CHAPITRE V
PADICHAH EVLADI.
(la Famille impériale.)
Fils et filles du sultan. — Naissance et éducation des jeunes princes. — Circoncision. —Fiançailles des quatre filles d'Abdul- Medjid. —Frères et sœurs. —Sultan Abdul-Aziz. — Son caractère supposé. — Hypothèses gratuites. — Les quatre sœurs du sultan mariées successivement à des pachas. — Une seule survit.— Fêtes du mariage d'Ahmed-Féthi, pacha, grend maître actuel de Tartillerie, avec Athiè, sultane. — Son portrait et celui de ses beaux-frères Khalil, Saïd et Méhémet-Ali.
Le sultan Abdul-Medjid a actuellement douze enfants, six garçons et six filles.
L*aîné de ses fils, Mélieinmed-Mourad , n*a pas encore atteint sa quatorzième année; le second, Abdul Hamid, est plus jeune de deux ans^
Je me rappelle avoir vu ces deux enfants lors des fêtes données à Haydar-Pacha', à l'occasion de leur circoncision. C'était la première fois que j'assistais à une grande solennité turque. De temps immémorial, les sultans ottomans, à l'exemple des khalifes
1 . Plaine située le long du rivage, entre Scutari et Cadi-Keuï.
et des princes des diverses dynasties mahométanes, ont accompagné cette cérémonie de réjouissances et de fêtes splendides. Les plus célèbres dont les annales turques aient gardé le souvenir furent données en 1582 par Mourad III pour la circoncision de son fils aîné. Les préparatifs durèrent une année. Au bout de ce temps, Mourad envoya, suivant Tusage, une lettre circulaire à tous les pachas et aux grands de l'empire pour les inviter à se trouver à la cérémonie. La fin de cette circulaire peut être citée comme un modèle de style oriental :
« C'est pourquoi la jeune plante de son existence ayant eu d'heureux accroissements dan^ le potager de la virilité et de la force , et le tendre arbrisseau de son essence faisant déjà un ornement dans la vigne des prospérités et des grandeurs , il est nécessaire que le vigneron de la circoncision porte sa serpe tranchante sur cette plante nouvelle, sur ce rosier charmant d'où sortiront mille rejetons fortunés dans le grand verger du khalifat.
* « Cette auguste cérémonie aura donc lieu, sous les auspices de la Providence, etc., etc. »
Pour moi, je fus moins touché des magnificences que le sultan Abdul-Medjid avait déployées pour la circoncision de ses fils, que de certains détails où se révélait le génie propre de l'islamisme. D'après
un usage traditionnel, suivi même par les riches particuliers , le sultan avait voulu que tous les enfants pauvres da Constantinople, nés dans la même année que ses fils , accomplissent en même temps qu'eux cet acte, regardé par les musulmans comme l'initiation à la vie religieuse. En conséquence , un immense édifice en gradins, ouvert sur le devant, e* garni de plusieurs centaines de petits lits de repos, avait été dressé à l'entrée de la plaine, sur le bord de la mer. Chaque jour, à plusieurs reprises, quand les sunnetdach^y au sortir de la cérémonie, avaient été couchés chacun dans un de ces lits , sous les yeux des médecins, le sultan, à pied, sans escorte, visitait les petits malades , et faisait remettre aux parents, en sa présence, un medjidié • et un habillement complet pour l'enfant. Le soir, il y avait danses., illuminations, feux d'artifice. Les fêtes durèrent dix jours , et chaque jour mille ou onze cents enfants étaient ainsi amenés de Constantinople et des environs.
La fille aînée du sultan, Fatmé sultane, a épousé, le 10 août de l'année dernière, le troisième fils de Réchid , Ali-Ghalib pacha '. Ses trois sœurs puî-
1 . Compagnons de circoncision : nom donné aux enfant» qui ont été circoncis ensemble.