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POIDS ET MESURES, MONNAIES

Avant d’examiner quelle est la situation de l’agriculture, de l’industrie et du commerce de l’empire ottoman, il est nécessaire d'exposer le système des poids , mesures et monnaies, qui est en vigueur , en le comparant , autant que possible, avec le système français.

Les poids et les mesures ne sont soumis ni au contrôle ni h la surveillance de l’Etat : ils varient presque dans chaque province (1).

Poids. — D’après le docteur Verollot, la comparaison des poids donne les rapports suivants :

UL groin.

Le dirhern, ou drachme (qui se subdivise en 16 carats

L'ocque = -

Le kantar, ou quintal (*) =

Le lydra (livrej miskal ==

Le tcheki de bois et de pierres. • • . —

Le tchcki d'opium =

Le tcfch de soie —

La livre médicale (de ti onces). ... = Le mescal (médical) d'huile de rose. . «

400 dirh. . .

44 ocques .

1/iOO du kant.

180 ocques. .

250 dirh. . .

210 dirh. . .

96 dirh. . .

1 i /2 dirhern .

(1) Nous indiquerons plus particulièrement les unités usitées àConstantinople, en faisant remarquer qu’il ne faut pas les considérer comme des évaluations invariables, acceptées uniformément dans tout l’empire.

(2) Le kantar ou quintal de Syrie vaut 180 ocques ou 231k. 2683.

Nous adoptons ces appréciations, qui paraissent les plus exactes. Comme il n’existe nulle part des étalons réglementaires, il est impossible de donner des comparaisons mathématiquement vraies. Les administrations de l’Etat, les marchands , se servent de pierres ou de morceaux de fer en guise de poids.

Mesure itinéraire. — Cette mesure n’est qu’une évaluation de temps. La lieue ottomane a une longueur arbitraire : c’est la distance qu’un cheval chargé peut parcourir au pas pendant une heure. La longueur de la lieue varie comme la configuration du sol ; elle est de 4 à 6 kilomètres, selon que le terrain est à pic , accidenté ou plan.

Mesures de longueur. — D’après des notes inédites émanant de M. Silberman , et citées par M. A. Viquesnel (1), on trouve :

Archine, ou pic, grande mesure

Archine, ou pic, gronde mesure ....

Archine, ou pic, grande mesure ....

Archine, ou pic, petite mesure, ou bilcdi

Archine, ou pic, petite mesure

Archine, ou pic, pour canevas

Indazé

Pied

Archine, ou pic, pour la soie

Archine, ou pic, de Stamboul

Mesure agraire. — On la nomme denum. C’est un carré dont chaque côté mesure quarante pas, ou environ

(1) Viquesnel, Voyage dans la Turquie d'Europe, t. l’ r , p. 258.

0 m .669l d'après Prouy.

0 m .6690 — Hutton.

0 m .i085 — Paucton.

o 1 ". 0609 — Pauclon.

0 m .G499 — Prony.

0n>.8è84 — Paucton.

0 m .6*!8 — Paucton.

O'o.MSO — Hutton.

0 m .G69l j sans nom O». 6479 | d'auteur.

40 archines. La longueur du pas est variable, conventionne’le, comme celle de l’archine ; elle représente, selon les localités, de 0-.70 à 0 œ .8S. On peut admettre que 10 denums équivalent, en moyenne, à 1 hectare , sans erreur trop sensible.

Mesures de capacité. — Elles sont de deux espèces : l'une sert aux marchandises sèches, l’autre sert aux liquides.

Les marchandises sèches sont évaluées en quilés et en ocques.

Le quilé (ou quilo ) représente de 20 à 24 ocques, selon les localités. M. Viquesnel dit avoir vu employer à Pilippopoli et dans l’intérieur du Rhodope des quilés de 34, 38 et 48 ocques, et à Philippopoli et à Drama, pour mesurer le riz, des quilés de 10 ocques (1).

Le quilé le plus usité est celui qui est désigné sous le nom de quilé de Constantinople. Il équivaut à 20 ocques. Cette mesure est généralement employée dans les transactions commerciales avec les pays étrangers.

Les rapports entre le quilé et les unités françaises sont exprimés par les auteurs tantôt en kilogrammes , tantôt en litres, et le plus souvent sans explications. Ce double mode de comparaison provient de ce que certaines localités évaluent les marchandises sèches au poids, tandis que d’autres les évaluent au volume. Le quilé est généralement appliqué aux grains. Ses rapports avec les unités françaises varient donc non-seulement par suite de l’évaluation au poids ou à la jauge, mais encore

( 1 ) Voyage dans la Turquie d'Europe, t. I” r , p. 289.

comme la pesanteur spécifique des grains de même espèce ou d’espèces différentes.

En prenant le blé pour terme de comparaison, le quilé représente, en moyenne, environ, en litres, 33.684, et en kilogrammes, 25.696.

Une espèce de quilé appliqué aux marchandises autres que les céréales, en usage surtout à Smyrne, équivaut à environ 50 litres 526.

A Jaffa, on se sert, pour les céréales, d’une mesure nommée ardeb ; elle représente 5 quilés.

Les mesures appliquées aux liquides sont le métro et Yocque.

Le métro vaut 10 ocques.

On a établi pour ces mesures, comme pour les mesures de capacité, des rapports en litres et en kilogrammes, en les comparant aux unités françaises. On a négligé de tenir compte des différences de pesanteur ou de volume des liquides. Une mesure ne peut être évaluée exactement comme volume ou poids indifféremment que tout autant qu’elle sert à des corps semblables.

Sous réserve de cette observation, nous dirons que I’ocque, appliquée aux liquides, représente, en moyenne, environ 1 kil. 284 ou 1 litre 33.

Il ressort de ce qui précède qu’il est impossible de donner, autrement qu’approximativement, des termes de comparaison avec les unités françaises qui puissent s’appliquer d’une façon générale à tout l’empire.

On commence à comprendre en Turquie qu’il est nécessaire d’adopter un système de poids et mesures uniforme en usage partout, commun à toutes les provinces. En conservant aux mesures leurs anciennes dénomina-

lions, on cherche à les ramener au système décimal en prenant pour base 1 epic, qui équivaut à 0.75 centimètres. Il est désirable que cette réforme, indispensable et facile à introduire, soit promptement réalisée. Elle simplifiera beaucoup les transactions commerciales , surtout avec les pays étrangers, et contribuera à accroître les échanges en les appuyant sur des bases connues et invariables.

Quand nous voyons les peuples les plus avancés dans la civilisation marcher si lentement dans la voie de l’adoption du système décimal, il est permis de ne pas se montrer trop sévère envers la Turquie.

Monnaies. — Les monnaies ont été jusqu’en 1844- aussi variables que les mesures. La valeur intrinsèque des monnaies a souvent changé. Leur altération, commencée par le sultan Mourad III (1584), a continué jusqu’au règne du sultan actuel. Son père, Mahmoud II, a changé durant son règne le titre et la forme de la monnaie trentecinq fois pour l’or, et trente-sept fois pour l’argent.

Les monnaies turques en or et en argent sont rares. Celles qui ont été frappées sous le sultan Abdul-Medjid sont, comme valeur intrinsèque, égales aux monnaies françaises.

Le numéraire en circulation dans les villes de commerce se compose en presque totalité de monnaies étrangères. Les pièces françaises y jouent le principal rôle.

Celte situation donne lieu à des fluctuations incessantes. Les cours varient à la Bourse le matin et le soir; les plus petits achats donnent lieu à des calculs de change dans lesquels il y a toujours une partie lésée.

L’unité monétaire turque est la piastre. La piastre se divise en 40 paras, le para en 3 aspres.

Il existe très peu de piastres en argent. La piastre en cuivre est très abondante ; mais sa dimension et son poids la rendent d’un usage impossible autrement que pour les appoints.

La monnaie courante dans la ville de Constantinople est actuellement le papier-monnaie dit carnés. Il y a des billets de 10 piastres et 20 piastres. Les coupons supérieurs paraissent complètement supprimés. La quantité de billets faux qui circulent est considérable. Le Gouvernement s’occupe de retirer complètement les caïmés de la circulation. Une partie a été déjà retirée au moyen de l’emprunt de 3 millions de livres sterling négocié à Londres en 1838; d’autres retraits ont eu lieu à l’aide de la vente de vieux canons de bronze, et enfin par la taxe extraordinaire de 20 à 25 millions de piastres frappée sur Constantinople et sa banlieue. Cette taxe n’est pas encore encaissée entièrement.

On estime qu’il existe encore en caïmés circulant 85 millions de piastres, que le Gouvernement a pris l’engagement de retirer. Mais il ne peut opérer ce retrait qu’en remplaçant les caïmés par du numéraire. Les caïmés ne sont reçus que dans Constantinople, les faubourgs, et quelques villages voisins. Dans les autres parties de l’empire, ils ne sont pas acceptés.

Afin de donner un exemple des difficultés qui résultent de cette situation monétaire et des fluctuations qu’elle occasionne, nous allons reproduire quelques cours de la Bourse, tels qu’ils sont donnés par le Journal de Constantinople. Le cours du matin règle les transactions jus-

qu’au soir, le cours du soir règle les transactions jusqu’au matin. L’achat le plus minime, s’il est payé en argent étranger, donne lieu à des calculs qui sont toujours exprimés en piastres.

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