‹ La Turquie et l'hellénisme contemporain;Chapitre 9 sur 29 · LES CARTES · texte numérisé non relu

LES CARTES

lène comprend que des prétentions sur un pays authentiqueraient bulgare entacheraient d'exagération tout le reste des comptes grecs, vite un badigeon turc! l'adversaire n'en est pas moins affaibli. Cette bienveillance pour le Turc est vue d'un très bon œil par l'Européen. Une carte de Chrétiens si charitables pour l'Infidèle reçoit plus de créance. L'Europe est ainsi flattée dans ses désirs les plus secrets. Elle aimerait tant que tout fût turc en Turquie et que les ethnographes n'eussent jamais inventé ce terrible casse- tête de la Question d'Orient.

Les Tares en Macédoine : soldats et laboureurs. — Causes de la survivance des Turcs. — Turcs et Musulmans : Albanais; Macédoniens.

L'apparition des Turcs en Macédoine est antérieure à la conquête. Bien avant l'établissement d'un empire Ottoman ou même Seldjoucide en Asie Mineure, des Turcs avaient pénétré en Macédoine par mer et par le continent. Vers le milieu du ixe siècle, disent les auteurs byzantins *, des Persans, chassés de leur pays par des guerres intestines, demandent et obtiennent de l'empereur Théophile un asile dans l'Empire. On les établit en colons sur les bords du Vardar. Ils deviennent chrétiens, mais conservent toujours leurs mœurs militaires et leur vie à moitié nomade. Sous le nom de Vardariotes, ils fournissent à la garde impériale une cohorte qui veille aux portes du Palais. Ces prétendus Persans étaient des Turcs, suivant l'opinion émise par M. Rambaud {L'Empire grec au Xe siècle, p. 215) et

i. Codinus, De Officiis (Êdit. de la Patrologie, vol. 157), p. G6-75.

généralement adoptée. Il est impossible de limiter l'emplacement exact de leurs colonies.

Les successeurs de Théophile durent accueillir bon nombre de pareils hôtes. En 1065, les Ouzes — tribu turque — passent le Danube, renversent une armée gréco-bulgare, et au nombre de six cent mille l inondent la péninsule jusqu'à Salonique. En 1123, c'est une autre tribu que les Byzantins appellent Patzinaks : de leurs cantonnements entre le Dnieper et le Danube, ils passent incessamment de ce côté du fleuve et courent jusqu'à l'Archipel '. En 1243, nouveaux Turcs sous le nom de Komans, Ouzes ou Oghouzes, qui viennent raser en Macédoine ce que les Bulgares et les Croisés latins avaient laissé debout.

La politique des Byzantins, à l'endroit de ces envahisseurs, fut toujours la même. Ces masses flottantes étaient divisées en un grand nombre de hordes, les Ouzes de 1065 en 8, les Patzinaks de 1123 en 12. Ces hordes tiraient chacune vers son intérêt ou sa fantaisie. Les négociateurs byzantins amenaient sans peine la désunion de cet agrégat de familles et de clans. Les tribus restées hostiles étaient peu à peu exterminées ou réduites en esclavage. Les autres, prises à la solde de l'empire, étaient transportées à Constantinople ou établies sur des terres en friche, et fixées.

Ce fut la Macédoine qui presque toujours servit

1. Jean Skylitzès (Éd. de Bonn, à la fin du 2* vol. de Cedre-

iws), p. 654-656.

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