AU NOM DE DIEU TOUT - PUISSANT , LUI SEUL EST ÉTEBNEL
Que Dieu trè&-saiiit et très-haut
Accorde sa miséricorde
Aux fidèles des deux sexes , et son pardon
Au cbef des bombardiers Ahmed.
Le 44 de redjèb 4460.
Les cimetières turcs , en général, n'offrent point cet aspect lugubre et mélancolique auquel nous sonunes habitués en France et dans les pays catholiques. Le musulman n'accompagne l'idée de la mort d'aucun sentiment de tristesse ou de terreur. Le monde est à ses yeux comme une vaste hôtellerie où l'on entre et d'où l'on sort à toute heure ; la vie est une courte halte dans le désert. N'esl-il pas écrit : « Ne dressez point en ce monde de tentes qui soient attachées avec des piquets. » Quand donc le moment de plier bagage arrive , il ne
laisse point échapper de murmure ; ceux qui restent après lui raccompagnent à sa dernière demeure sans proférer de plaintes , inutiles pour le morl. L*idée de la damnation éternelle ne s'est jamais approchée de son esprit. Pourquoi, si les •infidèles eux-mêmes ne sont point exclus de l'espoir du paradis , et si lui-même a donné place dans sa vie à quelques bonnes œuvres , serait-il sevré à jamais des joies qui doivent être le partage des vrais croyants ?
C'est pourquoi la vue des cimetières n'éveille dans son âme aucune idée importune. Au contraire, il aime à y porter ses pas, à s'asseoir sons leur ombrage en attendant l'éternel sommeil. An lieu de les clore de murs , de les reléguer hors de la portée de la vue , dans des endroits sombres et écartés, il leur choisit les plus beaux emplacements, les sème le long des routes, à l'exemple des anciens, comme pour faire ressouvenir les passants (le l'autre voyage; dans l'intérieur même des villes, pêle-mêle avec les habitations des vivants, pour montrer que la vie et la mort se succèdent sans cesse l'une à l'autre dans les desseins de l'éternelle providence.
La cérémonie des funérailles a quelque chose de touchant dans sa simplicité. Après que le corps a été lavé suivant les rites prescrits , on procède à l'ensevelissement. Trois linceuls l'enveloppent si
c'est un honime, cinq si c'est une femme, Yikhram^ avec lequel le défunt a fait le pèlerinage de la Mecque étant toujours réservé pour la tête. Puis il est déposé dans la bière et porté à pas précipités au cimelière par les parents et les voisins ; un grand nombre de passants se joignent au cortège. Quand on est arrivé au bord de la fosse, Timan, ou, à son défaut, rhéritier naturel du mort, ou son plus proche parent, retire avec précaution le cadavre de la bière et le dépose sur le côté, le visage tourné vers la Mecque ; puis il prononce la prière funèbre, et, après l'avoir appelé trois fois par son nom et par celui de sa mère , il le recouvre de terre, à l'exception de la partie supérieure, qu'un petit blindage en planche préserve du contact immédiat avec le sol. Une cavité, pratiquée à la surface, est destinée à recevoir les fleurs et les plantes que les parents du défunt viennent y déposer.
La forme des tombeaux frappe par sa singularité. Point de mausolées érigés dans l'esprit d'une vaine gloire et incompatibles avec le caractère même du tombeau , qui est tout à la fois l'asile de la. mort , le symbole et le terme de la fragilité humaine ; point de marbres posés à plat sur la fosse
]. Voile dont les hadjis (pèlerins] se couvrent la tête pour accomplir leurs dévotions autour de la Caaba , à la Mecque.
et écrasant le défunt sous leiu* masse, <ronune pour donner un démenti à cette touchante inyocation des anciens : « Que la terre te -soit légère! » Rien que deux pierres destinées à marquer le lieu de la sépulture et plantées Tune aux peds, l'autre à la tète , dans une direction yerticsde , sans doute pour que leur poids ne gêne pas le mort au jour de la résurrection. Rien de plus pittoresque que l'aspect de ces dppes debout, dont l'extrémité pointe çà et là à travers les touffes de feuillage : les uns, surmontés de turbans sculptés en marbre blanc, ^teat la forme varie suivant la quaMté des personnages, muftis, mollas, grands vizirs, capitans-pachas, juges de l'armée, agas des janissaires; les autres, simplement arrondis au sommet pour indiquer la sépulture d'une femme ; la plupart chargés d'inscriptions en lettres d'or sur fond d'azur et reproduisant, par la variété de leurs formes et de leurs ornements, les diverses transformations que l'art oriental a subies , depuis les stalactites et les filigranes indiens importés de Rrousse jusqu'aux dessins de la Renaissance empruntés aux couron- . nements des belles glacés que les Vénitiens envoyaient en présent aux sultans et aux grands de la Porte : l'arc à éventails , les vases à tulipes et les corbeilles de fruits, images des jouissances que les fidèles goûtaient aux rives du Bosphore et qu'ils retrouveront plus complètes et plus stables éatus^
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le paradis; enfin» le goût plus ou moins pur de la réforme , tel qu'on en voit des spécimens sur la façade des palais de Béchik-Tach et de Tchéragan.
On peut de même observer dans le style des épitapbes les principales phases de la littérature musulmane. C'est, d'abord', la sourate du Coran, gravée simplement sur la pierre à côté du nom du défunt; pruis, peu à peu, l'inscription se change en plaintive gazèl, où la poésie orientale accumule à plaisir les images et les allégories.
Tantôt c'est le mort qui parle, comme dans cette épitaphe recueillie sur la tombe d'un enfant :