L'arienal maritime, résidence ofncieUe du capitan-pacha
CONSTANT INOPLE. 95
A Constantinople, comme dans le reste.de Fem- [)ii e, chaque nation a ses champs de repos, qu'elle L^mpreint de son caractère. Les musulmans aiment k dormir en paix à l'ombre des arbres verts et des frais gazons. Leurs cimetières, plantés d'une quantité imiombrable de cyprès, qui acquièrent sur ce sol sans cesse fécondé une dimension et une hauteur prodigieuses , et dans le feuillage desquels nichent des miUiers de tourterelles, forment des massifs épais, remplis d'ombre et de silence. C'est principalement sur le bord de la mer ou dans le voisinage des sources qu'apparaissent ces sortes de bois sacrés , qui donnent aux paysages de l'Orient un caractère d'immobilité et de gravité en harmonie avec l'extérieur calme et réfléchi des luusulmans.
Le plus vaste de tous ces cimetières et le plus curieux à visiter est celui de Sculari, qui couvre une surface de plus d'une lieue. Son étendue, ses maij^nifiques ombrages, la fraîcheur et la pureté de l'air qu'on y respire , l'avantage qu'il a d'être situé sur :ctte terre d'Asie, le berceau des vrais croyants, m font le lieu de sépulture de prédilection des Dsmanhs de Constantinople. On dit qu'il s'y môle une autre pensée, celle de la fin prochaine de leur .^mpire, et que, s'attendant à être expulsés un jour )u l'autre de l'Europe , ils veulent mettre leurs ossements à l'abri de la souillure des infidèles.
« Heureux les Turcs! s'écrie le poète voyageur; ils reposent toujours dans le site de leur prédilection, à l'ombre de l'arbuste qu'ils ont aimé, an bord du courant dont le murmure les a charmés! > Les cimetières juifs, au contraire , arides et nus, semblent exprimer, par la sombre horrAir qui les environne, les terreurs d'une reHgion imfplacaUe et la réprobation qui pèse sur ses sectateurs. Les Francs reposent à l'ombre de leurs églises ou dans le grand cimetière arménien, à Péra.
Cet endroit, connu des Européens sous le nom de grand Champ de& morts ^ oflfreun contraste firappant avec le cimetière de Scutari et avec un, autre cimetière musulman de moindre étendue , situé à côté, sur le versant de la colline qui descend vers Topkhanè. Ici, tout est silence et recueillement; là, on n'entend que le bruit des conversations, les rires, le soii des instruments, interrompus par le chant nasillard des prêtres qui conduisent dans sa bière ouverte un mort à sa de^ nière demeure. Ce cinietière, en effet, est une sorte de jardin public, rendez-vous habituel de la société fashionable de Péra pendant la belle saison. On s'y promène, on y cause, on y fume; on se réunit, le soir, sous le pavillon en rotonde qui s'élève à l'extrémité , pour prendre Je café et les glaces. La perspective que Ton découvre de cet endroit est une des plus belles de Constan-
linople. A gauche, à vos pieds, le joli vallon de Dolma-Baghtchè, qu'entourent de vertes collines ; à droite , Fextréraité des jardins du Sérail , derrière lesquels pointe le dôme de Sainte-Sophie ; en face, le Bosphore sillonné de calques; un peu plus loin, sur la rive opposée , le mont et la vallée des Rossignols, Scutari et l'ancienne Ghalcédoine , avec leur ceinture de cyprès et leurs mosquées, dont les coupoles argentées, frappées par les rayons du soleil couchant, semblent refléter les lueurs d'un vaste incendie; enfin, sur les derniers plans, de l'autre côté du golfe de Nicomédie, le mont Olympe de Bilhynie , que couronnent des neiges éternelles. Le cimetière, qui s'étend jusqu'à l'École militaire , dans la direction de la route de Buyukdèrè , est planté de vieux mûriers au feuillage grêle. Là on retrouve les usages européens : les pierres des tombeaux sont posées horizontalement. Le dimanche elles servent de sièges et de tables aux promeneurs qui s'y asseyent pour manger des pastèques et boire du raki^. Souvent la tombe où se célèbre l'orgie est celle d'un parent, d'un martyr, d'un criminel ; qu'importe? Nul ne songe même à jeter les yeux sur l'inscription où sont retracés, selon la coutume , avec le nom du défunt , les instruments de sa profession. S'il a péri de mort violente,
1. Eau-de-vie de prunes dont les Arméniens, les Grecs, et même les Turcs , font une grande consommation.
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l>ef CrBTf ont Iratsfemr 3» fnurris rt les cours 4^ kvn fi^fise^ en ânrtiiffs à rasage des notalies et des riches de la mlmi. Les métropofilaiiis et les manbiTs da syntMie, les descendants des funaies |iiiiitiêies> de Tabdde et de Mcridane lioot iobnroés dans riniMenr même de Féglise. Cef4 ainâ qoe troine à se satisfaire la vamté, iiàlhre à toote la nation. L*oraison fonèbre prononcée à la soite des fanéraffles est on nonreau triomphe de cette Tamté, dont les ministres même de llÈglise se font les complices. Tbéotokis , prédicateur de Tégiise patriarcale, à Constantinople, avait été chargé de faire Tondson fnnêbre de h mérc de Grégoire Ghîka , prince de Yalachie. Pendant tout le temps qu'il paria, le patriarche Samuel frémit d'indignation, et, lorsque rorateur descendit Aa la chaire et s'agenouilla, suivant l"ttsag«e, pour luihaiHiT la main : « L'Église, s'écria Samuel, veut dd» prédicjiieurs , et non des flagorneurs! »
l/aHpect des cimetières grecs, dans la campagne,
ne diifère pas de celui des cimetières arméniens. Lun d*eux , Baloukli , est célèbre dans la légende. Le matin de la prise de Constanlinople , pendant que le dernier des Paléologaes s'ensevelissait glorieusement sous les murs de sa capitale , un moine de Saint -Basile était occupé à faire frire des poissons dans la cuisine de son couvent, situé un peu en dehors de l'enceinte de Constantinople , sur l'emplacement où s'élèvent aujourd'hui l'église et le cimetière de Baloukli^ entre les Sept-Tours et la porte de Silivrie. Soudain un messager tout poudreux se présente et lui annonce que la ville est tombée au pouvoir des Turcs. « J'ajouterai foi à ta nouvelle, dit le moine, quand ces poissons ressusciteront dans la poêle! » Il n'avait pas achevé ces paroles , que les poisscms sautèrent à la file l'un de l'autre de la poêle dans un baquet rempli d'eaa, où ils se mirent à nager, et où ils nagent eDOore. Si vous en douiez, allez à BaloukU' : à l-enirée de l'église, sous une voûte, il y a une ci- (enie dont la garde est confiée à im papas ; c'est là fue TOUS les verrez de vos propres yeux, avec Jei^rs écailles grillées d'un côté, argentées de l'autre )b» auparavant aye^ bien soin de jeter ^quelque^ pîèûBS de monnaie dans le bassin; autremuent ils ne jie montreraient pas.