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de bateaux à vapeur mettent en communication joumatière avec tous les points de l'Europe et du globe; Péra, qui n'est plus qu'à six jours de la France et qui reçoit chaque semaine plusieurs centaines d'hôtes de tous les pays, est resté aussi étranger aux idées et à la vie morale de l'Occident qu'il y a vingt ans, quand il ne fallait pas moins de six semaines pour franchir la distance qui sépare Constantinople de Marseille on de Gênes ; c'est le miMeu le plus antilittéraire , je pourrais dire le pk» antisocial, que je connaisse.
Je préfère de beaucoup le séjour de Smyme. Tous les officiers de notre marine qui ont fait partie de la station du Le\înt et que j'ai interrogés ont été de mon avis ; tous ont conservé le meilleur souvenir de rhospitahlé et de l'amabilité des Smyrniotes, tandis qu'ils avaient Péra en aversion.
Lorsque Lamartine visita Péra, e» 1832, it y reçut cet accueil auquel il a partout droit de préten-* dre. De retour en France , il consacra quelques lignes de son Voyage à la réhabilitation des Pérate» : « En général, dit- il, k- société franfue de Constantmople, composée des officiers des ambas»sade», des consulats, de» famille» de drogman»el des négociants de diverse» nartioDs européennes^ eH très aurdessus de sa rép«;tatioiif« Constituée en peâte ville, elle a te& défaots des petites villes, le com^ mérage ef ks^ jalouses tracasseries; mais il y a de
la probité , de l'instruction , de Télégance, une hospitalité gracieuse et cordiale pour les étrangers. On y est au courant de VEurope comme à Vienne et à Paris ; il y a des hommes de mérite et des femmes de grâce et de hautes vertus. J'ai vu tel salon de Péra, de Thérapia et de Buyukdéré où l'on se serait cru dans un des salons les plus distingués de nos grandes villes d'Europe, si l'on n'avait jeté les yeux sur le Bosphore ou sur la Come-d'Or, qui étincelaient aux pieds des jardins, entre les feuilles des arbres. »
Il avait contracté une dette de courtoisie : il s'acquitta en monnaie de poëte.
Esprit de dénigrement à part,^éra offre peu de ressources à un étranger ; il y a dans ses salons quelques jolies femmes et quelques honunes d'esprit, puisqu'on les compte; mais la morgue et l'ostentation gâtent tout. On s'y plairait davantage si l'on mettait à vivre agréablement le soin que l'on apporte à faire marcher de pair l'étiquette et l'ennui.
Point de causerie possible. En vain vous voudrez parler voyages , musique , littérature; en fait de littérature , les Pérotes connaissent Alexandre Dumas et Fénelon. Encore, entendons-nous bien : ils connaissent Fénelon pour avoir fait le Télémaque, et ils connaissent le Télémaque pour avoir été le premier livre français qu'ils aient eu entre leurs mains.
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Télémaque est là-bas le livre classique par excellence • aussi a-t-il été traduit dans tous les idiomes du Levant. Le prince Wiasimski, attaché à l'ambassade de Russie, me montra un jour sur une page d'album le fameux début : « Calypso ne pouvait se consoler, etc., » traduit en dix-sept ou dixhuit langues, turque, arabe, persane, grecque, arménienne,^ kurde, géorgienne, russe, tatare, valaque , bulgare , albanaise , syrienne , chaldéenne, etc.
Ma vieille hôtesse avait retenu par cœur les plus beaux passages du livre^, mais elle ne le lisait plus. Au contraire , elle lisait et relisait Alexandre Dumas. Les Mousquetaires et le Comte de Monte-Cristo faisaient fureur de mon temps à Péra ; deux éditions en grec moderne, publiées par livraisons, furent épuisées en moins de trois mois.
Péra est une vraie Babel : aussi tout ce qui n'est pas diplomate, ou négociant, ou médecin, est-il maître de langues. Le métier rapporte peu, mais il exige moins encore ; il ne demande ni préparation ni diplôme. Un jour j'arrivai dans une maison, maison des plus considérables , juste au moment où le maître de français des enfants prenait son chapeau pour sortir après avoir salué jusqu'à terre. La vue de cette figure me frappa d'une vague réminiscence. Je demandai qui il était; on me nomma M. N..., « de Paris. » Ce M. N..., « de Paris, » avait
4M LA TUBQUIE ACTUELLE.
vm accent aaiargnal éa plus prononcés. A i|eriqaes jours de là, je le rencontrai dan» nne roe de Galata, pérorant arec deax on trois antres iiK dividus dont le langage aossi accentué qae le sksi n*aTait rien d-académîqae. Cette fois, jek reccmnns tout d*abord : c'était Fanden chef de cuisine d'un pyroscaphe mitridiien sur lequel j'a- Ydis fait la traTersée du Pîrée à Constantinofde. Je l'abordai.
« Ehl signor ctioco y m'écriai-je , quel noofeas métier faites-Yous donc?
— Peidk! répon£t-a es faisant la moue, chien de métier I tétais fait pour autre chose; mais qoe voalez-Tous? la nécessité.... Je dus quitter le bord à la suite d'une affaire ; j'éta^ sur le paré; par bonheur, je trouvai k emprunter un halrit, et je me poussai dans l'nstruction. »
Quoique le» dames de Péra a&ctent en^ société de ne parler que le fran^is, leur langue iavorke, celle qu'elles parlent le plus volontiers en petit comité, c'est le grec, qu'elles ont sucé à la mamelle ^ Je ne kup. en fais pas un reproche ; je ne sache rien de comparable au grec td qu'oui le parle à Athènes ou même au Hianar. Le françai» et FitaMen sont bien loin de ceile éiéganee, de cetie souplesse, de
1. Presque toutes les nourrices à Cbnirtantnwpite sont des^ Grec qufls , origmaires lia plupart des lies de l'Ardiipek
cette harmonie ; mais il en est autrement du grec bâtard que Ton parle à Péra. Et notez, par surcroît, que ces dames ont la charmante habitude d'y cou^ , dre une quantité de mots français, turcs, italiens, dont le mélange produit le plus bizarre effet à l'oreille. Exemple : vous êtes à une table de vingt-etun ; votre voisine est distraite ; vous lui dites : « Jouez-vous, madame? » elle vous répond d'un ion plein de minauderie : « iVcm, egd passera (moi je passerai ). » Autre exemple : j'étais en visite dans une maison ; les enfants jouaient à côté de nous et faisaient vacarme,
« Koumatipiùtavack^paidiay » dit en s'interrompant la maîtresse du logis; puis, se tournant vers moi : « Pardon, » ajouta-t-elle.
Cinq mots , quatre langues.
Koumati, en grec vulgaire, signifie « un peu, » pHi, • plus, » est italien; ïavachesi turc et signifie « doucement; » paidiatsX un autre mot grec et sî« gnifie « enfants. »
De tout ceci je n avais compris que deux mots , più et pardon; mais les enfants entendirent parfai-* tement ce qu'on leur disait, et ils firent silence.
fai parlé de l'Opéra italien de Péra. On a essayé d'y introduire la comédie bourgeoise; mais ob n'y a pas réussi. En revanche, un ancien viceconsul dans le Levant, H. Tancoîgne,, nous apprend qQ!& y a qadiciaa tvenAe ans les petite jeu»
de société Elisaient foreur. Ces dames se jouaient des difficultés : Tune aimait son amant par o parce • qu'il était honnête; l'autre » en jouant au corbillon, y eût mis volontiers une tarte à la crème; mais, ajoute le malin chroniqueur, c'était tout ce qu'elle avait de commun avec Agnès.
J'ai dit que la société de Péra comptait un petit nombre de gens d'esprit. M. D.... en était un; mais le plus souvent il se montrait taciturne en société, et réservait ses saillies les plus vives et les plus spirituelles pour les cercles intimes. «Que voulez-vous? nous disait-il; je suis las, quand je m'approche d'une dame pour lui adresser une phrase de polifesse , de m'entendre répéter cet étemel refirsdn : « Ne dites pas cela, vous voulez vous moquer de « moi. » C'est pourquoi je fais comme le prince de Ligne : je me repose*. »
Vers la fin d'avril ou au commencement de mai, toute la société franque , à l'exemple des ridjals et des riches particuliers de Stamboul, prend ses quartiers d'été , les ambassadeurs dans leurs résidences de Thérapia et de Buyukdéré, les Pérotes
1 . Un jour que le prince de Ligne dînait chez Potemkin avec le prince Repnin, celui-ci lui dit : « Prince , on m^ayait dit que vous aviez de Tesprit ; depuis trois mois je ne m'en suis pas aperçu. » A ces mots , le prince de Ligne , qui quittait- si noblement» quand il le fallait, son air habituel de bonhomie, redressa son grand corps qu'il laissait toujours aller, et répondit : t Qui est-ce qui serait en état de m'entendre ici? Je me repose. »
PÉRA. 4ei
dans les villages qui bordent le Bosphore et aux îles des Princes.
Thérapia, résidence d'été des représentants de France et d'Angleterre, est un joli village, aux maisons blanches, bâti en amphithéâtre le long de la rive droite du Bosphore. Situé à égale distance de Constantinople et de la mer Noire, il emprunte son nom de la salubrité de son air *. A deux milles plus loin , Buyukdéré lire le sien de la vallée aux bords de laquelle il est assis' et qui s'étend en profondeur depuis le bord de la mer jusqu'à l'aqueduc de Baghtchè-Keuï', sur xm espace d'un demi-mille environ. Une portion de la vallée est occupée par une grande prairie qui sert aux habitants de lieu de promenade. Dans cette prairie campa , dit-on , l'armée de Godefroy de Bouillon , et Ton y montre encore le fameux platane qui abrita la tente du chef des croisés.
C*est à Buyukdéré que le Bosphore présente la plus grande largeur. De l'autre côté du détroit apparaissent, dans la direction de Thérapia, Unkiar- Skelessi et le mont Géant, célèbres l'un dans l'histoire, l'autre dans la légende, Beycos et la vallée du Grand-Seigneur.
Les ministres de Russie, d'Autriche, de Prusse,