Lamartine, Voyage en Orient
rent sans interruption durant plusieure semaines. Il y en eut un, celui de 1033, qui se fit sentir pendant cent quarante jours. Je ne dis rien de la peste qui, jusqu'en 1839, la visitait périodiquement toutes les années , ni des incendies , si fréquents encore aujourd'hui , que Ton calcule que la ville se renouvelle en entier dans l'espace de dix ans. Sous les . derniers successeurs de Constantin , alors que déjà les Ottomans arrivaient aux portes de Byzance , leurs oreilles étaient sans cesse frappées de ces mots : is tin bolin ( à la ville), proférés par les Grecs des campagnes environnantes, lorsqu'ils parlaient de se rendre dans la capitale. Dans leur ignorance, les Barbares prirent celte phrase pour le nom même de la ville, et, lorsqu'ils s'en furent rendus maîtres , ils firent par corruption de is tin bolin Istambol ou StamboP, nom qu'ils changent aussi quelquefois , par un de ces jeux de mots familiers aux Orientaux, en celui d*Islambol, c'està-dire « la plénitude de l'islamisme. » Les lettrés seuls dans leurs livres, et le gouvernement dans les actes officiels, retinrent l'ancien nom de Constantiniiè y qui se lit encore aujourd'hui sur les pièces de monnaie. Les Slaves l'appellent Tsaregrad ( la ville de l'empereur. )
1. Ainsi se sont formés les noms modernes de Stanco (Gôs), abréviation de U %in Cô; Stalimène (Lemnos), abréviation de is ta limena.
. Stamboul occupe un promontoire triangulaire dont la base, du côté de l'occident, s*unit à la Thrace , et dont le sommet , formé par la fameuse pointe du Sérail , regarde l'Asie à l'orient Un des côtés compris entre celte pointe et le château des Sept-Tours , sur une longueur de 7200 mètres , est baigné au midi par les eaux de la Propontide. L'autre côté, d'une étendue, un peu moindre, est formé par le golfe qui lui sert de port et qui serpente, comme un large fleuve, entre deux rangs de collines pittoresques. C'est la fameuse Corne d'Or. Au delà de l'enceinte de la ville, ce golfe se prolonge dans les terres pendant l'espace de trois milles, jusqu'à la rencontre de deux petites rivières, le Barbyzès et le Cydaris , qui ont renoncé à leur nom pittoresque pour se faire appeler « Eaux- Douces d'Europe. »
Du côté de la terre ferme , la ville est défendue par une longue muraille qui s'étend de la Propontide à la Corne d'Or. Cette muraille est percée de sept portes principales, au nombre desquelles l'on remarque l'ancienne porte de Saint-Romain, aujourd'hui Top-Capou, « la porte du Canon, » par où les Ottomans firent irruption , le matin du 29 mai 1453. Huit autres portes donnent accès dans la ville du côté de la Propontide, et dix-neuf du côté du port. A Fintérieur apparaissent les sept collines sur lesquelles la ville est bâtie , et qui l'ont
foit surnommer « la Nouvelle-Rome » par les écrivains byzantins.
De Tautre côté du port , en face de Stamboul , adossés aux flancs d'une colline haute de trois cents pieds, on aperçoit deux faubourgs semblables à des vifles , et servant de contre-forts à un troisième situé au-dessous d'eux; ce sont Topkhané, remarquable par sa belle fontaine et par le palais de l'intendance de l'artillerie ; Galata, où sont les comptoirs des négociants européens, et Péra, appelé par les Tores Bey-Oglou, « le Fils du Prince; » Péra est la résidence des ambassadeurs.
Plus loin, sur le prolongement de la Corne d'Or, vous rencontrez d'autres faubourgs qui forment de nouvelles annexes de Constantinople : à droite , Kacim- Pacha; qui renferme l'arsenal et le palais de l'amirauté; Khas-Keuï, presque entièrement peuplé d'Israélites ; à gauche , Eyoub , où se trouve la mosquée dans laquelle les sultans viennent ceindre le sabre du Prophète lors de leur avènement.
Enfin, à l'extrémité méridionale du Bosphore , sur la rive asiatique et faisant face à la pointe du Sérail, Ton aperçoit un autre faubourg qui paraît former à lui seul ime ville immense. C'est Scutari*, l'ancienne (^hrysopolis, avec ses magnifiques