‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistique, descriptive et raisonnée de chaque province de l'Asie-Mineure;Chapitre 120 sur 144 · IO CO · texte numérisé non relu

IO CO

IO

es

îO

O eC-O

en

OO

e eo

IO

ce

ee < a.

Mœurs^ usages, etc. — Parmi les 139,522 musulmans, dont le nombre eslci-dessus énoncé, on compte tousiesofficiers et la plupart des hommes de troupe de la garde circassienne de S. M. I. le Sultan. Dans les colonnes qui portent en lête l'indication de a Bulgares » « Tchèrkès » ont été seuls compris les immigrés non militaires, pour faire juger de leur plus ou moins d'importance dans les colonies agricoles. Quant aux Circassiens de la garde, leurs familles sont logées dans les quartiers musulmans de la ville de Scutari, et dans sa banlieue, autour du joli faubourg de Tchamlidja^ où leur général Fuad Pacha a sa résidence. Depuis la création de la garde circassienne, le service des bateaux entre Scutari et Béchiktach, qui se bornait auparavant à deux voyages d'aller et retour, malin et soir, a pris autant d'importance que le service de Scutari-Constantinople. A chacune des deux échelles, en Europe et en Asie, les départs et les arrivées se succèdent sans interruption, du malin au soir, de 45 en 45 minutes, car presque tous les officiers des autres corps de troupe du palais de Yildiz, les hauts fonctionnaires civils et la foule des employés subalternes de cette résidence impériale ont également leurs riches hôtels, leurs palais, konaks^ yâli^ etc, et leurs très humbles maisonnettes à Scutari, à Tchamlidja, et autres parages [asiatiques. Tous leurs enfants, ceux des riches comme ceux des pauvres, fréquentent assidûment les lycées, les écoles supérieures et surtout les écoles spéciales : marine, arts et métiers, médecine, beaux-arts, artillerie, génie, etc., et les nombreux ateliers de l'État dans lesquels, habillés, nourris, recevant une petite solde, ils apprennent à fond, en théorie et en pratique, les professions utiles et lucratives d'ingénieur-mécanicien, d'ajusteur, etc, sous d'habiles maîtres, engagés par la Turquie en France et en Angleterre. C'est donc un va-et-vient continuel de bateaux et de càik^ que l'on songe, depuis vingt ans et plus, à remplacer par de gigantesques ponts sur le Bosphore ou des tunnels sousmarins ; mais ce sont des projets hasardeux qui, jusqu'aujourd'hui, n'ont pu aboutir.

Dans le même chiffre précité, se trouvent compris quelques

chiites^ fort peu nombreux de ce côté du Bosphore, car presque tous les sectateurs d'Ali fixés à Constantinople sont des négociants persans, en majorité fort riches, qui préfèrent demeurer à Stamboul pour être plus près du centre de leurs affaires et de leurs plaisirs. Outre ces gros négociants elles marchands de « tumbéki » , sorte de tabac spécialement destiné au « narghiléh », les sujets persans qui se font le plus remarquer sont les échèkdji ou conducteurs d'ânes employés à transporter les briques et tuiles, les planches, le sable, la chaux et autres matériaux de construction. On les voit partout où Ton bâtit, en Asie comme en Europe, ainsi que les colporteurs de chaussettes en tapisserie, de châles et autres objets à l'usage des ouvriers persans et des hammâl ou portefaix arméniens, kurdes^ etc. Tous ces gens habitent les localités où se trouvent les travaux et les travailleurs qu'ils fournissent; ce sont à peu près les seuls chiites que Ton rencontre dans les villes et villages du « cordon d*Asie », excepté à certaines époques de Tannée telles que le « nèv-rouz » ou premier jour de printemps, et la fête de Hassan et Hussein^ fils d'Ali, quatrième khalife Rachédi. Alors la colonie persane toute entière part du pont situé entre Émineunu et Galata, sur des bateaux à vapeur nolisés à cet effet, et vient débarquer à l'échelle de Scutari, d'où elle se rend à pied au vallon de Séyyid-Ahmed'dfirèssi, situé à qaradja-Ahmed, dans le grand cimetière musulman de Scutari, où ont lieu les cérémonies d'usage.

Les fêtes commémoratives de la mort du fils d'Ali ont déjà été décrites au chapitre spéciale du vilayet de Bagdad (tome II!, page 175). Quant aux cérémonies du nèv-rouz, celles que l'on fait publiquement, consistent en comédies, danses, feux de joie, luttes, joutes et spectacles de toutes espèces^ avec fanfares de trompettes, de cors et de timbales, et repas sur l'herbe. Tout le monde est habillé de neuf et chacun s'efforce de surpasser les autres en magnificence. La fête dure huit jours pendant lesquels on^s'envoie mutuellement, et l'on envoie à ses amis appartenant à d'autres communautés, plusieurs présents où doivent toujours figurer certaines sucreries spéciales. Parmi les cérémonies du

nèv-roiiz et de la fête de Hassan et Hussein, il ne faut pas oublier la confeclion exécutée en commun, à « Sèyyid'Ahmed'dèrèssiyyj par toute la colonie persane, d'un « âchuré », mets aussi indispensable en ces occasions que les œufs peints et dorés qu'on s'envoie les uns aux autres la veille du nèv-rouz.

V « âchuré » est un plat doux dont la base est du blé cuit à l'eau; dans l'eau de cuisson du blé, on fait cuire ensuite des pignons, du raisin sec, des amandes, des pois chiches; on édulcore le tout avec « quantum satis » de sucre, miel ou sirop et d'eau de roses, et l'on obtient de la sorte un manger délicieux, pourvu que chacun des éléments qui le composent y ait été introduit au moment voulu pour son parfait degré de cuisson, et en proportion rationnelle.

Bien que fort goûté chez les Orientaux, en toute occasion, r âchuré est surtout un mets funéraire. Dès les temps anciens^ les Grecs et les Persans en mangeaient, comme ils le font encore aujourd'hui^ aux repas des funérailles. Cet antique usage est attribué à ce que, dit-on, ce fut de Fâchuré qui fut offert à Cérès, par la vieille sicilienne à la porte de laquelle elle tomba brisée de fatigue et torturée par la faim, quand elle cherchait partout, en vain, les traces de sa fille Proserpine enlevée par Pluton, dieu des enfers.

Les tchingânè ou bohémiens, appelés aussi égyptiens dans beaucoup de pays d'Europe, et nommés coptes ou cophtes, dans beaucoup de documents officiels ottomans, ainsi qu'il a été déjà dit dans le cours de cet ouvrage, sont sédentaires à Constantinople et dans ses diverses dépendances directes, notamment à Scutari (IX« cercle), où ils occupent un quartier adjacent à la rue Sélamsiz et une partie de cette môme rue. Ils y exercent, comme à peu près partout, les métiers de fabricants d'ustensiles en fer forgé, de maréchal-fer rant, de maquignon, de vannier, etc. Suivant la saison, ils confectionnent des manghâl {braseros) ^ des poêles en tôle, des paniers en bois tressé pour fraises au printemps, raisins en automne; d'autres paniers plus grands pour garantir les poules mères et leurs petits poussins exposés à être happés par les chats et les oiseaux de proie j de grandes

corbeilles à linge et de hautes mannes pour couler la lessive, etc. En tout temps, leurs jeunes gens s'exercent à la musique en plein air : chant, flûte, tambour surtout^ et les jeunes filles à la danse orientale, autant par plaisir que par nécessité d'un gagne-pain; ces dernières vont aussi courir les bois et les prés pour y faire la cueillette des herbes médicinales, des asperges sauvages, des champignons qu'elles colportent ensuite dans les rues de Stamboul et de Péra pour les vendre aux pharmaciens, aux droguistes et aux ménagères. Comme ceux de tous les autres pays, les ichingânè de Scutari et autres échelles du Bosphore excellent en toutes sortes d'artifices, grâce auxquels ils font paraître jeunes, fringants, et rendent à de bons prix des chevaux à peine utilisables pour la peau et les os; et leurs vieilles femmes n'ont pas leurs pareilles pour prédire aux soldats turcs le bâton de maréchal, et aux jolies serrantes de brillants mariages.

Ecoles. — Les établissements scolaires de la partie asiatique du <c cordon » sont au nombre de 606 dont 15 écoles supérieures ou spéciales, fréquentées par 1 ,329 élève», dont 1 ,135 garçons et 194 filles; 47 lycées, collèges, pensionnats gymnases et autres établissements d'instruction secondaire, fréquentés par 3,654 élèves dont 2,698 garçons et 956 filles, et enfin 544 écoles primaires ou élémentaires, fréquentées par 16,829 élèves, dont 12,006 garçons et 4,823 filles, soit en totalité de 21,812 élèves dont 15,839 garçons et 5,973 filles, comme &uii. .

ce

CO (R> C4 Cl

CM

lO

Page 1