji. Depuis le chemin de fer, le caffis-béji est bien resté ce qu'il était; mais son prix a presque doublé.
A l'époque des moissons, les cinq mille habitants de Béja et ceux de la campagne n'y suffiraient pas. C'est alors que les nomades du centre et du sud affluent pour s'engager comme moissonneurs, moyennant un salaire en nature.
Béja, la Vacca de Salluste, possède encore ses vieilles murailles byzantines sur trois côtés. Elles sont flanquées d'une vingtaine de tours carrées et percées de trois portes. Les murailles du sud ont disparu, et des maisons ont été bâties avec les matériaux qui en provenaient. La ville, en amphithéâtre, est adossée à un contrefort du Djebel Acheul. La kasbah, transformée en caserne, est à 225 mètres et domine la ville; elle contient une source excellente.
La contrée qui environne Béja était célèbre dans l'antiquité, du temps du fameux Jugurtha, pour son extraordinaire fertilité. Le chemin de fer et la nouvelle loi douanière ont donné un grand essor à cette contrée productrice de blés renommés.
La station d' Oued-Zargua (rivière bleue) est située sur ce ruisseau, qui se jette, non loin de là, dans la Medjerdah. Un pont de 36 mètres franchit le ravin au fond duquel il coule. La gare est entourée de superbes massifs d'eucalyptus, plantés par la Compagnie de Bône-Guelma. Lors de l'occupation de la Tunisie par nos troupes, cette gare fut incendiée et le personnel européen fut massacré par des fanatiques. Un petit monument, érigé près de la station de Béja-Gare, rappelle l'attentat dont ont été victimes les employés de la gare d'Oued-Zargua pendant l'insurrection tunisienne, en septembre 1881. A gauche de la gare d'Oued-Zargua, et en coteaux, sont les vignobles créés par M. Charles Géry, que je me permets de mentionner ici, parce qu'avec ceux- du
Cardinal et ceux de la Compagnie de Bône-Guelma, ce sont les plus anciens vignobles français en Tunisie.
Me(l}ez-el-Bab est à environ 2 kilomètres de la gare de ce nom. Les toitures en tuiles creuses qui recouvrent les maisons révèlent l'origine andalonse de cette petite ville. Elle est située sur la rive gauche de la Medjerdali, à côté d'nn pont monumental construit, il y a cent cinquante ans, avec des matériaux anciens, dont plusieurs portent des inscriptions. Une aquarelle représente la petite place et le minaret.
De la gare de Medjez-el-Bab on va à Ksar-Tyr (château de l'oiseau), type de la demeure aristocratique du gentilhomme campagnard tunisien. Défendue par de grandes murailles blanches crénelées, la voici aujourd'hui transformée par M. Pilter, le grand fabricant d'instruments agricoles, en une ferme modèle dans laquelle l'exploitation viticole tient la première place.
Les environs de Medjez-el-Bab sont littéralement couverts de ruines romaines. A mi-chemin de Ksar-Tyr se trouvent les ruines de Colonia-Vallis {Sidi-^fi'•dian) représentées par une aquarelle. La voie romaine est intacte au milieu du domaine de Ksar-Tyr, où j'ai dessiné un curieux petit monument que les uns prétendent être un édicule funéraire, et dans lequel d'autres voient un autel ou pyramide sacrificielle.
C'est près de Medjez-el-Bab, la J/<'»^l5ress« d'Antonin, que Bélisaire défit le rebelle Stozas. Medjez-el-Bab est le point de bifurcation de deux routes importantes : l'une allant vers le Kef et Constantine, et l'autre allant, le long de la Medjerdah, vers Ghardimaou et Souk-Ahras.
La route de Tunis au Kef est chère aux touristes et aux archéologues. On y rencontre des merveilles comme les ruines àWin-Tounga et celles de Dougga. Mais procédons par ordre. A 13 kilomètres de Medjez-el-Bab est le joli village de Slouguia, situé sur une hauteur, et dont les dernières maisons, construites à pic sur la falaise de l'oued, semblent destinées à disparaître d'un jour à l'autre dans l'eau boueuse de la Medjerdah, par suite de l'érosion qui mine leurs fragiles bases. Peu après, l'on aperçoit les minarets de Testour au milieu du bois d'oliviers.
Testour est également une ville d'origine andalouse, dont les maisons sont recouvertes de tuiles creuses. Le minaret de sa grande mosquée évoque l'idée d'une église chrétienne plutôt que celle d'un djama musulman; avec son clocheton terminé en pointe, ce minaret, orné de faïences, a fort bonne mine.
Le chemin que nous parcourons est carrossable. Un chemin plus court, mais moins bon, relie Testour à la gare d'Oued-Zargua (15 kilomètres).
Les ruines dCAin-Tounga sont à 9 kilomètres de Testour. Ce sont les restes d'une de ces forteresses dont l'empire byzantin, qui sentait la possession de la province Africa lui échapper, a couvert cette partie de l'Afrique. La hâte avec laquelle ces fortins ont été édifiés se voit dans l'irrégularité de l'appareil et dans la variété des matériaux employés dans ces murailles, dans lesquels on trouve des fragments de toute provenance. Les remparts et les tours carrées des fronts nord et est sont encore en partie debout. Ce fut la forteresse de l'ancien municipe de Thignica. Les troupes françaises ont assez longtemps occupé les ruines de Tounga et elles y ont laissé des traces de
fouilles et d'aménagements.
Une quinzaine de kilomètres séparent Tounga de Téboursouk.
Téboursonk, l'ancienne Respublica Thibarsicum Bure, est aujourd'hui une petite ville d'environ 7,000 habitants, dépendant du contrôle du Kef, qui se ressent de notre influence.
Les rues sont propres, et de jolies promenades ont été plantées tout autour.
A 7 kilomètres à l'ouest de Téboursouk se trouvent des ruines, des plus belles, sans contredit, parmi les ruines innombrables qui couvrent le nord de l'Afrique.
DANSEURS NÈGRES. — LA PORTE DE GROMBAIjIA (DANS LA PLAINE DE SOLIMAN).
Ce sont celles du temps de Jupiter de Thiigga, ancienne ville romaine remplacée par un village que les indigènes appellent encore Vougga, situé au-dessus de bois d'oliviers.
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