BAU-EL-BEY DE HAMMAM-LIF
DOMAINE DE BO R D J - C É DR I A, A M. PAUL POTIN. — RUINES D'UN AQUEDUO A BOR D J - C É D R I A.
Le fronton supporté par six colonnes corinthiennes aux fûts cannelés, sur lequel est représentée l'apothéose de l'empereur, est là, debout ! et l'on ne peut regarder les restes majestueux de cet édifice sans une certaine émotion. Des portes monumentales, et plus particulièrement la porte de la (chrétienne {Bah-er-Roumia) méritent l'attention des archéologues. Elles ont été bâties sous le règne de Marc-Aurèle par la famille Simplex. Il y a aussi les vestiges d'un théâtre et plusieurs mausolées. L'un de ces mausolées portait une inscription bilingue du plus liaut intérêt pour les philologues et les archéologues. Enlevée par un consul d'Angleterre, elle figure aujourd'hui au Musée britannique. D'autres ruines, celles d'un stade, d'un second temple et de divers édifices publics sont encore visibles à Dougga. Une route directe de 27 kilomètres conduit à Béja-Gare.
Revenons, après cette jolie excursion de Testour, Aïn-Tounga, Téboursouk et Tugga, à notre point de départ sur la Medjerdah, à Medjez-el-Bab.
Dans cette région accidentée, la ligne du chemin de fer est tellement contrariée par les sinuosités du cours de la Medjerdah, qu'il a fallu construire neuf ponts et percer un tunnel de 350 mètres sur un parcours de 21 kilomètres. Ces gigantesques travaux font le plus grand honneur à la Compagnie de Bône-Guelraa.
La station de Bordj-Toum, où se trouvent plusieurs colons français, est le rendezvous des chasseurs de Tunis.
Les habitants de Tébourba descendent également des Maures-Andalous, et font de préférence de la culture maraîchère. Je m'y suis trouvé lors de l'éclipsé de soleil de 1890, et j'ai pu constater le curieux procédé employé par les indigènes pour l'observation de ce phénomène astronomique. Ils remplaçaient les verres fumés, tout simplement
par leurs mouchoirs qu'on ne peut appeler « de poche », puisqu'ils les portent
pendus à l'air et au soleil le long de la gandoura.
Au centre de Tébourba il y a une grande place sur laquelle un petit bâtiment à colonnes sert de bureau au khalifat et aux adonis (notaires). Les cigognes nichent sur les mosquées de Tébourba, comme sur celles de Béja. Entre la gare et la ville il y a un marabout vénéré, de la cour duquel s'élancent de grands ifs. A 3 kilomètres à l'ouest, les ruines du Thuburbo Mi?ms des Romains.
A 1 kilomètre et demi, sur la Medjerdah, il y a un pont moderne, les ruines d'un pont romain et une caserne de cavalerie au lieu dit el Battam.
La station de Tébourba est la plus rapprochée du domaine de Schuiggui, appartenant à une société française, dans laquelle on compte plusieurs membres de l'Institut. Ce domaine renferme un vignoble de 306 hectares, et l'on y a créé de toutes pièces un village qui compte 400 habitants. M. le commandant Gérodias est le directeur de ce vaste domaine. Il y a encore d'autres colons français dans le rayon de Tébourba.
La station de Djedeida confine au village situé sur la rive droite de la Medjerdah, auquel on parvient en jiassant sur un pont monumental. En aval de ce pont se trouve le colossal barrage romain qui donne encore aujourd'hui la chute d'eau à une grande minoterie appartenant à M. Cesana, banquier. Le pays environnant est très fertile. On y voit la grande exploitation agricole de M. de Lagrenée et celle de M. Jousse.
A 12 kilomètres an nord-est, se trouvent les ruines considérables de VUcris des Romains, Henchir bou Djadi, avec citernes, murailles et débris de toute sorte.
En quittant Djedeïda, où s'amorce la ligne de Tunis à Bizerte, le paysage devient superbe. Le grand aqueduc romain qui conduisait à Carthage les eaux de Zaghouan, entre les arches duquel passe la voie du chemin de fer, lui donne tout l'aspect d'un paysage classique. L'aqueduc franchi, on arrive à la station de la Manouba, lieu de plaisance, où fourmillent, au milieu d'une verdure constante, les palais et les villas de l'aristocratie indigène et de bon nombre d'Européens. La Manouba est un but de promenade très recherché par la population de la capitale, qui y vient en foule les jours de fête, en chemin de fer, en voiture ou à cheval. Ou y visite le palais d'Hamouda- Pacha, converti en caserne de cavalerie pour le 4* chasseurs d'Afrique. Le palais de Khérédine est aussi très beau avec ses magnifiques orangeries. On y voit la modeste koubba de la saiute Lalla-M<i nouba, qui a donné son nom à la localité. Un Français a établi une fabrique de confitures dans un pavillon de ce palais.
Au sortir de Tunis par Bab-AUcoua il y a deux routes : celle qui longe les Abattoirs se divise aussitôt. A droite c'est la grande route de Zaghouan; à gauche, c'est la piste arabe de la Montagne de Plomb.
La route qui est dans l'axe de la porte AUéoua longe le lac et se divise en deux grandes routes : celle du Mornag et celle de Hamman-Lif.
La route de Zaghouan conduit à la Mohammédia, palais beylical en ruines, à l'aqueduc de V Oued-Milia7ie, a.iix ruines d'Utina (Oudna des Arabes) et à Zaghouan. Près de la Mohammédia, MM. Prouvost frères, les grands industriels de Roubaix, ont acheté uu vaste domaine qu'ils mettent en valeur. Il faut louer la colonie au sujet d'adhésions de cette importance.
La piste de la Montagne de Plomb traverse une belle forêt d'oliviers, au sortir de laquelle on atteint la crête des collines qui environnent Tunis. De là, le panorama est splendide. On a devant soi l'immense plaine du Mornag, dans laquelle se sont établis de nombreux colons français, bornée par une magnifique chaîne de montagnes.
C'est d'abord, au pied de la colline, le domaine de Bir-Kassaa, dont M. Henri Savignon a porté le vignoble à 175 hectares. Bir-Kassaa est une ancienne demeure seigneuriale indigène dont le salon, à coupole ajourée, est une pure merveille d'architecture arabe. Le jardin de Bir-Kassaa est un des plus grands de Tunisie : neuf hectares et demi. On ne compte pas moins de 14 puits sur le territoire de ce domaine, à 5 kilomètres de Tunis. M. Savignon, grand négociant en vins, a montré le chemin de la Tunisie à ses collègues de Bercy, en s 'établissant à Bir-Kassaa.
Je dois signaler une autre villa aristocratique indigène, celle ^ Ahmed-Said, qui appartient aujourd'hui à M. Terras, un des premiers créateurs de grands vignobles en Tunisie. Ahmed-Saïd est un type de constructions arabes des environs de la capitale, avec péristyle, escaliers tortueux et vaste patio couvert. Les jardins d' Ahmed-Saïd sont également très beaux, étant plantés d'orangers, de grenadiers, de figuiers et de citronniers. Ahmed-Saïd est à dix-huit kilomètres de Tunis.
La route du Mornag conduit aux grands vignobles qui couvrent la contrée au pied
de la Montagne de Plomb. An railien de la forêt d'oliviers, qne l'on traverse avant de déboncher dans la plaine, est cachée nne ancienne zaouïa, anjourd'liui la propriété si j)ittoresqne de M. Morrelet.
On voit dans la plaine du Mornag le domaine de MM. Crété et C'^, dont le vignoble est considéral)le, et qni ont créé nne ])épinière d'arbres et de plantes : un vrai service rendu à la colonie, étant donnée l'interdiction de faire entrer les plantes vivantes, quelles qu'elles soient, à cause du phylloxéra. Puis, à mi-côte, les grands vignobles de MM. Guignard et Reclus, Charmettan, Moret, Penet et Marchant.