TROISIÈME PARTIE LE COMBAT MACÉDONIEN
Les races de la péninsule des Balkans se classent en trois groupes principaux : groupe turc, groupe slave et groupe pélasgique ou gréco-latin.
Dans la Macédoine ces trois groupes sont représentés : c'est une des rares vérités admises de tout le monde. Consultons, en effet, les cartes ou les documents de tous les partis : chacun prétend à la majorité ; mais aucun n'a pu nier la présence de quelque adversaire. Les cartes imprimées à Sofia font la part aussi restreinte qu'on peut l'imaginer aux races grécolatines. Sur les cartes d'Athènes, qui ne sont pas en reste d'inexactitude, les taches slaves, étroites et rares, d'une couleur peu sérieuse (un tendre violet), disparaissent dans l'immense teinte bleue des Hellènes triomphants. Les géographes serbes, à leur tour, repoussent les Bulgares vers le Rhodope, les Albanais
au delà du Pinde, les Grecs jusqu'aux frontières de Thessalie. Mais des scrupules arrêtent Serbes, Grecs et Bulgares et leur imposent le respect de quelques îlots étrangers, de-ci de-là, aux endroits trop éloignés du royaume actuel ou trop connus de l'Européen. Le Turc, plus digne, ne colore d'aucune teinte son droit de possession : l'ethnographie est une science de giaour qu'il méprise. Mais, en donnant des bérats à des évêques, il avoue par là même la survivance de quelques Chrétiens au milieu des « Rouméliotes », et ses hésitations entre évêques bulgares et évêques grecs nous renseignent, au surplus, sur sa pensée intime que peut-être il possède en Macédoine des Chrétiens slaves et des Chrétiens grecs. L'existence des trois races en Macédoine n'est donc contestée de personne et les disputes ne commencent qu'à la minute précise où chacun dessine ses droits.
Il faut remarquer cependant que Serbes, Bulgares et Grecs restent en un point d'accord, même dans leurs cartes les plus fantaisistes, et c'est pour attribuer aux Turcs à peu près la juste place qui leur revient. Pour ces trois bons Chrétiens, le Turc est si réellement abandonné de Dieu, voué à la ruine et secoué déjà par les derniers râles, que l'on ne risque plus rien à reconnaître ce qu'il fut ; il n'est plus. Le Turc d'ailleurs rend aux uns et aux autres quelques services. Quand la conscience slave recule devant une annexion trop effrontée, l'attribution aux Turcs de districts hellènes sert presque autant la bonne cause qu'une annexion pure et simple ; et de même, quand l'intelligence bel*