‹ La Turquie d'Asie; géographie administrative, statistiqueChapitre 75 sur 151 · GAZA DE PERGAME · texte numérisé non relu

GAZA DE PERGAME

Orientation, limites. — Le caza de Pergame est situé au nord-ouest du vilayet de Smyrne.Ilest limité au nord par le vilayet de Brousse; à Test par le sandjak de Saroukhan ; au sud par ce même sandjaii et le caza de Ménémèn, et à Touest par le canal de Mételin.

Superficie. — Sa superficie totale est de 2,85(5 kilomètres carrés, comme suit :

Cultures 1,200 kilom. carrés.

Pâturages 303 —

Montagnes, terres arides. 1 ,023 —

Terrains boisés 330 —

Total: 2,856 kilom. carrés.

Division administrative. — Il est divisé administrativement en 7 nahiés qui sont : 1® Kozak; 2® Ayazmènd; 3** Dikili ; 4^ Tchandarli ; 5^ Kilissé-Keuï ; 6o Uidja; 7^ Névahi-Pergama. On y compte 163 villages.

Autorités. — Le caza de Pergame est administré par un calmakam et 7 mudirs, directeurs des nahiés.

Population. — Sa population est de 35,237 habitants, comme suit :

Musulmans 23,735 hab.

( Grecs orthodoxes. . . . 8,416 J

Chrétiens . A Arméniens grégoriens. . 1,500 \ 10,502 —

( Étrangers 586 \

Israélites <,000 —

Total 35.237 hab.

Chef-lieu. — Pergama, chef-lieu du caza, résidence offificielle du caïmakam et siège des services administratifs, est située par 24*» 55' de longitude et 39V de latitude, à 80 kilomètres au nord de Srayrne, à 30 kilomètres de Dikili et de Tchandarli, tous deux sur la mer Egée, et à 5 kilomètres de la rive droile du Bakir-tchài (Caïcus). Cette ville occupe une partie de remplacement de l'ancienne Pergame, capitale des Attales, sur une montagne, contre-fort du mont Kozak, qui domine toute la vallée environnante. Un ruisseau très encaissé et sujet à des débordements, le Pergama-sou (ancien Sélinus) parcourt la ville actuelle et les ruines de l'ancienne ville grecque sur près d'un kilomètre de long.

Population du chef-lieu. — La population de Pergame, comprise dans le chiffre ci-dessus de colle du caza, est de 14,502 habitants^ comme suit :

Musulmans 8,000 hab.

i Grecs orthodoxes . ... 3,416 ) Chrétiens . } Arméniens grégoriens. . 1,500 ? 5,502 —

( Étrangers 586 ;

Israélites 1,000 —

Aucun des restes fori nombreux de l'antique Pergame ne remonte plus haut que le temps des rois grecs; mais on sait que la date de sa fondation se perd dans la nuit des âges. Cette ville existait déjà à l'époque de la guerre de Troie. En effet, Pausanias rapporte (Liv. I, c. 10) que Pergamus, l'un des trois fils de Pyrrhus et d'Andromaque, étant venu avec sa mère chercher fortune au pays des Teuthraniens, où régnait Arius, tua ce prince en combat singulier et prit sa capitale, àlaquelle il donna son nom. Le même auteur dit que les deux tumulus qu'on voit encore aujourd'hui à l'entrée de Pergama et dont l'un porte le nom de Mallépé, sont les tombeaux d'Andromaque et d'Augée, mère de Télèphe.

Ouoi qu'il en soit, la première mention faite de Pergame aux temps historiques est de Xénophon, qui trouva dans cette ville une hospitalité généreuse, et en partit pourcombattre les Perses alors maîtres du pays. La seconde se rapporte à la fondation du célèbre royaume grec de Pergame, sous les successeurs d'Alexandre. L'un de ses généraux, Lysimaque, qui devint roi de Thrace et plus tard de Macédoine, avait fait choix de Pergame à cause du château fort, pour y déposer ses trésors estimés à 9,000 talents, soitSi, 750,000 francs, sous la garde de l'eunuque Philélère. Celui-ci, menacé d'une disgrâce, se déclara indépendant et réussit, avec l'appui de Séleucus, puis de son fils Antiochus, à réunir sous son gouvernement une grande partie de l'yËolide qu'il légua à son neveu Eumène. Ce dernier régna vingt-deux ans et mourut en 241 avant J.-C. en laissant son héritage à son cousin Attale.

Ces deux premiers souverains de Pergame n'avaient pas le titre de roi ; mais Attale le reçut par acclamation après une grande victoire qu'il remporta sur les Gaulois de la Galalie jusqu'alors réputés invincibles. Cette victoire excita chez les Grecs de toute l'Asie, ainsi qu'à Athènes, un enthousiasme inexprimable. Le souvenir en fut conservé par des tableaux représentant la bataille gagnée par Attale P% déposés dans les temples de Pergame et d'Athènes. Ce roi régna quarante-quatre ans, étendit sa domination jusqu'à Adramit, et posa les premiers jalons de la bibliothèque de Pergame dont son fils et successeur, Eumène II, doit être considéré comme le véritable fondateur. La nécessité où se trouva AttaleP' de faire face à beaucoup d'ennemis, le conduisit à rechercher l'amitié de la puissante République romaine; les effets de cette alliance furent d'abord très heureux, mais elle fut en réalité la cause première de la perte du royaume grec.

Sous Eumène II, l'amitié du peuple romain commença déjà à manifester ostensiblement de la méfiance, des soupçons fâcheux, mais Tibérius Gracchus, envoyé en Asie comme commissaire pour examiner la conduite du roi de Pergame, ne put rien découvrir contre lui. Son témoignage et le voyage que fit à

Rome le frère du roi, apaisèrent les mauvaises dispositions de la République. Un décret du Sénat ordonnant d'enlever les statues d'Eumène de toutes les places publiques fut révoqué, et ce prince, délivré de toute inquiétude, put s'occuper en paix d'achever la grande œuvre commencée par son père. Deux cent mille volumes furent rassemblés dans cette bibliothèque si fameuse, dont la perte est regrettée depuis tant de siècles. Un travail aussi colossal eût été absolument impossible^ à cause de la rareté du papyrus, de fabrication difficile et de sa grande cherté, car l'Egypte seule en pouvait fournir. Eumène supprima l'obstacle qui semblait invincible, en créant des fabriques où les peaux furent préparées pour l'écriture; il invente le parchemin (pergamenaî chartae) ainsi nommé du nom même de la ville où a pris naissance cette industrie, qui n'a pas cessé d'y être exercée durant près de vingt siècles, jusqu'aujourd'hui.

Après avoir érigé ce monument à la gloire de Pergame, qu'il orna et enrichit de plusieurs temples «t autres édifices magnifiques et qu'il agrandit considérablement, Eumène II mourut. Il avait régné 49 ans, son frère Attale, qu'il avait nommé régent, exerça en réalité le pouvoir souverain, et Slrabon l'inscrit parmi les rois de Pergame sous le nomd'Attale II, Philadelphe. Ce roi agrandit encore le royaume et augmenta sa puissance à un tel point qu'il put rétablir sur son trône Ariarathe, son beaupère, roi de Cappadoce. Attale II, maître de la Phrygie et de la Pamphylie, bâtit les villes d'Attalia (Adalia) et de Philadelphie (Alachèhr) auxquelles il donna ses noms. Son neveu, Attale 111 Philométor, fils d'Eumène II, se lassant d'être frustré de son héritage, l'empoisonna en 137 avant J.-C.

Dévoré de remords sur la fin de son règne, et privé d'enfants légitimes, Attale III, par un testament signé de tous les rois de l'Asie, légua son royaume à la République romaine, en 132 avant J.-C. Pendant trois ans, cette riche proie fut disputée à cette dernière, par Aristonic, fils naturel du roi défunt. Publius Crassus et Perperna, personnages consulaires, entrèrent successivement en campagne contre le prétendant qui fut enfin vaincu, emmené prisonnier et mis à mort à Rome en 129 avant

J.-C. Tous les trésors des rois de Pergame furent emportés pour le peuple romain et un proconsul vint en son nom prendre possession du royaume.

Plus lard, sous les empereurs romains, Fancien royaume de Pergame fut compris dans la province d'Asie, et ses villes jouirent des mêmes immunités et libertés municipales que Smyrne et les autres grandes cités grecques. Pergame, célèbre par son temple d'Esculape oti plusieurs empereurs vinrent en personne demander la santé, reçut le titre de Néocore inscrit sur les médailles impériales. Elle eut aussi, comme Smyrne, des jeux publics présidés par un Asiarque et le privilège d'élever des temples aux empereurs. La confiance inspirée par son culte d'Esculape rendit fameuse entre toutes l'École de médecine de Pergame qui compte Claude Galien parmi ses illustrations.

Pergame fut aussi l'une des premières villes qui embrassèrent la foi chrétienne dès la prédication des apôtres. Elles est citée dans l'Apocalypse comme une des sept églises d'Asie. Son évêché fut d'abord suffragant de Smyrne ; mais elle obtint ensuite le titre de métropole. Elle fut rangée par Constantin Porphyrogénète dans le nouveau thème Obsequium.

En 1306, l'émir Karasi enleva Pergame aux empereurs byzantins ; mais, trente ans plus tard^ le sultan Orkhan, fils d'Osman, tige des empereurs ottomans, lui reprit cette ville qui faisait partie du domaine donné à son père par le Sultan des Turcs seldjoukides, Alaeddin, sous le nom de Osman-eunu (le tablier d'Osman). A partir de cette prise de possession en 1336, Pergame n'a jamais cessé d'appartenir à l'Empire ottoman.

La ville actuelle, ainsi qu'il a été déjà dit plus haut, occupe une partie des restes de l'ancienne ville grecque et romaine. Les quais d'aujourd'hui sont les quais antiques construits en grandes pierres de taille à bossage et très élevés, afin de contenir les eaux torrentueuses du Bergama-sou, l'ancien Sélinus, qui est sujet à des débordements. Comme au temps des Attales, ses deux rives sont entourées de nombreuses tanneries et de mégisseries, où l'on fabrique surtout maintenant des maroquins jaunes, rouges et noirs, très recherchés pour la confection des

chaussures à la mode turque, et Ton y fait aussi toujours quelques quantités de très beaux parchemins, quoique les grands progrès de la papeterie moderne en aient rendu l'usage bien plus rare. Des spécimens de cette industrie, née à Pergame il y a deux mille ans, ont été fort remarqués par le jury international aux expositions universelles de 1867 et de 1873 à Paris et à Vienne, dans la section ottomane.

Les trois ponts sur lesquels la population actuelle passe la rivière, ainsi que le terre-plein de 200 mètres de long et 27 de large, étabh sur cette même rivière, et sur lequel est construit tout un quartier, sont des ouvrages romains ; mais les égouls qui servent encore principalement, comme lors de leur création, aux besoins des tanneries, ont été construits sous les rois grecs. Les quartiers modernes d'ailleurs sont bâtis en pierre tirées des ruines, et cimentées avec de la chaux faite de marbres antiques, la pierre calcaire manquant tout à fait dans cette contrée au sol volcanique.

On remarque à Bergama la mosquée « Aya Sofia )^ ancienne église byzantine de style primitif dont on ne sauraitfixer ladate, mais qui, certainement, remonte avant Justinien. Les autres édifices plus modernes ou récents consistent dans le Konak ou hôtel du gouvernement et quelques han (hôtelleries) magasins ou dépôts n'offrant rien xle remarquable. Tout l'intérêt de Pergame est dans ses monuments antiques, soit dans l'état de complète conservation, soit en ruines, dans la ville actuelle même ou à proximité. On doit mentionner plus spécialement la basilique et l'amphithéâtre romains, et dans l'Acropole, le château de Lysimaque près duquel restent encore des traces du grand temple, merveille de magnificence bien souvent citée.

Les principales villes et principaux ports du caza de Bergama sont Dikili sur le canal de Mylilène et Tchandarli sur le golfe de même nom. Ce dernier port est l'ancienne Pitane, ville des iEoliens. — Une des salines, dite de Phocée y est établie ; elle est décrite au chapitre spécial du vilayet.

Tchandarli, dont le nom grec est aujourd'hui Atarnios*,

(1) (Atarnée, ville antique qui n'existait déjà plus du temps de Pausanias.)

n'est plus qu'un bourg assez misérable, aux rues étroites, tortueuses et tellement solitaires, qu'on les dirait inhabitées. Ses environs sont un peu plus animés, bien que Ton n'y rencontre pas de villages, mais seulement quelques fermes {tchiftliks) appartenant à des particuliers, et des campements de nomades turcomans.

L'unique monument de cette bourgade est une forteresse génoise, encore presque intacte. Cependant il est à croire que les fouilles que Ton y ferait seraient fructueuses, car souvent Ton découvre en labourant la terre des restes intéressants de l'antiquité.

Les édifices actuels sont, outre le konak du directeur du uahié, 5 mosquées, 1 médressé et 1 église grecque orthodoxe ; 1 bain public; 2 Aan (hôtelleries) et 12 magasins ou dépôts. On compte à Tchandarli 350 maisons.

Écoles. — Il y a dans ce bourg 2 écoles primaires de garçons, l'une musulmane, entretenue par le gouvernement, et l'autre grecque orthodoxe, entretenue par la communauté. La première est fréquentée par 35 élèves, et la seconde en compte 30, soit en totalité 2 écoles et 65 élèves. Ces deux écoles ne sont d'ailleurs fréquentées qu'aux époques de l'année où les enfants ne peuvent être utiles à leurs parents pour les aider aux travaux des champs.

Le port de Tchandarli était naguère l'échelle principale du caza de Pergame, mais les produits agricoles ont cessé d'y être dirigés depuis 1833, date de la construction de la route carrossable de Pergame à Dikili.

Dikili. — Ce dernier port, actuellement préféré comme échelle maritime des céréales et autres produits de la vallée du Bakir-tchai (Caicus), est relié non seulement à Pergame, mais aussi àKènèk, Soma, Rirk-Aghadj et Manissa (Magnésie), par une route carrossable de 155 kilomètres. 11 est mis en communication avec Smyrne et Mételin deux fois par semaine par les bateaux à vapeur de la Compagnie Hamidié, et une fois par se-

maine par ceux de la Compagnie Joly. Les magasins et dépôts du bourg de Dikili sont construits en pierre, ainsi que la plupart des maisons.

Les principales productions du cazade Pergame sont les céréales, le coton, les raisins frais et secs, le sel, les écorces de pin et de chêne pour tannage et le tabac, dit de Smyrne.

Son industrie se compose surtout de tanneries renommées, de tapis et broderies recherchés dès la plus haute antiquité et d'étoffes à Tusage du pays, primées aux dernières expositions universelles de Paris et de Vienne.

Page 1