‹ La TurquieChapitre 7 sur 86 · Pline · texte numérisé non relu

Pline

le tombeau (f Héciibe, est appelé par les Turcs « \e Cadenas de la mer^ » Plus loin, se trouve le vieux château dont la fondation remonte à Mahomet II. En face, sur l'autre rive, à Tembouchure d'une petite rivière (l'ancien Rhodius) qui descend des chaînes de l'Ida , s'élève le château d'Asie , au pied duquel s'étend la ville moderne des Dardanelles K Arrivés de très-bonne heure en vue des Dardanelles, nous dûmes ralentir notre marche, par respect pour les règlements qui interdisent l'entrée du détroit aux bâtiments de commerce, passé le coucher du soleil. Quant aux navires sous pavillon de guerre, on sait que, suivant la teneur des traités , ils ne peuvent franchir les détroits en aucun temps et sous aucun prétexte. Cette disposition, abolie en fait par l'état de guerre actuel , subsiste encore en principe. Il n'est fait d'exception que pour les bâtiments légers employés, selon l'usage, au service de la correspondance des représentants des puissances amies à Constantiuople. Encore ces bâtiments doivent- ils être porteiu*s d'un firman qu'ils sont tenus d'exhiber à leur passage aux Dardanelles , soit à l'aller, soit au retour. II y a

i.KHidiUbahT.

2. En turc, Tchanaq Kalè, « la forteresse des Poteries, » à cause de la poterie grossière qui se fabrique de temps immémorial aux Dardanelles , et dont la plus grande partie s'expédie à Constaiitinople.

quelques années, sir Stratford Canning, aujourd'hui lord Redcliffe, revenant d'une excursion dans l'Archipel , se trouvait en vue des châteaux , lorsque , par une de ces boutades auxquelles Son Excellence est sujette , il fit liisser le grand pavillon d'Angleterre, et annonça l'intention de passer outre. Un coup de canon tiré à poudre du château d'Asie rappela la corvette à -l'observation des règlements. La corvette força de vapeur. Un second coup de canon logea un boulet dans un des tambours. Cette fois. Son Excellence trouva que la plaisanterie avait duré assez longtemps ; au commandement de Stop! la corvette s'arrêta; et, tandis qu'un officier du bord remplissait à terre les formalités d'usage, l'ambassadeur, en grand uniforme , allait faire une visite de courtoisie au pacha des Dardanelles, qu'il complimenta sur la justesse du tir de ses artilleurs.

Ce pacha est sous la dépendance immédiate du grand-maître de l'artillerie , commandant en chef des détroits et de toutes les forteresses de l'empire. Les consuls et vice-consuls étrangers ont aussi leur résidence aux Dardanelles. Depuis que Constantinople est devenu le centre du commerce du Levant (c'était jadis Smyrne), le nombre de ces agents s'est beaucoup accru, et la plupart des États qui entretiennent des relations avec la Turquie , l'Angleterre , la France , l'Autriche , la

Russie, la Grèce, la Sardaigne , les Deux-Siciles, la Belgique , sont représentés aujourd'hui aux Dardanelles.

Un peu plus loin , à l'endroit où la côte d'Asie projette vers l'Europe la pointe de Nagara, le canal se resserre de nouveau. Cet endroit est doublement célèbre dans l'histoire et dans la légende. Là Xerxès construisit le pont de bateaux par où ses troupes passèrent d'Asie en Europe ; là périt Léandre englouti par ces flots qui l'avaient porté tant de fois dans les bras de son amante.

Léandre , conduit par Tamour, En nageant disait aux orages :

c Laissez-moi gagner les rivages , « Ne me noyez qu'à mon retour. »

La largeur de l'Hellespont entre Abydos et Seslos n'était que de sept stades , au dire de Pline ; mais la force du courant triple et quadruple la distance. Aussi l'érudition moderne révoqua-t-elle en doute l'authenticité de la légende, jusqu'à ce qu'en 1811, le 20 juin, jour mémorable dans la vie du grand poëtCs, lord Byron, ayant traversé le détroit à la nage , en présence de nombreux témoins , à l'endroit môme où Léandre avait péri , donnât raison aux anciens.

La beauté des rives des Dardanelles n'est point à comparer à celle des rives du Bosphore. Celle d'Eu-

iO LA TURQUIE ACTUELLE.

rope est en général aride et peu cultivée. Du côté de l'Asie apparaissent de distance en distance des villages groupés d'une manière pittoresque et entourés de riches vignobles, des collines boisées flanquées de nombreux, troupeaux de chèvres » des vallées arrosées par de frais ruisseaux. Les bords de ces ruisseaux sont peuplés de grues qui paissent le gazon par troupes, tandis que q^uelques-unes , perchées en sentinelles sur le faîte de maisons et des minarets , frappent l'air par intervalles d'un bruit sec et monotone semblable au choc des castagnettes. Les grues sont les oiseaux sacrés de l'Orient. Leurs migrations lointaines, leurs mystérieux appels, le triangle fantastique qu'elles décrivent dans leut vol, éveillent je ne sais quoi de superstitieux dans l'esprit des peuples. Souvent , lorsque vous parcourez à cheval les steppes de la Moldo-Valachie, vous voyez tout à coup une ombre mobile se dessiner sur le vert assombri de la plaine. Ce sont leurs caravanes aériennes qui passent au-dessus de votre tête ; elles se dirigent d'un vol rapide vers le midi, tandis que, voyageur comme elles, vous courez vers le nord de toute la vitesse de votre cheval et vous vous croisez ainsi avec elles, mais à des distances incommensurables.

Celte côte est aussi la plus riche en souvenirs historiques. A quelques milles au-dessus des Dardanelles se trouvent les ruines de Lampsaque , ou

IDANELLES. H

la tradition assigne à ces le bourg moderne de Lainp- (race de l'ancienne cité adonnée étrix. t le joli yillage de Tchardaq, i -bAix à l'extrémité d'un promonfiomal pour indiquer l'entrée du es venant de la Propontide ; puis, Gallipoli, l'ancienne Callipolis :

t l'on débouche dans la mer de

. iue un r61e important dans l'histoire ^* *s Ottomans. C'est par là qu'ils firent leur ^^ pparition en Europe, et la prise de cette qua la première étape de cette marche iite qui devait les porter, en moins d'im ^68 rives de lllellespont jusque sous les ^ Vienne.

tous trouvons, comme au berceau de tous les «i la légende mêlée à l'histoire, ait en 1357. Moins d'un siècle s'était écoulé

I l'arrivée des Ottomans dans l'Asie Mineure ,

II ils avaient poussé leurs conquêtes jusqu'à la Le successeur d'Othman, Orkhan, régnait à se. L'atné de ses fils, Suleîman, gouvernait m de son père l'ancienne Mysie, dont faisait

Uéfdaq, en turc, signifie donjon.

ii LA TURQUIE ACTUELLE.

partie la presqu'île de Cyzique*. Cyâque, située au point où la péninsule se joint au continent, était la capitale de cette province : cité jadis florissante, elle ne conservait plus de son ancienne splendeur que les ruines du temple d'Adrien, le plus vaste et le plus magnifique des temples du paganisme. L'aspect de ces ruines augustes remplit l'âme de Suleïman d'admiration. Les colonnes brisées , les marbres épars sur le gazon , lui rappelaient les débris du palais de la reine de Saba, Balkis, élevé par les ordres de Saiomon, et les restes de Persépolis et de Palmyre. Un jour qu'assis au bord du rivage il regardait, à la clarté de la lune, les portiques et les péristyles se reflétant dans les flots et les nuages courant sur la surface de la mer, il crut voir ces palais et ces temples en ruines sortir de l'abîme, et une flotte naviguer sous les eaux. Autour de lui s'élevaient des voix mystérieuses dont le bruit se mêlait au murmure des vagues, tandis que la lune , qui brillait en ce moment à l'Orient, semblait joindre, par un ruban argenté , l'Asie à l'Europe. C'était elle qui , sortant autrefois du sein d'Edébali* était venue se cacher dans celui d'Osman. Suleïman , enflammé par le

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