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Prière publiciue du yencNredû

Sainte-Sophie fut réparée successivement parles Ailtans Sélim H, Mourad IIÏ, et enfin par le sultan actuel, Abdul-Medjid, qui a surpassé tous ses prédécesseurs dans le soin et les dépenses consacrés à cette restauration. Les deux cercles de fer qui ont servi à consolider la base de la coupole ont permis en même temps de la dégager des quatre arcs-boutants massifs qui en déparaient l'élégance. Les douze colonnes des galeries supérieures , qui étaient fortement déjetées , ont été redressées ensuite avec un plein succès , et les mosaïques du plafond , chefed'œuvre de l'art byzantin, un moment dégagées de l'enduit de plâtre qui les dérobe aux regards des dévols musulmans, ont montré, dans toute sa fraîcheur primitive, une représentation colossale de la Vierge dominant toute l'étendue du sanctuaire. Cette restauration fait le plus grand homieur à ThabUeté des architectes, MM. Fossati frères. Je dois pourtant en excepter le badigeonnage avec lequel on a cherché à reproduire les nuances des mosaïques à fond d'or, le vert antique , le serpentin et l'albâtre oriental. L'illusion produite par ce bariolage de mauvais goût dure peu et fait regretter davantage les chefs-d'œuvre dont il occupe la place.

Deux rues qui n'ont pas un demi-mille de parcours séparent l'Aïa-Sofia de la mosquée de Sultan- Ahaied et de l'Atmeïdan. L'Atmeïdan est l'ancien

iippodrome qui retentit pendant si longtemps des luerelles des bleus et des verts. Le temps a effacé e souvenir de ces luttes puériles , comme il a dé- :ruil ou dispersé les anciens portiques et les statues qui décoraient la place. Là se trouvaient, au\ quatre angles, les quatre chevaux de bronze que nous avons vus, pendant le premier empire, sur le Carrousel à Paris, et qui aujourd'hui ornent pour la seconde fois la place de Saint-Marc à Venise. Les bronzes et les marbres ont aussi leurs destinées !

Cependant l'obélisque de Théodose, encore debout sur sa base de granit ; la colonne Serpentine enlevée au temple de Delphes, où elle servait de support au trépied d'or que les Grecs consacrèrent à Apollon après la victoire de Platée' ; une pyramide en briques que Constantin Porphyrogénète avait fait recouvrir de plaques de bronze , attestent encore l'ancienne magnificence de ce cirque, théâtre des splendeurs et des misères du Bas-Empire.

Non loin de là , à gauche de la longue rue qui mène de l'Atmcïdan à la mosquée de Bayazid , se trouve la citerne des Mille Colonnes, qui n'en renferme plus que deux cent vingt -quatre, en marbre

I. Le fût de la colonne, composé de trois serpents enlacés, ofTrait autrefois à sou extrémité la tête des trois reptiles , probablement destinés à recevoir le trépied sacré. Ces têtes, qui formaient le chapiteau, n'existent plus.

blanc. Cet ancien réservoir, dont la construction remonte à Constantin, a été transformé aujourd'hui en un établissement industriel.. Plusieurs autres citernes qui datent de la même époque, mais moins considérables, ont de même été comblées et affectées à d'autres usages. La seule qui ait consenré sa destination pfl'emière est le réservoir de Yerè-Batan- Seraï, l'ancienne cisterna hasiliki. C'est un vaste souterrain formé d'une série de voûtes en briques et en mortier de khoraçan*, soutenues par des colonnes en marbre de dimensions et d'ordres divers, qui sert de réservoir pour les temps de sécheresse et alimente les fontaines du Sérail pendant six mois , à partir du conunencement de mai.

Je n'en finirais pas si je m'arrêtais à décrire les monuments et les curiosités de Constantinople, tant de fois reproduits par les livres et par la gravm^e : l'Etmeldan, qui vit le massacre des janissaires*; YEski'Seraï, l'ancien palais de Mahomet II, sm* l'emplacement duquel s'élève aujourd'hui le Seraskiérat avec sa haute tour qui donne le signal des incendies, tandis que les veilleurs de nuit font retentir les rues du cri familier de langhyn var Siq/m-

1 . Espèce particulière de ciment formé d'un mélange de poussière rouge provenant de tessons broyés, de sable et de chaux.

2. Etmeidan signifie « la place aux viandes , » parce que c'est là que se faisaient les distributions de vivres aux janissaires. Il ne faut pas le confcmdre avec VAtmeidan «la place aux chevaux • dont il vient d'être question.

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boulda^iil y a le feu dans Stamboul); la colonne Brûlée, qui' date des plus beaux jours de Rome, d'oîi elle fut apportée à Byzance pour servir à la décoration du forum de Constantin, et dont les débris ont encore quatre-vingt-dix pieds de haut; la colonne de Marcien, qui renferme, dit-on, les cendres de cet empereur ; l'aqueduc de Yalens , qui réunit la troisième et la quatrième collines couronnées à leur sommet par les mosquées du Conquérant et de Siiltan-Bajazet, et d'où l'on découvre un des plus beaux pomts de vue de Constantiuople ; la tour de Galata , bâtie par les Génois ; les vestiges du Palais (les Blaquemes!; lesbas-reliefe qui ornent l'ancienne porte du Ch&teau des Sept-Tours, etc. Ce que je cherche à représenter, c'est moins le côté extérieur de Gonstantinople que la physionomie morale de cette cité, moitié européenne et moitié asiatique, assise an confluent de deux mers et de deux civilisations.

I. Ou Gaîatada, Ouskêudarda ( dans Galata, dans Scutari), suivant 4e liea où s*6st manifasté Tincendie.

Aspect intérieur de Constanlinople. — Les chiens errants. — Tendresse des Turcs pour ces animaux. — Les chiens réfractaires.

— Leur antipathie contre. les Anglais. —Anecdotes. —Les Derviches. —Le comte de Bonneval. — Cimetières. — Inscriptions.

— Funérailles des Turcs. — Cimetière musulman de Scutari.— Grand champ des morts de Péra. —Baloukli et sa légende.— Superstitions grecques. — Prophéties annonçant la prise de Constantinople par les orthodoxes.

11 faut un certain temps au voyageur nouvellement débarqué à Constantinople, avant qu'il puisse se reconnaître. D'abord la multiplicité et la nouveauté des objets , le bruit, le mouvement , la succession perpétuelle de types, de costumes et d'idiomes différents, produisent une sorte d'éblouissement. Puis l'œil s'habitue par degrés, l'esprit distingue el s'attiche ; ce qui avait été une fatigue devient un attrait, et vous éprouvez un plaisir singulier à voir défiler devant vous ce pêle-mêle d'individus de tout pays el de toute condition , que vous reconnaissez sans peine à leur costume et à leur démarche : l'efendiTurc à la figure calme et grave, le marchand persan coiffé de son bonnet de peau de mouton, l'Arménien à la démarche lourde, le Grec toujours affairé, le colporteur juif avec son teint hâve, sa barbe grêle, son bénich sale et déchiré, le Franc en chapeau rond et en bottes vernies.

La saleté des rues de Constanlinople est proverbiale, comme la beauté de son site extérieur. On raconte qu'un Anglais, à qui Ton avait exagéré les désagréments de ce contraste , partit un beau jour de Southampton sur son yacht, arriva après une traversée de deux mois , un matin , à la pointe du Sérail , regarda fixement pendant une heure le tableau magnifique qui se déroulait devant lui, puis tout à coup, fermant sa longue vue, ordonna à son équipage de virer de bord et de reprendre la route des Dardanelles.

Lecteurs, oe faites point comme cet Anglais. Sans doute Constanlinople est loin de la propreté et de la commodité de nos villes d'Europe ; mais, croyezmoi, ces rues sales et étroites qui tour à tour s'élargissent, se rétrécissent, se bifurquent, se contournent pour revenir vers leurs points de départ ou se terminent en impasses , les unes silencieuses et désertes comme les allées d'une nécropole, avec leurs longs murs blancs percés de rares fenêtres grillées extérieurement , les autres si encombrées de passants qu'on ne peut y marcher sans se coudoyer ; ces échoppes de rôtisseurs et de pâtissiers , d'où s'échappent des odeurs de graisse qui vous prennent à la gorge ; cette absence complète de voitures; ces mulets et ces ânes traînant de longues poutres qui s'embarrassent dans les jambes du voyageur; ces portefaix qui s'avancent au pas

de course en faisant retentir Tair du tenible cri de : Guarda ! ces pans de murs noircis, vestiges du dernier incendie ; ces cloaques immondes pendant l'hiver, pendant l'été cette poussière brûlante ; ces légions de chiens étendus comme des iazzaroni en travers de la chaussée et se chauffant le ventre au soleil ; jusqu'à ces inunondices qui obstruent k passage : tout cela, joint à la diversité des costumes et des idiomes , à la nouveauté des aspects , a aussi sa poésie, d'autant plus saisissante qu'elle est peut-être à la veille de disparaître. A mesure que la civilisation gagne du terrain , le pittoresque s'éloigne. Déjà les caïques qui sillonnaient le Besphore ont été supplantés par les bateaux à vapeur, le fez a remplacé le turban. « Gageons , me disait naguère un Arménien , qu'avant deux années les Turcs porteront le chapeau et boiront du vin avec ntm pendant le ramazan. » Ce, jour-là, si jamais il arrive , c'en sera fait de la vieille Turquie.

Les chiens eux-mêmes s'en vont : triste présage! Traqués par les Européens , la plupart ont émigri' dans les quartiers turcs les plus reculés. Là ils trouvent encore des âmes charitables qui leur distribuent la pâture chaque matin , assistent leurs femelles en couches, veillent à ce que leurs petits ne périssent pas de froid pentlant l'hiver, et poussent même l'attention jusqu'à faire, à leurs derniers moments , des legs en leur faveur. Pourtant

le chien , de même que le porc , est réputé par rOsmanli un animal immonde , au point que son contact » même involontaire , rompt Tétat de pureté légale. Aussi n'en élève-t-il jamais dans sa maison; mais il se regarde comme le protecteur né de tous ceux qui ont élu domicile dans son quartier. La bienfaisance est recommandée par le Prophète comme la première de toutes les vertus ; et cette bienfaisance', on Tétend jusque sur les animaux.

Un jour je descendais côte à côte avec un Tunla longue rue qui conduit du bazar à Yéni-Djami (la NouveUe mosquée). Â une certaine distance, une troupe de chiens, étendus le long de la muraille, barrait le passage. Mon compagnon inconnu prit tranquillement le milieu de la chaussée , de crainte de déranger leur kièf. Voyant que je me détournais comme lui de mon chemin , mon procédé le toucha. « Tu as le cœur d'un musulman , me dit-il ; puisse ta fin être heureuse ! »

,Un autre jour, sur la place de la mosquée de Bayazid, deux OsmanUs s'entretenaient gravement Don loin de l'étal d'un boucher. L'un , que je reconnus à son turban , était un moUa appartenant m\ premières classes de la magistrature ; le cort^e de l'autre annonçait un persoimage d'un rang Don moins élevé. Le boucher, du fond de sa boutique , jeta un débris de viande à un chien paisiblement endormi dans le ruisseau, à quelques

pas de là. Le bruit de la chute de Tos éveilla Findolent animal , qui allongea la patte pour essayer de l'attirer à lui, et voyant qu'il ne pouvait y atteindre, plus paresseux encore que gourmand, fit mine de se rendormir. Le moUa, qui suivait de l'œil tout ce manège tout en prêtant l'oreille au discours de son interlocuteur, le quitta tout à coup, s'avança jusqu'au bord du ruisseau, poussa du pied l'os jusqu'à portée de la gueule du chien,, el revint tranquillement reprendre sa conversation.

De mon temps, les chiens vivaient encore eu troupes assez nombreuses dans les rues de Pém el de Topkhanè. Ceux môme de Topkhanè, moins familiarisés avec l'habit européen , manquaient rarement de nous poursuivre de leurs vociférations, chaque fois que nous passions le soir sur la place de la mosquée pour rentrer chez nous. On a peine à se faire l'idée d'un pareil tintamarre. Il suffisait (ju'an seul donnât le signal : aussitôt toute la bai^e se mettait à pousser des hurlements, auxquels répondaient d'autres hurlements partis des mahallés voisins , et rendus plus affreux encoi'e par la distance. Leur antipathie se manifestait surtout à l'égard des Anglais , comme s'ils eussent flairé en eux des ennemis irréconciliables. Le fait est que les lîls d'Albion ont beaucoup contribué, pai* leurs exécutions quotidiennes, à débarrasser les rues de

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Péra de ces hôtes plus inoffensifs encore qu'incommodes. J'ai connu un capitaine anglais qui aUait faire le whist tous les soirs dans une maison de Péra , et qui ne manquait jamais , lorsqu'il retournait à son bord à une ou deux heures du matin , d'assommer un chien pendant le trajet, à l'aide d'un bâton ferré qu'il portait en guise de canne. Si par malheur il avait ce jour-là perdu au jeu, c'était par deux et par trois qu'il comptait ses victimes. « Encore un de moins , » disait-'il à chaque fois. Bientôt il n'y eut plus un seul chien dans la longue rue qui descend de Péra à Topkhanè. Alors il prit son chemin par un autre côté , afin de pouvoir continuer son rôle de justicier. L'alarme se répandit dans tous les quartiers environnants. Dn jour, entendant des aboiements dans une ruelle étroite de Galata , il s'y enfonça, son bâton à la main. Quatre individus se jetèrent sur lui, le désarmèrent et le rouèrent de coups. La poHce et l'ambassade durent intervenir. Ce fut toute une affaire. Aujourd'hui l'on ne rencontre presque plus de chiens dans les quartiers européens : la disette et les intempéries des saisons ont achevé l'œuvre d'exterminatibn des Européens. Le peu qui s'en trouve encore à Péra et à Galata se sont civilisés. Us ont cessé d'aboyer après l'habit franc , et ne font plus de distinction entre les chrétiens et les musulmans. Ce sont les chiens de la réforme.

Mais il existe aussi un petit nombre de chieiis réfractaires , qui protestent par un exil volontaire contre l'envahissement des théories nouvelles. Ceuxlà nourrissent tous les vieux préjugés contre les gliiaours. A l'exemple des Celtes retirés au fond de FArmorique pour échapper au contact de la domination romaine , ils ont fui dans les quartiers solitaires de Stamboul et d'Eyoub pour y gémir, avec leurs amis les derviches , sur la décadence de rislamisme et le triomphe des infidèles. Aussi malheur au Franc qui se hasarde seul , à la tombée de la nuit , dans ces rues étroites habitées par des milliers de chiens , que la vue seule du chapeau et du frac européen met en fureur !

Ils ont , d'ailleurs , conservé intactes les anciennes mœurs. Us vivent par bandes séparées qui entretiennent entre elles des rapports de voisinage , à la condition de ne point violer leurs territoires réciproques. Comme chaque bande est nourrie par les habitants du quartier où elle réside, elle tolère difficilement l'admission d'intrus qui porteraient préjudice à la masse en partageant son droit à l'assistance publique. On ne déroge à la règle que dans des cas extraordinaires. Un jour j'assistai de ma fenêtre à une scène de mœui^ singulière, et qui est restée dans mon esprit comme un indice de l'intelligence et du bon naturel de ces animaux , qui semblent d'ailleurs , par leur

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inslinct, échapper à toute éducation domestique. Deux chiens d'une tribu voisine, qui en poursuivaient un troisième blessé , firent irruption sur le grand espace vide , dévasté par Tinccndie , qui s'étendait devant ma fenêtre. Au même instant UQC demi-douzaine de chiens , couchés au milieu des décombres, s'élancèrent avec impétuosité pourvenger la violation de leurs frontières et, après un combat acharné , mirent en fuite les envahisseurs. Restait le chien blessé, qui s'était blotti tremblant dans un coin en attendant qu'on décidât de son sort. En effet, les vainqueurs, après Tavoir flairé à tour de rôle, s'étaient formés en conseil à quelque distance et paraissaient se consulter. A la fin l'un d'eux, s'étant détaché du groupe, alla chercher le fugitif, auquel il eut l'air d'adresser quelques questions, et, satisfait sans doute de ses réponses, le ramena au quartier général , où on lui donna un restant d'os à ronger. A partir de ce jour, il fit partie de la troupe.

Des chiens aux derviches la transition est naturelle , d'après un dicton proveibial en Turquie *. Ce sont les cyniques du mahomélisme. Leur crédit

1. Suivant ce proverbe, le derviche doit avoir dix des qualités qui 3ont propres au chien : avoir toujours faim , n'avoir I)as de lieu assuré, veiller la nuit, ne point laisser d'héritier après sa mort, ne point abandonner son maître, quoiqu'il en soit maltraité , etc.

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est aujourd'hui bien déchu. Dies trente-deux ordres de derviches que l'on comptait anciemieinent et qui se distinguaient par la règle et par ]*babit, c'est à peine si l'on eu Yoit subsister une douzaine que le gouvernement tolère avec peine, attendant une occasion favorable de s'en débarrasser. Le premier coup leur fut porté par Sultaa- Mahmoud qui, en 1826, un mois après le massacre des janissaires, abolit Tordre des Bektachis, liés avec eux die temps immémorial. Ce coup hardi frappa les antres derviches de terreur, et ils demeurèrent pendant plusieurs semaines, dit Tfaisto* riographe Esaad efendi, <t dévorés d'angoisses et le dos appuyé contre le mur de la stupéfiiction. »

Les uns (ce sont les plus dangereux) n'ont point de demeure fixe; plus voleurs que mendiants, ils parcourent les villes et les campagnes, soit isolés , soit par bandes de quatre ou cinq ; les autres vivent sédentaires dans leurs tékiès, où ils se livrent, sous la conduite de leurs cheikhs, à une multitude de pratiques bizarres , dictées à l'origine par un esprit de mortification , mais qui ne sont plus aujourd'hui qu'un moyen d'établir leur crédit parmi le peuple par le spectacle de prétendus miracles. Tels sont les derviches RufTaï, qui feignent de s'impri* mer sur les bras et sur la poitrine , au moyen de fers chauds, des stigmates qu'un peu de salive du cheikh suffit pour guérir; les derviches hurleurs

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de Scutari, qui répètent jusqu'à entrer dans des cotmdsicms horribles te nom et tes attributs de la Dimité; et les dervidies Mewlevis de Péra, gui tournent sans interruption pendant plusieurs minutes , au son d'une musique tente et douce , les bras tantôt éteiMlusen forme de balanciers, tantôt croisés sur la poitrine, la tète tegèrement indisée sur l'épa^, voulant exprimer par ce changement ocmtinuel de porition te détachement des biens de ce monde, â, par te cerde qu'ils décrivent dans leurs évolutions , l'immensité de l'intelligenoe qui remplit l'univers et qu*on rencontre partout où les regards peuvent se porter. De même , le balancement dont ies dervtehes hurleurs accompagnent teurs Allah hou! allah hou! en poitant leur corps tantôt de droite à gauche, tantôt de l'avant à l'arrière, représente , d'après les idées du fondateur, le roulis et le tangage du vaisseau agité par les vagues de TOcéan, lequel n'ayant, pour ainsi dire, ni bome^ ni fond , ni rive , est le symbote afifoibli de l'immensité de Dieu. Mais le sens de ces allégories, comme celui de la doctrine primitive, s'est perdu complètement de nos jours chez tes derviches.

Les derviches tourneurs sont les plus connus des Ëarapéens. Leur tékiè^ qui s'élève au haut de la C(dMne de Péra, dans une situation magnifique , se peupte te mardi et te vendredi de chaque semaine

de curieux qui viennent assister à leurs exercices. Ces exercices, mêlés d'invocations et de prières, ne durent jamais plus d'une heure et demie ou deux heures. Pendant tout le reste de la semaine, on les voit assis devant la porte du tékiè ou dans le cimetière qui entoure leur oratoire , et d'où l'œil embrasse une grande partie de la Corne d'Or et de la mer de Marmara , la tête coiffée de leur long bonnet de feutre, fumant tranquillement leur tchibouk ou tournant entre leurs doigts les grains de leurs chapelets.

Ces chapelets (tesbih) sont formés de grains d'ambre ou d'aloès au nombre de cent, correspondant aux cent épithètes ou attributs de la Divinité {esma allah). Non-seulement les derviches, mais tous les Orientaux en général , et même les Européens établis depuis longtemps dans le Levant, ont à la main de ces chapelets, dont ils roulent incessamment les grains entre leurs doigts, bien plus en manière de passe-temps que par un motif de piété.

Dans ce môme cimetière se trouve le tombeau du fameux comte de Bonneval. Singulière destinée que celle de cet homme issu d'une des premières familles du Limousin , et qui va mourir , à l'âge de soixante- douze ans, chez les Turcs, après avoir été maréchal de camp des armées de Louis XÏV, général d'infanterie au service de

l'Autriche , pacha à deux queues sous les sultans Ahmed lll et Mahmoud !•' ! Singulier caractère aussi que le sien, un composé de Charles de Bourbon et de Bussy-Rabutin, à la fors inconstant et entêté, irascible, impétueux, moqueur, léger de propos plus encore que de conduite, se brouillant avec tout le monde, avec Chamillard en France, avec Pompone à Venise, avec Prié aux Pays-Bas, avec le prince Eugène à Vienne, avecMercy en Sicile, avec Villeneuve et le Divan en Turquie, poussé par je ne sais quel besoin d'aventures, incapable de se fixer à rien ni nulle part, ayant des vues de tout, mais manquant de la persistance nécessaire pour les suivre , rempli de magnifiques projets qui n'aboutissent pas : un grand homme enfin , qui finit en aventurier !

C'est à la fin de 1729 que Bonneval se relira près ilu pacha de Bosna-Seraï. L'Autriche l'ayant fait réclamer, il se fit musulman pour éviter rextradition. Bientôt après il fut appelé à Constantinople par le grand vizir Topal-Osman (le Boiteux), qui lui donna le commandement des bombardiers avec les deux queues de cheval et un traitement de trente mille florins. Son début chez les Turcs fil du bruit dans toute l'Europe, et pendant quatorze ans il fut l'âme secrèle de leur politique. On lui écrivait de tous côtés pour obtenir de venir le rejoindre. Il y eut entre autres un certain abbé irlan-

dais, Mac-Carthy, qui devint son Pylade^ après avoir, à son exemple, pris le turban. Cétait un coquin de beaucoup d'esprit et d'assez mauvaise KM>nipagnie , dont il est question plusieurs fois dans }e$ nouvelles h la main si fort à la mode à cette époque. Il était chanoine de la Sainte -Chapelle. Bonneval le fit pourvoir d'un ziamei (fief militaire) à Salonique. €e métier le lassa comme l'autre, et de renégat chrétien devenu renégat musulman, il alla mourir en Portugal , après mainte aventure.

L'ennui ou le remords saisit Bonneral sur la fin de sa vie. Parvenu à sa soixante-dixième année, il écrivit au marquis de Bonneval, son frère : « Je suis souvent bien loin de moi par des réflexions fatigantes ; de fréquentes attaques de goutte , d'autres infirmités réelles, me forcent à vous demander conseil, comme au chef de la maison, sur un parfi à prendre. » La réponse du marquis fut simple et touchante : •» Si votre vocation fut forcée, yods êtes devenu libre, il faut la changer. Songez que vous et moi nous n'avons plus que quelques mo^ ments à vivre; je vous fournirai tout l'argent que voua voudrez. »

Bonneval s'adressa à la cour des Deux-Sidles f our faivoriser son évasion. Tout était disposé à cet effet, lorsqu'une attaque de goutte l'eiâeva fresque subitemet^, le i3 mars 1747. Il mourut

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comioe a avait vécu , dans une indifférence complète en fait de croyance , entre son iman , qu'il appelait plaisamment son chapelain , et un jésuite déguisé en médecin , que le comte de Castellane avait introduit à son chevet. ]I fut enterré dans le cimetière dont j'ai parlé, qui avoisinait sa demeure. Sur sa tombe on lit encore aujourd'hui l'inscription suivante en langue turque :

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