CAZA DE KOULA
Orientation, limites. — Le caza de Koula est situé à l'est du sandjak de Saroukhan et au nord-est du vilayet de Smyrne. 11 est limité au nord par le caza de Démirdji ; au nord-est par le vilayet de Brousse ; à l'est par le caza d'Echmé ou Asma ; au sud par celui d'Alachèhr, et à l'ouest par ceux de Salihli, de Guerdèz et de Démirdji.
Superficie. — Sa superficie totale est de i ,681 kilomètres carrés, comme suit :
Cultures 400 kilom. carrés
Pâturages 20 —
Montagnes 1,251 —
Forêts 10 —
Total. . . . 1,681 kilom, carrés
Division administrative. — Le caza de Koula a pour nahié Sélendi qui comprend dans sa circonscription 20 villages ; celle du chef-lieu en possède 65 autres.
Autorités. — Il est administré par un caimakam et par un mudir, assistés de leurs conseils respectifs.
Population du oaza. — Sa population totale est de i0,697 habitants comme suit :
Musulmans 19,401 hab.
Grecs orthodoxes 1,296 —
Total. . . 20,697 hab.
Chef -lieu. — Koula, chef-lieu du caza, résidence officielle du caïmakam et siège des services publics^ est située à 700 mètres d^altitude, au pied d'un ancien cratère nommé Kara Devlit (l'encrier noir), élevé lui-même à 860 mètres au-dessus du niveau de la mer. Toute la contrée environnante appartient du reste au pays que les anciens appelaient Calacécaumène ou contrée brûlée et qui portait alors bien plus de traces qu'aujourd'hui des feux souterrains. La coulée de lave noire qui a fourni les matériaux de construction de la ville de Koula s'étend dans toute la vallée. Elle est composée à la surface d'énormes quartiers de roche parcourus par des fissures qui communiquent entre elles et à travers lesquelles, en été, passent des courants d'air froid ; les habitants mettent à profit cette singulière disposition naturelle en plaçant dans ces fissures des vases pleins d'eau qu'ils font ainsi rafraîchir.
Population. — La population de Koula, comprise dans le chiffre sus-énoncé de celle du caza, est de 6,000 habitants
Musulmans 5,655 hab.
Grecs orthodoxes 345 —
Total. • . 6,000 hab.
Ecoles. — Il y a à Koula 38 écoles, dont 4 secondaires et 34 primaires, fréquentées par 1,240 élèves dont 845 garçons et 295 filles et petits garçons, comme suit :
COMMUNAUTÉS
Masulmans : 1 école secondaire
— 30 — primaires
Grecs orthodoxes : 3 écoles secondaires
— 2 — primaires (garçons)
— 1 — — (filles) . . .
Sœurs de charité : 1 — — (mixte) .
Total.
éCOLBS éLBVRS
Parmi ces écoles, une mention toute spéciale doit être faite de celle des Sœurs françaises, dites vulgairement « Sœurs de la Charité », où elles recueillent 140 enfants trouvés, (filles et garçons).de nationalité à peu près inconnue, élevés}parelle dans la religion catholique.
L'aspect de la petite ville de Koula, dont toutes les maisons sont bâties en pierre noire tirée de la lave épanchée de Tancien volcan qui la domine, semblerait ainsi devoir être fort triste. Il n'en est rien cependant, caria plupart des maisons sont ombragées par de grands arbres, les mosquées en sont environnées, et leurs murs blanchis, leurs élégants minarets se détachent et s'élancent du sein de' cette fraîche verdure. Les rues sont assez larges et propres, surtout dans le bazar, qui a été récemment reconstruit à la suite d'un incendie. La ville est éclairée au pétrole depuis assez longtemps. La population est active et industrieuse et tout ce qu'on voit indique l'aisance. En effets c'est à Koula même que prend naissance une longue vallée riche en produits de toutes sortes, qui s'étend au loin vers le sud, et fournit aux habitants de nombreux articles de commerce avec Smyrne. La communauté grecque orthodoxe dirige et entretient ces utiles relations, tandis que la communauté musulmane s'occupe plus spécialement de l'industrie et surtout de la fabrication des tapis.
On compte à Koula 30 mosquées, 2 églises grecques orthodoxes, 3 bains publics, 2 Aan^ (hôtelleries), 1 bazar, 35 boutiques, 10 cafés, 12 magasins ou dépôts, 15 fontaines publiques, 4 fours, etc.
Koula occupe remplacement d*une ville antique; on avait même cru pouvoir Tidentifier à celle de Mœonia, mais le véritable emplacement de cette ville a été fixé, d'après la constation faite par Hamilton, au village de Mennè, 15 kilomètres plus à l'ouest.
Quoi qu'il en soit, on trouve à Koula un grand nombre de fragments de marbre, de bas-reliefs et autres sculptures de grande valeur artistique, et quelques inscriptions dignes d'intérêt. M. C. Texier en a cité une d'après laquelle un hiérodule ordonne de faire une prière au soleil Phalatès^ au Men Tiamos et au Men Roi, sous peine de reconnaître l'efTet de la puissance de Jupiter. Elle porte la date de l'an 256 des Séleucides.
La distance de Koula au nord-est d'Alachèhr est de 35 kilomètres, précisément à mi-chemin de la route conduisant de cette dernière ville à Echmé (Takmak) qu'elle relie, ainsi que Koula, au chemin de fer de Kassaba et, par cette voie rapide, à Smyrne, marché central des produits de leur agriculture et de leur industrie.
Production agricole. — Les principaux produits agricoles du caza de Koula sont les céréales, le coton, la vallonée et la laine de ses nombreux troupeaux qui, après avoir fourni abondamment à la consommation locale pour la fabrication des tapis, donne encore d'importantes quantités à l'exportation du port de Smyrne.
Production industrielle. — Outre les industries relevant directement de l'agriculture, la principale occupation des habitants du caza et de la ville de Koula est la fabrication des tapis dits de « Smyrne ». Les tapis fabriqués à Koula sont de grandes dimensions; la laine en est de qualité supérieure, la chaîne est en fil de chanvre. On fait aussi dans plusieurs fabri-
ques de ce caza des tapis plus petits qui n'ont comme ceux de Geurdèz que 2 mètres sur l "» 20. La production annuelle est estimée à 35,437 mètres carrés, d'une valeur totale de 865.000 francs.
Tout ce qui concerne cette industrie se trouve plus haut au chapitre spécial du vilayet de Symrne.
Localités remarquables. Anciens volcans. —
Strabon, dans sa description de la région Catacécaumène (XIII, 626-628) parle de trois cratères que Ton retrouve encore aujourd'hui. Le premier, déjà décrit ci-dessus, domine la ville actuelle de Koula. Le second, observé par Hamilton, est situé à 10 kilomètres ouest de cette ville, entre les villages de Mennè (Mœonia) et de Sandal; le troisième, à 7 kilomètres ouest de Mennè, a 800 mètres de tour et 780 mètres d'altitude. C'est le mieux conservé; on le nomme Kaplan-Alaii.
Daldia (Yildiz). — Près de ce même village de Mennè, qui occupe l'emplacement de la Mœonie, se trouve, dans une localité nommée Yildiz exploitée comme carrière de marbre, de nombreux fragments de belles sculptures et des restes de vastes édifices, anciens temples et autres monuments. C'est l'antique Daldia.
Sélendi(Silandus). — Sélendi,chef-lieudunahiédemème nom, occupe l'emplacement de Tancienne ville Lydienne de Silandus qui fut autrefois un siège épiscopal. Elle est située sur VAiné'tchài ou Sélendi-tchài, affluent du Ghédiz, Plusiejars inscriptions y ont été trouvées.
Davala (Tabala). — Davala, sur la rive droite du Ghédiz, à 18 kilomètres est de Koula, est l'ancienne Tabala.
Emir-Hammam (sources thermales). — Les thermes des environs de Koula, oîi parmi des ruines moins anciennes on voit des restes de constructions archaïques, ont été déjà décrits plus haut au chapitre spécial du vilayet.
GAZA D'ALACHÈHR
Orientation, limites. — Le caza d'Alachèhr est situé au sud*est du sandjak de Sarouhan et à Test du vilayet. 11 est limité au oord et au nord- est par les cazas de Koula et d'Echmé ; au sud-est et au sud par les sandjaks ds Dénizli et d'Aïdin; et à l'ouest par le merkez-sandjak de Smyroe et le caza de Salihli.
Superficie. — Sa superficie totale est de 1.315 kilomètres carrés, comme suit :
Cultures 500 kilom. carrés.
Prairies 200 —
Montagnes 487 —
Forêts 128 —
Total. . . 1.315 kilom. carrés.
Division administrative. — Il est administrativemeut divisé en un seul nahïé qui est Inégueul ou plutôt Aïné-gueul, contenant dans sa circonscription 20 villages, ce qui, avec les 44 autres delà circonscription du chef-lieu, donne, pour le caza d'Alachèhr, un chiffre totale de 64 villages.
Autorités. — L'autorité administrative y est exercée par un caïmakam et un mudir.
Population du caza. — La population totale du caza d'Alachèhr est de 35.510 habitants comme suit :
Musulmans 27.510 hab.
Grecs orthodoxes 7.326 —
Étrangers 335 —
Israéiles 3e6 —
Totài.. . . 35.510 hab.
Chef-lieu. — Alachêhr (la ville blaache), nommée encore aujourd'hui Philadelphie par la population grecque, est le cheflieu du caza, la résidence officielle du caïmakam, et le siège des divers services publies et d'un archevêché grec orthodoxe ; elle est situé vers Textrémilé orientale de l'ancienne Lydie, à 5 kilomètres de la rive gauche de V Alachèhr-tchdi ou Kouzou-tchdi (Cogamus), près des versants orientaux du Bouz-dagh (Tmolus), qui s'abaissent graduellement jusqu'à ses portes en formant une grande plaine en pente douce entre la ville et les monts. Son altitude est de 175 mètres.
La population de cette ville, comprise dans le chiffre ci-dessus de celle du caza, est de 22.000 habitants comme suit :
Grecs orthodoxes 4.326 —
Étrangers 335 —
Israélites 339 —
Total. . . 22.000 hab.
Cette ville, siluée sur la grande route qui de l'Orient conduisait d'une part dans la vallée du Méandre et d'autre part dans celle de THermus, occupe ainsi une position stratégique de premier ordre qui commandait et défendait les deux plus belles et plus fécondes vallées de TAsie Mineure* C'est sans doute pour cela que, bien que le sol y fût plus sujet qu'aucun autre aux tremblements de terre, Attale Philadelphe, roi de Pergame, choisit ce point, vers Tan 140 avant Jésus-Christ, pour y fonder la célèbre ville de Philadelphie, ainsi nommée par lui de son propre surnom. Pour la même raison, plusieurs historiens et géographes ont cru devoir faire remarquer que la situation de Philadelphie correspond à celle de la ville Lydienne de Callatébus, par laquelle fut dirigée la marche de Xerxès sur Sardes, trois siècles plus tôt. Ces deux villes n'en seraient donc, en réalité, qu'une seule, et le roi Attale n'aurait fait, dans ce cas^ que lui donner son surnom.
Quoi qu'il en soit^ et malgré les continuels tremblements de terre qui, du temps de Strabon, forçaient les habitants de remédier à leurs ravages par un maçonnage, pour ainsi dire, permanent ; bien que depuis lors ils se soient renouvelés plusieurs fois, Philadelphie existe encore sous son nom nouveau d'Alachèhr, et n'a jamais été abandonnée. Elle fut léguée à la République romaine avec les autres possessions du royaume de Pergame et compta parmi les villes romaines de l'Asie Mineure qui, les premières, embrassèrent la foi chrétienne. Elle y fut convertie par saint Jean TEvangéliste lui-même, et placée dans son Apocalypse au rang des sept grandes églises de l'Asie. On y trouve, toutefois, peu de monuments de l'époque chrétienne comme de l'antiquité. Les églises byzantines, au nombre de 27, tant grandes que petites, sont de construclion fort modeste, la plupart abandonnées par les Grecs orthodoxes qui ne pratiquent plus le culte que dans celles de la Panaïa, de Saint-Georges, de Saint- Michel, de Saint-Théodore et de Saint-Dimitri.
Depuis 1391, Alachèhr n'a cessé de faire partie de l'empire ottoman que durant le courte invasion de Timour-Leng et de la révolte de l'émir Djounéïd, terminée par la mort de ce rebelle sous le sultan Mourad II, vers 1423.
Les anciennes murailles de Philadelphie subsistent encore et forment une enceinte rectangulaire autour de la ville actuelle d'Alachèhr. On y remarque seulement du côté du nord une large brèche par laquelle les troupes coalisées de Jean Paléologue et de Baïazîd I*' pénétrèrent dans cette place lors de sa prise de possession par les Ottomans. C'est encore aujourd'hui l'entrée principale de la ville, dont les portes sont complètement ruinées. Bâtie sur plusieurs collines, elle domine la plaine qui, de là, remonte doucement jusqu'au mont Tmolus.
Ecoles. — Les écoles d'Alachèhr sont au nombre de 31 dont 4 secondaires, 1 préparatoire et 26 primaires, fréquentées par 880 élèves dont 650 garçons et 230 filles, comme suit :
COMMUNAUTÉS
ÉLÈVES
1 Musulmans : 1 école secondaire . .
Il — 1 . DréDaratoire . •
— 20 — primaires
Grecs orthodoxes : 2 écoles secoudaires Tfarcons)
— 1 — — (Sllel)
— 1 — Drimûre (ffarcous^ . ...