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I-.es Grecs et les Arméniens joignent ordinaire

f80 LA TURQUIE ACTUELLE.

jnent à la i>olitesse du café celle du giyco. Le çlyco est une sorte dé confitures ou de conserves faites avec des roses, des violettes , du citron, de Tananas, de la bergamote, etc., qui se sert dans de petits pots posés sur un plateau. Le visiteur en prend une cuillerée et boit un verre d'eau pardessus. Le même usage existe également chez les Turcs j mais il est moins général. Dans la Moldo- Valachie, le glyco s'appelle dulcea : les deux mots signifient «douceur.»

Le café se prend par petites gorgées, pendant l'intervalle desquell.es le muçafir (nous savons ce que veut dire ce mot ) « boit * » la fumée de son tchibouk. Quand il a fini et qu'il rend la tasse vide au domestique, la politesse exige qu'il remercie le maître de la maison en lui faisant un téména que celui-ci s'empresse de lui rendre.

Le téména est un. salut qui consiste à diriger la main droite d'abord vers sa bouche, ensuite vers son front. C'est le salut cérémonieux. Dans le salut famiher, on se contente de porter sa main sur le sein ou sur le cœur.

S'il y a d'autres muçafirs, la bienséance veut encore que , vous tournant successivement vers chacun d'eux, vous leur adressiez un salut semblable. Ceux-ci exécutent la même manœuvre de leur côté,

1. Oa dit en turc « boire la fumée » au lieu de « aspirer. >»

ÉTUDES DE LA VIE PRITES. 28i

et, pour peu que l'assemblée soit nombreuse , cet échange de courtoisie donne lieu à un feu croisé de gestes qui produisent TefTet le plus bizarre. Cependant, dans une réunion d'ulémas, la majesté du costume , l'air de gravité général chez les Ottomans, la décence qui accompagne tous les actes de la vie civile prêtent un air de noblesse singufier à cette scène.

L'offre du café est d'un usage plus général que celle du tchibouk. L'étiquette orientale met une grande différence entre les deux. Le café se donne à tous tes visiteurs; le tchibouk constitue une distinction qui se mesure au rang du visiteur et à celui de la personne qui reçoit. Lorsque j'allais voir A'aU pacha, ministre des affaires étrangères, à son yali de léni-Keuï , « Son Excellence » me faisait servir le café et la pipe; chez Réchid et chez Ahmed-Félhi pachas, « Altesses » tous les deux, je n'avais droit qu'au café; mais l'un et l'autre s'abstenaient par politesse de fumer en ma présence.

Ces distinctions n'ont lieu que dans les régions ofEicielles. Chez, les particuliers, le tchibouk et le eafé vont rarement l'un sans l'autre. Aussi voit-on dans les antichambres des pipes par douzaines, rangées verticalement dans des entailles de ta-> blettes disposées pour cet usage. On met autant de recherche dans la beauté de ces pipes que dans le choix du tabac. Les tiges (c'est à cette partie de

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l'instrument que Ton donne proprement le nom de tchibouk), longues de quatre à cinq pieds, quelquefois davantage , sont en bois de noisetier, de <.*erisier, de rosier ou de jasmin. Le bouquin est en ambre enrichi d'or ou de pierres précieuses ; c'est ce qui constitue la richesse de la pipe. 11 y en a qui valent cinq et six mille piastres. Quant au fourneau ( lulè) il est fait simplement d'une terre rouge préparée d'une certaine manière, et son prix le plus élevé n'excède pas quatre piastres.

L'entretien de ces pipes exige beaucoup de soin; aussi a-t-on des domestiques {tchiboukjis) préposés uniquement à cet orSce. «Osman aga avait quatre tchiboukjis commandés par un chef qui prenait le nom de tchihoukji bachu

La présentation de la pipe comporte un certain cérémonial qu'il est bon à un Européen de connaître, s'il ne veut pas passer pour un kkairat, un Jiomme mal élevé. Le tchihoukji l'apporte tout allumée, et, après avoir posé le lulè sur une petite assiette ronde en cuivre, placée à quelque distance sur le tapis , il la tient pendant quelque temps dans une position perpendiculaire, puis il lui fait décrire une courbe qui rencontre à l'extrémité de la ligne les lèvres du muçafir assis sur le sofa. Cette assiette est destinée à recevoir la cendre du tabac à mesure qu'il se consume.

Lorsque le visiteur a humé une première bouffée,

il doit un téména à son hôte et à toute l'assistance. Si celle-ci est nombreuse et que la pièce soit d'une étendue médiocre, les pipes se croisent tellement qu'il faut une attention extrême pour ne pas heurter celle de son voisin. Il doit y prendre bien garde, comme aussi de ne pas cracher en fumant: ce qui constituerait une inconvenance au premier chef.

La famiUe. — Naissance et éducation des enfants.^ Des noms propres.— Que la vie de famille existe en Turquie autant et plus qu'ailleurs. — Circoncision. — Admission des enfants aux écoles publiques.

Osman aga avait deux enfants, un garçon et une fille. Celle-ci s'appelait Leda, du nom de la célèbre amante de Medjoun; le garçon, Ali. C'étaient deux charmants enfants. Ils habitaient , suivant la coutume, le harem avec leur mère; mais ils venaient quelquefois rendre visite à leur père dans le sélamlik. Dès qu'ils paraissaient , amenés par un vieil esclave nommé Khalil, le visage d'Osman s'éclairait : sa gravité musulmane ne tenait pas à leurs caresses enfantines. Il les prenait sur ses genoux, jouait avec eux sur le tapis et souriait à leurs gentillesses sans me les faire remarcpier. Pourtant j'admirais leur grâce sérieuse. Les enfants turcs ne ressemblent pas à ceux des autres

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pays, lis ne sont ni brurants ni ideorards. Pendmt on séjour de près de trois années dans le Levant, je ne me soutiens pas d'aToir entendu un enfiuit tare crier. Ceox qne je rencontrais allant à Fécide, a^ient le maintien calme, la démarche graire de Tieox Osmanlis.

D est Trai qne je ne connais pas de pays où les enfants soient entourés de plus de soins et d'affection; et, chose étrange, cette afCéction, ces soins paraissent plus tendres encore chez le père qne chez la mère. Jl font voir, le yendredi (c'est, comme Ton sait, le dimanche des musulmans), ou hien un jour de bairam, FOsmanli conduisant son fils par la main dans la rue , réglant son pas sur le sien, le prenant sur ses épaules, s'il le voit fatigué , on hien le plaçant auprès de lui sur un banc du café où il se repose un nooment, lui parlant avec amour, attentif à ses moindres mouvements, tandis que ses voisins, jeunes et vieux, quittent leurs pipes, sourient de leur côté à l'enfant, et félicitent le père d'avoir un tils qui sera, inck' allahy le soutien de sa vieillesse.

A mesure que les enfants grandissent en âge, cette tendresse devient moins expansive et feit place à la gravité nécessaire au maintien de l'autorité paterneUe ; ils n'abordent plus leur père que les yeux baissés , avec une contenance modeste et soumise. Us ne s'assoient pas devant lui qu'ils n'en

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aient reçu Fordre. Us le servent à table. S'ils lui adressent la parole, ainsi qu'à leur mère, ils se servent des noms dijaga haha^ nènè cadyn^ qui répondent aux tournures italiennes signer padre, signora madre^

Le docteur Clôt bey nous apprend qu'Ibrahim pacha , père de famille, vizircomme son père, plus élevé même que lui en dignité, puisque, en qualité de gouverneur de la Mecque, il était le premier pacha de l'empire, donnait à Méhémet-Âli ces mêmes témoignages d'humble soumission. Entre les frères et sœurs, il existe également une hiérarchie fondée sur l'âge ; les plus jeunes ont des devoirs d'égards fX de soumission envers les plus âgés. L'atné des fils, qui occupe le second rang dans la famille, en devient le chef à la mort du père. C'est la reproduction fidèle de ces anciens jours dont la Bible nous a tracé le tableau.

Le père et la mère, sans avoir égard ni à l'â^ ni au rang de leurs en&nts, les désignent toujouis par leurs simples noms, Âli, Leïla, Suleîman, Fatmé , etc.

"En voyant oe respect d'une part, de l'autre cette tendresse constante, je me demandais comment avait pu s^acoréditer cette opinion si erronée que la famille n'existe pas en Turquie, Il est vrai qu'elle n'y existe pas tout à fait comme en Europe.' Elle 7 tient plus de la constitution de l'antiquité que de

celle des sociétés modernes. Qu'est-ce à dire cependant ? L'Orient est encore , sous beaucoup de rapports , ce qu'il était au temps des patriarches. Or, quand la famille a-t-elle été constituée plus solidement qu'à ces époques où elle nous apparaît , non pas comme la base de la société , mais comme la société elle-même ?

Je comprends qu'on dise que les Turcs ne sonl pas une nation ; mais prétendre que chez eux la famille n'existe pas , et ne saurait exister, il feul pour cela n'avoir jamais mis le pied en Turquie.

Trois choses me paraissent avoir donné naissance à ce préjugé : la polygamie d'une part, de l'autre l'absence de noms propres dans les femilles, et celle de registres constatant l'état civil des individus. #

La polygamie, j'en parlerai tout à l'heure.

Quant aux noms , il est bien vrai que le nom de famille ou de maison , le nom patronymique des Grecs, n'existe pas chez les musulmans, n est remplacé parce que nous appelons le nom de baptême ou par un surnom, le praenomen ou le cognomen des anciens. La liste de ces prénoms, empruntés soit à la Bible , soit au Coran et à la tradition , n'est guère plus nombreuse que celle des prénoms romains'. Aussi sont-ils communs à tout l'Orient

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