‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure; (volume 2)Chapitre 80 sur 178 · POUCE · texte numérisé non relu

POUCE

Commissaire en chef

— de l»"» classe.

— de 2« classe

Affenta de police

•il \ 2'»

Totaux par sandjak

PEBGEFTION

Airents & cheval

Affenta à oied r - - 1

rOTAL 6

éNÉRAL.

Douanes. — L'administration des conlributions indirectes possède à Smyrne un nazaret (direction générale) d'où ressortissent les miidiriet (directions) de Smyrne au nombre de deux, dont un pour les importations et les exportations des articles étrangers, et un pour celles des articles ottomans, et les mudi" riet de Tchesmé, de Scalanuova, de Bodroum et de Makri. — Outre ces directions, le nazaret de Smyrne comprend encore celles d'Aïvalik dans le vilayet de Brousse, d'Âdalia et d'Alaya

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dans le vilayel de Koniah, el enfin de Mélelin, de Chio, de Rhodes, de Ténédos el de Lemnos dans le vilayel de l'Archipel.

On trouvera plus loin le lableau des recelles pour la direction centrale des Douanes de Smyrne.

Dette publique ottomane. — L'administration des revenus concédés à la Dette publique ottomane a établi à Smyrne un nazaret ou agence principale, dont le ressort comprend, outre le vilayel d'Aïdin, quelqueslocalités faisant partie d'autres provinces. Comme pour la douane, les recettes de celte administration seront indiquées plus loin.

Régie des tabacs. — La régie co-intéressée des tabacs a institué à Smryrne le siège d'une agence supérieure de !'• classe, embrassant dans son ressort le vilayel entier d'Aïdin, divisé en douze agences principales, ou mudiriet^ desquelles dépendent des agences secondaires ou tnémouriet au nombre de 9, et 23 entrepositaires établis dans divers chefs-lieux de cazas el de nahiés.

Postes et télégraphes. — L'administration des postes el télégraphes a fait du vilayel de Smyrne une direction principale^ qui comprend 33 stations télégraphiques situées dan« ce vilayel, et 6 autres stations dans les vilayets de Brousse et de l'Archipel. Sur ces 39 stations télégraphiques , neuf font le service international et emploient les langues turque el française; les 33 autres stations ne font que le service intérieur en langue turque. Les 9 stations télégraphiques à service international sont : Smyrne, Pergame, Dikili, Tchesmé, Scalanuova, Vourla, Chio, Mételin et Aïvalik. Les 33 autres stations sont celles de : Phocée, Ménémen, Tirèh, Baïndir, Eudémich, Magnésie, Soma, Kirk-agatch, Ak-Hissar, Kassaba, Guerdès Démirdji, Salihli, Koula, Echmè, Alachèhr, Aïdin, Sevké, Tchina, Bozdoghan, Nazilli, Dénizli, Tchal, Saraï-Reuï, Davas, Bouladan^ Kara-Agatch, Mougla, Bodroum, Milas^ Marmaris, Keuïdjiès et Makri.

La longueur kilomélrique des lignes télégraphiques desservant les stations ci-dessus est de 2,130 kilomètres, dont :

i ,375 kilomètres à un fil; 380 — à deux fils; 375 — à trois fils.

Il convient de mentionner trois câbles télégraphiques sous* marins, relevant de la direction de Smyrne, et qui sont :

Câbles sous-marins :

d'Aïvalik à Mételin. . . . longueur : 13 milles marins,

de Scala-nuova à Samos. — de Marmaris à Rhodes. . —

Population. — La population totale du vilayel de Smyrne qui, proportionnellement à son étendue, est l'un des plus peuplés de TEmpire, est de 1,396,477 habitants, comme suit :

COMMUNAUTES

Musulmanâ

Grecs orthodoxe?

Arméniens grégoriens. . ,

— catDoliqaes. .

— prot«»ptaiits . .

(Catholiques lalius

Bulgares

Etrangers

Israélites

Totaux vaïx mndjak

SANDJAKS

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Total GK^ÉRAL

TOTAUX

il y a en moyenne un peu plus de 26 habitants par kilomètre carré; mais cette proportion ne saurait être apphquée égale-

ment à chaque sandjak. Pour celui de Smyrne, le plus peuplé, la proportion est de 1^9,35 habilanls par kilomètre carré, tandis que le sandjak de iMeniéché^ dont la superficie est plus grande, n'a que 10.74 habilanls par kilomètre carré.

Mœurs^ usages, coutumes, etc. — Musulmans. Les musulmans, qui forment plus des 5/7" de la population du vilayet de Smyrne, peuvent être divisés en 4 principaux groupes, comme suit :

1® Les Turcs sédentaires, répandus sur toute la surface de la province, mais plus particulièrement dans les villes, les bourgs importants et les gros villages ;

2° Les Yuruk, mot qui signifie « marcheur » et qui sert à désigner, d'une manière générale, toutes les tribus nomades dont se composent les diverses peuplades appelées « Turkmènes » ou Turcomans ; « tékélis », subdivisés en ak (blancs), kara (noirs) et sare (jaunes) ; « tchepni » ; « yaghdji » ; « bédir » , tous éleveurs de bestiaux ou bergers ; « kizil-bach » (têtes rouges) ou « takhtadji » (faiseurs de planches) pour la plupart, comme ce dernier nom l'indique, scieurs de bois. Plus anciens dans le pays que les Turcs ottomans et leurs prédécesseurs les Turcs seldjoukides, les Yuruk sont venus comme eux du Turkestan. Depuis quelques années, le gouvernement est parvenu à les fixer au sol en leur distribuant des terrains et en les obligeant à les cultiver; ce sont de bons cultivateurs ;

3" Les émigrés de la Roumélie, de la Crimée et du Caucase : Bulgares musulmans appelés « Pomaks » ; Tatars et Circassiens. Les Pomak et les Tatar habitent généralement les villes, où ils exercent diverses professions. Les TcherkesSyOw Circassiens émigrés du Caucase^ sont établis dans les campagnes où ils ont bâti de nombreux villages sur les terrains qui leur ont été concédés par le gouvernement ;

4** Enfin, les Tchinganè ou bohémiens, considérés comme musulmans et astreints en cette qualité au service militaire, dans toutes les localités du vilayet où ils sont fixés.

Les Turcs sédentaires, dans ce vilayet comme dans tout FEm-

pire oUomaii, aussi bien ceux des villages que les habitants des villes, par un effet naturel de nombreuses alliances qui ont modilié leur type originaire, n'offrent plus aujourd'hui les caractères dislinctifs des races du Turkeslan, encore reconnaissables chez les Yuriik. Le type actuel du Turc ottoman, produit de celle fusion du sang des conquérants el du sang des peuples conquis, diffère encore du type grec des côles et des îles, mais il se rapproche assez de celui des autres habilanis de Tinlérieur du pays, soit d'origine grecque, soit arméniens, pour qu'il soit difficile d'établir entre eux, à première vue, quelque dissemblance bien marquante.

Celte observation s'applique surtout aux familles des anciens chefs militaires qui, sous le nom de « déré-bey », c'est-à-dire « seigneurs des vallées », ont possédé durant des siècles, à titre de fiefs des premiers princes de la famille d'Osman, de nombreux domaines faisant partie des territoires conquis par eux. Rien n'est plus simple du reste, car on sait que parmi ces chefs plusieurs étaient Grecs, comme Saganos-Pacha. On trouve encore aux environs d'Aïdin (Tralles) beaucoup de descendants de ces anciennes familles qui jouissaient d'un pouvoir souverain, à la charge seulement de fournir au sultan un certain nombre de cavaliers et de fantassins, d'entretenir les routes et de veiller à la sécurité publique, obligations souvent fort mal remplies. — Le sultan Mahmoud II mit fin à cette puissance féodale en 1833.

L'élément principal des corps de troupes irrégulières qu'entretenaient les déré-bey leur était fourni par les Zéibek. Cette nombreuse partie de la population musulmane du vilayet d'Aïdin ne ressemble en rien aux autres habitants pour lesquelles elle était alors un iléau. Les Zéibek portent un costume dinstinctif, très pitoresque, souvent reproduit parles peintres orientaUstes. Leur coiffure, d'une hauteur démesurée, est formée de plusieurs fez superposés, entourés en guise de turban d'un assez grand nombre de kèfiès (sorte de mouchoir de soie rayée bordé de longues houppes) ; leur veste, extrêmement courte et raide de broderies, se nomme « tchepken » ; leur chalvarj sorte de ca-

350 VILAYET DE SMYKNE

leçon le plus souvent de loile blauche, est collant surles cuisses et bouffant à gros plis par derrière; il se rattache à fentari ou ic/ilik, sorte de petit gilet, au moyen d'une ceinture de soie rayée ou de laine rouge, et laisse à nu les genoux par coquetterie, afin d'en montrer l'attache fine et la peau blanche, indices delà pureté de la race. La jambe est couverte de guêtres brodées, et les pieds chaussés, sans bas^ de souliers de maroquin rouge, appelés yéméni fort échancrés. La pièce capitale de ce costume est le silahlik ou ceinture d'armes, qui contient tout un riche arsenal de pistolets, yatagans, etc., mêlés à des ustensiles pacifiques, tels que pipe, sac à tabac, pincettes et gourde nommée « kabak » (calebasse) suspendue par des cordons en fils d'or.

Il semble tout à fait probable que les Zeïbek soient les descendants directs] des Thraces, fondateurs de l'antique ville de Tralles. Us en ont du moins toute la physionomie et en ont conservé jusqu'en ces derniers temps les habitudes, consistant à louer leurs services en qualité de « braves », soit isolément, soit en troupe, à tout prince ou particulier capable de les apprécier et de les solder. Gomme leurs ancêtres présumés, quand ils étaient sans emploi, ils exploitaient les grandes routes.

Lorsque les derniers deré-bey^ princes d'Aïdin de la famille des Kara-Osman-Oghlou, durent céder cette place à une autorité régulière, le nouveau gouverneur, Taher-Pacha, abolit la milice des Zéibeky et leur ordonna de quitter leur costume distinclif. Cet ordre provoqua une insurrection formidable, à la suite de laquelle \q^ Zéibeky massacrés dans la ville d'Aïdin, durent céder à des forces supérieures, mais ils conservèrent toujours leur costume. Actuellement,;^ les gouverneurs civils en emploient un certain nombre comme auxiliaires du corps de zad/1^5 (gendarmerie). Les voyageurs en louent pour leur servir d'escorte. Ils ont d'ailleurs renoncé en grande partie à leurs habitudes indisciplinées pour s'occuper, comme les autres populations musulmanes sédentaires, de travaux utiles et réguliers qui garantissent mieux leur existence. Ces habitudes nouvelles d'ordre et de travail pouvaient seules, en effet, éloigner des

STATISTIQUE DESCRIPTIVE aM

musulmans le danger de se Irouverbienlôl, parleur incurie, dépossédés de la lerre, Tunique bien de la plupart d'entre eux.

Les émigrés musulmans établis, au nombre de 50^000 environ, dans le vilayet de Smyrne, semblent avoir plus d'énergie, de vitalité, d'intelligence que ceux du pays. Partout où ils se sont fixés, ils ont réussi à faire avec profil concurrence aux chrétiens et leur ont fait perdre le monopole de bien des professions où jusqu'alors ils n'avaiejit pas eu à craindre de rivalité.

L'agriculture et Tindustrie du vilayet de Smyrne sont redevables aux émigrés de la Bulgarie et de la Roumélie orientale de certains progrès qu'ils ont apportés avec eux. Ainsi, par exemple, c'est à eux qu'on doit l'introduction dans les villes et les campagnes des nombreux chars-à-baucs et autres véhicules qui parcourent aujourd'hui cette province en tous sens, et qui sont un véritable bienfait pour le pays. C'est aussi chez eux que l'on compte le plus de naissances, tandis que chez les Turcs des villes^ la population semblent décroître. De plus, ils montrent beaucoup d'aptitudes pour le commerce que bien peu de Turcs natifs du vilayet savent exercer fructueusement.

Les Tcherkess (Circassiens) ont été longtemps le fiéau des campagnes où le gouvernement les avait établis; il était fort dirficile aux autres musulmans et encore plus aux chrétiens de vivre en paix avec eux. Forcés de renoncer à bénéficier, aux dépens du prochain, de la vente des chevaux qu'ils dérobaient, ils sont enfin devenus de meilleurs voisins. Bons cultivateurs, leurs villages se distinguent par un aspect général de propreté, d'ordre et de prospérité. Les champs et les jardins qui entourent leurs villages, sont bien soignés et mis en rapport avec intelligence. Les Circassiens n'exercent d'ailleurs d'autres métiers que ceux de sellier, où ils excellent, et d'orfèvre, bijoutier, qu'il pratiquent avec un certain art et assez d'originalité.

Quant aux Tchinganè (tziganes, gypsis, zingaris, bohémiens etc.), considérés comme musulmans dans tous les endroits où l'on est à peu près parvenu à les fixer, et, en cette qualité, astreints au service militaire, ils attachent fort peu d'importance à ce titre que d'ailleurs on ne leur accorde pas sans ré-

pugnance. A peine au nombre de 2^000 en tolalité dans le vi* layel de Smyrne, leurs mœurs et coutumes y sont les mêmes que dans tous les autres pays. On ne leur connaît en réalité aucune religion. Ceux de celte province semblent y être venus de TArabie. Us parlent en effet un dialecte où se rencontrent beaucoup de mots arabes. Comme les israélites, avec lesquels ils ont plus d'un trait de ressemblance, ils possèdent une grande facilité pour apprendre toutes les langues. Dans les villes, ils exercent divers petits métiers, tel que celui de vannier, mais surtout ils travaillent le fer dont ils fabriquent toutes sortes de menus ustensiles. Dans les campagnes, c'est surtout à la moisson du voisin qu'ils demandent leur subsistance; ce sont des glaneurs aussi infatigables qu'exigeants.

Les Yurukj naguère encore pasteurs ou scieurs de long, comme il a été dit plus haut, se livraient alors volontiers à des actes de brigandage, à l'exception toutefois des Turkmènes ou Turcomans, population foncièrement honnête et de mœurs patriarcales. Le gouvernement, qui attribuait non sans raison ces désordres à la facilité d'échapper au châtiment à l'aide de leurs continuels déplacements, a contraint la plus grande partie des Yurukj les Rizil-Bach, Taktadji^ etc., à quitter leur vieerrante. 11 leur a distribué des terres avec la stricte obligation de les cultiver. Momentanément, il est vrai, celte mesure a diminué les revenus de l'Etat, car on ne sait généralement pas en Turquie créer et entretenir des prairies artificielles pour Télève des bestiaux. Cet art ne fait que commencer à être connu et n'est guère encore pratiqué que par l'administration de la Liste Civile impériale et quelques riches propriétaires fonciers. En attendant qa'il se répande, on aura du moins gagné à rendre les Yuruk sédendaires, au grand profit du bon ordre et de la

sécurité.

Devenus cultivateurs, ils se trouvent généralement bien de leur nouvelle condition, où ils ont déjà trouvé les moyens de vivre plus à l'aise et dans de meilleures conditions que leurs voisins, moins actifs. Leurs femmes, quoique nées sous la tente, savent aussi soigner leur ménage mieux que celles des

paysans turcs. Contrairement à ces dernières, les femmes yuruk vont et viennent hors de chez elles à visage presque entièrement découvert. 11 est très rare qu'un yunik ait plus d'une femme. On sait du reste que s'ils sont musulmans de nom, il n'en est pas de même dans la pratique de leur culte, toute remplie d'usages païens, surtout chez \^s, kizil-bach. Aussi n'yal-il réciproquement que fort peu de sympathie entre eux et leurs voisins turcs ; ils ont plus de penchant pour les chrétiens. Ils sont d'ailleurs fort hospitaliers et tiennent à honneur de garder la foi jurée.

Dans les campagnes, les femmes turques ne se montrent pas à visage découvert, mais elles mettent pourtant moins d'affectation que celles des villes à se bien voiler. Les travaux des champs, qu'elles partagent souvent avec leurs maris, les occupent davantage. Les soins du ménage et de la famille leur laissent plus de loisirs, car elles ne s'y adonnent guère; les enfants grandissent comme ils peuvent, sont vêtus, hiver comme été^ des mêmes haillons et nourris sommairement. Toute la famille dort couchée sur de mauvaises nattes, de vieux tapis usés, ou sur la terre battue qui sert de plancher à la misérable hutte du paysan, au milieu de la fumée d'une cheminée croulante, sans que cet état précaire provoque jamais aucune plainte, aucun désir apparent d'amélioration.

Dans les villes, c'est avec beaucoup d'ostentation que les dames turques, lorsqu'un accident fait s'entr'ouvrir leur voile, se hâtent de le refermer hermétiquement, opération retardée souvent par les mouvements trop précipités de leur pudeur alarmée. A Smyrne, comme à Gonstantinople, le costume national est peu en faveur auprès des harem^ et bien que la même enveloppe informe recouvre toujours aussi religieusement qu'autrefois la toilette entière des dames, personne n'ignore que celle-ci est, ou peu s'en faut, à la dernière mode de Paris.

Chrétiens. — Parmi toutes les communautés chrétiennes du vilayet de Smyrne, celle des Grecs orthodoxes est la plus considérable. En effet, comme on peut le voir ci-dessus, elle

354 VILAYET 1)K SMYUNE

fournil à la population de ce vilayet un nombre dépassant 200.000 habitants.

Les Grecs du littoral différent de ceux de Fintérieur en trois points principaux : le type de la race, la nature de Tintelligence et le langage. Ceux de Smyrne et des environs : Tchesmé, Phocée, Vourla, Scala-nuova, etc., et ^Généralement de toute la côte, parlent une langue se rapprochant beaucoup de la pure littérature grecque, et qui n'en différerait pas si Thabitant de Smyrne s'abstenait d'y môler de nombreux mois français ou italiens, et l'habitant des villages d'en emprunter autant au turc. Malgré ce défaut qu'atténue un accent très pur, très harmonieux, on peut dire que nulle part, dans l'empire otioman, si Ton en excepte quelques îles, la langue grecque n'est aussi bien parlée. Les nombreuses écoles de la communauté grecqueorthodoxe du vilayet de Smyrne, dont quelques-unes sont d'un degré d'enseignement supérieur, épurent chaque jour le langage de la population, et parviendront sans doute à le ramener bientôt à la correction parfaite, obtenue non sans grande difficulté en Grèce même.

On rencontre fort souvent à Smyrne et dans les diverses localités plus haut citées, — quoique moins fréquemment que dans certaines îles de l'Archipel, — le type grec de la statuaire antique. Les habitants. de l'Ionie, de la Lydie et des autres pays d*origine grecque, compris aujourd'hui dans le vilayet de Smyrne, ont toujours été réputés pour leur beauté dont la grâce efféminée formait contraste avec l'air mâle et la robuste élégance de formes de ceux de la métropole. En effet, les antiques colonies grecques d'Ephèse, de Alilet, de Pergame, de Sardes, de Smyrne, célèbres jadis par leur richesse, leur commerce et leur luxe, la magnificence de leurs édifices, la douceur et la facilité de leurs mœurs, si elles ont compté quelques artistes de génie, n'ont guère fourni de grands capitaines. Toutes proportions gardées, les choses sont encore aujourd'hui dans le même état.

On compte à Smyrne, sur un chiffre égal de population, un plus grand nombre qu'en Grèce de commerçants actifs, labo-

rieux el inlelligenls. En revanche, le royaume hellénique fournil à celle ville la majeure parlie de ses médecins, de ses avocals et de ses professeurs.

Sauf quelques exceptions appartenant à la haule classe, le palriolisme hellénique est bien moins développé chez les Grecs du vilayel de Smyrne que chez ceux des Iles ou du royaume de Grèce. Les affaires poUliques les inléressenl en général assez peu. Quoique 1res fiers d'êlre Grecs el s'eslimanl bien au-dessus des Turcs el des autres sujets non musulmans, qu'ils n'onl peulêlre pas en assez grande estime, un profond atlachemenl à leur religion el à leur pays nalai agit bien plus fortement sur eux que l'amour de l'antique patrie. Toutefois, ils dépensent chaque année avec le plus louable empressement des sommes très considérables pour la fondation ou Tentrelien des belles écoles, des nombreuses églises, des hôpitaux et orphelinats bien tenus de leur communauté. De fréquentes quêtes, toujours bien accueillies, des fêles de bienfaisance qui rapportent beaucoup, viennent encore ajouter un large appoint aux revenue déjà importants de tous ces établissements charitables.

La conséquence naturelle de tant de Hbéralités est que, de toutes les communautés du vilayef, c'est celle des Grecs orthodoxes qui possède, d'une façon générale, le plus d'instruction el de bien-être. C'est parmi eux que se trouvent, outre les commerçants les plus aptes aux grandes affaires, les plus habiles artisans, qui souvent excellent dans leurs divers métiers, et les meilleurs agriculteurs. Leurs qualités dominantes bien connues sont l'activité el Téconomie.

Bienqu'il n'y ait point de tableau sans ombre, et que d'ailleurs, comme on le sait, toute exception confirme la règle, il est regrettable d'avoir à constater que tous les membres de cette communauté n'onl pas la même ardeur pour le bien, il faut pourtant l'avouer, c'était parmi les Grecs orthodoxes que se rencontraient jadis les plus habiles bandes de brigands qui aient infesté les environs de Smyrne : Katirdji-Yanni el Raptan-Andréa, fameux chefs de ces bandes, ont laissé des souvenirs locaux qui les égalent aux Fra-Diavolo et autres bandits lé-

356 VILWET DE SMYRNE

gendaires. Aujourd'hui même, ce sont encore les Grecs qui donnent le plus d'occupation à la police et aux tribunaux du vilayet.

La femme grecque, bonne mère de famille, pratiquant dans son ménage une sage et stricte économie, a cependant le défaut de trop aimer le luxe et la toilette. Elle retranche volontiers un bon plat de sa table, mais elle ne se prive pas aussi facilement d*une belle robe ou d'un chapeau nouveau. Aussi les magasins de modes sont-ils à Smyrne les mieux achalandés de tous et ceux qui font les meilleures affaires. Toutes les jeunes filles de la génération actuelle fréquentent assidûment les écoles, et montrent pour Tétude autant d'intelligence et d'aptitude que les jeunes garçons.

Les Grecs des villes et des campagnes de l'intérieur du vilayet parlent le turc avec facilité et sans accent mais n'en font pas autant de leur propre langue qu'ils estropient. On les reconnaît bien vite à ce défaut. Plus sobres et peut-être plus foncièrement honnêtes que ceux dont il vient d'être parlé, le continuel contact des turcs leur a fait perdre leur vivacité originaire. Excellents cultivateurs, exerçant aussi quelques métiers qui exigent de l'habileté et que les Turcs leur abandonnent, ils partagent avec les Arméniens le monopole du commerce intérieur avec la province. En ce moment, cette situation les amène, par la force des choses, à se substituer comme possesseurs des terres aux descendants des anciens conquérants du pays devenus, par une longue incurie, hors d'état de mettre en valeur leurs domaines. Entre leurs mains, ces riches propriétés, depuis longtemps à peu près improductives, redeviendront bientôt, par l'activité des nouveaux propriétaires, des exploitations en plein rapport dont les revenus augmenteront la prospérité pubhque.

Bons travailleurs par-dessus tout, les Grecs de l'intérieur, bien qu'ils ne tiennent pas en moins grande estime que ceux du littoral les bienfaits de l'instruction, ont pour coutume de n'envoyer leurs enfants à l'école que jusqu'à l'âge où ils sont capables de les aider utilement.

Comme tous les Grecs en général, ceux de Tintérieur du vilayet sont 1res aliachés aux pratiques extérieures de leur culle, jeûnent la moitié de Tannée, fêlent et chôment à peu près l'autre moitié.

Les Arméniens, soit grégoriens, soit calholiques, forment, après les Grecs orthodoxes, la majeure parlie des chrétiens de cette parlie de TAsie-Mineure. Les premiers, de beaucoup les plus nombreux, ont à Smyrne une importante colonie.

Doués de qualités reconnues parloul à leur race, les Arméniens du vilayet d'Aïdin, patients, actifs, énergiques au travail et très aples au commerce, possèdent les plus belles fortunes du pays, ils réussissent mieux encore que les Grecs dans la banque, mais montrent peu de dispositions pour la plupart des métiers. Parmi ceux qui résident dans les villes, si Ton excepte naturellement les nombreux terrassiers et portefaix venus directement de l'Arménie, on compte à peine quelques artisans, tailleurs, barbiers ou forgerons.

Leur grande facilité à parler le turc, pousse beaucoup d'Arméniens vers le barreau; c'est leur communauté qui fournit au vilayet la majeure partie des avocats chrétiens. Ils ont du reste bien plus d'affinités avec les Turcs, outre la conformité de type déjà mentionnée, que les autres sujets ottomans.

Dans les principales villes et surtout à Smyrne, les Arméniens ont de belles écoles, un peu moins bien établies et entretenues, toutefois, que celles des Grecs, et moins assidûment fréquentées par les enfants des deux sexes. A peine un adolescent sait-il bien lire, écrire et compter, qu'il est placé chez un commerçant ou dans une administration ; exceptionnellement des jeunes gens sont envoyés en Europe, notamment en Angleterre, pour apprendre le commerce, chez quelque riche négociant compatriote. Les Grecs envoient plus souvent que les Arméniens leurs jeunes gens aux Facultés de France.

L'Arménien de Smyrne et sa femme sont toujours habillés aux dernières modes de Paris. Ils préfèrent cependant de beaucoup au luxe coquet des Grecs un intérieur voluptueux qui rend plus doux le <ifar-niente » ou pour mieux dire le *< kief^^. — ils

358 VILAYET DE SMYHNE

manifeslent plus de sympathie aux Turcs qu'aux Grecs, aux Européens qu'aux Turcs, et n'onl en général que de la répulsion pour les Arméniens catholiques, qu'ils considèrent, fait assez élrange, comme des renégats. Pourtant, hors ce dernier point, ils sont moins strictement formalistes en matière de religion que les Grecs orthodoxes. Ils donnent avec libéralité les subsides nécessaires aux établissements de bienfaisance de leur communauté.

Les Arméniens catholiques ne diffèrent des grégoriens que par le dogme et une certaine tendance à se croire Européens, parce qu'ils fréquentent les églises latines. Plus d'un, à Smyrne refuse de se dire arménien, ils sont beaucoup moins riches que les Arméniens-grégoriens, et leur communauté ne possède presque aucun établissement, soit religieux, soit civil, qui lui appartienne en propre.

Quant aux Arméniens protestants, clair-semés dans le vilâyet de Smyrne, on ne leur connaît aucun Irait particulier qui les distingue des autres. Il n'y a guère plus de vingt ans qu'on a VH le premier, et tout porte à croire que leurs nouvelles convictions religieuses reposent uniquement sur les secours matériels que la misère leur fait accepter.

Ils y a certainement plus de 300 ans que les premiers Arméniens venus dans ces contrées s'vsonl fixés. Bon nombre d'autrès se sont enfuis de Perse dans le cours du xvii*' siècle, pour échapper aux cruautés de Châh-Abbâs qui les avait d'abord comblés de faveurs spéciales, et qui, plus tard, les persécuta par avarice, exemple qu'imitèrent plusieurs vézirs, ses successeurs.

Les catholiques du rite latin se divisent, dans le vilayef de Smyrne, comme ceux des autres parties de l'Empire ottoman, en deux catégories principales : les protégés étrangers et les protégés ottomans qu'on appelle « rayas latins » ou simplement « latins )),ef qui relèvent d'une administration spéciale et privilégiée connue généralement sous le nom de « Chancellerie latine ».

Ces derniers, partout en petit nombre, ne sont guère plus de mille, tant à Smyrne qu'à Aïdin. Leur origine est peu connue,

car ils ne s'en prévalent pas ostensiblement. On peut s'assurer cependant qu'ils sont les derniers restes des possesseurs génois et vénitiens des îles de TArchipel. Les noms illustres que la plupart portent suffiraient h l'indiquer ; mais sans en faire un vain étalage, plus d'un garde encore avec un soin respectueux ses titres de famille.

Quoi qu'il en soil, moins actif que le grec, moins persévérant que l'arménien, dépourvu de toute occasion de montrer autant de courage militaire que le Turc, le latin se considère pourtant^de beaucoup comme leur supérieur. Ceux-là connaissant fort peu la grande histoire des républiques italiennes du moyen âge, attribuent malicieusement cet orgueil de race à la vaniteuse satisfaction d'avoir osé le premier se coiffer d'un chapeau et habiller sa femme à la françue. Ils lui reconnaissent néanmoins assez d'aptitudes au commerce et ne songent point à nier qu'il s'y enrichit quelquefois. Us lui reprochent d'autre part, non sans raison, de parler mal le grec, ordinairement exclu de ses éludes classiques, et le français plus mal encore, faute d'y avoir attaché assez d'importance étant enfant. Toule son instruction lui a pourtant été donnée en cette langue, car les latins sont presque tous élevés chez les frères des écoles chrétiennes ou au collège de la propagande. Quelques uns seulement suivent les cours des écoles anglaises.

Le sentiment patriotique, peu manifeste extérieurement chez les Grecs du vilayet d'Aïdin et moins encore chez les Arméniens, manque tout-à-fait aux latins de Smyrne. 11 est du moins permis de le croire, car jamais un latin ne fait d'autre réponse, quand on lui demande à quelle nation il appartient, que celleci : a Je suis cat/foliçue, Monsieur. »

Son unique idéal est en eCTet la religion. Comme dans tous les pays du littoral méditerranéen, les latins de Smyrne et surtout leurs femmes fréquentent avec assiduité les églises. Bien qu'un peu frivoles, ils sont éminemment secourables. Les hôpitaux qu'ils entretiennent elles autres établissements de bienfaisance que protège le drapeau français sont largement pourvus ; on y reconnaît l'inépuisable charité qui distingue le catholique.

Israélites. — Les israéliles sont groupés à Smyrne au nombre de 16,000, et répandus dans chaque centre important de Tinlérieur en agglomérations beaucoup plus faibles. Ils trafiquent, comme partout, de tout objet qui peut trouver acheteur, et leur esprit mercantile est tellement délié qu'ils ont su accaparer certaines branches du commerce de Smyrne et fonder parmi eux de grandes fortunes. Ils ne sont pas agriculteurs mais beaucoup exercent de petits métiers. Us ont leur quartier spécial qui ne se fait pas remarquer par un grand luxe de propreté, où quelquefois ils se parquent par trente, quarante et plus dans des masures contenant à peine l'espace nécessaire à deux familles. Ils parlent entre eux un jargon espagnol, saupoudré d'un peu de mauvais hébreu, et se font comprendre avec facilité en toutes langues, sans savoir en parler aucune à peu près correctement. Leur attachement aux préceptes du Talmud est vif et sincère; il n'oseraient en violerle moindre, même en particulier.

Depuis quelque temps, grâce à la sollicitude de « l'Alliance Israélite » et aux riches dons de certains coreligionnaires d'Europe, ils ont des établissements d'éducation et de bienfaisance ne manquant de rien. Malgré cela et l'aide qu'ils se prêtent mutuellement, il règne chez eux un grand air de misère dont il ne paraît pas, du reste, qu*ils se plaignent. Par les soins de TAlliance précitée, des jeunes israélites ont été choisis parmi les plus intelligents, dans les familles pauvres, et mis en apprentissage chez d'habiles artisans de différents métiers et même chez des cultivateurs. Les parents n ont d'abord consenti qu'avec répugnance à celte innovation ; mais ils s'y sont habitués. Déjà certains signes font pressentir, par le relèvement de son niveau moral et par ses progrès matériels, que la communauté israélite va peut-être bientôt prendre, au milieu de toutes celles du vilayet, plus d'importance qu'elle n'en a eu jusqu'à présent.

Ecoles. — Les écoles du vilayet de Smyrne sont au nombre de 676, dont 122 « secondaires » et 554 « primaires », fréquentées par 40,049 élèves, dont 30,216 garçons et 9,885 filles comme suit :

COMMUNAUTÉS

MuBulm&ns

Grecs-orthodoxes

Arméniens-grégorieDs. . . .

Protestants

Catholiques-latins

Israélites

Totaux dbs écolbs, par SBXES

ENSEIGNEMENT

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