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la mer, à plus de trois cents pieds au-dessous de lui, l’observateur embrasse d’un même coup d’œil la Corne-d’Or et sa forêt de mâts, puis Stamboul et ses sept collines, puis la mer de Marmara et le Bosphore, enfin la côte d’Asie, dont les prolongements forment le cadre de ce magique tableau.
C’est de là que le faubourg a pris son nom. Péra, en grec vulgaire, signifie « vis-à-vis, à l’opposite. » Les Osmanlis le nomment Bey-Oghlou (le . Fils du Prince), sans se mettre en peine de justifier cette étymologie. Suivant l’opinion la plus accréditée, elle serait duc au séjour qu’y firent plusieurs princes de la famille impériale pendant les divers sièges de Constantinople.
Péra est, comme l’on sait, le séjour privilégié des Francs ’.
Les Francs , en Turquie , sont tous les sujets étrangers, à quelque nation ou à quelque religion qu’ils appartiennent, nés ou domiciliés dans les États du Grand-Seigneur. A quelle époque doit-on rapporter l’origine de cette dénomination? Est-elle sortie de la grande lutte des croisades au moyen âge? ou bien appartient-elle à une date encore plus reculée, à l’établissement du grand empire
I. Francs [Frenk ou Efrendj) est le terme usuel. Le ternie de chancellerie est musteemen, c’est-à-dire « ceux qui ont demandé merci» ou « qui sont en paix avec les musulmans, » par opposition avec les harbi , c’est-à-dire « ceux qui sont en état de guerre. »
fondé par Charlemagne, ainsi que semblerait l’indiquer un document arabe mentionné par M. Eug. Boré? Dans tous les cas elle prouve l’ancien ascendant du nom français en Orient.
En 1535, l’alliance de François I" avec Soliman et les capitulations 1 qui en furent la suite renouvelèrent cet ascendant et lui donnèrent une consécration officielle.
L’annonce de ce traité fut un scandale dans la vieille Europe. Le saint empire frémit d’horreur; l’Angleterre hérétique , comme la catholique Espagne, se signa trois fois. A Rome, le saint-père fît frapper une médaille qui représentait le Turc et
1. On appelle capitulations (' aht namè ) l'ensemble des traités de paix et de commerce conclus à diverses époques entre la France et la Porte ottomane, et dont la teneur règle les droits et la situation de nos nationaux dans les États du Grand-Seigneur.
Ces traités, dont j’ai donné récemment le texte français [la Question d'Orient devant l’Europe, p. 249), d’après le Nouveau Guide de la conversation en français et en turc , de M. Biancbi, se composent de trois parties distinctes :
1» Les anciennes capitulations depuis 1535 jusqu’en 1740, en quatre-vingt-cinq articles, renouvelées et confirmées par le sultan Mahmoud Ier , avec l'addition de nouveaux privilèges (ce sont ces capitulations qui portent improprement dans quelques pièces diplomatiques le nom de traité de 1740);
2#Le traité de paix dit de Paris, du 6 messidor an x (25 juin 1802), entre la République française et la Sublime Porte , en dix articles;
3° Enfin la convention de Constantinople, ou traité de commerce entre la France et la Porte ottomane , datée du 15 zilhidjè 1254 (23 novembre 1838), en dix articles et une conclusion.
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le roi très-chrétien se donnant la main, et, entre les deux, Satan riant d’un rire diabolique, avec cette légende : Tertius gaudet.
Mais ce beau zèle ne tint pas, et, avant que le siècle atteignît sa lin, l’on vit ces mêmes États, jaloux d’égaler les avantages que les capitulations conféraient à la France, rechercher à l’envi l’amitié des Turcs et signer des traités analogues, l’Autriche en 1567, l’Angleterre en 1593, la Hollande de 1590 à 1595, etc.
Malgré cela, la France continua longtemps à tenir le premier rang parmi les puissances à Constantinople. Le roi de France était le seul monarque européen qui fût qualifié de padichah dans les actes de la chancellerie ottomane, et le sultan lui écrivait en ces termes :
« A celui qui est l’honneur des grands princes de la religion de Jésus, l’élite des puissants souverains de la nation du Messie, l’arbitre des affaires des nations de la communauté nazaréenne , à celui qui traîne majestueusement la robe de la magnificence et de la gravité, possesseur des insignes de la gloire et de l’illustration, le présent empereur et padichah de France, puisse sa fin être couronnée du bien et de la vraie direction ! Puisse la voie de la vérité et de la droiture lui être ouverte et gratifiée! »
L’empereur d’Autriche n’avait que le litre de
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JS'emc/ic qaïçari (César d’ Allemagne), et le tzar de Kussie celui de Mosqov imperathori. En 1774 , dans le protocole du traité de Kaïnardji, l’impératrice Catherine exigea et obtint l’addition à son titre des mots : vè padichahi. Depuis, celte qualification a été étendue successivement à tous les princes souverains alliés de la Sublime Porte, et tout récemment 1 à la reine de Portugal.
La formule usitée pour les ambassadeurs du roi de France était celle-ci :
« Le modèle des seigneurs de la nation du Messie, la colonne des grands de la chrétienté, » etc.
Ils avaient la préséance sur les ambassadeurs de toutes les autres puissances, occupaient la droite dans toutes les cérémonies officielles et les réunions du corps diplomatique, et étaient reçus les premiers à l’audience du grand vizir et du sultan.
Tous les navires européens, en entrant dans les eaux du Grand-Seigneur, étaient tenus d’arborer le pavillon français; enfin la France était et demeure encore aujourd’hui la protectrice-née de tous les étrangers chrétiens, trafiquant ou domiciliés dans le Levant, dont les gouvernements n’ont point de traités avec la Sublime Porte.
L’alliance conclue par François I" fut maintenue avec soin par ses successeurs, et jusqu’à M. Ruffin,