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Divers
Ce tableau sera plus loin reproduit, aux chapitres spéciaux des sandjaks, pour indiquer la proportion afférente à chacun d'eux.
Mines et Minières. — Le vilayet de Brousse est extrêmement riche en minerais de toutes sortes; on y rencontre de nombreux et importants gisements de plomb argentifère, de cuivre, de zinc, de fer magnétique ou aimant, de chrome, de
manganèse, d'étain, d'antimoine, d'asbesle ou amiante, de quariz hyalin incolore ou cristal de roche, de silicate de magnésie ou écume de mer [mverschaum), de boracite, de kaolin très pur dit de l'olympe, etc. , etc. ; ainsi que des carrières de beaux marbres blancs, roses, bleu antique, de lazulite ou lapis-lazuli ; de pierre meulière, de granit, de pierre lithographique, etc. On a découvert en divers endroits des gisements houillers considérés généralement comme devant être très riches, mais deux ou trois ont été seuls exploités rien qu'à la surface, de sorte qu'on n'en a tiré que des lignites, suffisant du reste aux besoins locaux actuels.
Beaucoup de permis de fouilles et de firmans de concessions ont été accordés; cependant sur un nombre de mines connues montant à quelques centaines, il n'y en a que fort peu d'exploitées. Les unes n'ont pas donné de résultats satisfaisants ; d'autres, qui contiennent du plomb argentifère et du cuivre, semblent pouvoir être avantageusement exploitées ; mais ces dernières, concédées h M. Reiser, attendent des capitalistes. Le même concessionnaire, possesseur d'un certain nombre de firmans ou actes de concession, en a transféré trois à la Société Hellène des Usines du Laurium. Les deux premières mines ainsi rétrocédées sont situées dans le sandjak de Karassi, à Balia, naliié dépendant de Balikessèr, et consistent en une mine de plomb argentifère nommée Hadja-Gumuch, exploitée depuis 1882, et en un gisement carbonifère qui fournit depuis trois ans le lignite nécessaire à celte exploitation. On le nomme Mandjilik. La troisième, située à Avniéj nahié du caza d'Adramit, est appelée Kara-Aïdin.
La mine de Hod/'a-Gumuc/i produit annuellement 4,000 tonnes de minerai de plomb argentifère, contenant 40 à 50 0/0 de plomb, et 1 ,800 à 2,500 grammes d'argent par tonne, estimée, en conséquence à une valeur de 12 à 15 livres turques, soit environ 276 à 345 fr. Cette mine occupe 400 ouvriers; on y emploie 6 machines pour l'exploitation, la conduite de Teau et la préparation du minerai. L'une de ces dernières, de la force de 1 35 chevaux, sort des ateliers de la maison Lusinig de Dresde,
IS VILAYET DE BllOUSSK
et a déjà amélioré considérablement le rapport de la mine en permettant d'extraire du minerai, au lieu d'une moyenne de 45 0/0 de plomb, 75 0/0 de ce mêlai et un rendement proportionnel d'argent.
D'autres améliorations ont eu lieu aussi dernièrement. Les diverses galeries sont mises en communicalion au moyen du téléphone, et la circulation s'y fait sur des rails; une route carrossable récemment construite, relie la mine de Hodja-Gumuch à la chaussée de Balikessèr à Adramit. Celte mine paie au gouvernement une redevance de 3 0/0 de la valeur du minerai à l'exlraction et de 1 0/0 à Texporlalion.
Dans ce même nahié de ce même merkez-caza de Balikessèr, à Irvindi, une mine d'antimoine est exploitée depuis cinq ans parla maison Lorandode Constantinople; 50 tonnes de ce minerai ont été récemment expédiées à Adramit.
Les mines de boracile, dites de Su/fan-tc/iaïr se Ivouyeniéga-lement situées dans le sandjnk de Karassi et les dépendances directes du merkez-caza de Balikessèr, au nahié de Fret. La première concession de ces importantes exploitations est une des plus anciennes qui aient été faites en Turquie d'Asie à des étrangers, en vertu des lois et règlements qui venaient alors d'être édictés par le sultan Abd ul-Mèdjid.
Cette circonstance, jointe aux particularités de leur découverte fortuite, ajoute un attrait de plus à l'inérêt qu'inspirent naturellement des établissements aussi éminemment utiles. Un architecte français, M. Desmazures, avait été chargé, vers 1856, de la construction du phare de la pointe du Séraï, sous la direction de M. le commandant Michel, aujourd'hui Michel Pacha, Administrateur Général des phares de l'Empire Ottoman. Il fil à Constantinople la connaissance de M. Groppler, qui déjà exploitait à Pandcrma une carrière de l'espèce de marbre connue en Europe sous le nom de w marbre rosé d'Orient », et qui le pria de venir voir ses installations. M. Groppler, pour maintenir ses marbres lorsqu'on les sciait, se servait parfois de plâtre du pays dont il restait un stock dans son magasin. M. Demazures remarqua dans ce plâtre des morceaux d'un î autre substance
STATISTIQUE DESCRIPTIVE i9
qui lui parui mériler d'êlre soigneusement examinée, mais faute d'appareils el de réactifs, il ne put en déterminer la nature. Toutefois il envoya un de ces morceaux à Paris, à M. Sainte- Claire-Deville, qui le reconnut pour un biborate de chaux, contenant 40 à 44 pour 100 d'acide borique.
Aussitôt édifiés, MM. Desmazures et Groppler envoyèrent leur principal agent, M. Ratynski, à la recherche du gisement de plâtre d'où provenait la boracite, ce qui nécessita un retard de quelques jours, puis ils en sollicitèrent la concession qui fut d'abord refusée, parce qu'il s'agissait d'une substance nouvellement découverte, encore inconnue des chimistes ottomans et ne figurant dans aucun des traités de commerce conclus jusqu'alors. Bientôt cependant une concession provisoire de 20 ans fut accordée à MM. Desmazures et Groppler, qui s'empressèrent d'acheter les terrains du gisement de plâtre, d'une contenance de 38 deunums^ soit environ 349 ares et d'en commencer Texploitatioij.
Tel fut le commencement d'une entreprise qui s'étend aujourd'hui sur 150 hectares environ, après de nouvelles acquisitions faites par les premiers concessionnaires et la fusion de leur groupe financier avec celui d'inventeurs subséquents, MM. Lorando, Giove, Hanson et O . sous le nom de « Compagnie du borax ». Cette fusion a été sanctionnée par Iradé (Décret Impérial) en juillet 1887.
Les mines de boracite de Sultan-TchaïroccupentactuellemenI 200 ouvriers sous la direction d'un ingénieur des mines français, et emploient quatre machines pour leur exploitation. La redevance qu'elles paient au gouvernement est de 16 0/0 à l'exportation.
Une autre mine de boracite, située dans le même nahié, au village de Démir-Kapou, est concédée au Maréchal Fuad Pacha; elle n'est pas encore exploitée, mais elle a expédié à Panderma, à destination des places de commerce européennes, 30 tonnes de minerai à titre d'échantillon. Cette concession vient d'être acquise par des capilahstes français de Lyon, qui se préparent à lui donner une grande extension.
Parmi les autres mines exploitées dans le vilayel de Brousse, les plus dignes d'intérêt par leur vaste étendue, la beauté de leurs produits el les énormes bénéfices qu'on en pourrait obtenir au moyen d'une meilleure exploitation, sont les gisements d'argile smectique ou terre à foulon (XvT), employée au dégraissage des étoffes et aux soins de propreté chez beaucoup de dames turques. Ces gisements en recouvrent de beaucoup plus importants encore, ceux de silicate de magnésie, vulgairement nommé « écume de mer » (mcerschaum).
Ces gisements occupent un territoire de plus de 100 kil. de longueur sur une largeur variable etindéfinie comprise, pour la majeure partie, dans le sandjak de Kutahiael principalement dans le caza d'Eski-Chèhr, entre les deux rives du Poursaktchài et la rive gauche du fleuve Sakaria (Sangarius). Les exploitations commencent déjà à prendre une assez grande importance à Kahé, dans le vilayet d'Angora. Elles se répandent de là à travers le sandjak de Kutahia jusqu'à Mikhalitch, oii se trouvait, il y a 60 ans, tout le commerce de ces deux produits miniers, dont le centre commercial et en même temps celui de production est aujourd'hui Eski-Chèhr.
Autrefois la terre à foulon [kil) qui forme au-dessus du silicate de magnésie une couche épaisse d'un mètre environ, était recueillie avec soin, transportée à Mikhalilchdansle vilayet d'Angora, et de là, chargée sur de petites charrettes à deux roues, était expédiée en caravanes dans toutes les villes de l'intérieur. Leur chargement vendu, les caravaniens vendaient aussi les deux bœufs qui l'avaient traîné, démolissaient leur charrette et ramenaient les roues à dos d'âne. Quoique la terre à foulon soit toujours d'un grand emploi pour le lavage des laines et l'usage des bains [hammam), son exploitation n'a plus aucune importance commerciale et l'on ne s'occupe plus guère, aux mines d'Eski-Chèhr, que de l'extraction de la magnésie ou « écume de mer ».
Actuellement, tous ceux qui désirent extraire celte substance peuvent obtenir à cet effet un permis de l'Administration des Mines en payant un droit flxe de 5 piastres, et sont tenus de
n'ouvrir de puits d'extraclion qu'aux poinls qui leur sont désignés par cette môme administralioa, à l'un des quatre centres de cette indusirie minière ci-après énumérés :
r Les mines de Sari-son, sont situées à une distance d'environ 27 kil. à Test d'Eski-Chèhr. On a commencé, il y a 12 ans, à creuser des puits à cet endroit où Ton en compte aujourd'hui 8,000, dont 6,000 abandonnés et 1,500 exploités. Le nombre des mineurs s'élève à 4,000. 11 y a à Sari-sou une mosquée, 5 han ou hôtelleries, 80 boutiques, 6 fours, 30 cafés et 1 ,000 baraques. On y tient un marché chaque vendredi.
2° Au village de Sèpètdji^ situé à 30 kil. environ au nord-est d'Eski-Chèhr, on compte environ 20,000 puits sur un espace de 10 kil. de l'est à l'ouest; 150 puits seulement soiït en exploitation ; tous les autres sont épuisés. On assure que la date de l'ouverture des mines de Sèpètdji remonte à 1,000 ans, ce qui ne semble pas incroyable, car la magnésie a pu être employée à toute autre chose qu'à fabriquer des fourneaux de pipes, et l'on sait d'ailleurs que l'exploitation de la terre à foulon, aujourd'hui dédaignée, se faisait jadis sur une vaste échelle. Les mineurs actuels ne sont pas plus de 500, ils habitent les villages voisins.
3' A Ghé'ilpli, localité située à proximité de Sèpètdji, il existe 3,000 puits dont 100 sont exploités par 400 mineurs. Dans ces deux villages réunis, on ne compte pas plus de 80 baraques, 2 haji ou hôtelleries, 6 boutiques et 4 cafés.
4' Enfin, JNem/ou^ dernier point d'exploitation aujourd'hui désigné par l'administration des mines aux entrepreneurs qu'elle autorise à extraire l'écume de mer, n'a plus actuellement que 20 puits exploités par 100 ouvriers. On fait remonter l'ouverture de cette mine à 2,000 ans.
L'exploitation des mines d'écume de mer dites « d'Eski- Chèhr », jadis très active et qui s'étendait de Kahé jusqu'à Mikhalilch, est donc réduite, par sa concentration autour de la ville d'Eski-Chèhr, à 1,770 puits où travaillent environ 5^000 mineurs.
Ce travail est efîeclué comme suit :
Un conlre-mallre, ayant 2 à 15 ouvriers sous ses ordres, décrit une ouverture d'un mètre de largeur et fait creuser à la pioche un puits dont la profondeur, très variable, est déterminée par la rencontre d'une terre rouge, premier indice de l'existence de la magnésie. Quelquefois cette rencontre a lieu à quelques mèlres seulement au-dessous du sol, mais d'ordinaire il faut creuser jusqu'à 20 mèlres et souvent jusqu'à 40 et même 60 mèlres avant de trouver cette terre rouge dans laquelle la magnésie est disséminée en rognons, de forme en général irrégulière. Le volume de ces blocs d'écume de mer dépasse rarement 30 à 40 cenlimètres cubes; la plupart sont de la grosseur d'une noix ou de celle d'une pomme. Arrivés à la couche de terre rouge qui contient la magnésie, les mineurs commencent leur exploitation en creusant péniblement une ou deux galeries horizontales à travers cette matière dont chaque coup de pioche ne peut guère détacher qu'environ 50 grammes. Quelques-unes de ces galeries n'ont pas moins de 400 mètres de long, et comme elles sont percées au hasard et sans orientation préalable, il arrive parfois que deux entreprises se rencontrent. Les ouvriers travaillent nuit et jour, éclairés par dos lampes à pétrole. Au fur et à mesure de l'extraction, les morceaux d'écume de mer sont tirés de la mine et entassés dans les baraques des mineurs. Les lulèdji, marchands dont le nom est formé du mot « lulé » qui signifie « fourneau de pipe », viennent d'Eski-Chèhr où ils sont environ 150, faire leurs achats en bloc à forfait, au marché du vendredi.
Les hilèdji transportent cette marchandise brute, encore enveloppée de sa gangue, à Eski-Chèhr. Là, les morceaux d'écume de mer sont nettoyés, opération qui se fait au moyen d'un simple grattage ou taille au canif, caria matière est encore à ce moment très tendre. Plus de 1 ,000 ouvriers sont occupés au travail des blocs. Ces blocs sont ensuite divisés, suivant leur grosseur, en 4 classes, et vendus à des commissionnaires, au nombre de 12 à Eski-Chèhr. Ceux-ci disposent ces 4 classes avec soin dans des caisses d'égale grandeur, remplissant les vides avec du coton afin qu'il n'y ait ni frottement ni choc entre
les morceaux. Les quatre classes ou sortes commerciales sont disposées comme suit :
CLASSE où SOUTE
10 — Sira-AJali . .
2° — Hirèm-birlik 3<> — Pamhoukli.
40 — Deukmè. . .